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Full text of "L'Année liturgique"

L'ANNÉE LITURGIQUE. 



L'AVE NT. 



-T 

l'avent. a 



De licentia Superiorum, 



IMPRIMATUR 



f HENRICUS, Episc. Pictaviensis. 



il Aprilis igi i \ 



L'ANNÉE LITURGIQUE 



R. P. DOM PROSPER GUERANGER 

AB BÉ DE SOLESME S 



L'AVENT 



Dix-neuvième édition 



LIBRAIRIE H. OUDIN 
PARIS | POITIERS 

24, RUE DE CONDÉ j g, RUE DU CHAUDRON-D'OR 

1 9 1 1 



IHE INSTITUTE OF MEPMITVAL STtOIES 

10 ELMSLEY PLACE 

TORONTO 6, CANADA. 

FEB fi l 



®®®®®®®®#®®® 



A SA GRANDEUR 

MONSEIGNEUR 

DENIS-AUGUSTE AFFRE 

ARCHEVÊQUE DE PARIS. 

Monseigneur, 

Un ouvrage entrepris dans le but d'ai- 
der les enfants de l'Eglise catholique à 
pénétrer les intentions de leur Mère, 
dans le divin Service qu'elle offre à son 
céleste Epoux, devait paraître sous le 
patronage de quelqu'un des premiers 
Pasteurs de cette sainte Eglise. 

J'ai songé à vous l'offrir, Monseigneur, 
pour honorer en vous votre illustre 
patron et prédécesseur saint Denys, qui 
a posé les fondements de la science litur- 



gique, dans ce Livre de la Hiérarchie 
Ecclésiastique, que l'Eglise Romaine 
appelle un Livre admirable et tout céleste. 

J'ai voulu aussi rendre hommage à 
l'illustre Eglise de Paris, qui s'honore, 
Monseigneur, de vous avoir pour Pré- 
lat ; elle, dont la gloire liturgique fut si 
grande, aux siècles de foi, que la plupart 
des Eglises de l'Occident se faisaient un 
honneur de recevoir d'elle les suaves et 
pieuses mélodies dont elle semblait être 
la source. 

Je me suis rappelé aussi avec joie que, 
dans cette importante Lettre Pastorale, 
dans laquelle vous avez, Monseigneur, 
posé les bases de la régénération des 
Etudes Ecclésiastiques, vous avez restitué 
son rang à la Science Liturgique, et 
donné par là une impulsion qui ne sau- 
rait manquer de produire d'he.ureux 
résultats. 

Enfin, Monseigneur, le souvenir pré- 
cieux de l'indulgente bonté avec laquelle 



vous avez toujours daigné m'accueillir, 
s'est uni à tous ces motifs, pour m'enga- 
ger à vous offrir ce léger tribut des travaux 
du cloître. Vous avez bien voulu l'agréer ; 
daignez aussi bénir l'auteur et son livre. 
C'est le vceu que forme, en vous présen- 
tant l'hommage de son profond respect et 
de sa parfaite gratitude, 

MONSEIGNEUR, 

DE VOTRE GRANDEUR 

Le très humble et très obéissant serviteur, 

Fr. Prosper Guéranger, 

ABBÉ DE SOLESMES. 






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wmg^Mk 



L'ANNÉE LITURGIQUE 



PRÉFACE GENERALE. 




a prière est pour l'homme le 
premier des biens. Elle est sa 
lumière, sa nourriture, sa vie 
même, puisqu'elle le met en 
rapport avec Dieu, qui est lu- 
mière l , nourriture 2 et vie 3 . 
Mais, de nous-mêmes, nous ne savons pas 
prier comme il faut 4 ; il est nécessaire que 
nous nous adressions à Jésus- Christ, et que 
nous lui disions comme les Apôtres : Seigneur, 
enseignez-nous à prier 5 . Lui seul peut délier 
la langue des muets, rendre diserte la bouche 
des enfants, et il fait ce prodige en envoyant 

i. Johan. VIII, 12. 

2. Ibid. vi, 33. 

3. Ibid. xiv, 6. 

t. Rom. vin, 26. 

. Luc. xi, 1. 



Préface générale. 



son Esprit de grâce et de prières *, qui prend 
plaisir à aider notre faiblesse, suppliant en 
nous par un gémissement inénarrable 2 . 

Or, sur cette terre, c'est dans la sainte 
Eglise que réside ce divin Esprit. Il est des- 
cendu vers elle comme un souffle impétueux, 
en même temps qu'il apparaissait sous l'em- 
blème expressif de langues enflammées. Depuis 
lors, il fait sa demeure dans cette heureuse 
Epouse; il est le principe de ses mouvements; 
il lui impose ses demandes, ses vœux, ses 
cantiques de louange, son enthousiasme et 
ses soupirs. De là vient que, depuis dix-huit 
siècles, elle ne se tait ni le jour, ni la nuit ; 
et sa voix est toujours mélodieuse, sa parole 
va toujours au cœur de l'Epoux. 

Tantôt, sous l'impression de cet Esprit qui 
anima le divin Psalmiste et les Prophètes, 
elle puise dans les Livres de l'ancien Peuple 
le thème de ses chants ; tantôt, fille et sœur 
des saints Apôtres, elle entonne les cantiques 
insérés aux Livres de la Nouvelle Alliance ; 
tantôt entïn, se souvenant qu'elle aussi a 
reçu la trompette et la harpe, elle donne pas- 
sage à l'Esprit qui l'anime, et chante à son 
tour un cantique nouveau 3 ; de cette triple 
source émane l'élément divin qu'on nomme 
la Liturgie. 

La prière de l'Eglise est donc la plus agréa- 
ble à l'oreille et au cœur de Dieu, et, par- 
tant, la plus puissante. Heureux donc celui 
qui prie avec l'Eglise, qui associe ses vœux 



i. Zach. xii, 10. 

2. Rom. vin. 26. 

3. Psalm. cxliii. 



Préface générale. xj 



particuliers à ceux de cette Epouse, chérie 
de l'Epoux et toujours exaucée ! Et c'est 
pourquoi le Seigneur Jésus nous a appris à 
dire notre Père, et non mon Père ; donnez- 
nous, pardonnez-nous, délivrez-nous, et non 
donnez-moi , pardonnez-moi , délivrez-moi. 
Aussi, pendant plus de mille ans, voyons- 
nous que l'Eglise, qui prie dans ses temples 
sept fois le 'jour et encore au milieu de la 
nuit, ne priait point seule. Les peuples lui 
faisaient compagnie, et se nourrissaient avec 
délices delà manne cachée sous les paroles 
et les mystères de la divine Liturgie. Initiés 
ainsi au Cycle divin des mystères de l'Année 
Chrétienne, les fidèles, attentifs à l'Esprit, 
savaient les secrets de la vie éternelle ; et 
sans autre préparation, un homme était sou- 
vent choisi par les Pontifes pour devenir 
Prêtre ou Pontife lui-même, afin de répan- 
dre sur le peuple chrétien les trésors de doc- 
trine et d'amour qu'il avait amassés à leur 
source. 

Car si la prière faite en union avec l'Eglise 
est la lumière de l'intelligence, elle est aussi, 

Eour le cœur, le foyer de la divine charité. 
,'âme chrétienne ne se retire pas à l'écart 
pour converser avec Dieu et louer ses gran- 
deurs et ses miséricordes, parce qu'elle sait 
bien que la société de l'Epouse du Christ ne 
l'enlève pas à elle-même. Ne fait-elle pas 
elle-même partie de cette Eglise qui est 
l'Epouse, et Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : 
Mon Père, qu'ils soient un en la manière que 
nous sommes un l l Et quand plusieurs sont 

i. Johan. XVII, II. 



jrij Préface générale. 

rassemblés en son nom, le même Sauveur ne 
nous assure-t-il pas qu'il est au milieu d'eux • ? 
L'âme pourra donc converser à l'aise avec 
son Dieu qui témoigne être si près d'elle ; 
elle pourra psalmodier comme David, en pré- 
sence des Anges, dont la prière éternelle 
s'unit dans le temps à la prière de l'Eglise. 

Mais trop de siècles déjà se sont écoulés 
depuis que les peuples, préoccupés d'intérêts 
terrestres, ont abandonné les saintes Veilles 
du Seigneur et les Heures mystiques du jour. 
Quand le rationalisme du xvi e siècle s'en vint 
les décimer au profit de l'erreur, il y avait 
déjà longtemps qu'ils avaient réduit aux 
seuls Dimanches et Fêtes les jours où ils 
continueraient de s'unir extérieurement à la 
prière de la sainte Eglise. Le reste de l'année, 
les pompes de la Liturgie s'accomplissaient 
sans le concours des peuples qui, de généra- 
tion en génération, oubliaient de plus en 
plus ce qui avait fait la forte nourriture de 
leurs pères. La prière individuelle se substi- 
tuait a la prière sociale : le chant, qui est 
l'expression naturelle des vœux et des plaintes 
même de l'Epouse, était réservé pour les 
jours solennels. Ce fut une première et triste 
révolution dans les mœurs chrétiennes. 

Mais, du moins, le sol de la Chrétienté était 
encore couvert d'églises et de monastères qui 
retentissaient, le jour et la nuit, des accents 
de la prière sacrée des âges antiques. Tant de 
mains levées vers le ciel en faisaient descen- 
dre la rosée, dissipaient les orages, assuraient 
la victoire. Ces serviteurs et ces servantes du 

i. Matth. xviii, 20. 



Préface générale. xiij 

Seigneur, qui se répondaient ainsi dans la 
louange éternelle, étaient députés solennel- 
lement par les sociétés encore catholiques 
d'alors, pour acquitter intégralement le tribut 
d'hommages et de reconnaissance dû à Dieu, 
à la glorieuse Vierge Marie et aux Saints. 
Ces vœux et ces prières formaient le bien 
commun ; chaque fidèle aimait encore à s'y 
unir; et si quelque douleur, quelque espé- 
rance, le conduisait parfois au temple de 
Dieu, il aimait à y entendre, à quelque heure 
que ce fût, cette voix infatigable qui montait 
sans cesse vers le ciel pour le salut de la Chré- 
tienté. Bien plus, le Chrétien fervent s'y unis- 
sait en vaquant à ses fonctions ou à ses affaires ; 
et tous possédaient encore l'intelligence géné- 
rale des mystères de la Liturgie. 

La Réforme vint, et elle frappa tout d'abord 
sur l'organe de la vie dans les sociétés chré- 
tiennes : elle fit cesser le sacrifice de louan- 
ges. Elle joncha la Chrétienté des ruines de 
nos églises; les Clercs, les Moines, les Vierges 
furent chassés ou massacrés, et les temples 
qui survécurent furent condamnés à de- 
meurer muets dans une partie de l'Europe. 
Dans l'autre, mais surtout en France, la voix 
de la prière s'affaiblit; car beaucoup de sanc- 
tuaires dévastés ne se relevèrent pas de leurs 
ruines. Aussi vit-on la foi diminuer, le ra- 
tionalisme prendre des développements me- 
naçants, et enfin, de nos jours, la société 
humaine chanceler sur ses bases. 

Car les destructions violentes qu'avait opé- 
rées le Calvinisme ne furent pas les dernières. 
La France et d'autres pays catholiques encore 
furent livrés à cet esprit d'orgueil qui est 



Préface générale. 



ennemi de la prière, parce que, dit-il, la 
prière n'est pas faction ; comme si toute 
œuvre bonne de l'homme n'était pas un don 
de Dieu, un don qui suppose la demande 
qu'on en a faite et l'action de grâces qu'on 
en rend. Il se rencontra donc des hommes 
qui dirent : Faisons cesser les fêtes de Dieu 
sur la surface de la terre l ; et alors des- 
cendit sur nous cette calamité universelle, 
que le pieux Mardochée suppliait le Seigneur 
d'écarter de dessus son peuple, quand il di- 
sait : Xe fennec pas, Seigneur, les bouches de 
ceux qui chantent vos louanges -. 

Mais, par la miséricorde de Dieu, nous 
n'avons pas été entièrement consumés 3 ; les 
restes d'Israël out été réservés 4 ; et voici 
que le nombre des croyants s'est accru dans 
le Seigneur 5 . Que s'est-il donc passé dans le 
cœur du Seigneur notre Dieu pour motiver 
ce retour miséricordieux ? C'est que la prière 
a repris son'cours. De nombreux chœurs de 
vierges sacrées, auxquels se joint, quoique 
en nombre bien inférieur encore, le chant 
plus mâle des rïls du cloître, se font entendre 
sur notre terre, comme la voix de la tourte- 
relle 6 . Cette voix prend plus de force chaque 
jour : daigne le Seigneur l'agréer, et faire 
enfin briller son arc-en-ciel sur la nue! Puis- 
sent bientôt les échos de nos Cathédrales se 



i. Psalm. lxxiii, 8 

2. ESTHER. XIII, 17 

3. Thren. m, 22. 

4. Isai. 1, 5. 

5. Act. v, 14. 

6. Cant. u, 12. 



Préface générale. 



réveiller aux accents de cette solennelle 
prière qu'ils ont répétée si longtemps ! Puis- 
sent la foi et la munificence des fidèles faire 
revivre les prodiges de ces siècles passés, qui 
ne furent si grands que parce que les institu- 
tions publiques elles-mêmes rendaient alors 
hommage à la toute-puissance de la prière ! 

Mais cette prière liturgique deviendrait 
bientôt impuissante, si les fidèles la laissaient 
retentir sans s'y joindre de cœur, quand ils 
ne peuvent y prendre une part extérieure. 
Elle ne vaut pour le salut des nations qu'au- 
tant qu'elle est comprise. Dilatez donc vos 
cœurs, enfants de l'Eglise catholique, et venez 
prier de la prière de votre mère. Venez 
par votre adhésion compléter cette harmo- 
nie qui charme l'oreille de Dieu. Que l'esprit 
de prière se ranime à sa source naturelle. 
Laissez-nous vous rappeler cette exhortation 
de l'Apôtre aux premiers fidèles: Que la paix 
du Christ tressaille dans vos cœurs ; que le 
Verbe du Christ habite en vous en toute sa- 
gesse ; et vous-mêmes instruisez-vous et exhor- 
tez-vous mutuellement dans les Psaumes, les 
Hymnes et les Cantiques spirituels, chantant 
à Dieu dans vos cœurs, par sa grâce l . 

Assez longtemps, pour remédier à un ma- 
laise vaguement senti, on a cherché l'esprit 
de prière et la prière elle-même dans des 
méthodes, dans des livres qui renferment, il 
est vrai, des pensées louables, pieuses même, 
mais des pensées humaines. Cette nour- 
riture est vide ; car elle n'initie pas à la 
prière de l'Eglise : elle isole au lieu d'unir. 



i. Col. m, i5, 16. 



XVJ 



Préface générait. 



Tels sont tant de recueils de formules et de 
considérations, publiés sous divers titres de- 
puis deux siècles, et dans lesquels on s'est 
proposé d'édifier les fidèles, et de leur suggé- 
rer, soit pour l'assistance à la sainte Messe, 
soit pour la réception des Sacrements, soit 
pour la célébration des Fêtes de l'Eglise, 
certaines affections plus ou moins banales, 
et toujours puisées dans l'ordre d'idées et de 
sentiments le plus familier à l'auteur du 
livre. De là encore la couleur si diverse de 
ces sortes d'écrits qui servent, il est vrai, 
faute de mieux, aux personnes déjà pieuses, 
mais demeurent sans influence quand il 
s'agit d'inspirer le goût et l'esprit de la prière 
à ceux qui ne l'ont pas encore. 

On dira peut-être qu'en réduisant tous les 
livres pratiques de la piété chrétienne au 
simple commentaire de la Liturgie, on s'ex- 
pose à affaiblir et même à anéantir, par des 
formes trop positives, l'esprit d'Oraison et 
de Contemplation qui est un si précieux don 
de l'Esprit-Saint à l'Eglise de Dieu. A cela 
nous répondrons d'abord qu'en proclamant 
l'incontestable supériorité de la prière litur- 
gique sur la prière individuelle, nous n'allons 
pas jusqu'à dire qu'on doive abolir les mé- 
thodes individuelles; nous voulons seulement 
les mettre à leur place. Nous dirons ensuite 
que si, dans la divine psalmodie, on compte 
plusieurs degrés, en sorte que les inférieurs 
s'appuient encore sur la terre et sont accessi- 
bles aux âmes qui sont dans les labeurs de la 
Vie purgative ; à mesure aussi qu'elle s'élève 
sur cette échelle mystique, l'âme se sent 
illuminée d'un rayon céleste, et, parvenue au 



Préface générale. xvij 

sommet, trouve l'union et le repos dans le 
souverain bien. En effet, ces saints docteurs 
des premiers siècles, ces divins Patriarches 
de la solitude, où puisaient-ils la lumière et 
la chaleur qui étaient en eux, et qu'ils ont 
laissées si vivement empreintes dans leurs 
écrits et dans leurs œuvres, si ce n'est dans 
ces longues heures de la Psalmodie, durant 
lesquelles la vérité simple et multiforme 
passait sans cesse devant les yeux de leur 
âme, la remplissant, à grands flots, de lumière 
et d'amour ? Qui a donné au séraphique 
Bernard cette onction merveilleuse qui coule 
en fleuve de miel dans tous ses écrits ; à 
l'auteur de Y Imitation, cette suavité, cette 
manne cachée qui, après tant de siècles, ne 
s'affadit jamais ; à Louis de Blois, cette dou- 
ceur et cette tendresse inénarrables qui 
émeuvent tout homme qui voudra lui prê- 
ter son cœur : si ce n'est l'usage habituel de la 
Liturgie au milieu de laquelle leur vie s'écou- 
lait avec un mélange de chants et de soupirs ? 
Que l'âme, épouse du Christ, prévenue des 
désirs de l'Oraison, ne craigne donc point de 
se dessécher au bord de ces eaux merveilleu- 
ses de la Liturgie, qui tantôt murmurent 
comme le ruisseau, tantôt comme le tor- 
rent roulent en grondant, tantôt inondent 
comme la mer ; qu'elle approche et boive 
cette eau limpide et pure qui jaillit jusquà 
la vie éternelle l ; car cette eau émane des 
fontaines mêmes du Sauveur 2 , et l'Esprit de 
Dieu la féconde de sa vertu, afin qu'elle 

1. JOHAN. IV, 14. 

2. ISAI. XII, 3. 



xviij Préface générale. 

soit douce et nourrissante au cerf al- 
téré l . Que l'âme, séduite par les char- 
mes de la Contemplation , ne s'effraie 
point non plus de réclat et de l'harmo- 
nie des chants de la prière liturgique. 
N'est-elle pas elle-même un instrument 
d'harmonie sous la touche divine de cet Es- 
prit qui la possède ? Certes, elle ne doit pas 
entendre le céleste Colloque autrement que 
le Psalmiste lui-même, cet organe de 
toute vraie prière, accepté de Dieu et de l'E- 
glise. Or, n'est-ce pas à sa harpe qu'il a 
recours, quand il veut allumer dans son cœur 
la flamme sacrée et qu'il dit : Mon cœur est 
prêt, ô Dieu ! mon cœur est prêt ; je chanterai 
donc, je ferai retentir le Psaume. Lève-toi, ô 
ma gloire ! lève-toi, ô ma harpe! Dès le ma- 
tinée m'éveillerai ; je vous chanterai. Sei- 
gneur, devant les peuples; je psalmodierai en 
présence des notions : car votre miséricorde 
est grande au-dessus des deux, et votre vé- 
rité au delà des nuages -. D'autres fois, em- 
porté au delà du monde sensible, il est entré 
dans les puissances du Seigneur 3 , et s'aban- 
donne à une sainte ivresse. Afin de soulager 
l'ardeur qui le consume, il éclate alors dans 
l'Epithalame sacré : Mon cœur, dit-il, a 
conçu un poème sublime ; c'est au Roi lui-même 
que je vais dédier mon cantique ; et il redit la 
beauté de l'Epoux vainqueur et les grâces de 
l'Epouse 4 . Ainsi, pour l'homme de contem- 



1. Psalm. xu. 2 

2. Ibid. cvn. 

3. Ibid. lxx. 
4-. Ibid. xliv. 



Préface générale. xix 

plation, la prière liturgique est tantôt le 
principe, tantôt le résultat des visites du Sei- 
gneur. 

Mais elle est surtout divine en ce qu'elle 
est à la fois le lait des enfants et le pain des 
forts ; en ce que, semblable au pain miracu- 
leux du désert, elle prend à la fois tous les 
goûts de ceux qui s'en nourrissent. Ceux 
même qui ne sont pas du nombre des 
enfants de Dieu, admirent quelquefois en 
elle cette incommunicable propriété, et con- 
viennent que l'Eglise catholique seule con- 
naît les mystères de la prière ; et c'est parce 
qu'il n'y a pas à proprement parler de prière 
liturgique chez les protestants, qu'ils n'ont 
pas non plus d'écrivains ascétiques. Sans 
doute, le divin Sacrement de l'Eucharistie 
étant le centre de la Religion, son absence 
suffirait bien pour rendre raison de ce dé- 
faut absolu d'onction qui caractérise tous les 
produits de la Réforme ; mais la Liturgie est 
tellement liée à l'Eucharistie dont elleïorme 
la glorieuse auréole, que les Heures Cano- 
niales ont cessé, et devaient cesser en effet 
partout où le dogme de la Présence réelle 
était aboli. 

Jésus-Christ même est donc le moyen, 
aussi bien que l'objet de la Liturgie, et c'est 
pourquoi l'Année Ecclésiastique que nous 
nous proposons de développer dans cet ou- 
vrage, n'est autre que la manifestation de 
Jésus-Christ, et de ses mystères dans l'Eglise 
et dans l'âme fidèle. C'est là le Cycle divin 
où rayonnent à leur place toutes les œuvres 
de Dieu : le Septénaire de la Création ; la 
Pâque et la Pentecôte de l'ancien peuple ; 



Préface générale. 



l'ineffable Visite du Verbe incarné, son Sa- 
crifice, sa Victoire ; la descente de son Esprit ; 
ta divine Eucharistie ; les gloires inénar- 
rables de la Mère de Dieu, toujours Vierge ; 
la splendeur des Anges; les mérites et les 
triomphes des Saints : en sorte que l'on peut 
dire qu'il a son point de départ sous la Loi 
des Patriarches, ses progrès dans la Loi écrite, 
sa consommation toujours croissante sous la 
Loi d'amour, jusqu'à ce qu'étant enfin com- 

Elet, il s'évanouisse dans l'éternité, comme la 
oi écrite tomba d'elle-même, au jour où 
l'invincible force du Sang de l'Agneau déchira 
en deux le voile du Temple. 

Combien nous voudrions pouvoir raconter 
dignement les merveilles saintes de ce Calen- 
drier mystique, dont l'autre n'çst que la 
ligure et l'humble support ! Que nous serions 
heureux de faire bien comprendre toute la 
gloire qui revient à l'auguste Trinité, au 
Sauveur, à Marie, aux Esprits bienheureux 
et aux Saints, de cette annuelle commémora- 
tion de tant de merevilles! Si l'Eglise renou- 
velle chaque année sa jeunesse, comme V aigle' 1 , 
c'est parce que, au moyen du Cycle liturgique, 
elle est visitée par son Epoux dans la pro- 
portion de ses besoins. Chaque année, elle 
le revoit enfant dans la crèche, jeûnant sur la 
montagne, s'offrant sur la croix, ressuscitant 
du sépulcre, fondant son Eglise et instituant 
ses Sacrements, remontant à la droite de son 
Père, envoyant l'Esprit-Saint aux hommes; 
et les grâce's de ces divins mystères se renou- 
vellent tour à tour en elle, en sorte que, fé- 

i. Psalm. eu. 



Préface générale. xxj 

condé selon le besoin, le Jardin de l'Eglise en- 
voie à l'Epoux en tout temps, sous le souffle 
de V Aquilon et de VA.uster, la délicieuse sen- 
teur de ses parfums 1 . Chaque année, l'Esprit 
de Dieu reprend possession de sa bien-aimée, 
etlui assure lumière et amour; chaque année, 
elle puise un surcroît de vie dans les mater- 
nelles influences que la Vierge bénie épanche 
sur elle, aux jours de ses joies, de ses dou- 
leurs et de ses gloires ; enfin, les brillantes 
constellations que forment dans leur radieux 
mélange les Esprits des neuf chœurs et les 
Saints des divers ordres d'Apôtres, de Martyrs, 
de Confesseurs et de Vierges, versent sur elle 
chaque année de puissanfs secours et d'inex- 
primables consolations. 

Or, ce que l'Année Litur^que opère dans 
l'Eglise en général, elle le répète dans l'âme 
de chaque "fidèle attentif, à recueillir le don 
de Dieu. Cette succession des saisons mys- 
tiques assure au Chrétien les moyens de cette 
vie surnaturelle, sans laquelle toute autre 
vie n'est qu'une mort plus ou moins dégui- 
sée; et il est des âmes tellement éprises de 
ce divin successif qui se déploie dans le 
Cycle catholique , qu'elles arrivent à en 
ressentir physiquement les évolutions , la 
vie surnaturelle absorbant l'autre , et le 
Calendrier de l'Eglise celui des astrono- 
mes. 

Puissent donc les lecteurs catholiques de 
cet ouvrage se garder de cette tiédeur de la foi, 
de ce sommeil de l'amour qui ont presque 
effacé le Cycle qui fut autrefois, et qui doit 

I. Cant. iv, 16. 



xxij Préface générale. 

toujours être la joie des peuples, la lumière 
des doctes, le livre des humbles ! 

De tout ceci, le lecteur conclura, nous l'es- 
pérons, que notre intention n'est pas ici de 
mettre en œuvre les ressources de notre esprit 
tel quel pour bâtir un système, et faire de 
l'éloquence, de la philosophie, ou toute autre 
belle chose, à propos des mystères de l'Année 
Ecclésiastique. Nous n'avons qu'un but, et 
nous demandons humblement à Dieu de 
l'atteindre : c'est de servir d'interprète à la 
sainte Eglise, de mettre les fidèles à portée de 
la suivre dans sa prière de chaque saison 
mystique, et même de chaque jour et de 
chaque heure. A Dieu ne plaise que nous 
nous permettions jamais de mettre nos pen- 
sées d'un jour à côté de celles que notre 
Seigneur Jésus-Christ, qui est la divine Sa- 
gesse, inspire par son Esprit à celle qui est 
son Epouse bien-aimée ! Toute notre applica- 
tion sera de saisir l'intention de l'Esprit- 
Saint dans les diverses phases de l'Année Li- 
turgique, nous inspirant de l'étude attentive 
des plus anciens et des plus vénérables mo- 
numents de la prière publique, et aussi des 
sentiments des saints Pères et des interprètes 
antiques et approuvés ; en sorte qu'à l'aide 
de tous ces secours, nous puissions offrir aux 
fidèles la moelle des prières Ecclésiastiques, 
etréunir, s'il est possible, i'utilité pratique et 
cette agréable variété qui soulage et qui réjouit. 

Dans cet ouvrage, nous insisterons sur le 
culte des Saints, parce qu'il est un des grands 
besoins de la piété dans tous les temps, mais 
surtout au temps présent. La dévotion à la 
personne adorable du Sauveur a repris, 



Préface générale. xxiij 

chez nous, une vigueur nouvelle; le culte 
de la sainte Vierge s'étend et s'accroît ; que 
la confiance dans les Saints renaisse aussi, 
et alors auront disparu les traces de cette dé- 
viation dans laquelle l'influence sourde du 
Jansénisme entraînait la piété française. Néan- 
moins, comme il faut savoir se borner, nous 
traiterons rarement des Saints que le Calen- 
drier Romain ne porte pas. 

Toutefois la Liturgie Romaine, base sacrée 
de cette Année Liturgique, ne sera pas la 
seule dont nous emprunterons les formules ; 
l'Ambrosienne, la Gallicane, la Gothique ou 
Mozarabe, la Grecque, l'Arménienne, la Sy- 
rienne, etc., déposeront tour à tour le tribut 
de leurs richesses dans notre trésor de priè- 
res ; en sorte que jamais la voix de l'Eglise 
ne se sera fait entendre plus pleine ni plus 
imposante. Le moyen âge des Eglises d'Oc- 
cident a produit, dans le genre liturgique, 
des Séquences d'une rare beauté ; un de nos 
premiers soins sera d'initier les fidèles qui 
nous liront à ces sources si pures de ten- 
dresse et de vie. 

Quant au système que nous suivrons dans 
chacun des tomes de cette Année Liturgique, 
il est subordonné au genre spécial des ma- 
tières qu'il se trouvera contenir. Nous réser- 
verons pour nos Institutions tout ce qui tient 
à la partie purement scientifique de la Litur- 
gie, nous bornant ici aux détails nécessaires 
pour initier les lecteurs aux intentions de la 
sainte Eglise dans chacune des saisons mys- 
tiques de l'année. Les formules saintes se- 
ront expliquées et adaptées à l'usage commun, 
au moyen d'une glose dans laquelle nous 



Préface générale. 



tâcherons d'éviter les inconvénients d'une 
froide traduction, et aussi la pesanteur d'une 
paraphrase lourde et affadie. 

Comme, ainsi que nous l'avons dit, notre 
but est d'offrir aux fidèles la partie la plus 
substantielle et la plus nourrissante de la 
Liturgie, nous avons été dirigé dans le choix 
des pièces par cette intention même, laissant 
de côté tout ce qui n'allait pas directement à 
ce but. Cette observation se rapporte princi- 
palement aux morceaux empruntés aux 
livres d'Offices de l'Eglise grecque. Rien de 
plus riche et de plus pieux que cette Litur- 
gie, quand on ne la connaît que par extraits ; 
rien aussi de moins attrayant, si on veut la 
lire dans les sources elles-mêmes. Les re- 
dites y abondent d'une manière fastidieuse, 
et le sentiment s'y épuise trop souvent dans 
des répétitions sans fin. Nous n'avons donc 
pris que la fleur, et glané seulement dans 
cette moisson trop exubérante. Ceci s'ap- 
plique particulièrement aux Menées et kV An- 
thologie de l'Eglise grecque. Les pièces Li- 
turgiques des autres Eglises de l'Orient sont 
généralement rédigées*~avec plus de goût et 
de sobriété. 

Afin de nous conformer aux volontés du 
Siège Apostolique, nous ne donnons, dans 
aucun des volumes de cette Année Liturgique, 
la traduction littérale de YOrdinaire et du 
Canon de la Messe : nous tâchons d'y sup- 
pléer, en fournissant aux personnes qui n'en- 
tendent pas la langue latine, le moyen de 
produire des actes qui les mettent en rapport 
immédiat avec tout ce que le Prêtre accom- 
plit et récite à l'autel. 



Préface générale. 



La première partie de V Année Liturgique 
est consacrée à VA vent. La seconde renfer- 
mera l'explication du service divin, de Noël 
à la Purification. La troisième conduira la 
Liturgie de la Purification au Carême, sous 
le nom de Temps de la Septuagésime. La 
quatrième sera consacrée aux quatre pre- 
mières semaines du Carême. La cinquième 
renfermera seulement la Semaine de la Pas- 
sion et la Semaine Sainte. La sixième aura 
pour objet le Temps Pascal. La septième 
traitera d'abord des fêtes de la Trinité, du 
Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur de Jésus; 
elle sera consacrée, pour le reste, à la longue 
période du Temps après la Pentecôte. 

Cet ensemble, dont le plan est tracé par 
la sainte Eglise elle-même, fournit le drame 
le plus sublime qui puisse être offert à l'ad- 
miration humaine. L'intervention de Dieu 
Eour le salut et la sanctification des hommes, 
i conciliation de la justice avec la miséri- 
corde, les humiliations, les douleurs et les 
gloires de l'Homme-Dieu, la venue et les 
opérations de l'Esprit-Saint dans l'humanité 
et dans l'âme fidèle, la mission et l'action de 
l'Eglise : tout y est exprimé de la manière la 
plus vive et la plus saisissante ; tout arrive à 
sa place par l'enchaînement sublime des 
anniversaires. Il y a dix-huit siècles qu'un fait 
divin s'accomplissait ; son anniversaire se 
reproduit dans la Liturgie, et vient rajeunir 
chaque année dans le peuple chrétien le sen- 
timent de ce que Dieu opéra il y a tant de 
siècles. Quelle intelligence humaine eût pu 
concevoir une telle pensée ! Qu'ils sont faibles 
en présence de nos réalités impérissables, 



xxv j Préface générale. 

ces hommes téméraires et légers qui croient 
prendre le christianisme en défaut, qui osent 
le juger comme un débris antique, et ne se 
doutent pas à quel point il est vivace et im- 
mortel rar l'Année liturgique chez les chré- 
tiens ! Qu'est-ce donc que la Liturgie, sinon 
une incessante affirmation, sinon une solen- 
nelle adhésion aux faits divins qui se sont 
passés une fois, mais dont la réalité est inat- 
taquable, parce que chaque année, depuis 
lors, en a vu renouveler la mémoire ? N'avons- 
nous pas nos écrits apostoliques, nos Actes 
des Martyrs, nos antiques décrets des Con- 
ciles, nos écrits des Pères, nos monuments 
figurés, dont la succession remonte à l'ori- 
gine, et cjui nous rendent le témoignage 
le plus précis sur la tradition de nos fêtes i Le 
Cycle liturgique ne vit dans sa plénitude et 
son progrès qu'au sein de l'Eglise catholique; 
mais les sectes séparées soit par le schisme, 
soit par l'hérésie, lui rendent elles-mêmes 
témoignage par les débris qu'elles en ont 
conservés, et c'est sur ces restes qu'elles vé- 
gètent encore. 

Mais si la Liturgie nous émeut annuelle 
ment en présentant à nos regards le renou- 
vellement hautement dramatique de tout ce 
qui s'est opéré dans l'intérêt du salut de 
1 homme et de sa réunion avec Dieu, il y a 
ceci d'admirable que la succession d'une 
année à l'autre n'enlève rien à la fraîcheur ni 
à la force des émotions, lorsqu'il nous faut 
commencer à nouveau le cours du Cycle 
dont nous venons de tracer les partitions. 
L'Avent est toujours imprégné de la saveur 
d'une attente douce et mvstérieuse ; Noël 



Préface générale. xxvij 

nous attire toujours par les joies incompara- 
bles de la naissance de l'Enfant divin ; nous 
entrons avec la même émotion sous les om- 
bres de la Septuagésime ; le Carême nous 
abat devant la justice de Dieu ; et notre 
cœur est alors saisi d'une crainte salutaire et 
d'une componction qu'il semble que nous 
n'avions pas ressenties l'année précédente. 
La Passion du Rédempteur, suivie jour par 
jour, heure par heure, ne nous apparaît-elle 

g as comme nouvelle ? Les splendeurs de la 
ésurrection n'apportent-elles pas à nos 
coeurs une allégresse qu'ils ont, ce semble, 
jusqu'alors ignorée ? La triomphante Ascen- 
sion ne nous ouvre-t-elle pas, sur toute 
l'économie de la divine incarnation, des vues 
que nous n'avions pas encore ? Lorsque l'Es- 
prit-Saint descend à la Pentecôte, n'est-il pas 
vrai que nous sentons sa présence renouve- 
lée, et que les émotions de l'année précé- 
dente en ce grand jour sont en ce moment 
dépassées ? La fête du Saint-Sacrement, qui 
revient à son tour si radieuse et si touchante, 
trouve-t-elle nos cœurs accoutumés au don 
ineffable que Jésus nous fit la veille de sa 
Passion? N'entrons-nous pas plutôt comme 
dans une nouvelle possession de cet inépui- 
sable mystère ? Chaque retour des fêtes de 
Marie nous révèle des aspects inattendus sur 
ses grandeurs; et nos saints bien-aimés, lors- 
qu'ils reviennent nous visiter sur le Cycle, 
nous semblent plus beaux que jamais, nous 
les pénétrons mieux, nous sentons plus vive- 
ment le lien qui les rattache à nous. 

Cette puissance rénovatrice de l'Année li- 
turgique, sur laquelle nous insistons en 



xxviij Préface générale.. 

finissant, est un mystère de l'Esprit-Saint, 
qui féconde incessamment l'œuvre qu'il a ins- 
pirée à la sainte Eglise, dans le but de sanc- 
tifier le temps assigné aux hommes pour se 
rendre dignes de Dieu. Admirons aussi, de 
cette sublime dispensation, le progrès qu'elle 
opère dans l'intelligence des vérités de la foi 
et dans le développement de la vie surnatu- 
relle. Il n'est pas un seul point de la doctrine 
chrétienne qui ne soit non seulement énoncé 
dans le cours de l'Année liturgique, mais in- 
culqué avec l'autorité et l'onction que la 
sainte Eglise a su déposer dans son langage 
et dans ses rites si expressifs. La foi du fidèle 
s'éclaire ainsi d'année en année, le sens théo- 
logique se forme en lui; la prière le conduit 
à la science. Les mystères restent mystères ; 
mais leur splendeur devient si vive que l'es- 
prit et le cœur en sont ravis, et nous arri- 
vons à prendre une idée des joies que nous 
apportera la vue éternelle de ces divines 
beautés qui, à travers le nuage, ont déjà pour 
nous un tel charme. 

Et quelle source de progrès pour l'âme du 
chrétien, lorsque l'objet de la foi lui apparaît 
toujours plus lumineux, lorsque l'espérance 
du salut lui est comme imposée par le spec- 
tacle de tant de merveilles que la bonté de 
Dieu a opérées en faveur de l'homme, lors- 
que l'amour s'enflamme en lui sous le souffle 
du divin Esprit, qui a établi la Liturgie 
comme le centre de ses opérations dans les 
âmes ! La formation du Christ en nous l 
n'est-elle pas le résultat de la communion à 

I. Galat. iv, ii . 



Préface générale. 



ses divers mystères, joyeux, douloureux et 
glorieux ? Or, ces mystères passent en nous, 
s'incorporent à nous chaque année, par l'effet 
de la grâce spéciale qu'apporte leur commu- 
nication dans la Liturgie, et l'homme nou- 
veau s'établit insensiblement sur les ruines 
de l'ancien. S'il est besoin que l'impression 
du type divin en nous soit favorisée par un 
rapprochement avec les membres de la fa- 
mille humaine qui l'ont le mieux réalisé, 
l'enseignement pratique et l'encouragement 
ne nous arrivent-ils pas par nos chers Saints 
dont le Cycle est comme étoile ? En les con- 
templant, nous arrivons à connaître la voie 
qui mène au Christ, comme le Christ nous 
offre en lui-même la Voie qui conduit au 
Père. Mais au-dessus de tous les Saints, Ma- 
rie resplendit plus éclatante que tous, offrant 
en elle-même le Miroir de justice, où se 
reflète toute la sainteté possible dans une 
pure créature. 

Enfin, V Année Liturgique, dont nous venons 
de tracer le plan, nous initiera à la plus su- 
blime poésie que l'homme ait pu atteindre 
ici-bas. Non seulement nous obtiendrons par 
elle l'intelligence des chants divins de David 
et des Prophètes, qui sont comme le fond 
de la louange liturgique ; mais le Cycle dans 
son cours ne cessera d'inspirer à la sainte 
Eglise les cantiques les plus beaux, les plus 
profonds, les plus dignes du sujet. Tour à 
tour nous entendrons les diverses races de 
l'humanité, réunies en une seule par la foi, 
épancher leur admiration et leur amour en 
des accents où l'harmonie la plus parfaite 
dans les pensées et les sentiments s'unit à la 



xxx fréface générale: 

variété la plus marquée dans le génie et l'ex 
pression. Nous repoussons, comme il est juste, 
de notre recueil certaines compositions mo- 
dernes, trop souvent imitées d'une littérature 
profane, et qui, n'ayant pas reçu la bénédic- 
tion de la sainte Eglise, ne sont pas destinées 
à vivre toujours; mais nous cueillons dans 
tous les âges les produits du génie liturgi- 
que : pour l'Eglise latine, depuis Séduhus 
et Prudence jusqu'à Adam de Saint-Victor et 
ses émules; pour l'Eglise orientale, depuis 
saint Ephrem jusqu'aux derniers hymnogra- 
phes catholiques de l'Eglise byzantine. La 
poésie ne fera pas plus défaut dans les priè- 
res qui sont rédigées en simple prose caden- 
cée, que dans celles qui se présentent ornées 
d'un rythme régulier. Dans la Liturgie, 
comme dans les Ecriture: Inspirées, elle est 
partout, parce qu'elle seule est à la hauteur 
de ce qui doit être exprimé; et le recueil des 
monuments de la prière publique, en se 
complétant, devient aussi le plus riche dépôt 
de la poésie chrétienne, de celle qui chante 
sur la terre les mystères du ciel et nous pré- 
pare aux cantiques de l'éternité. 

Qu'il nous soit permis, en terminant cette 
Préface générale, de rappeler à nos lecteurs 
eue, dans un travail de la nature de celui-ci, 
1 œuvre de l'écrivain est tout entière sous la 
dépendance du divin Esprit qui souffle où il 
veut 1, et non de l'homme auquel appartient 
tout au plus de planter et d'arroser 2 . Nous 
osons donc supplier les enfants de la sainte 



Préface générale. xxxj 

Eglise qui s'intéressent au retour des tradi- 
tions antiques de la prière, de nous aider de 
leur suffrage auprès de Dieu, afin que notre 
indignité ne soit point un obstacle a l'œuvre 
que nous entreprenons, et que nous sentons 
si fort au-dessus de nos moyens. 

Il ne nous reste plus qu'à déclarer que nous 
soumettons notre œuvre, tant pour le fond 
que pour la forme, au souverain et infaillible 
jugement de la sainte Eglise romaine, qui 
seule garde, avec les secrets de la Prière, les 
Paroles de la vie éternelle. 





5a%/\- : 4i:-, 



LAVENT 

CHAPITRE PREMIER. 



HISTORIQUE DE L AVE NT. 

n donne, dans l'Eglise latine, le 
nom d'Avent * au temps des- 
tiné par l'Eglise à préparer les 
fidèles à la célébration de la 
fête de Noël, anniversaire de 
la Naissance de Jésus-Christ. 
Le mystère de ce grand jour méritait bien 
sans doute l'honneur d'un prélude de prière 
et de pénitence : aussi serait-il impossible 
d'assigner d'une manière certaine l'institu- 
tion première de ce temps de préparation, 
qui n'a reçu que plus tard le nom d'Avent. 




I. Du mot latin Adventus, qui signifie ^Avènement. 



VA vent. 



Il paraît toutefois que cette observance 
aurait commencé d'abord en Occident ; car 
il est indubitable que VA vent n'a pu être af- 
fecté comme préparation à la fête de Noël, 
que depuis que cette fête a été définitivement 
fixée au vingt-cinq décembre : ce qui n'a 
eu lieu pour l'Orient que vers la fin du iv" 
siècle, tandis qu'il est certain que l'Eglise 
de Rome la célébrait en ce jour longtemps 
auparavant. 

ÙAvent doit être considéré sous deux 
points de vue différents : comme un temps 
de préparation proprement dite à la Nais- 
sance du Sauveur par les exercices de la 
pénitence, ou comme un corps d'Offices Ec- 
clésiastiques organisé dans le même but. 
Nous trouvons, dès le v" siècle, l'usage de 
faire des exhortations au peuple pour le 
disposer à la fête de Noël ; il nous reste 
même sur ce sujet deux sermons de saint 
Maxime de Turin, sans parler de plusieurs 
autres attribués autrefois à saint Ambroise 
et à saint Augustin, et qui paraissent être 
de saint Césaire d'Arles. Si ces monuments 
ne nous apprennent point encore la durée 
et les exercices de cette, sainte carrière, nous 
y voyons du moins l'ancienneté de l'usage 
qui marque par des prédications particu- 
lières le temps de VAvent. Saint Yves 
de Chartres, saint Bernard, et plusieurs 
autres docteurs des xi e et xn* siècles, ont 
laissé des sermons spéciaux de Adventu Do- 
viini, totalement distincts des Homélies Do- 
minicales sur les Evangiles de ce temps. Dans 
les Capitulaires de Charles le Chauve, de 
l'an 846, lès Evoques représentent à ce 



Historique de VAvent. 



prince qu'il ne doit pas les retirer de leurs 
Eglises pendant le Carême, ni pendant VA vent, 
sous prétexte des affaires de l'Etat ou de 
quelque expédition militaire, parce qu'ils 
ont des devoirs particuliers à remplir, et 
principalement celui de la prédication, durant 
ce saint temps. 

Le plus ancien document où l'on trouve 
le temps et les exercices de l'Avent précisés 
d'une manière tant soit peu claire, est un 
passage de saint Grégoire de Tours, au 
deuxième livre de son Histoire des Francs, 
dans lequel il rapporte que saint Perpétuus, 
l'un de ses prédécesseurs, qui siégeait vers 
l'an 480, avait statué que les fidèles jeûne- 
raient trois fois la semaine, depuis la fête de 
saint Martin jusqu'à Noël. Par ce règlement, 
saint Perpétuus établissait-il une observance 
nouvelle, ou sanctionnait-il simplement une 
loi établie? C'est ce qu'il est impossible de 
déterminer avec exactitude aujourd'hui. Re- 
marquons du moins cet intervalle de qua- 
rante jours ou plutôt de quarante-trois 
jours, désigné expressément, et consacré par 
la pénitence comme un second Carême , 
quoique avec une moindre rigueur. 

Nous trouvons ensuite le neuvième canon 
du premier Concile de Mâcon, tenu en 582, 
qui ordonne que. durant le même intervalle 
de la Saint-Martin à Noël, on jeûnera les 
lundis, mercredis et vendredis, et qu'on cé- 
lébrera le sacrifice suivant le rite Quadra- 
gésimal. Quelques années auparavant, le 
deuxième Concile de Tours, tenu en 567, 
avait enjoint aux moines de jeûner depuis 
le commencement du mois de décembre jus- 



L'A vent. 



qu'à Noël. Cette pratique de pénitence s'é- 
tendit bientôt à la quarantaine tout entière 
pour les fidèles eux-mêmes; et on lui 
donna vulgairement le nom de Carême de 
saint Martin. Les Capitulaires de Charle- 
magne, au livre sixième, n'en laissent plus 
aucun doute; et Rhaban Maur atteste la 
même chose au livre second de Y Institution 
des Clercs. On faisait même des réjouis- 
sances particulières à la fête de saint Mar- 
tin , en la manière qu'on en fait encore 
aux approches du Carême et à la fète^ de 
Pâques. 

L'obligation de ce Carême, qui, commen- 
çant à poindre d'une manière presque im- 
perceptible, s'était accrue successivement 
jusqu'à devenir une loi sacrée, se relâcha 
insensiblement ; et les quarante jours de la 
Saint-Martin à Noël se trouvèrent réduits 
à quatre semaines. On a vu que la coutume 
de ce jeûne avait commencé en France; 
mais de là elle s'était répandue en Angle- 
terre, comme nous l'apprenons par l'Histoire 
du vénérable Bède ; en Italie, ainsi qu'il 
conste d'un diplôme d'Astolphe, roi des 
Lombards, de l'an y53 ; en Allemagne, en 
Espagne, etc., comme on en peut voir les 
preuves dans le grand ouvrage de Dom 
Martène sur les anciens Rites de ï Eglise. Le 
premier indice que nous rencontrons de 
la réduction de Y A vent à quatre semaines 
se trouve être, dès le ix c siècle, la lettre du 
pape saint Nicolas I er aux Bulgares. Le té- 
moignage de Rathier de Vérone" et d'Abbon 
de Fleury, tous deux auteurs du même siècle, 
sert aussi à prouver que dès lors il était 



Historique de l'A vent. 



grandement question de diminuer d'un tiers 
la durée du jeûne de l'Avent. Il est vrai que 
saint Pierre Damien, au xi e siècle, sup- 
pose encore que le jeûne de l'Avent était de 
quarante jours, et que saint Louis, deux 
siècles après, l'observait encore en cette 
mesure ; mais peut-être ce saint roi le pra- 
tiquait-il ainsi par un mouvement de dévo- 
ïion particulière. 

La discipline des Eglises de l'Occident, 
après s'être relâchée sur la durée du jeûne 
de l'Avent, se radoucit bientôt au point de 
transformer ce jeûne en une simple absti- 
nence; et encore trouve-t-on des Conciles 
dès le xn e siècle, tels que ceux de Sélings- 
tadt, en 1122, et d'Avranches, en 1172, qui 
semblent n'astreindre que les clercs a cette 
abstinence. Le Concile de Salisbury, en 
1 28 1 , paraît même n'y obliger que les moines. 
D'un autre côté, telle est" la confusion sur 
cette matière, sans doute parce que les 
diverses Eglises d'Occident n'en ont pas fait 
l'objet d'une discipline uniforme, que, dans 
sa lettre à l'Evêque de Brague, Innocent III 
atteste que l'usage de jeûner pendant tout 
l'Avent se conservait à Rome de son temps, 
et que Durand, au même xm c siècle, dans 
son Rational des divins Offices, témoigne pa- 
reillement que le jeûne était continuel en 
France durant tout le cours de cette sainte 
carrière. 

Quoi qu'il en soit, cet usage tomba de plus 
en plus en désuétude, en sorte que tout ce 
que put faire, en i3b2,lepape Urbain V pour 
en arrêter la chute complète, ce fut d'obliger 
tous les clercs de sa cour à sarder l'absti- 



L'A vent. 



nence de l'Avent, sans aucune mention du 
jeûne, et sans comprendre aucunement les 
autres clercs, et moins encore les laïques, 
sous cette loi. Saint Charles Borromée cher- 
cha aussi à ressusciter l'esprit, sinon la prati- 
que des temps anciens, chez les peuples du 
Milanais. Dans son quatrième Concile, il en- 
joignit aux curés d'exhorter les fidèles à com- 
munier au moins tous les dimanches du 
Carême et de l'^4 vent, et adressa ensuite à ses 
diocésains eux-mêmes une lettre pastorale, 
dans laquelle, après leur avoir rappelé les 
dispositions avec lesquelles on doit célébrer 
ce saint temps, il faisait instance pour les 
engager à jeûner au moins les lundis, les 
mercredis et les vendredis de chaque semaine 
de l'Avent. Enfin Benoît XIV, encore Arche- 
vêque de Bologne, marchant sur de si glo- 
rieuses traces, a consacré sa onzième Institu- 
tion Ecclésiastique à réveillerdans l'esprit des 
fidèles de son diocèse la haute idée que les 
chrétiens avaient autrefois du saint temps de 
l'Avent, et à combattre un préjugé répandu 
dans cette contrée, savoir que VAvent ne 
regardait que les personnes religieuses, et 
non les simples fidèles. Il montre que cette 
assertion, à moins qu'on ne l'entende sim- 
plement du jeûne et de l'abstinence, est à 
proprement parier téméraire et scandaleuse, 
puisqu'on ne saurait douter qu'il existe, dans 
les lois et les usages de l'Eglise universelle, 
tout un ensemble de pratiques destinées à 
mettre les fidèles dans un état de prépara- 
tion à la grande fête de la Naissance de 
Jésus-Christ. 

L'Eglise grecque observe encore le jeûne 



Historique de T A vent. 



de VA vent, mais avec beaucoup moins de sévé- 
rité que celui du Carême. Il se compose de 
quarante jours, à partir du 14 novembre, jour 
où cette Eglise célèbre la fête de l'Apôtre saint 
Philippe. Pendant tout ce temps, on garde 
l'abstinence de la viande, du beurre, du lait 
et des œufs ; mais on y use de poisson, 
d'huile et de vin, toutes choses interdites 
durant le Carême. Le jeûne proprement dit 
n'est d'obligation que pour sept jours sur les 
quarante ; et tout l'ensemble s'appelle vulgai- 
rement le Carême de saint Philippe. Les Grecs 
justifient ces adoucissements, en disant que le 
Carême de Noël n'est que de l'institution des 
moines, tandis que celui de Pâques est d'ins- 
titution apostolique. 

Mais si les pratiques extérieures de péni- 
tence qui consacraient autrefois le temps de 
l'Avent, chez les Occidentaux, se sont peu à 
peu mitigées, en sorte qu'il n'en reste plus 
maintenant aucun vestige hors des monas- 
tères, l'ensemble de la Liturgie de l'Avent 
n'a pas changé ; et c'est dans "le zèle à s'en 
approprier l'esprit que les fidèles feront 
preuve d'une véritable préparation à la fête 
de Noël. 

La forme liturgique de l'Avent, telle qu'elle 
se garde aujourd'hui dans l'Eglise romaine, 
a souffert quelques variations. Saint Grégoire 
paraît avoir le premier dressé cet office qui 
aurait d'abord embrassé cinq dimanches, 
ainsi qu'on est à même de le voir par les 
plus anciens Sacramentaires de ce grand 
Pape. On peut même dire à ce sujet, d'après 
Amalaire de Metz et Bernon de Richenaw, 
qui sont suivis en cela par Dom Martène et 



L'A vent. 



Benoît XIV, que saint Grégoire semblerait 
être l'auteur du précepte ecclésiastique de 
l'Avent, bien que l'usage de consacrer un 
temps plus ou moins long à se préparer à la 
fête de Noël soit d'ailleurs immémorial, et 
que l'abstinence et le jeûne de ce saint temps 
aient d'abord commencé en France. Saint 
Grégoire aurait déterminé, pour les Eglises 
du rite romain, la forme de l'office durant 
cette espèce de Carême, et sanctionné le 
jeûne qui l'accompagnait, laissant toutefois 
quelque latitude aux'diverses Eglises dans la 
manière de le pratiquer. 

Le Sacramentaire de saint Gélase ne porte 
aucune messe, ni office de préparation à 
Noël ; les premières que l'on rencontre sont 
au Sacramentaire grégorien, et, ainsi que 
nous venons de le cïire, les messes y sont au 
nombre de cinq. Il est remarquable qu'alors 
on comptait ces dimanches à rebours, appe- 
lant premier dimanche celui qui était îe 
plus voisin de Noël, et ainsi des autres. 
Dès les ix e et x e siècles, ainsi qu'on le voit 
par Amalaire, saint Nicolas I er , Bernon de 
Richenaw, Rathierde Vérone, etc., les diman- 
ches étaient déjà réduits à quatre ; c'est aussi 
le nombre que porte le Sacramentaire grégo- 
rien donné par Pamélius, et qui semble 
avoir été transcrit à cette époque. Depuis 
lors, dans l'Eglise romaine, la durée de 
l'Avent n'a pas Varié, et il a toujours consisté 
en quatre semaines, dont la quatrième est 
celle même dans laquelle tombe la fête 
de Noël, à moins que cette fête n'arrive Le 
dimanche. On peut donc assigner déjà à 
l'usage actuel une durée de mille ans, du 



Historique de VA vent. 



moins dans l'Eglise romaine ; car il y a des 

Êreuves que jusqu'au xin e siècle certaines 
glises de France ont gardé l'usage des cinq 
dimanches. 

L'Eglise amhrosienne, aujourd'hui encore, 
compte six semaines dans sa liturgie de 
l'Avent ; le Missel gothique ou mozarabe 
garde la même coutume. Pour l'Eglise 
gallicane, les fragments que Dom Mabillon 
nous a conservés de sa liturgie ne nous ap- 
prennent rien à ce sujet ; mais il est naturel 
de penser avec ce savant homme, dont 
l'autorité est encore fortifiée par celle de 
Dom Martène, que l'Eglise des Gaules suivait 
en ce point, comme dans un grand nombre 
d'autres, les usages de l'Eglise gothique, 
c'est-à-dire que la liturgie de son Avent se 
composait également de six dimanches et de 
six semaines. 

Quant aux Grecs, leurs Rubriques pour le 
temps de l'Avent se lisent dans les Menées, 
après l'office du 14 novembre. Ils n'ont point 
d'office propre de l'Avent, et ne célèbrent 
point pendant ce temps la messe des Présanc- 
tifiés, comme ils le font en Carême. On trouve 
seulement, dans le corps même des offices 
des Saints qui remplissent l'intervalle du i5 
novembre au dimanche le plus proche de 
Noël, plusieurs allusions à la Nativité du 
Sauveur, à la maternité de Marie, à la grotte 
de Bethléhem, etc. Le dimanche qui précède 
Noël, ils font ce qu'ils appellent la Fête des 
saints Aïeux, c'est-à-dire la Commémoration 
des Saints de l'Ancien Testament, pour célé- 
brer l'attente du Messie. Les 20, 21, 22 et 2? 
décembre sont décorés du titre à'Avant-Fète 



10 



VA vent. 



de la Nativité ; et quoique, en ces jours, on 
célèbre encore l'office de plusieurs Saints, le 
mystère de la prochaine Naissance du Sau- 
veur domine toute la Liturgie. 





CHAPITRE II 



MYSTIQUE DE LAVENT. 




i maintenant, après avoirdétaillé 
les caractères qui distinguent le 
temps de l'A vent de tout autre 
temps, nous voulons pénétrer 
dans les profondeurs du mys- 
tère qui occupe l'Eglise à cette 
époque, nous trouvons que ce mystère de VA- 
vènement de Jésus-Christ est à la fois simple 
et triple. Il est simple, car c'est le même Fils 
de Dieu qui vient ; triple, caril vient en trois 
temps et en trois manières. 

« Dans le premier Avènement, dit saint 
a Bernard, au Sermon cinquième sur l'Avent, 
« il vient en chair et infirmité ; dans le 
« second, il vient en esprit et en puissance ; 
« dans le troisième, il vient en gloire et en 
« majesté ; et le second Avènement est le 
« moyen par lequel on passe du premier au 
« troisième. » 

Tel est le mystère de l'Avent. Ecoutons 
maintenant l'explication que Pierre de Blois 



L'A vent, 



va nous donner de cette triple visite du 
Christ, dans son sermon troisième^ Adventu : 
« Ily a trois Avènements du Seigneur, le 
« premier dans la chair, le second dans 
« l'âme, le troisième par le jugement. Le 
« premier eut lieu au milieu de la nuit, 
« suivant ces paroles de l'Evangile : Au 
u milieu de la nuit un cri s'est fait entendre : 
« Voici l'Epoux ! Et ce premier Avènement 
« est déjà passé : car le Christ a été vu sur 
« la terre et a conversé avec les hommes. 
« Nous sommes présentement dans le second 
« Avènement : pourvu toutefois que nous 
« soyons tels qu'il puisse ainsi venir à nous; 
a car il a dit que si nous l'aimons, il viendra 
« à nous et fera sa demeure en nous. Ce second 
« Avènement est donc pour nous une chose 
« mêlée d'incertitude ; car quel autre que 
« l'Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à 
« Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes 
« ravit hors d'eux-mêmes, savent bien quand 
« il vient ; cependant, ils ne savent pas d'où 
« il vient ni où il va. Quant au troisième 
« Avènement, il est très certain qu'il aura 
« lieu ; très incertain quand il aura lieu : puis- 
« qu'il n'est rien de plus certain que la 
a mort, et rien de plus incertain que le jour 
« de la mort. Au moment où l'on parlera de 
« paix et de sécurité, dit le Sage, c'est alors 
c que la mort apparaîtra soudain, comme les 
« douleurs de l'enfantement au sein de la femme, 
« et nul ne pourra fuir. Le premier Avène- 
« ment fut donc humble et caché, le second 
« est mystérieux et plein d'amour, le troisième 
« sera éclatant et terrible. Dans son premier 
« Avènement, le Christ a été jugé par les 



Mystique de l'A vent. 



i3 



« hommes avec injustice ; dans le second, il 
« nous rend justes par sa grâce; dans le 
« dernier, il jugera toutes choses avec équité: 
4( Agneau dans le premier Avènement, Lion 
« dans le dernier, Ami plein de tendresse 
« dans le second l . » 

Les choses étant telles, la sainte Eglise, 
pendant l'Avent, attend avec larmes et impa- 
tience la venue du Christ Rédempteur en son 
premier Avènement. Elle emprunte pour cela 
les expressions enflammées des Prophètes, 
auxquelles elle ajoute ses propres supplica- 
tions. Dans la bouche de l'Église, les soupirs 
vers le Messie ne sont point une pure commé- 
moration des désirs de l'ancien peuple : ils 
ont une valeur réelle, une influence efficace 
sur le grand acte de la munificence du Père 
céleste qui nous a donné son Fils. Dès l'é- 
ternité, les prières de l'ancien peuple et celles de 
l'Eglise chrétienne unies ensemble ont été 
présentes à l'oreille de Dieu; et c'est après 
les avoir toutes entendues et exaucées, qu'il 
a envoyé en son temps sur la terre cette rosée 
bénie qui a fait germer le Sauveur. 

L'Eglise aspire aussi vers le second Avène- 
ment, suite du premier, et qui consiste, comme 
nous venons de le voir, en la visite que 
l'Epoux fait à l'Epouse. Chaque année cet 
Avènement a lieu dans la fête de Noël ; et une 
nouvelle yiaissance du Fils de Dieu délivre la 
société des Fidèles de ce joug de servitude 
que l'ennemi voudrait faire peser sur elle -. 
L'Eglise, durant l'Avent, demande donc d'être 



1. De Adventu, Sermo m. 

2. Collecte du jour de Noël. 



i4 L'A vent. 



visitée par celui qui est son chef et son Epoux, 
visitée dans sa hiérarchie, dans ses membres, 
dont les uns sont vivants et les autres sont 
morts, mais peuvent revivre; entin dans ceux 
qui ne sont point de sa communion, et dans 
les infidèles eux-mêmes, afin qu'ils se conver- 
tissent à la vraie lumière qui luit aussi pour 
eux. Les expressions de la Liturgie que 
l'Eglise emploie pour solliciter cet amoureux 
et invisible Avènement, sont les mêmes que 
celles par lesquelles elle sollicite la venue du 
Rédempteur dans la chair ; car, sauf la pro- 
portion, la situation est la même. En vain 
le Fils de Dieu serait venu, il y a dix- 
huit siècles, visiter et sauver le genre 
humain, s'il ne revenait, pour chacun de 
nous et à chaque moment de notre existence, 
apporter et fomenter cette vie surnaturelle 
dont le principe n'est que de lui et de son 
divin Esprit. 

Mais cette visite annuelle de l'Epoux ne 
satisfait pas l'Eglise; elle aspire après le troi- 
sième Avènement qui consommera toutes 
choses, en ouvrant les portes de l'éternité. 
Elle a recueilli cette dernière parole de l'E- 
poux : Voilà que je viens tout à l'heure l ; et 
elle dit avec ardeur : Vene^, Seigneur Jésus - ! 
Elle a hâte d'être délivrée des conditions du 
temps ; elle soupire après le complément du 
nombre des élus, pour voir paraître sur les 
nuées du ciel le signe de son libérateur et de 
son Epoux. C'est donc jusque-là que s'étend 
la signification des vœux qu'elle a déposés 



Mystique de VA vent. 



dans la Liturgie de l'Avent; telle est l'expli- 
cation de la parole du disciple bien-aimé 
dans sa prophétie : Voici les noces de FA- 
gneau, et V Epousé s'est préparée l . 
• Mais ce jour de l'arrivée de l'Epoux sera en 
même temps un jour terrible. La sainte 
Eglise souvent frémit à la seule pensée des 
formidables assises devant lesquelles compa- 
raîtront tous les hommes. Elle appelle ce jour 
« un jour de colère, duquel David et la Si- 
bylle ont dit qu'il doit réduire le monde en. 
cendres; un jour de larmes et d'épouvante. » 
Ce n'est pas cependant qu'elle craigne pour 
elle-même, puisque ce jour fixera à jamais sur 
son front la couronne d'Epouse ; mais son 
cœur de Mère s'inquiète en songeant qu'alors 

Ï'iusieurs de ses enfants seront à la gauche du 
uge, et que, privés de toute part avec les élus, 
ils seront jetés pieds et mains liés dans ces 
ténèbres où il n'y aura que des pleurs et des 
grincements de dents. Voilà pourquoi, dans la 
Liturgie de l'Avent, l'Eglise s'arrête si souvent 
à montrer l'Avènement du Christ comme un 
Avènement terrible, et choisit dans les Ecri- 
tures les passages les plus propres à réveiller 
une terreur salutaire dans l'âme de ceux de 
ses enfants qui dormiraient d'un sommeil de 
péché. 

Tel est donc le triple mystère de l'Avent. 
Or, les formes liturgiques dont il est revêtu, 
sont de deux sortes : les unes consistent dans 
les prières, lectures et autres formules, où 
la parole elle-même est employée à rendre 
les sentiments que nous venons d'exposer ; 

i. Apec. XIX, 7. 



16 L'A vent. 



les autres sont des rites extérieurs propres à 
ce saint temps, et destinés à compléter ce 
qu'expriment les chants et les paroles. 

Remarquons d'abord le nombre des jours 
de l'Avent. La quarantaine est la première 
forme qu'ait adoptée l'Eglise pour cette pé- 
riode ; et cette forme est restée dans le rite 
Ambrosien et chez les Orientaux. Si, plus 
tard, l'Eglise romaine et celles qui la suivent 
l'ont abandonnée, le quaternaire n'en est pas 
moins exprimé dans les quatre semaines qui 
ont été substituées aux quarante jours. La 
nouvelle Naissance du Rédempteur a lieu 
après quatre semaines, comme la première 
Naissance eut lieu après quatre mille années, 
selon la supputation de l'Hébreu et de la 
Yulgate. 

Au temps de l'Avent comme en celui du 
Carême, les' Noces sont suspendues, afin 
que les joies humaines ne viennent pas dis- 
traire les chrétiens des pensées graves que 
doit leur inspirer l'attente du souverain Juge, 
ni les amis de l'Epoux l de l'espérance qu v ils 
nourrissent chèrement d'être bientôt con- 
viés aux Noces de l'éternité. 

Les yeux du peuple sont avertis de la 
tristesse qui préoccupe le cœur de la sainte 
Eglise par la couleur de deuil dont elle se 
couvre. Hors les fêtes des Saints, elle ne 
revêt plus que le violet ; le Diacre dépose la 
Dalmatique, et le Sous-Diacre la Tunique. 
Autrefois même, on usait de la couleur noire 
en plusieurs lieux, comme à Tours, au Mans, 
etc. Ce deuil de l'Eglise marque avec quelle 



i. Johan. m, 29. 



Mystique de VA vent. ij 

vérité elle s'unit aux vrais Israélites qui at- 
tendaient le Messie sous la cendre et le cilice, 
et pleuraient la gloire de Sion éclipsée et 
« le sceptre ôté de Juda, jusqu'à ce que 
« vienne celui qui doit être envoyé, et qui est 
« l'attente des nations l . » Il signifie encore les 
œuvres de la pénitence, par lesquelles elle 
se prépare au second Avènement plein de 
douceur et de mystère, qui a lieu dans les 
cœurs, en proportion de ce qu'ils se mon- 
trent touchés de la tendresse que leur té- 
moigne cet Hôte divin qui a dit : Mes déli- 
ces s^ont d'être avec les enfants des hommes -. 
Il exprime enfin la désolation de cette veuve 
attendant l'Epoux qui tarde à paraître. Elle 
gémit sur la montagne, comme la tourte- 
relle, jusqu'à ce que la voix se fasse enten- 
dre qui dira : « Viens du Liban, mon 
« Epouse; viens pour être couronnée, car tu 
« as blessé mon cœur 3 ». 

Pendant l'Avent, l'Eglise suspend aussi, 
excepté aux Fêtes des Saints, l'usage du 
Cantique Angélique : Gloria in excelsis Deo, 
et in terra pax hominibus bonœ voluntatis. 
En effet, ce chant merveilleux ne s'est fait 
entendre qu'en Bethléhem sur la crèche de 
l'Enfant divin ; la langue des Anges n'est 
donc pas déliée encore ; la Vierge n'a pas 
déposé son divin fardeau ; il n'est pas temps 
de chanter, il n'est pas encore vrai de dire : 
Gloire à Dieu au plus haut des deux ! sur la 
terre, paix aux hommes de bonne volonté ! 



1. Gen. xlix. IO. 

2. Prov. vm, 3i. 

3. Cant. v, 8. 



j 8 VA vent. 



De même, à la fin du Sacrifice, la voix du 
Diacre ne fait plus entendre ces paroles 
solennelles qui congédient rassemblée des 
fidèles : Ite, Missa est. Il les remplace par cette 
exclamation ordinaire : Benedicamus Domino ! 
comme si l'Eglise craignait d'interrompre les 
prières du peuple, qui ne sauraient être trop 
prolongées en ces jours d'attente. 

A l'Office de la Nuit, la sainte Eglise re- 
tranche aussi, dans les mêmes jours, l'hymne 
de jubilation, Te Deum îaudamus. C'est 
dans l'humilité qu'elle attend le bienfait 
souverain, et, durant cette attente, elle ne 
peut que demander, supplier, espérer. Mais 
à l'heure solennelle, quand, au milieu des 
ombres les plus épaisses, le Soleil de justice 
viendra à se lever tout à coup, elle retrou- 
vera sa voix d'action de grâces; et le silence 
de la nuit fera place, par toute la terre, à 
ce cri d'enthousiasme : « Nous vous louons, 
« 6 Dieu ! Seigneur, nous vous célébrons ! O 
« Christ! Roi de gloire, Fils éternel du Père! 
« pour la délivrance de l'homme, vous n'avez 
« point eu horreur du sein d'une faible 
« Vierge ». 

Dans les jours de Férié, avant de conclure 
chaque heure de l'Office, les Rubriques de 
l'Avent prescrivent des prières particulières 
qui doivent se faire à genoux; le chœur doit 
aussi se tenir dans la même posture, aux 
mêmes jours, durant une partie considéra- 
ble de la Messe. Sous ce rapport, les usages 
de l'Avent sont totalement identiques à ceux 
du Carême. 

Toutefois, il est un trait spécial qui distin- 
gue ces deux temps : c'est que le chant de 



Mystique de l'A vent. tq 

l'allégresse, le joyeux Alléluia, n'est pas sus- 
pendu durant l'Avent, si ce n'est aux jours 
de Férié. A la messe des quatre dimanches, 
on continue de le chanter; et il forme con- 
traste avec la couleur sombre des ornements. 
Il est même un de ces dimanches, le troi- 
sième, où l'orgue retrouve sa grande et mélo- 
dieuse voix, et où la triste "parure violette 
peut un moment faire place à la couleur 
rose. Ce souvenir des joies passées, qui se re- 
trouve ainsi au fond des saintes tristesses de 
l'Eglise, dit assez que, tout en s'unissant à 
l'ancien peuple pour implorer la venue du 
Messie, et payer ainsi la grande dette de 
l'humanité envers la justice et la clémence 
de Dieu, elle n'oublie cependant pas que 
l'Emmanuel est déjà venu pour elle, qu'il est 
en elle, et qu'avant même qu'elle ait ouvert 
la bouche pour demander le salut, elle est 
déjà rachetée et marquée pour l'union éter- 
nelle. Voilà pourquoi V Alléluia se mêle à 
ses soupirs, pourquoi sont empreintes en 
elle toutes les joies et toutes les tristesses, en 
attendant que la joie surabonde à la douleur, 
en cette nuit sacrée qui sera plus radieuse 
que le plus brillant des jours. 





CHAPITRE III. 



PRATIQUE DE L AVENT. 




i la sainte Eglise, notre mère, 
passe le temps de l'Avent dans 
cette solennelle préparation au 
triple Avènement de Jésus- 
Christ ; si, à l'exemple des 
vierges sages, elle tient sa 
lampe allumée pour l'arrivée de l'Epoux, 
nous qui sommes ses membres et ses enfants, 
nous devons participer aux sentiments qui 
l'animent, et prendre pour nous cet avertis- 
sement du Sauveur : « Que vos reins soient 
« ceints d une ceinture comme ceux des 
« voyageurs ; que des flambeaux allumés 
« brillent dans vos mains ; et soyez sembla- 
s bles à des serviteurs qui attendent leur maî- 
« tre i ». En erîét, les destinées de l'Eglise 
sont les nôtres; chacune de nos âmes est, de 
la part de Dieu, l'objet d'une miséricorde, 



I. Luc. xii, 35. 



Pratique de l'A vent. 



d'une prévenance, semblables à celles dont il 
use à l'égard de l'Eglise elle-même. Elle 
n'est le temple de Dieu, que parce qu'elle est 
composée de pierres vivantes; elle n'est l'E- 
pouse, que parce qu'elle est formée de tou- 
tes les âmes qui sont conviées à l'éternelle 
union. S'il est écrit que le Sauveur s'est ac- 
quis V Eglise -par son sang l , chacun de nous 
peut dire en parlant de soi-même, comme 
saint Paul : Le Christ m'a aimé et s'est livré 
pour moi 2 = Les destinées étant donc les 
mêmes, nous devons nous efforcer, durant 
l'Avent, d'entrer dans les sentiments de pré- 
paration dont nous venons de voir que l'E- 
glise elle-même est remplie. 

Et d'abord, c'est pour nous un devoir de 
nous joindre aux Saints de l'ancienne Loi 
pour demander le Messie, et d'accomplir 
ainsi cette dette du genre humain tout entier 
envers la divine miséricorde. Afin de nous 
animer à remplir ce devoir, transportons- 
nous, par la pensée, dans le cours de ces 
quatre mille ans, représentés par les quatre 
semaines de l'Avent, et songeons à ces ténè- 
bres, à ces crimes de tout genre au milieu 
desquels l'ancien monde s'agitait. Que notre 
cœur sente vivement la reconnaissance qu'il 
doit à celui qui a sauvé sa créature de la 
mort, et qui est descendu pour voir de plus 
près et partager toutes nos misères, hors le 
péché. Qu'il crie, avec l'accent de la détresse 
et de la confiance, vers Celui qui voulut sau- 
ver l'œuvre de, ses mains, mais qui veut aussi 



i. Act. xx. 28 
2. Gai. 11, 20. 



L'Avent. 



que l'homme demande et implore son salut. 
Que nos désirs et notre espérance s'épan- 
chent donc dans ces ardentes supplications 
des anciens Prophètes, que l'Eglise nous met 
à la bouche en ces jours d'attente; prêtons 
nos cœurs, dans toute leur étendue, aux sen- 
timents qu'ils expriment. 

Ce premier devoir étant rempli, nous son- 
gerons à l'Avènement que le Sauveur veut 
taire en notre cœur : Avènement, comme 
nous avons vu, plein de douceur et de mys- 
tère, et qui est la suite du premier, puisque 
le bon Pasteur ne vient pas seulement visiter 
le troupeau en général, mais qu'il étend sa 
sollicitude à chacune des brebis, même à la 
centième qui s'était perdue. Or, pour bien 
saisir tout cet ineffable mystère, il faut se 
rappeler que, comme nous ne pouvons être 
agréables à notre Père céleste qu'autant qu'il 
voit en nous Jésus-Christ, son Fils, ce Sau- 
veur plein de bonté daigne venir en chacun 
de nous, et, si nous y voulons consentir, 
nous transformer en lui, en sorte que nous 
ne vivions plus de notre vie, mais de la 
sienne. Et tel est le but du Christianisme 
tout entier, de diviniser l'homme par Jésus- 
Christ : telle est la tâche sublime imposée à 
l'Eglise. Elle dit aux Fidèles avec saint Paul : 
«. Vous êtes mes petits enfants : car je vous 
« donne une seconde naissance, afin que 
« Jésus-Christ soit formé en vous •. » 

Mais de même que, dans son apparition 
en ce monde, le divin Sauveur s'est d'abord 
montré sous la forme d'un faible enfant, 



I. Gai. îv, 19. 



Pratique de l'A vent. 2 3 

avant de parvenir à la plénitude de l'âge par- 
fait qui était nécessaire pour que rien ne 
manquât à son sacrifice, il tend à prendre en 
nous les mêmes développements. Or, c'est 
à la fête de Noël qu'il aime à naître dans les 
âmes, et qu'il répand par toute son Eglise 
une grâce de Naissance, à laquelle, il est vrai, 
tous ne sont pas fidèles. 

Car voici la situation des âmes à l'appro- 
che de cette ineffable solennité. Les unes, et 
c'est le petit nombre, vivent avec plénitude 
de la vie du Seigneur Jésus qui est en elles, 
et aspirent à chaque heure après l'accroisse- 
ment de cette vie. Les autres, en plus grand 
nombre, sont vivantes, il est vrai, parla pré- 
sence du Christ; mais elles sont malades et 
languissantes, faute de désirer le progrès de 
cette vie divine; car leur charité s'est refroi- 
die l . Le reste des hommes ne jouit point de 
cette vie, et ils sont dans la mort ; car le 
Christ a dit : Je suis la vie 2 . 

Or, dans les jours de l'Avent, le Sauveur 
s'en va frappant à la porte de toutes ces 
âmes, tantôt d'une manière sensible, tantôt 
d'une manière cachée. Il vient leur deman- 
der si elles ont place pour lui, afin qu'il 
naisse en elles. Mais, quoique la maison 
qu'il réclame soit à lui, puisqu'il l'a bâtie et 
la conserve, il s'est plaint que les siens ne 
Vont pas voulu recevoir 3 ; au moins le grand 
nombre d'entre eux. « Quant à ceux qui l'ont 
« reçu, il leur a donné de devenir fils de 



i. Apoc. ii, 4. 

2. JOHAN. XIV. 6. 

3. Ibid. 1, il. 



1 

24 L'A vent. 



« Dieu, et non plus enfants de la chair et du 
g ; . » 

Préparez-vous donc à le voir naître en 
vous plus beau, plus radieux, plus fort 
encore que vous ne l'avez connu, 6 vous, 
âmes fidèles qui le gardez en vous comme 
un dépôt chéri, et qui, dès longtemps, n'avez 
point d'autre vie que sa vie, "d'autre cœur 
que son cœur, d'autres œuvres que ses 
œuvres. Sachez démêler, dans- les paroles 
de la sainte Liturgie, ces mots cachés qui 
vont à votre amour, et qui charmeront le 
cœur de l'Epoux. 

Dilatez vos portes pour le recevoir dans 
sa nouvelle entrée, vous qui déjà l'aviez en 
vous, mais sans le connaître ; qui le possé- 
diez, mais sans le goûter. Il revient avec 
une nouvelle tendresse ; il a oublié vos dé- 
dains ; il veut renouveler toutes choses '-. Faites 
place à l'Enfant divin ; car il voudra croître 
en vous. Le moment approche : que votre 
cœur donc se réveille ; et dans la crainte 
que le sommeil ne vous ait surpris quand 
il passera, veillez et chantez. Les paroles de 
la liturgie sont aussi pour vous ; car elles 
parlent de ténèbres que Dieu seul peut dis- 
siper. Je plaies que sa bonté seule peut 
guérir, de langueurs qui ne cesseront que 
p^r sa vertu. 

Et vous . Chrétiens pour qui la bonne 

j nouvelle est comme si elle n'était pas, parce 

que vos cœurs sont morts par le péché ; soit 

que cette mort vous retienne dans ses liens 



i. Johan. I. I 2-l3. 
2. Apoc. xxi, 5. 



Pratique de l'A vent. 2 5 

depuis longues années, soit que la blessure 
qui l'a causée ait été plus récemment portée 
à votre âme : voici venir celui qui est la vie. 
« Pourquoi donc voudriez-vous mourir ? Il 
« ne veut pas la mort du pécheur, mais bien 
« qu'il se convertisse et qu'il vive '. » La 
grande Fête de sa Naissance sera un jour de 
miséricorde universelle pour tous ceux qui 
voudront bien lui donner entrée. Ceux-là 
recommenceront à vivre avec lui ; toute 
autre vie antérieure sera abolie, et la grâce 
surabondera, là même où avait abondé l'ini- 
quité -. 

Que si la tendresse, la douceur de cet 
Avènement mystérieux ne vous séduisent 
pas, parce que votre cœur appesanti ne 
saurait encore comprendre la confiance, 
parce que, ayant longtemps avalé l'iniquité 
comme l'eau, vous ne savez ce que c'est que 
d'aspirer par l'amour aux caresses d'un père 
dont vous aviez méprisé les invitations; 
songez à l'Avènement plein de terreur, qui 
suivra celui qui s'accomplit silencieusement 
dans les âmes. Entendez les craquements de 
l'univers à l'approche du Juge redoutable ; 
voyez les cieux s'enfuir devant lui, et se rou- 
ler comme un livre à sa vue 3 ; soutenez, si 
vous pouvez, son aspect, ses regards étince- 
lants; regardez sans frémir le glaive à deux 
tranchant? qui s'élance de sa bouche 4 ; 
écoutez enfin ces cris lamentables : Mon- 



i. Ezech. xvni, 3t. 

2. Rom. v, 29. 

3. Apoc. vi, 14. 

4. Ibid. I, 16. 



2 6 L'A vent. 



tagnes, tombe^ sur nous ; rochers, couvrej- 
nous. dérobez-nous sa vue effrayante ! ! Ces 
cris sont ceux que feront entendre, en vain, 
les âmes infortunées qui n'ont pas su con- 
naître le tetnps de la visite -. Pour avoir 
fermé leur cœur à cet Homme-Dieu qui 
pleura sur elles, tant il les aimait ! elles 
descendront vivantes dans ces ardeurs éter- 
nelles, dont la flamme est si vive qu'elle 
dévore le germe de la terre et les fondements 
les plus cachés des montagnes 3 . C'est laque 
l'on sent le ver éternel d'un regret qui ne 
meurt jamais 4 . 

Que ceux-là donc que n'attendrit pas la 
douce nouvelle de l'approche du céleste 
Médecin, du généreux Pasteur qui donne sa 
vie pour ses orebis, méditent pendant l'Avent 
sur l'affreux et pourtant incontestable mys- 
tère de la Rédemption rendue inutile par le 
relus que l'homme fait trop souvent de s'as- 
socier à son propre salut. Qu'ils sondent 
leurs forces, et s'ils dédaignent V Enfant 
qui va naître 5 , qu'ils voient s'ils seront en 
mesure de lutter avec le Dieu fort, au jour 
où il viendra non plus sauver, mais juger. 
Pour le connaître de plus près, ce Juge 
devant qui tout doit trembler, qu'ils interro- 
gent la sainte Liturgie : là, ils apprendront 
à le craindre. 

Au reste, cette crainte n'est pas seulement 



i. Lie. xxiu, 3o. 

2. Ibid. xix. 44. 

3. Deut. xxxii. 22. 

4. Marc. ix. 43. 

5. 1s. ix. 6. 



Pratique de VA vent. 27 

le propre des pécheurs, elle est un sentiment 
que tout chrétien doit éprouver. La crainte, 
si elle est seule, fait l'esclave ; si elle balance 
l'amour, elle convient au fils coupable, qui 
cherche le pardon de son père qu'il a irrité ; 
même quand c'est l'amour qui la chasse 
dehors *, elle revient parfois comme un éclair 
rapide ; et jusqu'en ses fondements le cœur 
fijèle en est heureusement ébranlé. Il sent 
alors se réveiller le souvenir de sa misère et 
de la gratuite miséricorde de l'Epoux. Nul 
ne doit donc se dispenser, dans le saint temps 
de l'Avent, de s'associer aux pieuses terreurs à 
de l'Eglise qui, tout aimée qu'elle est, dit 
chaque jour, dans l'Office de Sexte : Perc&f 
ma chair, Seigneur, de Vaiguillon de votre 
crainte! Mais cette partie de la Liturgie sera 
utile surtout à ceux qui commencent à se 
donner au service de Dieu. 

De tout ceci, on doit conclure que l'Avent 
est un temps principalement consacré aux 
exercices de la Vie Purgative ; ce qui est 
signifié par cette parole de saint Jean- Baptiste, 
que l'Eglise nous répète si souvent dans ce 
saint temps : Prépare^ la voie du Seigneur ! 
Que chacun donc travaille sérieusement à 
aplanir le sentier par lequel Jésus-Christ 
entrera dans son âme. Que les justes, suivai.t 
la doctrine de l'Apôtre, oublient ce qu'ils ont 
fait dans le passé 2 , et travaillent sur de nou- { 
veaux frais. Que les pécheurs se hâtent de 
rompre les liens qui les retiennent, de briser 
les habitudes qui les captivent : qu'ils affai- 

1. Johan. iv, 18, 

2. Phil. m, i3- 



2 S L'A vent. 



Missent la chair, et commencent le dur 
travail de la soumettre à l'esprit ; qu'ils prient 
surtout avec l'Eglise ; et quand le Seigneur 
viendra, ils pourront espérer qu'il ne fran- 
chira pas le seuil de leur porte, mais qu'il 
entrera; car il a dit, en parlant de tous: 
( Voici que je suis à la porte et que je frappe; 
« si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre, 
« j'entrerai chez lui '. ». 





CHAPITRE IV 




PRIERES DU MATIN ET DU SOIR 
AU TEMPS DE l'aVE.NT. 

j9u temps de l'Avent, le chrétien, 
1 dès son réveil, s'unira à la 
sainte Eglise qui, dans l'Office 
des Matines, vient de faire 
entendre ces paroles solennel- 
les par la bouche des serviteurs 
et servantes de Dieu, dont les chants ont 
interrompu le silence de la nuit par la di- 
vine Psalmodie. 

LE Roi qui doit venir, le I p EGEM venturum Domi- 
Seigneur, venez, adorons- lv num, venhe. adore- 
le! | mus. 

Il adorera profondément ce souverain Roi 
dont la venue est proche, et il accomplira 
sous cette impression les premiers actes 
intérieurs et extérieurs de religion qui doi- 
vent ouvrir sa journée. Le moment étant 
venu de faire la Prière du Matin, il pourra 



3o 



L'A vent. 



Fuiser en cette manière, dans les prières de 
Eglise elle-même, la forme de ses senti- 
ments. 



PRIERE DU MATIN. 

D'abord, la louange et l'adoration 'à 
très sainte Trinité : 



La 



*B E t N , 



ENEDICAMUS Pa- 
trein et Filium. 
cura Sancto Spiritu. 

K,. Laudemus et super- 
exaltemuseum in saecula. 

f. Gloria Patri, et Fi- 
lio, et Spiritui Sancto. 

K. Sicut erat in princi- 
pio, et nunc et semper, et 
in sjecuîa saeculorum. 
Amen. 



>-B*i 



enissons Dieu . le 
Père, le Fils et le 
Saint-Esprit : 

R\ Louons-le et exaltons-le 
dans tous les siècles. 

f. Gloire au Père, et au 
Fils, et au Saint-Esprit; 

K.. Comme il était au com- 
mencement, et maintenant et 
toujours, et dans les siècles 
des siècles. Amen. 



Puis, la louange à Jésus-Christ, notre 
Sauveur : 

♦ T\J ous vous adorons, ô 
*"1> Christ ! et nous vous 

bénissons. 

R. Parce que, par votre 

Croix, vous avez racheté le 

monde. 



- \ D O R A M U S te , 

w ' ** Christe, etbene- 
dicimus tibi. 

K> Quia per Crucem 
tuam redemisti mundum. 



Ensuite, l'invocation au Saint-Esprit : 



\7eni, Sancte Spiritus, 
* reple tuorum corda 
fidelium, et tui amoris in 
eis ignem accende. 



Venez, Esprit-Saint, rem- 
plissez les cœurs de vos 
fidèles, et allumez en eux le 
feu de votre amour. 



Après ces actes fondamentaux, on récitera 
l'Oraison Dominicale, demandant à Dieu, 



Prière du Matin. 



3i 



Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qu'il 
veuille bien glorifier son saint Nom sur la 
terre en y envoyant son Fils, qui établira 
le Royaume de Dieu ; et qu'il daigne nous 
donner ce Sauveur qui est notre Pain, et qui 
nous obtiendra le pardon de nos offenses par 
sa médiation si longtemps attendue ; enfin 
nous délivrer du péché, qui est le souverain 
mal. 

l'oraison dominicale. 



Pater noster, qui es 
incœlis, sanctificetur 
nomen tuum : adveniat 
regnum tuum : fiât volun- 
tas tua sicut in cœlo, et 
in terra. Panem nostrum 
quotidianum da nobis ho- 
die : et dimitte nobis dé- 
bita nostra, sicut et nos 
dimittimus debitoribus 
nostris : et ne nos indu- 
cas in tentationem ; sed 
libéra nos a malo. Amen. 



Notre Père, qui êtes aux 
cieux, que votre Nom 
soit sanctifié ; que votre règne 
arrive ; que votre volonté soit 
faite sur la terre comme au 
ciel; donnez-nous aujour- 
d'hui notre Pain quotidien ; 
pardonnez-nous nos offenses, 
comme nous pardonnons à 
ceux qui nous ont offensés ; 
et ne nous laissez pas suc- 
comber à la tentation; mais 
délivrez-nous du mal. Ainsi 
soit-il ! 

On adressera ensuite la Salutation de 
l'Ange à Marie qui, dans ces saints jours, 
est véritablement pleine de grâce, possé- 
dant dans ses chastes entrailles celui qui est 
l'auteur de toute grâce. Le Seigneur, fruit 
de son sein, est avec elle ; et déjà on peut 
lui donner le titre sublime et incommuni- 
cable de Mère de Dieu. 

LA SALUTATION ANGELIQUE. 
1 E vous salue, Marie, pleine \ A ve, Maria 



de grâce ; le Seigneur est 
avec vous ; vous êtes bénie 



A VE ! 

f\ plena 



i gratia 

Dominus 

benedicta tu in 






L'A vent. 



mulieribus , et bene- 
dictus fructUS ventris lui. 
Jésus. 

Sancta Maria. Mater 
Dei. ora pro nobis pecca- 
toribus. nunc et in hora 
mortis nostrœ. Amen. 



entre toutes le» femmes, et 
Jésus, le fruit de vos entrailles, 
est béni. 

Sainte Marie, Mère de 
Dieu, priez pour nous pauvres 
pécheurs, maintenant et à 
l'heure de notre mort. Ainsi 
soit-il ! 

Il faut ensuite réciter le Symbole de la 
Foi, en prononçant avec une attention par- 
ticulière ces paroles : Qui a été conçu du Saint- 
Esprit, adorant le Sauveur encore caché au 
sein de Marie. 



LE SYMBOLE DES APOTRES. 



CREDO in Deum, Pa- 
trem omnipotentem. 
creatorem cœli et terra;. 
Et in Jesum Christum 
Filium ejus unicum, Do- 
minum nostrum : qui 
conceptus est de Spiritu 
Sancto, natus ex Maria 
Virgine, passussub Pon- 
tio Pilato, crucifixus, 
mortuus, et sepultus : 
descendit ad inferos, ter- 
tia die resurrexit a mor- 
tuis : ascendit ad ccelos, 
sedet ad dexteram Dei 
Patris omnipotentis : 
inde venturus est judi- 
care vivos et mortuos. 

Credo in Spiritum 
Sanctum. sanctam Eccle- 
siam Catholicam. Sanc- 
torum communionem . 
remissionem peccatorum, 
carnis resurrectionem, 
vitam aeternam. Amen. 



JE crois en Dieu. le Père 
tout-puissant, créateur du 
ciel et de la terre. Et en Jésus- 
Christ, son Fils unique, 
notre Seigneur, qui a été con- 
çu du Saint-Esprit, est né de 
la Vierge Marie, a souffert 
sous Ponce-Pilate, a été cru- 
cifié, est mort et a été ense- 
veli ; est descendu aux enfers, 
le troisième jour est ressuscité 
des morts, est monté aux 
cieux. est assis à la droite de 
Dieu, le Père tout-puissant, 
d'où il viendra juger les 
vivants et les morts. 



Je crois au Saint-Esprit, 
la sainte Eglise catholique, 
la communion des Saints, la 
rémission des pèches, la 
résurrection de la chair, la 
vie éternelle. Amen. 



Prière du Matin. 



3 3 



Après la Profession de Foi, on s'efforcera 
d'entrer dans des sentiments de pénitence au 
souvenir des péchés qu'on a commis, et on 
s'excitera à la reconnaissance envers le divin 
Agneau qui vient nous sauver, et à la terreur 
de son dernier Avènement, en disant avec 
l'Eglise, dans l'office des Laudes de ce temps : 



LA voix du Précurseur 
retentit avec éclat ; elle 
dévoile l'obscurité des figures. 
Que les songes s'évanouis- 
sent ; le Christ va se lever à 
l'horizon. 

Que l'âme engourdie se 
réveille enfin : un nouvel astre 
va briller, qui fera disparaître 
tous les crimes. 



L'Agneau va descendre du 
ciel et remettre gratuitement 
la dette ; joignons nos cris 
et nos larmes pour obtenir le 
pardon. 



Afin qu'au jour où. pour la 
seconde fois, il apparaîtra et 
remplira l'univers d'épou- 
vante, il n'ait point à nous 
punir de nos crimes, mais 
plutôt à nous protéger de sa 
miséricorde. 

Louange, honneur, puis- 
sance et gloire à Dieu le Père 



EN clara vox redarguit, 
Obscura quaeque per- 
sonans ; 
Procul fugentur somnia : 
Ab alto Jésus promicat. 



Mens jam resurgat tor- 
pida. 
Non amplius jacens humi : 
Sidus refulget jam 

novum, 
Ut tollat omne noxium. 

En Agnus ad nos mit- 

titur 
Laxare gratis debitum : 
Omnes simul cum lacry- 

mis. 
Precemur indulgentiam. 

Ut cum secundo ful- 

serit, 
Metuque mundum cin- 

xerit. 
Non pro reatu puniat, 
Sed nos pius tune prote- 

gat. 

Virtus, honor, laus. 
gloria 



34 



VA vent. 



Deo Patri cum Filio, 
Sancto simul Paraclito, 
In saeculorum saecula. 
Amen. 



et à son Fils, ainsi qu'au 
saint Consolateur, dans les 
siècles des siècles. 
Amen. 



Puis on confessera humblement ses 
péchés, en se servant pour cela de la formule 
générale usitée dans l'Eglise. 



LA CONFESSION DES PECHES. 

JE confesse à Dieu tout 
P 



Confiteor Deo omni- 
potenti, beatœ Ma- 
rine semper Yirgini . 
beato Michaeli Archan- 
gelo, beato Joanni Bap- 
tistœ, sanctis Apostolis 
Petro et Paulo, et omni- 
bus Sanctis, quia pec- 
cavi nimis cogitatione. 
verbo, et opère : mea 
culpa, mea culpa, mea 
maxima culpa. Ideo pre- 
cor beatam Mariam 
semper Virginem, bea- 
tum Michaelem Archan- 
gelum. beatum Joannem 
Baptistam. sanctos Apos- 
tolos Petrum et Pau- 
Ium, et omnes Sanctos, 
orare pro me ad Domi- 
num Deum nostrum. 

Misereatur nostri om- 
nipotens Deus, et dimis- 
sis peccatis nostris, per- 
ducat nos ad vitam œter- 
nam. Amen. 

Indulgentiam, absolu- 
tionem, et remissionem 
peccatorum nostrorum 
tribuat nobis omnipotens 
et misericors Dominus. 
Amen. 



puissant, à la bienheureuse 
Marie toujours Vierge, à 
saint Michel Archange, à 
saint Jean-Baptiste, aux Apô- 
tres saint Pierre et saint 
Paul, et à tous les Saints, 
que j'ai beaucoup péché, en 
pensées, en paroles et en 
œuvres : par ma faute, par 
ma faute, par ma très grande 
faute. C'est pourquoi je sup- 
plie la bienheureuse Marie 
toujours Vierge, saint Michel 
Archange, saint Jean-Bap- 
tiste, les Apôtres saint Pierre 
et saint Paul, et tous les 
Saints, de prier pour moi 
le Seigneur notre Dieu. 



Que le Dieu tout-puissant 
ait pitié de nous ; qu'il nous 
pardonne nos péchés et nous 
conduise à la vie éternelle. 
Ainsi suit-il ! 

Que le Seigneur tout-puis- 
sant et miséricordieux nous 
accorde l'indulgence, l'abso- 
lution et la rémission de nos 
péchés. Ainsi soit-il ! 



Prière du Matin. 35 

Ici, on pourra faire la Méditation, si l'on 
est dans l'usage de ce saint exercice. Elle 
doit principalement porter, durant l'Avent, 
sur la destruction des obstacles qui, en nous, 
s'opposent à l'entrée et au règne de Jésus- 
Christ. L'amour des sens, la cupidité, l'orgueil, 
cette triple concupiscence que saint Jean nous 
dénonce dans sa première Epître, doivent 
être vaincus pour que la préparation de 
notre cœur soit suffisante. Et comme le 
principe de toute Oraison, ou Méditation, est 
dans la considération de notre Seigneur, il 
faut, durant l'Avent, le contempler dans le 
sein de Marie où il est caché, nous donnant, 
dans cet état d'abaissement, les leçons les 
plus énergiques de dévouement à la gloire 
de son Père, d'obéissance aux décrets divins 
et d'humilité, et aussi le plus éclatant témoi- 
gnage de son amour pour nous. Il sera 
facile de déduire de cette considération les 
motifs et les affections qui nous porteront 
à briser nos liens. Que si elle ne produisait 
point assez d'impression, il serait nécessaire 
de se représenter Jésus-Christ comme Juge, 
dans tout l'éclat terrible de sa majesté.'et 
dans toute la rigueur de ses inévitables ven- 
geances. 

La Méditation étant achevée, et même 
dans le cas où l'on eût été empêché de la 
faire, on demandera à Dieu par les prières 
suivantes la grâce d'éviter toute sorte de 
péchés, durant la journée qui commence, di- 
sant toujours avec l'Eglise : 

i. ç EIGNEUR , exaucez I « p. OMINE, exaudi 
*' O ma prière ; y ' \J orationem 

I meam ; 



û. là clamor meus ad I i^. Et que mon cri 
te reniât. I vienne jusqu'à vous. 

ORAISON. 



par- 



», per 

aeculo- 



Domine. Deus omni- 
potens, qui ad princi- 
pium hujus diei nos per- 
venire fecisti, tua nos 
hodie salva virtute, ut 
in hac die ad nullum de- 
clinemus peccatum, sed 
semperad tuam justitiam 
faciendam nostra procé- 
dant eloquia, dirigantur 
cogitationes et opéra. 
Per Dominum nostrum 
Jesum Christum Filium 
tuum. qui tecum vivit et 
régnât in unitate Spiri 
tus Sancti, Deus, per 
omnia saecula saec 
ru m. Amen. 

On implorera ensuite le 
pour bien faire toutes les 
journée, disant trois fois : 

j, T-\ EL's. in adju- 

' ' LJ torium meum 
intende. 

h,. Domine, ad adju- 
vandum me festina. 

y. Deus, in adjuto- 
rium meum intende. 

u. Domine, ad adju- 
vandum me festina. 

y. Deus, in adjutorium 
meum intende. 

K. Domine, ad adju- 
vandum me festina. 

ORE.MUS. 

Dirigere et sanctifi- 
care, regere et gu- 



Seigneur Dieu tout-puis- 
sant, qui nous avez fait par- 
venir au commencement de 
ce jour, sauvez-nous aujour- 
d'hui par votre puissance; afin 
que, durant le cours de cette 
journée, nous ne nous lais- 
sions aller à aucun péché ; 
mais que nos paroles, nos 
pensées et nos œuvres ten- 
dent toujours à l'accomplis- 
sement de votre justice. Par 
notre Seigneur Jésus-Christ, 
votre Fils, qui, étant Dieu, 
vit et règne avec vous, en 
l'unité du Saint-Esprit, dans 
tous les siècles des siècles. 
Amen. 

secours divin 
actions de la 



f- O 



Dieu, venez 
mon aide ! 



hâtez-vous 



h|. Seigneur, 
de me secourir. 

y. O Dieu, venez à mon 
aide ! 

H). Seigneur, hàtez-vous de 
me secourir. 

V. O Dieu^ venez à mon 
aide ! 

H|. Seigneur, hàtez-vous de 
me secourir. 

PRIONS. 

Daignez, Seigneur Dieu, 
Roi du ciel et de la terre. 



Prière du Matin. 



3? 



diriger, sanctifier, conduire 
et gouverner, en ce jour, nos 
coeurs et nos corps, nos sens, 
nos discours et nos actes, 
suivant votre loi et les œu- 
vres de vos préceptes, afin 
que, ici-bas et dans l'éternité, 
nous méritions, par votre se- 
cours, ô Sauveur du monde, 
d'être sauvés et affranchis ; 
vous qui vivez et régnez 
dans les siècles des siècles. 
Amen. 



bernare dignare, Domine 
Deus, Rex cœli et terra;, 
hodie corda et corpora 
nostra, sensus, sermones 
et actus nostros in lege 
tua, et in operibus man- 
datorum tuorum : ut hic 
et in œternum, te auxi- 
liante, salvi et liberi esse 
m e r e a m u r, Sa 1 v a t o r 
mundi. Qui vivis et ré- 
gnas in saecula sa?culo- 
rum. r). Amen. 



Puis, s'unissant à l'Eglise qui implore la 
venue de Jésus-Christ aux Heures de l'Office 
divin, et dans l'action du saint Sacrifice, on 
dira en union avec elle : 



»-V 



enez nous délivrer, 
Seigneur, Dieu des 
armées. 

fi|. Montrez votre visage, 
et nous serons sauvés. 

f. Manifestez-nous, Sei- 
gneur, votre miséricorde ; 

Rj. Et donnez-nous le Sau- 
veur que vous nous destinez. 

$. Sur toi, Jérusalem, le 
Seigneur se lèvera. 

R|. Et sa gloire apparaîtra 
en toi. 



*-V : 



ENi ad liberan- 
dum nos, Do- 
mine Deus virtutum. 

r). Ostende faciem 
tuam , et salvi erimus. 

f. Ostende nobis, Do- 
mine , misericordiam 
tuam ; 

Rj. Et salutare tuum 
da nobis. 

f. Super te, Jérusa- 
lem, orietur Dominus. 

R) Et gloria ejus in te 
videbitur. 



ORAISONS. 

(Pendant la première Semaine.) 

Cxcita. quaesumus Do 



Faites paraître, Seigneur, 
votre puissance, et venez, 
afin que nous méritions d'être 
arrachés par votre secours 
aux imminents périls où nos 



mine , potentiam 
tuam, et veni ; ut ab im- 
minentibus peccatorum 
nostrorum periculis, te 



mereamur protegentc en- 
pi, te libérante, salvari. 
Qui vivis et régnas cum 
Deo Pâtre, in unitate 
Spiritus Sancti, Deus, 
per omnia sœcula sa?cu- 
lorum. Amen. 



péchés nous engagent, et 
d'en être sauvés par votre 
vertu libératrice ; vous qui, 
étant Dieu, vivez et régnez 
avec Dieu le Père en l'unité 
du Saint-Esprit, dans tous 
les siècles des siècles. Amen. 



(Pendant la deuxième Semaine.) 



Excita, Domine, corda 
nostra ad prœparan- 
das Unigeniti tui vias ; 
ut per ejus adventum pu- 
rificatis tibi mentibus 
servire mereamur. Qui 
tecum vivit et régnât 
in saecula saeculorum. 
Amen. 



Seigneur , réveillez nos 
cœurs, afin qu'ils prépa- 
rent la voie de votre Fils 
unique, et que nous méri- 
tions de vous servir avec des 
âmes purifiées , au moyen 
de l'Avènement de celui qui 
vit et règne avec vous dans 
tous les siècles des siècles. 
Amen. 

(Pendant la troisième Semaine.) 

Seigneur, votre 
à nos prières, et 



AI'rem tuam, quœ- 
sumus Domine, 
precibus nostris accom- 
moda : et mentis nos- 
trae tenebras gratia tua? 
visitationis illustra. Qui 
vivis et régnas, etc. 



PRÊTEZ, 
oreill, 
éclairez les ténèbres de notre 
âme par la grâce de votre 
visite ; vous qui vivez et 
régnez dans les siècles des 
siècles. Amen. 



(Pendant la quatrième Semaine.) 



Excita, quaesumus Do- 
mine, potentiam tuam. 
et veni. et magna nobis 
virtute succurre : ut, per 
auxilium gratiae tuœ, 
quod nostra peccata prae- 
pediunt, indulgentia tua» 
propitiationis acceleret. 
Qui vivis et régnas, 
etc. 



Manifestez, Seigneur, 
votre pouvoir, et venez ; 
secourez-nous de votre puis- 
sante vertu, afin que, par le 
secours de votre grâce, votre 
indulgence miséricordieuse 
daigne accélérer le remède 
dont nos péchés nous rendent 
indignes ; vous qui vivez et 
régnez dans les siècles des 
siècles. Amen. 



Prière du Soit 



3 9 



On pourra ajouter l'Oraison spéciale que 
l'Eglise consacre à l'honneur de Marie Mère 
de Dieu, au temps de l'Avent. 



ODieu, qui avez voulu 
que votre Verbe prît 
chair, à la parole de l'Ange, 
dans le sein de la bienheu- 
reuse Vierge Marie, accordez 
à nos prières que nous qui 
la croyons véritablement 
Mère de Dieu, nous soyons 
aidés de ses intercessions 
auprès de vous. Par le même 
Jésus-Christ notre Seigneur. 
Amen. 



DEUS, qui de beatae 
Marias Virginis 
utero, Verbum tuum, 
Angelo nuntiante. car- 
nem suscipere voluisti ; 
praesta supplicibus tuis, 
ut qui vere eam Genitri- 
cem Dei credimus, ejus 
apud te intercessionibus 
adjuvemur. Per eumdem 
Christum Dominum nos- 
trum. Amen. 



Dans le cours de la journée, il sera con- 
venable de s'occuper des lectures et prières 
qui sont assignées dans le cours de ce volume, 
pour chacun des jours de l'Avent, tant au 
Propre du temps qu'au Propre des Saints. Le 
soir étant arrivé, on pourra faire la Prière 
en la manière suivante. 



PRIERE DU SOIR. 

Après le signe de la Croix, adorons la 
Majesté divine qui a daigné nous conserver 
pendant cette journée, et multiplier sur 
nous, à chaque heure, ses grâces et sa pro- 
tection. On pourra réciter ensuite cette 
Hymne que l'Eglise chante à Vêpres au temps 
de l'Avent. 



40 



L'A vent. 



Creator aime side- 

: il m. 
jEterna lux credentium, 
Jesu , Redemptor om- 
nium, 
Intende votis suppli- 
cum. 

Qui daemonis ne frau- 
dibus 
Periret orbis, impetu 
Amoris actus, languidi 
Mundi medela factus es. 

Commune qui mundi 
nefas 
Ut expiares, ad crucem, 
E Virginis sacrario 
Intacta prodis victima. 

Cujus potestas gloriae 
Nomenque quum pri- 

mum sonat, 
Et cœlites et inferi 
Tremente curvantur 

genu. 

Te deprecamur, ulti- 
mae 
Magnum diei judicem. 
Armis supernae gratiœ 
Défende nos ab hostibus. 

Virtus,honor,laus,glo- 
ria 
Deo Patri cum Filio, 
Sancto simul Paraclito, 
In saeculorum saecula. 
Amen. 



Fécond auteur des cieux, 
lumière éternelle des 
croyants, Rédempteur de 
tous les hommes, ô Jésus 1 
écoutez nos supplications. 



Le monde allait périr par 
les pièges du démon ; dans 
l'élan de votre amour, vous 
vous êtes fait le remède de 
ses maux. 

Pour expier le crime uni- 
versel de notre race, victime 
destinée à la croix, vous sor- 
tez de l'auguste sein de la 
Vierge. 

Au bruit de votre gloire et 
de votre puissance, à votre 
nom seul, tout tremble, cieux 
et enfer ; tout fléchit le 
genou. 



Juge souverain du grand 
jour, nous vous en supplions, 
daignez nous défendre de nos 
ennemis par les armes de la 
grâce céleste. 

Louange, honneur, puis- 
sance et gloire à Dieu le 
Père et à son Fils, ainsi 
qu'au saint Consolateur, dans 
les siècles des siècles. Amen. 



Prière du Soir. 41 



Après cette Hymne, on récitera l'Oraison 
Dominicale, la Salutation Angélique et le 
Symbole des Apôtres, en la manière qui a été 
marquée ci-dessus à la Prière du Matin. 

On fera ensuite l'Examen de conscience, 
en repassant dans son esprit toutes les fautes 
de la journée, reconnaissant combien le pé- 
ché nous rend indignes de la visite miséri- 
cordieuse du Sauveur, et prenant la ferme 
résolution de l'éviter à l'avenir, d'en faire 
pénitence et d'en fuir les occasions. 

L'Examen étant terminé, on récitera le 
Confiteor avec une componction sincère, et on 
ajoutera un acte explicite de Contrition, 
pour lequel on pourra se servir de cette for- 
mule que nous empruntons à la Doctrine 
Chrétienne ou Catéchisme du Vénérable Car- 
dinal Bellarmin. 



M' 



ACTE DE CONTRITION. 

ON Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir of- 
i fensé et je me repens de tout mon cœur de mes pé- 
chés : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre 
mal, parce que, en péchant, non seulement j'ai perdu le 
Paradis et mérité l'Enfer, mais bien plus encore parce 
que je vous ai offensée, Bonté infinie, digne d'être aimée 
par-dessus toutes choses; je fais un ferme propos de ne 
jamais plus vous offenser à 1 avenir, moyennant votre 
divine grâce, et de fuir l'occasion du péché. 

On pourra ajouter les Actes de Foi, d'Es- 
pérance et de Charité, à la récitation des- 
quels Benoît XIV a attaché sept ans et sept 
quarantaines d'indulgence pour chaque fois. 



ACTE DE FOI. 



M 



on Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte 
Eglise Catholique-Apostolique-Romaine m'ordonne 



L'A vent. 



de croire, parce que 
êtes la Vérité même. 



le lui avez révélé, vous qui 



ACTE D ESPERANCE. 



Mon Dieu, connaissant que vous êtes tout-puissant, in- 
finiment bon et miséricordieux, j'espère que, par les 
mérites de la Passion et de la Mort de Jésus-Christ. 



notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle que 
vous avez promise à quiconque fera les œuvres d'un bon 
Chrétien, comme je me propose de faire avec votre se- 
cours. 



ACTE DE CHARITE. 

MON Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, 
je vous aime de tout mon cœur et par-dessus toutes 
choses; je suis disposé à tout perdre plutôt que de vous 
offenser; et aussi, pour votre amAur. j'aime et veux ai- 
mer mon prochain comme moi-même. 

On s'adressera ensuite à la très sainte 
Vierge, récitant, en l'honneur de son ineffa- 
ble Maternité, l'Antienne suivante : 



ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE. 



Alma Redemptoris ma- 
ter, quae pervia cœli 

Porta mânes, et Stella 
maris. succurre cadenti, 

Surgere qui curât, po- 
pulo : tu quae genuisti, 

Natura mirante. tuum 
sanctum Genitorem. 

Virgo priusac posterius, 
Gabrielis ab ore 

Sumens illud Ave.pecca- 
torum miserere. 



A.ng 
rit .N 



lariae ; 



Mère féconde du Rédemp- 
teur, vous qui êtes la 
Porte du ciel et l'Etoile de la 
mer. secourez ce peuple qui 
tombe, mais qui désire se 
relever. Au grand étonne- 
ment de la nature, vous avez 
donné naissance à votre di- 
vin auteur. Vierge dans la 
conception, Vierge après 
l'enfantement, vous à qui Ga- 
briel adresse le Salut, dai- 
gnez prendre pitié des pau- 
vres pécheurs. 

t. L'Ange du Seigneur 
annonça à Marie ; 



Prière du Soir. 



43 



R|. Et elle conçut du Saint- 
Esprit. 

PRIONS. 

Répandez, s'il vous plaît. 
Seigneur, votre grâce dans 
nos âmes, afin que nous qui 
avons connu, par la voix de 
l'Ange, l'Incarnation de 
Jésus-Christ, votre Fils, 
nous arrivions par sa Passion 
et sa Croix à la gloire de sa 
Résurrection. Par le même 
Jésus-Christ, notre Seigneur. 
Amen. 



R|. Et «oncepit de Spi- 
ritu Sancto. 

OREMUS. 

Gratiam tuam, quassu- 
mus Domine, mentibus 
nostris infunde, ut qui. 
Angelo nuntiante, Chris- 
ti Filii tui Incarnationera 
cognovimus, per Passio- 
nem ejus et Crucem ad 
Resurrectionis gloriam 
perducamur. Per eumdem 
Christum Dominum nos- 
trum. Ri. Amen. 



Il sera convenable d'ajouter les Litanies 
de la sainte Vierge, à la récitation desquelles 
les Souverains "Pontifes ont accorde trois 
cents jours d'indulgence pour chaque fois. 

LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE. 



SEIGNEUR,ayez pitié de nous. 
Christ, ayez pitié de nous. 
Seigneur, ayez pitié de nous. 
Christ, écoutez-nous. 
Christ, exaucez-nous. 
Dieu Père, du haut des cieux. 

ayez pitié de nous. 
Dieu Fils, Rédempteur du 

monde, ayez pitié de nous. 
Dieu Saint-Esprit, ayez pitié 

de nous. 
Trinité Sainte, un seul Dieu, 

ayez pitié de nous. 
Sainte Marie, priez pour nous. 

Sainte Mère de Dieu, priez, 

etc. 
Sainte Vierge des vierges. 



Kyrie, eleison. 
Christe. eleison. 
Kvrie, eleison. 
Christe, audi nos. 
Christe, exaudi nos. 
Pater de cœlis, Deus, 

miserere nobis. 
Fili, Redemptor mundi 

Deus, miserere nobis. 
Spiritus Saucte, Deus. 

miserere nobis. 
Sancta Trinitas, unus 

Deus, miserere nobis. 
Sancta Maria, ora pro 

nobis. 
Sancta Dei Genitrix, 

ora, etc. 
Sancta Virgo virginum. 



44 



L'A vent. 



Mater 
Mater 
Mater 
Mater 
Mater 
Mater 
Mater 
Mater 
Mater 
Mater 
Mater 
Virgo 
Virgo 



Christi. 

divins gratiae. 

purissiraa. 

castissima. 

inviolata. 

intemerata. 

amabilis 

admirabilis. 

boni consilii. 

Creatoris. 

Salvatoris. 

prudentissima. 

veneranda. 



Virgo prasdicanda. 
Virgo potens. 
Virgo démens. 
Virgo fidelis. 
Spéculum iustitiae. 
Sedes Sapientiœ. 
Causa nostrae laetitiae. 
Vas spirituale. 
Vas honorabile. 
Vas insigne devotionis. 
Rosa mystica. 
Turris Davidica. 
Turris eburnea. 
Domus aurea. 
Fœderis arca. 
Janua cœli. 
Stella matutina. 
Salus infirrnorum. 
Refugium peccatorum. 
Consolatrix afflictorum. 
Auxilium Christ ianorum. 
Regina Angelorum. 
Regina Patriarcharum. 
Regina Prophetarum 
Regina Apostolorum 
Regina Martyrum. 
Regina Confessorum. 
Regina Virginum. 



Mère du Christ. 
Mère de la divine grâce. 
Mère très pure. 
Mère très chaste. 
Mère inviolable. 
Mère sans tache. 
Mère aimable. 
Mère admirable. 
Mère du bon conseil. 
Mère du Créateur. 
Mère du Sauveur. 
Vierge très prudente. 
Vierge digne de tout hon- 
neur. 
Viergçdignede toute louange. 
Vierge puissante. 
Vierge clémente. 
Vierge fidèle. 
Miroir de justice. 
Siège de la Sagesse. 
Cause de notre joie. 
Vase spirituel. 
Vase honorable. 
Vase insigne de dévotion. 
Rose mystique. 
Tour de David. 
Tour d'ivoire. 
Maison d'or. 
Arche d'alliance. 
Porte du ciel. 
Etoile du matin. 
Salut des infirmes. 
Refuge des pécheurs. 
Consolatrice des affligés. 
Secours des Chrétiens. 
Reine des Anges. 
Reine des Patriarches. 
Reine des Prophètes. 
Reine des Apôtres. 
Reine des Martvrs. 
Reine des Confesseurs. 
Reine des Vierges. 



Prière du Soir. 



45 



Reine de tous les Saints. 

Reine conçue sans la tache 

originelle. 
Reine du très saint Rosaire. 

Agneau de Dieu, qui ôtez les 
péchés du monde, pardon- 
nez-nous, Seigneur. 

Agneau de Dieu, qui ôtez les 
péchés du monde, exaucez- 
nous, Seigneur. 

Agneau de Dieu, qui ôtez les 
péchés du monde, ayez pi- 
tié de nous. 
f. Priez pour nous, sainte 

Mère de Dieu ; 

i^. Afin que nous soyons 

rendus dignes des promesses 

de Jésus-Christ. 



Regina Sanctorum om- 
nium. 
Regina sine labe origi- 

nali concepla. 
Regina sacratissimi Ro- 

sarii. 
Agnus Dci, qui tollis 

peccata mundi, parce 

nobis, Domine. 
Agnus Dei, qui tollis 

peccata mundi, exaudi 

nos, Domine. 
Agnus Dei, qui tollis 

peccata mundi, mise' 

rere nobis. 

y. Ora pio nobis, 
sancta Dei Genitrix , 

r\ Ut digni efliciamur 
promissionibus Christi. 



ORAISON. 



Seigneur Dieu, daignez 
accorder à nous, vos servi- 
teurs, la grâce de jouir cons- 
tamment de la santé de l'âme 
et du corps; et, par la glo- 
rieuse intercession de la 
bienheureuse Marie toujours 
Vierge, délivrez-nous de la 
tristesse du temps présent, 
et faites-nous jouir de l'éter- 
nelle félicité. Par Jésus- 
Christnotre Seigneur. Amen. 

On invoquera ensuite les saints Ange?, 
dont la protection nous est si nécessaire à 
toute heure et surtout au milieu des ténè- 
bres de la nuit, en disant avec l'Eglise : 

Saints Anges, nos gardiens, | q ANCTiAngeli, custodes 
défendez-nous dans le 



Concède nos famulos 
tuos, quaesumus Domine 
Deus, perpétua mentis et 
corporis sanitatc gaude- 
re . et gloriosa beatae 
Mariœ semper Virginis 
intercessione, a praasenti 
liberari tristitia, et a?ter- 
na perfrui lœtitia. Per 
Christum Dominum uos- 
trum. Amen. 



nostri, defendite nos 



46 



L'A vent. 



in praelio, ut nonpcrea- 
mus in tremendo judicio. 

jh Angelis suis Deus 
m;indavit de te, 

i$. Ut custodiant te in 
omnibus viis tuis. 



combat, afin que nous ne pé- 
rissions pas au jour du juge- 
ment redoutable. 

V. Dieu a commandé à ses 
Anges, 

R|. De vous garder dans 
toutes vos voies. 



Deus, qui ineffabili pro- 
videntia sanctos Angelos 
tuos ad nostram custo- 
diam mittere dignaris: 
largire supplicibus tuis, 
et eorum semper protec- 
tione defendi, et aeterna 
societate gaudere. Per 
Christum Dominum nos- 
trum. Amen. 

Puis on implorera, 
le suffrage des Saints 



Ant. 



Ecce Dominus 
veniet,et om- 
nes Sancti ejus cum eo : et 
erit in die illa lux magna. 
Alléluia. 

f. Ecce apparebit Do- 
minus super nubem candi- 
dam. 

^. Et cum eo Sancto- 
rum millia. 



O Dieu, qui, par une pro- 
vidence ineffable, daignez 
commettre vos saints Anges 
à notre garde, accordez à vos 
humbles serviteurs d'être 
sans cesse défendus par leur 
protection, et de jouir éter- 
nellement de leur société. 
Par Jesus-Christ notre Sei- 
gneur. Amen. 

toujours avec l'Eglise, 
par la prière suivante : 

v t tOICI que le Sei- 

" ' * V gneurva venir, et 
tousses Saints avec lui :et en 
ce jour, il y aura une grande 
lumière. Alléluia. 

f. Le Seigneur apparaîtra 
sur une nuée éclatante de 
blancheur; 

%. Et des milliers de Saints 
seront avec lui. 



Conscientias nostras, 
quaesumus Domine, visi- 
tando purifica :ut veniens 
Jésus Christus Filius 
tuusDominus noster.cum 
omnibus Sanctis suis, pa- 



Purifiez nos consciences. 
Seigneur, en les visitant par 
votre grâce, afin que Jésus- 
Christ, votre Fils, notre Sei- 
gneur, venant avec tous ses 
Saints, trouve en nous une 



Prière du Soir. 



47 



demeure préparée 
recevoir ; lui qui vi 



ratam sibi in nobis înve- 
niat mansionem. Qui te- 
cum vivit, etc. 



D 



pour le 

et règne 
avec vous dans les siècles des 
siècles. Amen. 

On pourra faire ici une mention spéciale 
des Saints auxquels on aurait une dévotion 
particulière, comme des saints Patrons et 
autres, et aussi de ceux dont l'Eglise fait 
l'Office ou la Mémoire ce jour-là. 

Après quoi on s'occupera des besoins de 
l'Eglise souffrante, demandant à Dieu pour 
les âmes du Purgatoire un lieu de rafraîchis- 
sement, de lumière et de paix, et récitant à 
cet effet les prières accoutumées. 
psaume cxxix. 

DU fond de l'abîme, j'ai 
crié vers vous, Sei- 
gneur : Seigneur, écoutez ma 
voix. 

Que vos oreilles soient 
attentives aux accents de ma 
supplication. 

Si vous recherchez les ini- 
quités, Seigneur : Seigneur, 
qui pourra subsister ? 

Mais, parce que la miséri- 
corde est avec vous, et à cause 
de votre loi, je vous ai attendu, 
Seigneur. 

Mon âme a attendu avec 
confiance la parole du Sei- 
gneur ; mon âme a espéré en 
lui. 

Du point du jour à l'arrivée 
de la nuit, Israël doit espérer 
dans le Seigneur. 

Car dans le Seigneur est la 
miséricorde, et en lui une 
abondante rédemption. 



E profundis cla- 
mavi ad te, Do- 
mine : Domine, exaudi 
vocem meam. 

Fiant aures tuœ inten- 
dentes : in vocem depre- 
cationis meas. 

Si iniquitates obser- 
vaveris, Domine : Do- 
mine, quis sustinebit ? 

Quia apud te propi- 
tiatio est : et propter 
legem tuam sustinui te, 
Domine. 

Sustinuit anima mea 
in verbo ejus : speravit 
anima mea in Domino. 

A custodia matutina 
usque ad noctem : speret 
Israël in Domino. 

Quia apud Dominum 
misericordia : et copiosa 
apud eum redemptio. 



48 



L'Averti. 



Et ipse redimet Israël : 
ex omnibus iniquitatibus 
ejus. 

Requiem aeternam dona 
eis, Domine : et lux per- 
pétua luceat eis. 

%. A porta inferi, 

$. Erue, Domine, ani- 
mas eorum. 

?• Requiescant inpace. 

^. Amen. 

f. Domine, exaudi ora- 
tionem meam. 

^. Et clamor meus ad 
te veniat. 



Et lui-même rachètera 
Israël de toutes ses iniquités. 

Donnez-leur, Seigneur, le 
repos éternel ; et que la 
lumière qui ne s'éteint pas 
luise sur eux. 

f. Des portes de l'enfer, 

^. Arrachez leurs âmes, 
Seigneur. 

f. Qu'ils reposent en paix. 

^. Amen. 

f. Seigneur, exaucez ma 

P r, ' èl £ '■> 

rç. Et que mon cri parvienne 
jusqu'à vous. 



O Dieu, Créateur et Ré- 
dempteur de tous les fidèles, 
accordez aux âmes de vos ser- 
viteurs et de vos servantes la 
rémission de tous leurs 
péchés, afin que, par laprière 
de votre Eglise, elles obtien- 
nent le pardon qu'elles dési- 
rèrent toujours : vous 
vivez et régnez dans 
siècles des siècles. Amen. 



qui 
les 



Fidelium Deus om- 
nium Conditor et Re- 
demptor.animabus famu- 
lorumfamularumque tua- 
rum.remissionem cuncto- 
rumtribue peccatorum : 
ut indulgentiam, quam 
semper optaverunt. piis 
supplicationibus conse- 
quantur. Qui vivis et 
régnas in saecula saeculo- 
rum. Amen. 

C'est ici le lieu de prier en particulier 
pour les âmes des défunts qui nous intéres- 
sent spécialement ; après quoi on demandera 
à Dieu son secours pour traverser sans dan- 
ger les périls de la nuit. On dira donc, en- 
core avec l'Eglise : 

* ç ALVAnos, Do- I . qAuvez-novs, Sei- 

" ■ J> O mine, vigi- ANT ' O gneur, durant la 

lantes, custodi nos dor- | veille, gardez-nous durant le 



Prière du Soù 



49 



sommeil, afin que nous puis- 
sions veiller avec Jésus- 
Christ, et que nous reposions 
dans la paix. 

y. Daignez, Seigneur, 
durant cette nuit, 

Hj. Nous garder de tout 
péché. 

>'. Ayez pitié de nous, Sei- 
gneur, 

H. Ayez pitié de nous. 

v. Que votre miséricorde 
soit sur nous, Seigneur. 

Ri. Dans la mesure que nous 
avons espéré en vous. 

y. Seigneur, exaucez ma 
prière ; 

R). Et que mon cri par- 
vienne jusqu'à vous. 



mientes : ut vigilemus 
cum Christo, et requies- 
camus in pace. 

y. Dignare, Domine, 
nocte ista. 

h). Sine peccato nos 
custodire. 

y. Miserere nostri, Do- 
mine, 

u. Miserere nostri. 

y. Fiat misericordia 
tua, Domine, super nos. 

H). Quemadmodum spe- 
ravimus in te. 

y. Domine, exaudi 
orationem meam. 

R|. Et clamor meus ad 
te veniat. 



Visitez, s'il vous plaît, 
Seigneur, cette maison, et 
éloignez-en toutes les em- 
bûches de l'ennemi. Que vos 
saints Anges y habitent, 
qu'ils nous y gardent dans la 
paix ; et que votre bénédic- 
tion demeure toujours sur 
nous. Par Jésus-Christ votre 
Fils, notre Seigneur, qui, 
étant Dieu, vit et règne avec 
vous, en l'unité du Saint- 
Esprit, dans tous les siècles 
des siècles. Amen. 



Visita qucesumus Do- 
mine, habitationem is- 
tam,et omnes insidias ini- 
mici ab ea longe repelle : 
Angeli tuTsancti habitent 
in ea, qui nos in pace 
custodiant, et benedictio 
tua sit super nos semper. 
Per Dominum nostrum 
Jesum Christum Filium 
tuum, qui tecum vivit et 
régnât in unitate Spi- 
ritus Sancti, Deus, per 
omnia saecula saeculo- 
I rum. Amen. 

Enfin, pour terminer la journée dans les 
sentiments avec lesquels on Ta commencée, 
on demandera encore une fois l'Avènement 
du Sauveur : 



5o 



VA vent. 



j. poRATE, coeli, de- 
' 1\ super, et nubes 
pluant justum. 

fi|. Aperiatur terra et 
germinct Salvatorem. 



=, i^ilELX, envoyez la ro- 
V-» sée ; et que les nuées 
répandent le juste comme une 
pluie; 

fi|. Que la terre s'ouvre et 
germe le Sauveur. 

A quoi l'on ajoutera, suivant la semaine, 
l'une des quatre Oraisons de l'Avent (ci-des- 
sus, page 57), et on se livrera ensuite au 
sommeil, dans l'attente de celui qui doit ve- 
nir au milieu de la nuit. 




B — — -^ GSSïi 



;...■.:;:."""„„:, "P; 



CHAPITRE V. 



DE L ASSISTANCE A LA SAINTE 
AU TEMPS DE l'aVÉNT. 




|ans toutes les saisons de l'Année 
Chrétienne, mais surtout au 
saint temps de l'Avent, il n'est 
point d'oeuvre plus agréable à 
Dieu, plus méritoire et plus 
IJ propre à nourrir la véritable 
piété, que l'assistance au saint Sacrifice de 
la Messe. Les fidèles doivent donc faire tous 
leurs efforts pour se procurer ce précieux 
avantage aux jours mêmes où la sainte Eglise 
ne leur en fait pas une obligation. 

En assistant au divin Sacrifice dont l'obla- 
tion a été l'objet de l'attente du genre humain 
durant quarante siècles, ils devront éprouver 
une vive reconnaissance, s'ils réfléchissent 
que Dieu les a fait naître en ce monde, de- 
puis ce grand et miséricordieux événement, 
et n'a pas marqué leur place parmi ces gé- 
nérations qui se sont éteintes avant même 
d'en avoir pu saluer l'aurore. Ils ne s'en join- 



52 L'Avent. 



dront pas moins avec instance à la sainte 
Eglise, pour demander, au nom de toute la 
création, la venue du Rédempteur, acquit- 
tant ainsi avec plénitude la grande dette im- 
posée à tous les hommes, tant à ceux qui ont 
vécu avant l'accomplissement du mystère de 
l'Incarnation, qu'à ceux qui ont le bonheur 
de le voir accompli. 

Ils sentiront aussi que le grand Sacrifice 
qui perpétue sur la terre, jusqu'à la consom- 
mation des siècles, l'oblation réelle, quoique 
non sanglante, du Corps et du Sang de Jésus- 
Christ, a pour but spécial de préparer, et 
même d'opérer, dans les cœurs des fidèles, 
l'Avènement mystérieux du Dieu qui n'est 
venu délivrer nos âmes que pour en prendre 
possession. 

Enfin, ils aimeront à profiter de la présence 
et de la conversation du Fils de Dieu, dans 
ce mystère caché où il sauve le monde, afin 
qu'au jour où il viendra le juger dans sa 
majesté terrible, il les reconnaisse comme 
ses amis et les sauve encore, à cette heure 
où il n'y aura plus de miséricorde, mais seu- 
lement la justice. 

Nous allons essayer de réduire à la prati- 
que ces sentiments dans une explication des 
mystères de la sainte Messe, nous efforçant 
d'initier les fidèles à ces divins secrets, non 
par une stérile et téméraire traduction des 
formules sacrées, mais au moyen d'Actes des- 
tinés à mettre les assistants en rapport suffisant 
avec les actions et les sentiments de l'Eglise 
et du Prêtre. 

La première chose qui doit occuper les 
fidèles lorsqu'ils assistent à la sainte Messe 



De V Assistance à la Sainte Messe. 53 



dans l'Avent, est de savoir si cette Messe va 
être célébrée suivant le rite de l'Avent, ou 
si elle est en l'honneur de la Sainte Vierge, 
ou de quelque Saint, ou enfin pour les dé- 
funts. Pour cela, il leur suffira de considérer 
la couleur des ornements du Prêtre. lisseront 
violets, si la Messe est de l'Avent; d'une autre 
couleur, blanche ou rouge, si elle est de la 
Sainte Vierge ou d'un Saint ; enfin noire, si 
elle est pour les défunts. Si le Prêtre est re- 
vtltu de violet, les fidèles s'efforceront d'entrer 
dans l'esprit de pénitence que l'Eglise veut 
exprimer par cette couleur. Ils le feront égale- 
ment dans le cas où le Prêtre serait revêtu 
d'une autre couleur; car, quelle que soit la 
solennité qu'on célèbre en Avent, le célé- 
brant est toujours obligé de faire mémoire de 
l'Avent en trois endroits, et en usant des mê- 
mes paroles de supplication et de componc- 
tion qu'il aurait à prononcer dans une Messe 
propre de l'Avent. Il n'y a d'exception que 
pour les Messes des défunts. 

Le Dimanche, si la Messe à laquelle on 
assiste est paroissiale, deux rites solennels, 
l'Aspersion de l'Eau bénite, et en beaucoup 
d'églises, la Procession, devront d'abord in- 
téresser la piété. 

Pendant l'Aspersion, on demandera la pu- 
reté de cœur nécessaire pour prendre part au 
double Avènement de Jésus-Christ ; et en rece- 
vant sur soi-même cette eau sainte, dont l'as- 
persion nous prépare à assister dignement au 
grand Sacrifice dans lequel est épanché, non 
plus une eau figurative, mais le Sang même 
de l'Agneau, on pensera au Baptême d'eau 
par lequel saint Jean-Baptiste préparait les 



54 



L'Avent. 



Juifs à cet autre Baptême qui devait être 
l'effet de la puissance et de la miséricorde du 
Médiateur. 

ANTIENNE DE l'aSPERSION. 



Asperges me, Domine, 
hyssopo, et munda- 
bor : lavabis me, et super 
nivem dealbabor. 

Ps. Miserere mei, 
Deus.secundum magnam 
misericordiam tuam. 

Gloria Patri. Asper- 
ges me. 

f. Ostende nobis, Do- 
mine, misericordiam tu- 
am. 

B|. Et Salutare tuumda 
nobis. 

f. Domine, exaudi ora- 
tionem meam. 

^. Et clamor meus ad 
te veniat. 

f. Dominusvobiscum. 

^. Et cum spiritu tuo. 



V e 



dus m'arroserez, Sei- 
eur, avec l'hysope, et 
je serai purifié ; vous me la- 
verez, et je deviendrai plus 
blanc que la neige. 

Ps. O Dieu, ayez pitié de 
moi, selon votre grande mi- 
séricorde. 

Gloire au Père. Vouj 
m'arroserez. 

f. Montrez-nous, Sei- 
gneur, votre miséricorde ; 

^. Et donnez-nous le Sa- 
lut que vous nous avez pré- 
paré. 

f. Seigneur, exaucez ma 
prière; 

rç. Et que mon cri monte 
jusqu'à vous. 

f. Le Seigneur soit avec 
vous ; 

^. Et avec votre esprit. 



Exaudi nos, Domine 
sancte,Pateromnipotens. 
aeterne Deus : et mittere 
digneris sanctum Aage- 
lum tuum de cœlis, qui 
custodiat. foveat, pro- 
tegat, visitet, atque de- 
fendat omnes habitantes 
in hoc habitaculo. Per 
Christum Dominum nos- 
trum. Amen. 



Exaucez-nous, Seigneur 
saint,Père tout-puissant, Dieu 
éternel, et daignez envoyer 
du ciel votre saint Ange qui 
garde, protège, visite et dé- 
fende tous ceux qui sont ras- 
semblés en ce lieu. ParJésus- 
Christ notre Seigneur.Amen. 



L'Ordinaire de la Messe. 



La Procession qui précède la Messe nous 
rappellera l'obligation où nous sommes de 
nous tenir debout, ayant des flambeaux allu- 
més dans nos mains, et prêts à marcher au- 
devant de celui qui doit venir i . L'Eglise est 
sans cesse en marche vers son Epoux, et nos 
âmes doivent aussi courir au-devant de leur 
souverain bien, jusqu'à ce qu'elles l'aient 
rencontré. 

Enfin le moment du Sacrifice est arrivé. 
Le Prêtre est au pied de l'autel, Dieu est 
attentif, les Anges adorent, toute l'Eglise est 
unie au Prêtre qui n'a qu'un même sacerdoce, 
une même action avec Jésus-Christ, le souve- 
rain Prêtre. Faisons avec lui le signe de la 
Croix. 



L'ORDINAIRE DE LA MESSE 



Au nom du Père, et du 
Fils, et du Saint-Esprit. 
Ainsi soit-il. 

Je m'unis, ô mon Dieu, à 
votre sainte Eglise qui vient 
chercher la consolation en 
Jésus-Christ votre F'is, Tau- 
tel véritable. 

Comme elle, je vous sup- 
plie deme défendre con- 
tre la malice des ennemis de 
mon salut. 

C'est en vous que j'ai mis 
mon espérance : et cepen- 
dant je me sens triste etin- 

i Luc xii, 35. 



IN nomine Patris, et Fi- 
lii, et SpiritusSancti. 
Amen. 

f. Introibo ad altare 
Dei 

Rj. Ad Deum qui laeti- 
ficat juventutem meam. 



JUDiCAme, Deus, et dis 
cerne causam meam 
de gente non sanctr : ab 
homine in : quo et d )loso 
erue me 

Quia tu es, Deus, forti- 
tudomea .-quareme repu- 
listi ? et quare Iristis in- 



56 



L'A vent. 



cedj. dum aiïligit me 
inimicus ? 

Emitte lucetn tuam et 
veritatem tuam : ipsa me 
deduxerunt et adduxerunt 
in montem sanctum tu- 
um.et in tabernacula tua. 

Et introibo ad altare 
Dei : ad Deum qui laeti— 
ficat juventutem meam. 

Confitebor tibi in ci- 
thaïa. Deus. Deus meus ; 
quare tristis es. anima 
mea ? et quare conturbas 
me ? 

Sperain Deo, quoniam 
adhuc confitebor illi : sa- 
lutare vultusmei.et Deus 
meus. 

Gloria Patri, et Filio, 
et Spiritui Sancto. 

Sicut erat in principio. 
et nunc et semper , et 
in saecula saeculorum. 
Amen. 

j^. Introibo ad altare 
Dei. 

K. Ad Deum qui lauifi- 
cat juventutem meam. 

v.Adjutorium nostrum 
in nomine Domini. 

ft. Qui fecit cœlum et 
terram. 



quiet à cause des embûches 
qui me sont tendues. 

Envoyez donc bientôt ce- 
lui qui est la lumière et la 
vérité : c'est lui qui nous ou- 
vrira l'accès à votre sainte 
montagne, à votre céleste ta- 
bernacle. 

Il est le Médiateur, l'autel 
vivant ; je m'approcherai de 
lui. et je serai dans la joie. 

Quand il sera venu, je 
chanterai avec allégresse. O 
mon àme, ne t'attriste plus, 
ne sois plus troublée. 

Espère en son Avènement ; 
bientôt il va paraître, celui 
qui est ton Sauteur et ton 
Dieu. 

Gloire au Père, et au Fils, 
et au Saint-Esprit : 

Comme il était au com- 
mencement, et maintenant, 
et toujours, et dans les siè- 
cles des siècles. Ainsi soit-il ! 

Je vais donc m'approcher 
de l'autel de Dieu, et sentir 
la présence de celui qui me 
console. 

Cette confiance est en moi, 
non à cause de mes mérites, 
mais par le secours tout-puis- 
sant de mon Créateur. 



L'annonce de la venue du Seigneur excite 
dans l'âme du Prêtre un vif sentiment de 
componction. Il ne veut pas aller plus loin 
sansconfesser publiquement qu'il est pécheur 
et indigne de cette grâce. Ecoutez avec 
respectcette confession de l'homme de Dieu, 



L'Ordinaire de la Messe. 



et demandez sincèrement au Seigneur qu'il 
daigne lui faire miséricorde : car le Prêtre 
est votre Père ; il est responsable de votre 
salut, pour lequel il expose le sien tous les 
jours. 

Faites ensuite votre confession avec le Mi- 
nistre, disant à voire tour avec contrition : 

JE confesseà Dieu tout-puis- 
sant, à la bienheureuse 
Marie toujours Vierge, à 
saint Michel Archange, à 
saint Jean-Baptiste, aux 
Apôtres saint Pierre et saint 
Paul, à tous les Saints, et à 
vous, mon Père, que j'ai 
beaucoup péché en pensées, 
en paroles et en œuvres, par 
ma faute, par ma faute, par 
ma très grande faute. C'est 
pourquoi je supplie la bien- 
heureuse Marie, toujours 
Vierge, saint Michel Ar- 
change, saint Jean-Baptiste, 
les Apôtres saint Pierre et 
saint Paul, tous les Saints, 
et vous, mon Père, de prier 

Êour moi le Seigneur notre 
lieu. 



CONFITEOR Deo omni- 
potenti, beatœ Marias 
semper Virgini. beato 
Michaeli Ârchangelo , 
beato Joanni Baptistae, 
sanctis Apostolis Petro 
et Paulo, omnibus San- 
ctis, et tibi Pater : quia 
peccavi nimis cogita- 
tione, verbo et opère : 
mea culpa, mea culpa, 
mea maxima culpa. Ideo 
precor beatam Mariam 
semper Virginem, bea- 
tum Michaeiem Archan- 
gelum, beatum Joannem 
Baptistam.sanctos Apr.s- 
tolos Petrum et Paulum, 
omnes Sanctos, et te, 
Pater, orare pro me ad 
Dominum Deum nos- 
trum. 

Recevez avec reconnaissance le souhait 
paternel du Prêtre qui vous dit: 

Que le Dieu tout-puis- \K isereatur vestri 
sant ait pitié de vous, !▼' omnipotens Deus , 



UE le Dieu tout-puis- 
sant ait pitié de vous, 
qu'il vous remette vos péchés 
et vous conduise à la vie 
éternelle. 
fi|. Amen. 

Que le Seigneur tout' 
puissant - 



et miséricordieux 



et dimissis peccatis ves- 
tris, perducat vos ad 
vitam œternam. 

R). Amen. 

Indulgentiam, absolu- 
tionem, et remissionem 






L'A veut. 



pcccatorum nostrorum, 
tribuat nobis omnipotens 
et misericors Dominus. 
^. Amen. 



nous accorde l'indulgence, 
l'absolution et la rémission 
de nos péchés. 
^. Amen. 



Relevez maintenant la tête ; et appelez le 
secours divin pour vous approcher de Jésus- 
Christ. 



* p Ers. tu con- 

' ' LJ versus viviri- 
cabis nos. 

^. Et plebs tua lastabi- 
tur in te. 

)'. Ostende nobis. 
Domine , misericordiam 
tuam. 

H. Et Salutare tuum 
da nobis. 

y. Domine, exaudiora- 
tionem meam. 

K. Et clamor meus ad 
te veniat. 



^ /-\ Dieu, d'un seul 

7 ' v-^ regard vous nous 
donnerez la vie, 

fi|. Et votre peuple se ré- 
jouira en vous. 

f. Montrez-nous, Sei- 
gneur, votre miséricorde, 

R|. Et donnez-nous le Sau- 
veur que vous nous préparez. 

y. Seigneur, exaucez ma 
prière. 

^. Et que mon cri par- 
vienne jusqu'à vous. 



Le Prêtre vous salue, en vous quittant, pour 
monter à l'autel. 

y. Dominus vobiscum. I v. Le Seigneur soit avec 
I vous ; 

Répondez-lui avec révérence : 

î$. Et cum spiritu tuo. | ^. Et avec votre esprit. 

Il monte les degrés et arrive au Saint des 
Saints. Demandez pour lui et pour vous la 
délivrance des péchés. 



Auker a nobis. quœsu- 
mus Domine, ini- 



DU! 



tates nos-tras ; ut ad 
ncta sanctorum puris 



Faites disparaître de nos 
coeurs, ômon Dieu, toutes 
les taches qui les rendent 
indignes de votre visite : n >us 



L'Ordinaire de la Messe. 



vous le demandons par votre 
divin Fils notre Seigneur. 



mereamur mentibus 

introire. Per Christum 
Dominum nostrum. 
Amen. 



Quand le Prêtre baise l'autel par respect 
pour les os des Martyrs qu'il couvre, on 
dira: 



Généreux soldats de Jésus- 
Christ, qui avez mêlé 
votre sang au sien, faites 
instance pour que nos péchés 
soient remis, afin que nous 
puissions. comme vous. appro- 
cher de Dieu. 



O 



RAMUS te, Domine, 
per mérita sancto- 
rum tuorum quorum reli- 
quise hic sunt, et omnium 
sanctorum : ut indulgere 
digneris omnia peccata 
mea. Amen. 



Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense 
l'autel avec pompe ; et cette fumée, qui 
s'exhale de toutes les parties de l'autel, signi- 
fie la prière de l'Eglise qui s'adresse à Jésus- 
Christ, et que ce divin Médiateur fait ensuite 
monter, avec la sienne propre, vers le trône 
de la majesté de son Père. 

Le Prêtre dit ensuite l'Introït. Dans les 
Messes de l'Avent, c'est un cri vers le Messie 
qui, partant de l'autel même, a d'autant plus 
de force sur le cœur de Dieu. 

Il est suivi de neuf cris plus expressifs 
encore ; car ils demandent miséricorde. En 
les proférant, l'Eglise s'unit aux neuf chœurs 
des Anges réunis autour de l'autel du ciel, 
qui est le même que celui de la terre. 

Au Père qui doit envoyer son Fils : 



Seigneur, ayez pitié ! 
Seigneur, ayez pitié 1 
Seigneur, ayez pitié 1 



KYRIE eleison. 
Kyrie eleison. 
Kyrie eleison. 



6ù 



L'A vent. 



Au Fils qui doit venir 

Christe eleison, 
("hriste eleison. 
Christe eleison. 



Christ, ayez pitié ! 
Christ, ayez pitié ! 
Christ, ayez pitié 1 



Au Saint-Esprit, dont Vopêration accomplira 
le mystère : 

Kyrie eleison. 
Kyrie eleison. 
Kyrie eleison. 



Seigneur, ayez pitié 
Seigneur, ayez pitié 
Seigneur, ayez pitié ! 



Si l'on célèbre une fête ce jour-là, le 
Prêtre dit l'Hymne Angélique dont l'Eglise 
est en possession depuis la naissance du 
Sauveur ; si la Messe est de l'Avent, l'Eglise 
s'interdit ce Cantique de joie, qu'elle ne re- 
prendra qu'en la nuit de la nouvelle Nais- 
sance de son Epoux. 

L'HYMNE ANGÉLIQUE. 



Gloria in excelsis Deo, 
et in terra pax homi- 
nibus bonœ voluntatis. 

Laudamus te : benedi- 
cimus te : adoramus te : 
glorificamus te : gratias 
agimus tibi propter 
magnam gloriam tuam. 

Domine Deus, Rex 
cœlestis. Deus Pater 
omnipotens. 

Domine, Fili unige- 
nite, Jesu Christe. 

Domine Deus, Agnus 
Dei, Filius Patris. 

Qui tollis peccata 
mundi, miserere nobis. 



Goire à Dieu au plus 
haut des cieux, et sur la 
terre, paix aux hommes de 
bonne volonté. 

Nous vous louons, nous 
vous bénissons, nous vous 
adorons, nous vous glori- 
fions ; nous vous rendons 
grâces à cause de votre grande 
gloire. 

Seigneur Dieu, Roi céleste, 
Dieu Père tout-puissant ! 

Seigneur Jésus- Christ , 
Fils unique ! 

Seigneur Dieu, Agneau de 
Dieu, Fils du Père 1 

Vous qui ôtez les péchés 
du monde, ayez pitié de nous. 



L'Ordinaire de la Messe. 



61 



Vous qui ôtez les péchés 
du monde, recevez notre 
humble prière. 

Vous qui êtes assis à la 
droite du Père, ayez pitié de 
nous. 

Car vous êtes le seul Saint, 
vous êtes le seul Seigneur, 
vous êtes le seul Très-Haut, 
ô Jésus-Christ, avec le Saint- 
Esprit, dans la gloire de Dieu 
ie Père. Amen. 



Qui tollis peccata 
mundi, suscipe depreca- 
tionem nostram. 

Qui sedes ad dexteram 
Patris, miserere nobis. 

Quoniam tu solus 
sanctus, tu solus Domi- 
nus. tu solus Altissimus, 
Jesu Christe, cumSancto 
Spiritu, in gloria Dei 
Patris. Amen. 



Le Prêtre salue encore le peuple, comme 
pour s'assurer de sa persévérance dans l'at- 
tention religieuse que réclame l'Action sublime 
qui se prépare. Les paroles de ce salut ont 
une beauté particulière au temps de l'Avent : 
Le Seigneur soit avec vous ! Isaïe l'avait prédit, 
et l'Ange du Seigneur le confirme à saint 
Joseph : 77 sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire, 
Dieu avec nous. 

Vient ensuite la Collecte ou Oraison, dans 
laquelle l'Eglise expose à Dieu, d'une manière 
expresse, ses intentions particulières dans la 
Messe qui se célèbre. On pourra s'unir à cette 
prière en récitant avec le Prêtre les Oraisons 
qui se trouvent ci-après, au Propre du Temps, 
ou au Propre des Saints, et surtout en répon- 
dant Amen, avec le ministre qui sert la 
Messe. 

On lira ensuite l'Epître, qui est, pour l'or- 
dinaire, un fragment des Lettres des Apôtres, 
ou quelquefois un passage des livres de 
l'Ancien Testament. En faisant cette lecture, 
en recevant avec respect et soumission la 
parole des Envoyés de Dieu, on soupirera 
après Celui qui est la parole éternelle, et qui 



62 



L'A vent. 



s'apprête à naître parmi les hommes pour 
converser avec eux. 

Le Graduel est un intermède entre la 
lecture de l'Epître et celle de l'Evangile. Il 
remet sous nos yeux les sentiments qui ont 
déjà été exprimes dans l'Introït. On doit le 
lire avec dévotion, pour s'en bien pénétrer et 
développer en soi, de plus en plus, l'esprit de 
préparation, à mesure que le Sauveur ap- 
proche. 

V Alléluia est comme un éclair de joie qui 
traverse l'àme de la sainte Eglise et la tait 
tressaillir, en songeant que l'Epoux qu'elle 
attend est toujours avec elle ; mais bientôt 
elle reprend son attitude de suppliante ; car 
elle sent qu'elle a besoin qu'il vienne encore. 

En attendant qu'il paraisse en personne, le 
voici qui s'apprête à venir par sa parole qui 
est esprit et vie. L'Evangile va être proclamé 
dans l'assemblée ; les pauvres vont être évan- 
gélisés. Si c'est une Messe solennelle que l'on 
célèbre, le Diacre se dispose à remplir son 
noble ministère, qui consiste à annoncer la 
Bonne Nouvelle du Salut. Il prie Dieu de 
puriher son cœur et ses lèvres ; puis il de- 
mande à genoux la bénédiction du Prêtre, et 
l'ayant obtenue, il se rend au lieu d'où il 
doit chanter l'Evangile. 

Pour préparation à le bien entendre, on 
peut dire en union avec le Prêtre et avec le 
Diacre : 



MUNDA cor meum. ac 
labia mea, omnipo- 
tens Deus. qui labia 
Isaiae Prophetce calcule 
mundasti ignito : ita me 



Seigneur, purifiez mes 
oreilles trop longtemps 
remplies des vaines paroles 
du siècle, afin que j'entende 
la Parole de la vie éternelle 



L'Ordinaire de la Messe. 



63 



et que je la conserve dans 
mon cœur ; par Jésus-Christ 
votre Fils notre Seigneur. 
Amen. 



Donnez à vos ministres la 
grâce d'être les fidèles inter- 
prètes de votre loi, afin que, 
pasteurs et troupeau, nous 
nous réunissions tous en 
vous à jamais. 



tua grata miseratione di- 
gnare mundare, ut sanc- 
tum Evangelium tuum 
digne valeam nuntiare. 
Per Christum Dominum 
nostrum. Amen. 

Dominus sit in corde 
meo, et in labiis meis : 
ut digne et competenter 
annuntiem Evangelium 
suum : Innomine Patris, 
et Filii, et Spiritus 
Sancti. Amen. 



On se tiendra debout, comme dans l'attente, 
pendant la lecture de l'Evangile ; on fera sur 
soi le signe de la Croix, et on suivra toutes 
les paroles du Prêtre, ou du Diacre. Que le 
cœur donc soit prêt et qu'il se montre docile. 
L'Epouse du Cantique dit : Mon âme s'est 
fondue en moi comme la cire, pendant que le 
Bien- Aimé me parlait. Mais tous n'ont pas cet 
amour. Disons-lui du moins, avec l'humble 
soumission de Samuel : Farle^, Seigneur ; 
votre serviteur écoute. 

Après l'Evangile, si le Prêtre récite le Sym- 
bole de la Foi, on le dira avec lui. La Foi 
est le don suprême de Dieu. C'est par elle 
que nous sommes dans l'attente du Rédemp- 
teur que nous ne voyons pas encore; c'est elle 
qui nous vaudra les grâces de son ineffable 
visite. La Foi est la marque des vrais Israé- 
lites qui cherchent le Messie et qui le trouve- 
ront. Disons donc avec l'Eglise Catholique : 

SYMBOLE DE NICEE. 

JE crois en un seul Dieu, le I /""» redo in unum Deum, 
Père tout-puissant, qui a | ^-* Patrem omnipoten- 



64 



L'A vent. 



est. Crucifixus etiam 
noois sub Ponti 



tem. factorem cceli et 
terne, visibilium om- 
nium et invi-ibilium. 

Et in unum Dominum 
Jesum Christum, Fi- 
lium Dei unigenitum. Et 
ex Pâtre natum ante om- 
nia saecula, Deuin de Deo, 
lumen de lumine, Deum 
verum de Deo vero. Ge- 
nitum, non factum, con- 
substantialem Patri : per 
quem omnia facta sunt. 
Qui propter noshomines 
et propter nostram sa- 
lutem, descendit de cœ- 
lis. Et incarnatus est de 
Spiritu Sancto ex Maria 
virgine : Et horao factus 
iam pro 
io Pi- 
lato, passus, et sepultus 
e^t. Et resurrexit tertia 
die. secundum Scriptu- 
ras. Et ascendit in cœ- 
lum : sedet ad dexteram 
Patris. Et iterum ven- 
îurus est cum gloria ju- 
dicare vivos et mortuos : 
cujus regni non erit 
finis. 

Et in Spiritum Sanc- 
tum, Dominum et vivi- 
ncantem, qui ex Pâtre 
Filioque procedit. Qui 
cum Pâtre et Filiosimul 
adoratur, et conglorifi- 
catur : qui locutus est 
per Piv.phetas. Et Unam, 
Sanctam, Catholicam et 
Ap..stolicam Ecclesiam. 
Confiteur unum Bap- 



fait le ciel et la terre, et tou- 
tes les choses visibles et in- 
visibles. 

Et en un seul Seigneur, 
Jesus-Christ, Fils unique de 
Dieu ; qui est né du Père 
avant tous les siècles ; Dieu 
de Dieu, lumière de lumière, 
vrai Dieu de vrai Dieu, qui 
n'a pas été fait, mais engen- 
dré, consubstantiel au Pèro : 
Ear qui toutes choses ont été 
lites. Qui est descendu des 
cieux pour nous autres hom- 
mes, et pour notre salut. Et 
qui a pria chair de la Vierge 
Marie par l'opération du 
Saint-Esprit ; et qui s'est 
fait homme. Qui a été aussi 
crucifié pour nous sous Pon- 
ce-Pilate : qui a souffert, qui 
a été mis dans le sépulcre ; 
qui est ressuscité le troisième 
jour, selon les Ecritures. Et 
qui est monté au ciel, qui est 
assis à la droite du Père, 
et qui viendra encore avec 
gloire pour juger les vi- 
vants et les morts ; et dont 
le règne n'aura point de fin. 

Et au Saint-Esprit, Sei- 
gneur et vivifiant, qui pro- 
cède du Père et du Fils ; qui 
est adoré et glorifié conjoin- 
tement avec le Père et le 
Fils ; qui a parlé par les 
Prophètes. Je crois l'Eglise 
qui est Une, Sainte, Catho- 
lique et Apostolique. Je con- 
fesse qu'il y a un Baptême 
pour la rémission des pèches; 



L'Ordinaire de la Messe. 



65 



et j'attends la résurrection 
des morts et la vie du siècle 
à venir. Amen. 



tisma in remissionem 
peccatorum. Et expecto 
resurrectionem mortuo- 
rum, et vitam venturi 
saeculi. Amen. 

Le cœur du Prêtre et celui du peuple doi- 
vent maintenant être prêts ; il est temps de 
préparer l'offrande elle-même. Nous entrons 
dans cette seconde partie de la sainte Messe 
qui est appelée Oblation, et qui fait suite à 
celle qu'on désigne sous le nom de Messe des 
Catéchumènes, parce qu'elle était autrefois la 
seule à laquelle les aspirants au Baptême 
eussent le droit de prendre part. 

Voici donc que le pain et le vin vont être 
offerts à Dieu, comme les plus nobles élé- 
ments de la création matérielle, puisqu'ils 
sont destinés à la nourriture de l'homme ; 
mais ce n'est là qu'une figure grossière de 
leur destination dans le sacrifice chrétien. 
Leur substance va bientôt s'évanouir; il n'en 
demeurera plus que les apparences. Heu- 
reuses créatures qui cèdent la place au 
Créateur ! Nous aussi, nous sommes appelés à 
éprouver une ineffable transformation, lors- 
que, comme dit l'Apôtre, ce qui est mortel en 
nous sera absorbé par la vie 1 . En attendant, 
offrons-nous à Dieu, pendant que le pain et 
le vin lui vont être présentés ; préparons- 
nous pour la venue de celui qui nous trans- 
formera, en nous rendant participants de la 
nature divine^. 

Le Prêtre salue encore le peuple , pour 



i. II Cor. v, 4. 
2. 11 Petr. I, 4. 



66 



VA vent. 



l'avertir d'être de plus en plus attentif. Li- 
sons avec lui l'Offertoire ; et quand il présente 
à Dieu l'Hostie , joignons-nous à lui et 
disons : 



TOUT ce que nous avons, 
Seigneur, vient de vous 
et est à vous : il est donc juste 
que nous vous le rendions. 
Mais combien vous êtes admi- 
rable dans les inventions de 
votre puissante charité ! Ce 
pain que nous vous offrons va 
bientôt céder la place à votre 
sacré Corps ; recevez, dans 
une même oblation, nos cœurs 
qui voudraient vivre de vous, 
et non plus d'eux-mêmes. 



SUSCIPE, sancte Pa- 
ter, omnipotens 
asterne D^us, hanc îmma- 
culatam hostiam, quam 
ego indignus famulus 
tuus offero tibi Deo meo 
vivo et vero, pro innu- 
merabilibus peccatis et 
offensionibuset negliiren- 
tiis meis, et pro omnibus 
circumstantibus. sed et 
pro omnibus fidelibus 
christianis vivis atque 
defunctis : ut mihi et iflis 
proficîat ad salutem in 
vilam aeternam. Amen. 

Quand le Prêtre met dans le calice le vin 
auquel il mêle ensuite un peu d'eau, afin de 
représenter l'union de la nature divine à la 
faible nature humaine de Jésus-Christ, pen- 
sez au divin mystère de l'Incarnation qui doit 
sons peu de jours être manifesté, et dites : 

pycus qui humanae 

*-J substantiae dignita- 
tem mirabiliter condi- 
disti, et mirabilius refor- 
masti : da nobis per hujus 
aquae et vini mysterium, 
ejus divinitatis esse con- 
sortes, qui humanitatis 
nostra; fk-ri dignatus est 
particeps. Jésus Christus 
Filins tuuv Dominus nos- 
ter : qui tecum vivit et 



SEIGNEUR, qui êtes la véri- 
table Vigne, et dont le 
sang, comme un vin généreux, 
s'est épanché sous le pressoir 
de la Croix, vous daignez 
unir votre nature divine à 
notre faible humanité figurée 
ici par cette goutte d'eau ; 
venez nous faire participants 
de votre divinité, en vous 
manifestant en nous par votre 
douce et puissante visite. 



L'Ordinaire de la Messe. 



67 



régnât in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula 
sœculorum. Amen. 

]-c Prêtre offre ensuite le mélange de vin 
et d'eau, priant Dieu d'avoir pour "agréable 



cette oblation, dont 1 
transformer en réalité, 
dites en union avec lui: 

Agréez ces dons, souve- 
rain Créateur de toutes 
choses : qu'ils soient ainsi 
préparés pour la divine trans- 
formation qui. de cette simple 
offrande de créatures, va faire 
l'instrument du salut du 
monde. 



figure va bientôt se 
Pendant ce temps, 



OFFERl.MU 
mine, 



tibi. Do- 
icem sa- 
lutaris, tuam deprecantes 
clementiam : ut in cons- 
pectu divinae Majestatis 
tuce, pro nostra et totius 
mundi salute, cum odore 
suavitatis ascendat. 
Amen. 



Puis le Prêtre s'incline, après avoir élevé 
les dons; humilions-nous avec lui et disons : 



S' 



nous avons la hardiesse 
d'approcher de votre 
autel, Seigneur, ce n'est pas 
que nous puissions oublier ce 
que nous sommes. Faites- 
nous miséricorde, et ne diffé- 
rez pas trop d'envoyer votre 
Fils, qui est notre Hostie 
salutaire. 



rspiritu 
et in an 



humilitatis, 
mo contrito 
suscipiamur a te. Do- 
mine : et sic fiât sacrifi- 
cium nostrum in cons- 
pectu tuo hodie, ut pla- 
ceat tibi, Domine Deus. 



Invoquons ensuite l'Esprit-Saint, dont l'o- 
pération va bientôt produire sur l'autel la 
présence du Fils de Dieu, comme elle la pro- 
duisit au sein de la Vierge xMarie, dans le di- 
vin mystère de l'Incarnation. 



T7ENEZ, Esprit divin, fé- 
V conder cette offrande 
qui est sur l'autel, et produire 
en nos cœurs celui que nos 
cœurs attendent. 



Sanctificator om- 
ipotens, jeterne 



vv 

Deus, et benedic hoc 
sacrificium tuo sancto 
nomini prajparatum. 



68 U A vent. 



Si c'est une Messe solennelle, le Prêtre, 
avant de passer outre, prend pour la seconde 
fois l'encensoir. Il encense le pain et le vin 
qui viennent d'être offerts, et ensuite l'autel 
lui-même; afin que la prière des fidèles, si- 
gnifiée par la fumée de ce parfum, devienne 
de plus en plus ardente, à mesure que le mo- 
ment solennel approche davantage. Saint 
Jean nous dit que l'encens qui brûle sur 
l'Autel du ciel est formé par les prières des 
Saints; au temps de l'Avent, nous devons 
considérer, sous l'emblème de ce nuage odo- 
rant qui environne l'Autel de la terre, les 
soupirs des Patriarches et des Prophètes vers 
le Messie, et nous y joindre de toute l'ar- 
deur de nos désirs. 

Mais la pensée de son indignité se ranime 
plus forte au cœur du Prêtre. La confession 
publique qu'il a faite au pied de l'autel ne 
suffit plus à sa componction. A l'autel même, 
il donne en présence du peuple un témoi- 
gnage solennel du pressant besoin qu'il 
éprouve de se purifier à l'approche de Dieu ; 
il lave ses mains. Or les mains signifient les 
œuvres ; et le Prêtre, s'il porte en lui-même, 
comme Prêtre, le caractère de Jésus-Christ, 
est un homme par les œuvres. Que les fidè- 
les s'humilient en contemplant ainsi l'humi- 
lité de leur Père, et disent comme lui : 

DU PSAUME XXV. 



Lavabo inter innocentes 
manus meas : et cir- 
cumdabo altare tuum, 
Domine. 

Ut audiam vocem lau- 



Je veux: laver mes mains, 
Seigneur, et me rendre 
semblable à ceux qui sont 
Jans l'innocence, pour être 
digne d'approcher de votre 



L'Ordinaire de la Messe. 



6g 



autel, d'entendre vo*s sacrés 
Cantiques, et de raconter vos 
merveilles. J'aime la beauté 
de votre Maison, le lieu dont 
vous allez faire l'habitation 
de votre gloire. Ne me laissez 
pas retourner, ô Dieu, dans 
la compagnie de vos ennemis 
et des miens. Depuis que 
votre miséricorde m'en a 
retiré, je suis revenu à l'inno- 
cence, en rentrant en grâce 
avec vous ; mais ayez encore 
pitié de mes faiblesses, 
rachetez-*moi encore, vous 
qui avez, par votre bonté, 
remis mes pas dans le sentier, 
ce dont je vous rends grâces 
au milieu de cette assemblée. 
Gloire au Père, et au Fils, et 
au Saint-Esprit ; comme il 
était au commencement, 
maintenant et toujours, et 
dans les siècles des siècles. 
Amen. 



dis : et enarrem universa 
mirabilia tua. 

Domine, dilexi deco- 
rem domus tua;, et locum 
habitationis gloriae tuas. 

Ne perdas cum impiis, 
Deus, animam meam, et 
cum viris sanguinum 
vitam meam. 

In quorum manibus 
iniquitates sunt : dextera 
eorum repleta est mune- 
ribus. 

Ego autem in innocen- 
tia mea ingressus sum : 
redime me, et miserere 
mei. 

Pes meus stetit in 
directo : in ecclesiis bene- 
dicam te, Domine. 

Gloria Patri, et Filio, 
et Spiritui Sancto. 

Sicut erat in principio, 
et nunc, et semper, et in 
saecula sœculorum. Amen. 



Le Prêtre, rassuré par l'acte d'humilité 
qu'il vient d'accomplir, reparaît au milieu 
de l'autel, et s'incline respectueusement. Il 
demande à Dieu de recevoir avec bonté le 
Sacrifice qui va lui être offert, et détaille les 
intentions de ce Sacrifice. Offrons avec lui. 



Trinité sainte, agréez ce 
sacrifice ainsi préparé 
qui va renouveler la mémoire 
de la Passion, de la Résur- 
rection et de l'Ascension de 
Jesus-Christ notre Seigneur. 
Souffrez que votre Eglise y 
joigne l'intention d'honorer 



SUSCIPE, sancta Trini- 
tas. hanc oblationem, 
quam tibi offerimus ob 
memoriam Passionis , 
Resurrectionis, et Ascen- 
sionis Jesu Christi Domi- 
ni nostri : et in honorem 
beatas Mariae semper 



70 



VA vent. 



Yir;_'inis, et beati Joannis 
Baptiste, et sanctorum 
Apostolorum Pétri et 
Pauli, et istorum, et 
omnium Sanctorum : ut 
illis proficiat ad honorem, 
nobis autem ad salutem : 
et illi pro nobis interce- 
dere dignentur in ccelis, 
quorum memoriam agi- 
mus in terris. Per eum- 
dem Christum Dominum 
nostrum- Amen. 



la glorieuse Vierge qui bien- 
tôt nous donnera le divin 
fruit de ses entrailles, les 
saints Apôtres Pierre et 
Paul, les Martyrs dont les os- 
sements attendent la résur- 
rection sous cet autel, et les 
Saints dont aujourd'hui nous 
honorons la mémoire. Aug- 
mentez la gloire dont ils 
jouissent, et qu'ils daignent 
eux-mêmes intercéder pour 
notre salut. 



Le Prêtre se tourne une dernière fois vers 
le peuple. Il sent le besoin de raviver encore 
l'ardeur des fidèles. Mais la pensée de son 
indignité ne Tabandonne pas. Il veut s'ap- 
puyer sur les prières de ses frères, avant 
d'entrer dans la nuée avec le Seigneur. Il 
dit donc : 



aATE, fratres : ut 
meum ac vestrum 
sacrificium acceptabile 
fiât apud Deum Patrem 
omnipotentem. 



Priez, mes frères, afin que 
mon Sacrifice, qui est 
aussi le vôtre, soit acceptable 
auprès de Dieu le Père tout- 
puissant. 



Cela dit, il se retourne ; et les fidèles ne 
verront plus sa face, jusqu'à ce que le Sei- 
gneur lui-même soit descendu. Rassurez-le, 
en lui répondant par ce souhait : 



SUSCIPIAT Dominus 
sacrificium de mani- 
bus tais, ad laudem et 
gloriam nominis sui, ad 
utilitatem quoque nos- 
tram totiusque Ecclesiae 
suce sanctas. 



OUE le Seigneur reçoive 
ce Sacrifice de vos 
mains, pour la louange et la 
gloire de son nom, pour notre 
utilité et pour celle de toute 
sa sainte Eglise. 



L'Ordinaire de la Messe. 



7' 



Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, dans 
lesquelles il offre les vœux de toute l'Eglise 
pour l'acceptation du Sacrifice, et bientôt il 
s'apprête à remplir l'un des plus grands de- 
voirs de la religion, Y Action de Grâces. Jus- 
qu'ici, il a adoré, il a demandé miséricorde; 
il lui reste encore à rendre grâces pour les 
bienfaits octroyés par la munificence du Père, 
et dont le principal est le Messie. Dans l'at- 
tente de la nouvelle visite du Fils de Dieu, 
le Prêtre, au nom de l'Eglise, va ouvrir la 
bouche et épancher la reconnaissance du 
monde entier ; pour exciter l'enthousiasme 
des fidèles qui priaient en silence avec lui, il 
termine son Oraison à haute voix : 

DANS tous les siècles des I p ERomnia saecula ssecu- 
siècles. I F iorum. 

Réunissez-vous à lui, et répondez : Amen. 

Il vous salue en disant : 

Le Seigneur soit avec vous. | Dominus vobiscum, 

Répondez-lui : 

Et avec votre esprit. | Et cum spiritu tuo. 

Puis il dit : 

Les cœurs en haut ! | Sursum corda I 

Répondez avec vérité : 

Nous les avons vers le Sei- I Habemusad Dominum. 
gneur. 

Puis il ajoute : 

Rendons grâces au Sei- I Gratias agamus Do- 
gneur notre Dieu. I mino Deo nostro. 



72 



L'Avent, 



Protestez du fond de votre àme : 

Dignum et justura est. I C'est une chose digne et 
I juste. 

Alors le Prêtre : 



\7tREdignum et justum 
V est, aequum et salu- 
tare, nos tibi semper et 
ubique gratias agere : 
Domine sancte , Pater 
omnipotens.aeterne Deus: 
per Christum Dominum 
nostrum . Per quem 
majestatem tuam laudant 
Angeli, adorant Domi- 
nationes, tremunt Potes- 
tates, Coeli, cœlorumque 
Virtutes, ac beata Sera- 
phim. socia exultatione 
concélébrant. Cum qui- 
bus et nostras voces, ut 
admitti jubeas depreca- 
mur.supplici confessione 
dicentes : 



OUI, c'est une chose digne 
et juste, équitable et 
salutaire, de vous rendre 
grâces en tout temps et en 
tous lieux. Seigneur saint, 
Père tout-puissant, Dieu 
éternel, par Jésus-Christ 
notre Seigneur. Par qui les 
Anges louent votre Majesté, 
les Dominations l'adorent, 
les Puissances la révèrent en 
tremblant, les Cieux et les 
Vertus des cieux, et les heu- 
reux Séraphins la célèbrent 
avec transport. Daignez per- 
mettre à nos voix de s'unir à 
leurs voix, arin que nous puis- 
sions tous dire dans une 
humble confession : Saint ! 
Saint ! Saint ! 

Unissez-vous au Prêtre, qui lui-même s'u- 
nit aux Esprits bienheureux, pour rendre 
grâces du Don inestimable, et dites aussi : 

SANCTUS,Sanctus,Sanc- 
1 tus Dominus Deus 
sabaoth ! armées ! 

Pleni sunt coeli et terra Les cieux et la terre sont 
remplis de sa gloire. 

Hosannah au plus haut des 
cieux ! 

Béni soit le Sauveur que 
nous attendions, et qui va 
venir au nom du Seigneur qui 
l'envoie I 



gloria tua. 
Hosanna 



excelsis 



Benedictus qui venit 
in nomine Domini. 



SAINT, Saint, Saint est le 
Seigneur, le Dieu des 



L'Ordinaire de la Mess 



73 



Hosannah soit à lui au plus I Hosanna in excelsis ! 
haut des cieux ! 

Le Canon s'ouvre après ces paroles, prière 
mystérieuse au milieu de laquelle le ciel s'a- 
baisse et Dieu descend. On n'entendra plus 
retentir la voix du Prêtre ; le silence se fait, 
même à l'autel. Ce fut aussi, dit le livre de 
la Sagesse, « au milieu du silence, et au sein 
« des ombres d'une nuit mystérieuse, que le 
« Verbe tout-puissant s'élança de sa royale 
« demeure. » Qu'un silence semblable apaise 
nos distractions, contienne toutes nos puis- 
sances : suivons d'un œil respectueux les 
mouvements du Prêtre. 



LE CANON DE LA MESSE. 



Dans ce colloque mystérieux avec le grand 
Dieu du ciel et de la terre, la première 
prière du sacrificateur est pour l'Eglise ca- 
tholique, sa Mère et la nôtre. 



O 



Dieu qui vous manifes- 



par le moyen des mystères 
dont vous avez fait déposi- 
taire notre Mère la sainte 
Eglise, nous vous supplions, 
au nom de ce divin Sacri- 
fice, de détruire tous les 
obstacles qui s'opposent à son 
pèlerinage en ce monde ; 
donnez-lui la paix et l'unité ; 
conduisez vous-même notre 
Saint-Père le Pape, votre 
Vicaire sur la terre ; dirigez 
notre Evèque qui est pour 
nous le lien sacré de l'unité ; 



sauvez le 
gouverne, 



prince qui 
afin que 



nous 
nous 



T 



: igitur, clementis- 
sime Pater,per Jesum 
Christum Filium tuum 
Dominum nostrum sup- 
plices rogamus ac peti- 
mus, uti accepta habeas, 
et benedicas haec dona, 
hase munera. hjec sancta 
sacrificia illibata, in pri- 
mis quae tibi offerimus 
pro Ecclesia tua sancta 
Catholica : quam paci- 
ficare, custodire,adunare, 
et regere digneris toto 
orbe terrarum, una cum 
famulo tuo Papa nostro 
N. etAntistite nostro N., 
et omnibus orthodoxis, 



L'A vent. 



atque catholicae et apos- 
tolicae tidei cultoribus. 



Priez maintenant, 
personnes qui vous 

Mémento, Domine, fa- 
mulorum famula- 
rumque tuarura N. et N., 
et omnium circumstan- 
tium. quorum tibi fides 
cognita est. et nota devo- 
tio : pro quibus tibi of- 
ferimus. vel qui tibi of- 
ferunt hoc sacrificium 
laudis, pro se, suisque 
omnibus, pro redemp- 
tione animarum suarum. 
pro spe salutis et incolu- 
mitatis suae : tibique red- 
dunt vota sua ceterno Deo 
vivo et vero. 



menions une vie tranquille ; 
conservez tous les orthodoxes 
enfants de l'Eglise Catho- 
lique-Apostolique- Romaine. 

avec le Prêtre, pou: les 
intéressent davantage : 

PERMETTEZ-MOI , Ô mon 
Dieu ! de vous demander 
de répandre vos bénédictions 
spéciales sur vos serviteurs 
et vos servantes, pour les- 
quels vous savez que j'ai une 
obligation particulière de 
prier... Appliquez-leur les 
fruits de ce divin Sacrifice 
qui vous est offert au nom de 
tous. Visitez-les par votre 
grâce, pardonnez leurs pé- 
chés, accordez-leur les biens 
de la vie présente et ceux de 
la vie éternelle. 



Faisons mémoire des Saints qui sont la par- 
tie déjà glorieuse du Corps de Jésus-Christ : 



COMMUNICANTES, et 
memoriam vénéran- 
tes, in primis gloriosae 
semper Virginis Maria?, 
Genitricis Dei et Domini 
nostri Jesu Christi : sed 
et beatorum Apostolorum 
ac Martyrum tuorum, Pé- 
tri et Pauli, Andreae, Ja- 
cobi, Johannis, Thomœ. 
Jacobi. Philippi,Bartho- 
lomsei. Matthœi, Sinionis 
et Thaddxi : Lini, Cleti, 
Clementis. Xysti, Corne- 



M 



Aïs non seulement, ô 
mon Dieu, l'offrande 
de ce Sacrifice nous unit à 
nos frères qui sont encore 
dans cette vie voyagère de 
l'épreuve; il resserre aussi 
nos liens avec ceux qui 
déjà sont établis dans la 
gloire. Nous l'offrons donc 
pour honorer la mémoire de 
la glorieuse et toujours Vierge 
Marie, qui bientôt nous con- 
viera aux joies de son divin 
enfantement, des Apôtres, 



L'Ordinaire de la Messe. 



des Martyrs, des Confes- 
seurs, des Vierges, en un 
mot de tous les Justes, afin 
qu'ils nous aident par leur 
puissant se -ours à devenir 
dignes de soutenir votre Avè- 
nement, et de vous contem- 
pler à jamais comme eux. 
dans le séjour de votre 
gloire. 



lii. Cypriani, Laurentii, 
Chrvsogoni, Joannis et 
Pauli, Cosmœ et Damia- 
ni, et omnium sanctorum 
tuorum : quorum meritis 
precibusque concédas, ut 
in omnibus protectionis 
tuas muniamur auxilio. 
Per eumdem Cbristum 
Dominum nostrum . 

Amen. 

Le Prêtre, qui jusque-là priait les mains 
étendues, les unit et les impose sur le pain 
et le vin. Il imite ainsi le geste du Pontife 
d-e l'ancienne loi sur la victime figurative, 
pour désigner ces dons d'une manière spé- 
ciale à l'oeil de la Majesté divine, comme 
l'offrande matérielle qui atteste notre dépen- 
dance, et qui va bientôt faire place à l'Hostie 
vivante sur laquelle ont été placées toutes 
nos iniquités. 



AIGNEZ recevoir, 



ô Di 



L) cette offrande que toute 
votre famille vous présente, 
comme l'hommage de son 
heureuse servitude. En 
échange, donnez-nous la 
paix, sauvez-nous de votre 
colère, mettez-nousau nombre 
de vos élus ; par Jésus-Christ 
notre Seigneur qui va venir. 



Car il est temps que ce 
pain devienne son Corps sa- 
cré qui est notre nourriture, 
il que ce vin se transforme 
en son Sang qui est notre 
breuvage , ne tardez donc 



H ANC igitur oblatio- 
nem servitutis nos- 
trae, sed etcuncta? fami- 
liœ tuae, quœsumus Domi- 
ne, ut placatus accipias: 
diesque nostrosin tua pa- 
ce disposas, atque ab ae- 
terna damnatione nos 
etipi. et in electoru m tuo- 
rum jubeas grege nume- 
rari. Per Christum Do- 
minum nostrum. Amen. 
Quam oblationem tu, 
Deus, in omnibus, quae- 
sumus, benedictam, ads- 
criptam, ratam. rationa- 
bilem, acceptabilemque 
facere digneris , ut nobis 



7" 



L'A vent. 



Corpus et Sanguis fiât di- | pli 

lectissimi Filii tui Domi- | ri 
ni nostri Jesu Christi. 



ls notre Sauveur 



Ici, le Prêtre cesse d'agir en homme ; il 
n'est plus simplement le député de l'Eglise. 
Sa parole devient celle de Jesus-Christ ; elle 
en a la puissance et l'efficacité. Prosternez- 
vous; car l'Emmanuel, le Dieu avec nous, 
descend du ciel. 



QUE ferai-je en ce moment, 
ô Dieu du ciel et de la 
terre. Sauveur, Messie tant 
désiré, si ce n'est de vous 
adorer en silence comme 
mon souverain Maître , de 
vous ouvrir mon cœur, 
comme à son Roi plein de 
douceur ? Venez donc, Sei- 
gneur Jésus ! venez ! 



OUI pridie quam pate- 
retur, accepit panem 
in sanctas ac venerabiles 
manus suas : et elevatis 
oculis in cœlum, ad te 
Deum Patrem suum om- 
nipotentem, tibi gratias 
agens, benedixit, fregit, 
deditque discipulis suis, 
dicens: Accipite, et man- 
ducate ex hoc omnes.Hoc 
est enim Corpus meum. 



L'Agneau divin est maintenant sur l'autel. 
Gloire et amour soient à îui ! Mais il ne vient 
que pour être immolé ; c'est pourquoi le 
Prêtre, ministre des volontés du Très-Haut, 
prononce tout aussitôt sur le calice ces pa- 
roles sacrées qui opèrent la mort mystique, 
par la séparation du Corps et du Sang de la 
victime. La substance du pain et du vin s'est 
évanouie : les espèces seules sont restées 
comme un voile sur le Corps et le Sang du 
Rédempteur, afin que la terreur ne nous 
éloigne pas d'un mystère qui ne s'accomplit 
que pour rassurer nos cœurs. Unissons-nous 
aux Anges qui contemplent en tremblant 
cette divine merveille. 



L'Ordinaire de la Messe. 



77 



IMILI modo postquam 



^ cœnalum est, acci- 
piens et hune prœclarum 
Calicem insanctas aeve- 
nerabiles manus suas: 
item tibi gratias agens, 
benedixit,deditque disci- 
pulis suis, dicens : Acci- 
pite et bibite ex eo omnes. 
Hic est enim Calix 



Sang du 
salut, je vous adore. La 
vez mes iniquités, et rendez- 
moi plus blanc que la neige. 
Agneau sans cesse immolé, et 
cependant toujours vivant, 
vous venez effacer les péchés 
du monde ; venez aussi ré- 
gner en moi par votre force 
et par votre douceur. 
Sanguinis mei. novi et .eterni testamenti : MVSTE- 

R1UM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR 

in remissionem peccatorum. Hsc quotiescumque fe- 
ceritis, in mei memoriam facietis. 

Le Prêtre est maintenant face à face avec 
Dieu ; il élève de nouveau ses bras, et repré- 
sente au Père céleste que l'Oblation qui est 
devant lui n'est plus une offrande matérielle, 
mais le Corps et le Sang, la personne tout 
entière de son divin Fils. 



LA voici donc, ô Père 
saint, l'Hostie si long- 
temps attendue. Voici ce 
Fils éternel qui a souffert, 
qui est ressuscité glorieux, 
qui est monté triomphant au 
ciel. Il est votre Fils; mais 
il est aussi notre Hostie, Hos- 
tie pure et sans tache; notre 
Pain et notre Breuvage d'im- 
mortalité. 



Vous avez agréé autrefois 
le sacrifice des tendres 
agneaux que vous offrait 



UNDE et memores, Do- 
mina, nos servi tui, 
sed et plebs tua sancta, 
ejusdem Christi Filii tui 
Domini nostri tam beatae 
Passionis, nec non etab 
inferis Resurrectionis, 
sed et in cœlos gloriosae 
Ascensionis : offerimus 
praeclarae majestati tux 
de tuis donis ac datis 
Hostiam puram, Hos- 
tiam sanctam, Hostiam 
immaculatam : Panem 
sanctum vitae aeternae, et 
Calicem salutis perpétua;. 
Supra quas propitio ac 
sereno vultu respicere di- 
gneris : et accepta habe- 



7 8 



L'A vent. 



re, sicuti accepta habere 
dignatus es mimera pucri 
tui justi Abel, et sacri- 
ficium Patriarche nostri 
Abrahae, et quodtibi ob- 
tulit summus Sacerdos 
tttUS Melchisedech.sanc- 
tum sacrificium.immacu- 
latam hostiam, 



Abel; le sacrifice au'Abra- 
ham vous fit de son fiis Isaac, 
immolé sans perdre la vie; 
enfin le sacrifice mystérieux 
du pain et du vin que vous 
présenta Melchisédech. Re- 
cevez ici l'Agneau par excel- 
lence, la victime toujours vi- 
vante, le Corps de votre Fils 
qui est le Pain de vie, son 
Sang qui est à la fois un 
breuvage pour nous, et une 
libation à votre gloire. 

Le Prêtre s'incline vers l'autel, et le baise 
comme le trône d'amour sur lequel réside le 
Sauveur des hommes. 



Supplices te rogamus, 
1 omnipotens Deus : 
jubé hœc perferri per 
manus sancti Angeli tui 
in sublime Altare tuum, 
in conspectu divins Ma- 
jectatis tuaî : ut quotquot 
ex hac altaris participa- 
tione, sacrosanctum Fi- 
lii tui Corpus et San- 
guinem sumpserimus . 
omni benedictione cœ- 
lesti et gratia repleamur. 
Per eumdem Christum 
Dominum nostrum . 
Amen. 



Mais. 6 Dieu tout-puissant! 
ces dons sacrés ne repo- 
sent pas seulement sur cet 
autel terrestre : ils sont aussi 
sur lAutel sublime du ciel, 
devant le trône de votre divine 
Majesté ; et ces deux autels 
ne sont qu'un même autel, 
sur lequel s'accomplir le 
grand mystère de votre gloire 
et de notre salut : daignez 
nous rendre participants du 
Corps et du Sang de l'au- 
guste Victime de laquelle 
émanent toute grâce et toute 
bénédiction. 



Mais le moment est favorable aussi pour 
implorer un soulagement à l'Eglise souffrante. 
Demandons que le Libérateur qui est des- 
cendu, daigne visiter les sombres demeures 
du Purgatoire, par un rayon de sa lumière 
consolatrice, et que, découlant de cet autel, 



L'Ordinaire de la Messe. 



19 



le sang de l'Agneau, comme une miséricor- 
dieuse rosée, rafraîchisse ces âmes haletantes. 
Prions particulièrement pour celles qui nous 
sont chères. 



de 



N excluez personne 
votre visite, ô Jésus ! 
Votre aspect réjouit la Cité 
sainte avec ses élus ; nos 
yeux encore mortels vous 
contemplent, quoique sous un 
voile : ne vous cacher plus à 
ceux de nos frères qui sont 
dans le lieu des expiations. 
Soyez-leur un rafraîchisse- 
ment dans leurs flammes, une 
lumière dans leurs ténèbres, 
une paix dans leurs doulou- 
reux transports. 

Ce devoir de charité étant rempli, prions 
pour nous-mêmes pécheurs, qui profitons si 
peu de la visite que le Sauveur daigne nous 
faire, et frappons notre poitrine avec le 
Prêtre : 



Mémento etiam. Do- 
mine, famulorum 
famularumque tuarum N. 
et X., qui nos pra?cesse- 
ruht cum signo fidei, et 
dormi un t insomnopacis. 
Ipsis, Domine, et omni- 
bus in Christo quiescen- 
tibus, locum refrigerii, 
lucis et pacis, ut indul- 
geas, deprecamur. Per 
eumdem ChristumDomi- 
num nostrum. Amen. 



Nous sommes pécheurs, 6 
Père saint l et cepen- 
dant nous attendons de votre 
infinie miséricorde une part 
dans votre Royaume, par le 
mérite de ce Sacrifice que 
nous vous offrons, et non à 
cause de nos œuvres qui ne 
sont dignes que de votre 
colère. Mais souvenez-vous 
de vos saints Apôtres, de vos 
saints Martyrs, devos saintes 
Vierges, de tous les Bienheu- 
reux, et donnez-nous, par leur 
intercession, la grâce et la 
gloire éternelle que nous vous 



N 



y obis quoque peccato- 
ribus famulis tuis, de 
multitudine miseratio- 
num tuarum sperantibus, 
partem aliquam et socie- 
tatem donare digneris 
cum tuis sanctis Aposto- 
lis et Martyribus : cum 
Joanne , Stephano , 

Mathia, Barnaba, Igna- 
tio, Alexandro, Marcelli- 
no, Petro, Felicitate, 
Perpétua, Agatha,Lucia, 
Agnete, Csecilia, Anas- 
tasia, et omnibus Sanctis 
tuis ; intra quorum nos 



<Vo 



L'A vent. 



demandons au nom de Jésus- 
Christ notre Seigneur, votie 
Fils ; c'est par lui que vous 
répandez sur nous vos bien- 
faits de vie et de sanctifica- 
tion ; par lui encore, avec lui 
et en lui, dans l'unité du 
Saint-Esprit, soit à vous 
honneur et gloire à jamais. 



consortium, non sestima- 
tor meriti, sed veniae, 
quaesumus. largitor ad- 
mitte : per Christum Do- 
minum nostrum. Per 
quem hœc omnia, Domi- 
ne, semper bona créas, 
sanctitïcas , vivificas , 
benedicis . et praestas 
nobis : per ipsum, et cum 

Sso, et in ipso, est tibi 
eo Patri omnipotenti, 
in unitate Spiritus Sanc- 
ti, omnis honoret gloria. 

En disant ces dernières paroles, le Prêtre 
a pris l'Hostie sainte qui reposait sur l'autel; 
il l'a placée au-dessus de la coupe, réunissant 
ainsi le Corps et le Sang de la divine victime, 
arin de montrer qu'elle est maintenant im- 
mortelle ; puis élevant à la fois le Calice et 
l'Hostie, il a présenté à Dieu le plus noble 
et le plus complet hommage que puisse 
recevoir la majesté infinie. 

Cet acte sublime et mystérieux met fin au 
Canon; le silence des Mystères est suspendu. 
Le Prêtre a terminé ses longues supplications; 
il sollicite pour ses prières l'acquiescement 
du peuple fidèle en prononçant à haute voix 
les dernières paroles : 

PER omnia sœcula sae- I P\ans tous les siècles dos 
/-iilrkfiim 



culorum. 



siècles. 



Répondez avec foi et dans un sentiment 
d'union avec la sainte Eglise : 



Amen. 



Amen ! je crois 
qui_ s'est opère 



mystère 

m'unis à 
l'offrande qui a été faite et 
aux demandes de l'Eglise. 



L'Ordinaire de la Messe. 



81 



Il est temps de répéter la prière que le 
Sauveur lui-même nous a apprise. Qu'elle 
s'élève jusqu'au ciel avec le sacrifice du 
Corps et du Sang de Jésus-Christ. Pourrait- 
elle n'être pas agréée, en ce moment où 
celui-là même qui nous l'a donnée est entre 
nos mains, pendant que nous la proférons ? 
Cette prière étant le bien commun de tous 
les enfants de Dieu, le Prêtre la récite à 
haute voix, afin que tous puissent s'y unir. 
Prions, dit-il : 

Oremus. Prœceptis 
salutaribus moniti, 
et divina institutione 
formati, audemus dicere : 



Instruits par un précepte 
salutaire, et suivant fidè- 
lement la forme de l'instruc- 
tion divine qui nous a été 
donnée, nous osons dire : 



L ORAISON DOMINICALE. 



Notre Père, qui êtes aux 
cieux, que votre Nom soit 
sanctifié ; que votre règne 
arrive ; que votre volonté 
soit faite sur la terre comme 
au ciel. Donnez-nous aujour- 
d'hui notre Pain quotidien, et 
pardonnez-nous nos offenses 
comme nous pardonnons à 
ceux qui nous ont offensés. 
Et ne nous laissez pas suc- 
comber à la tentation : 



Pater noster, qui es in 
cœlis : Sanctificetur 
nomen tuum : Adveniat 
regnum tuum : Fiat vo- 
luntas tua. sicut in cœlo, 
et in terra. Panem nos- 
trum quotidianum da 
nobis hodie : Et dimitte 
nobis débita nostra, sicut 
et nos dimittimus debito- 
ribus nostris. Et ne nos 
inducas in tentationem. 



Répondons avec l'accent de notre misère : 

Mais délivrez-nous du mal. | Sed libéra nos a malo. 

Le Prêtre retombe dans le silence des Mys- 
tères. Sa prière insiste sur cette dernière de- 
mande : Délivrez-nous du mal ; et certes, avec 
raison : car l&mal nous déborde, et c est pour 



82 



L'A vent 



l'expier et le détruire que l'Agneau nous a 
été envoyé. 



\MEN. Libéra nos, 
quaesumus Domine, 
ab omnibus malis, prae- 
teritis, praesentibus et 
futuris : et intercedente 
beata et gloriosa semper 
Virgine Dei Génitrice 
Maria, cum beatis Apos- 
tolis tuis Petro et Paulo, 
atque Andréa, et omni- 
bus Sanctis, da propitius 
pacem in diebus nostris : 
ut ope misericordiœ tuae 
adjuti, et a peccato simus 
semper liberi, et ab omni 
perturbatione securi. Per 
eumdem Dominum nos- 
trum Jesum Christum Fi- 
lium tuum, qui tecum 
vivit et régnât in unitate 
Spiritus Sancti Deus, 



Le Prêtre qui 
la Paix, et qui 
l'annoncer ; il 
voix : 



PER omnia saecula sae- 
culorum. 



Trois sortes de maux nous 
désolent, Seigneur : les 
maux passés, c'est-à-dire les 
péchés dont notre âme porte 
les cicatrices, et qui ont for- 
tifié ses mauvais penchants ; 
les maux présents, c'est-à- 
dire les taches actuellement 
empreintes sur cette pauvre 
âme, sa faiblesse, et les tenta- 
tions qui l'assiègent ; enfin 
les maux à venir, c'est-à- 
dire res châtiments de votre 
justice. En présence de l'Hos- 
tie du salut, nous vous prions, 
Seigneur,de nous délivrer de 
tous ces maux, et d'agréer en 
notre faveur l'entremise de 
Marie, Mère de Dieu, et de 
vos saints Apôtres Pierre, 
Paul et André. Affranchisbez- 
nous, délivrez-nous, donnez- 
nous la paix. Par Jésus- 
Christ votre Fils, qui vit et 
règne avec vous, 



vient de demander à Dieu 
l'a obtenue , s'empresse de 
conclut l'Oraison à haute 



H,. Amen. 



Pax Domini sit 
per vobiscum, 



DANS tous les siècles des 
siècles. 
fi|. Amen. 



Puis il dit 



Que la Paix du Seigneur 
soit toujours avec vous, 



L'Ordinaire de la Messe. 



83 



Répondez à ce souhait paternel : 

K|. Et avec votre esprit. fi|. Et cum spiritu tuo. 

Le Mystère touche à sa fin ; Dieu va s'unir 
à l'homme, et l'homme va s'unir à Dieu par la 
Communion; mais auparavant un rite impo- 
sant et sublime doit s'accomplir dans le silence 
de l'autel. Jusqu'ici le Prêtre a annoncé l'im- 
molation du Seigneur ; il est temps qu'il an- 
nonce sa Résurrection. Il divise donc l'Hostie 
sainte avec révérence, et l'ayant séparée en 
trois parts, il met une de ces parts dans le 
Calice, réunissant ainsi le Corps et le Sang 
de l'immortelle Victime. Adorez et dites : 



H 



Gloire à vous, Sauveur 
du monde, qui avez souf- 
fert que* dans votre Passion, 
votre précieux Sang fût sé- 
paré de votre sacré Corps, 
et qui les avez réunis ensuite 
par votre vertu ! 

Priez maintenant l'Agneau toujours vivant, 
que saint Jean a vu sur l'autel du ciel, debout, 
quoique immolé, et dites à ce souverain Roi : 



jec commixtio et 
consecratio Corpo- 
ris et Sanguinis Domini 
nostri Jesu Christi, fiât 
accipientibus nobis in 
vitam aeternam. Amen. 



Agneau de Dieu, qui ôtez 
les péchés du monde, 
ayez pitié de nous. 

Agneau de Dieu, qui ôtez 
les péchés du monde, ayez 
pitié de nous. 

Agneau de Dieu, qui ôtez 
les péchés du monde, don- 
nez-nous la Paix. 



AGNUS Dei, qui tollis 
peccata mundi, mi- 
serere nobis. 

Agnus Dei, qui tollis 
peccata mundi, miserere 
nobis. 

Agnus Dei, qui tollis 
peccata mundi, dona no- 
bis pacem. 



La Paix est le grand objet de la venue du 
Sauveur en ce monde : il est le Prince de la 
Faix : le divin Sacrement de l'Eucharistie 



84 



L'A vent. 



doit donc être le Mystère de la Paix, le lien 
de l'Unité Catholique; puisque, comme parle 
l'Apôtre : Nous ne sommes tous qu'un seul 
Pain et un seul Corps, nous tous qui partici- 
pons au même Pain. C'est pourquoi le Prêtre, 
au moment de communier à l'Hostie sainte, 
demande la conservation de la paix frater- 
nelle, principalement dans cette portion de 
la sainte Eglise qui est là réunie autour de 
l'autel. Implorez-la avec lui : 



SEIGNEUR Jésus-Christ, qui 
avez dit à vos Apôtres : 
« Je vous laisse ma paix, 
« je vous donne ma paix. » 
ne regardez pas mes péchés, 
mais la foi de cette assemblée 
qui est à vous, et daignez la 
pacifier et la réunir selon 
votre sainte volonté : vous 
qui, étant Dieu, vivez et ré- 
gnez dans tous les siècles 
des siècles. Amen. 



Domine Jesu Christe, 
1 qui dixisti Apostolis 
tuis : Pacem relinquo 
vobis, pacem meam do 
vohis : ne respicias pec- 
cata mea, sed fidem Ec- 
clesia? tuœ : eamque se- 
cundum voluntatem tuam 
pacificare, et coadunare 
digneris. Qui vivis et 
régnas Deus, per omnia 
saecula saeculorum. 
Amen. 

Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de 
Paix, si la Mes6e est solennelle, donne "le bai- 
ser fraternel au Diacre , qui le donne lui- 
même au Sous-Diacre, lequel va le porter au 
chœur. Pendant ce temps, ranimez en vous 
les sentiments de la charité chrétienne, et 

Èardonnez à vos ennemis, si vous en avez, 
ites ensuite avec le Prêtre : 

Domine Jesu Christe, 
Fili Dei vivi. qui 
ex voluntate Patris, coo- 
pérante Spiritu Sancto. 
per mortem tuam mun- 
dum viviheasti : libéra 



Seigneur Jésus-Christ, 
Fils du Dieu vivant, qui 
par la volonté du Père, et la 
coopération du Saint-Esprit, 
avez donné par votre mort 
la vie au monde : délivrez- 



L'Ordinaire de la Messe. 



85 



moi par ce saint et sacre 
Corps et par votre Sang, de 
tous mes péchés et de toutes 
sortes de maux. Faites que 
je m'attache toujours invio- 
lablement à votre loi, et ne 
permettez pas que je me sé- 
pare jamais de vous : Qui 
étant Dieu, vivez et régnez 
avec le Père et le Saint-Es- 
prit, dans tous les siècles 
des siècles. Amen. 



me per hoc sacrosanc- 
tum Corpus, et Sangui- 
nem tuum, ab omnibus 
iniquitatibus meis, et 
universis malis, et fac 
me tuis semper inhœrere 
mandatis, et a te nun- 
quam separari permittas. 
Qui cum eodem Deo Pâ- 
tre et Spiritu Sancto vi- 
vis et régnas Deus in 
sœcula saîculorum. 
Amen. 



ERCEPTIO 



Si vous devez communier à cette Messe, 
dites la troisième Oraison qui suit ; autre- 
ment, préparez-vous à faire la Communion 
spirituelle. 

SEIGNEUR Jésus-Christ, fai- 
tes que la réception de 
votre Corps, que je me pro- 
pose de prendre, tout indigne 
que j'en suis, ne tourne pas à 
mon jugement et à ma con- 
damnation ; mais que, par 
votre bonté, il me serve de 
défense pour mon âme et 



pour mon 
pour mon corps, et qu'il me 
soit un remède salutaire : 
Vous qui vivez et régnez 
avec Dieu le Père, en l'unité 
du Saint-Esprit, dans tous 
les siècles des siècles. Amen. 



I tui, Domine 



Corporis 
Jesu 
Christe, quod ego in- 
dignus sumere prassumo, 
non mihi proveniat in 
judicium et condemna- 
tionem : sed pro tua 
pietate prosit mihi ad 
tutamentum mentis et 
corporis, et ad medelam 
percipiendam. Qui vivis 
et régnas cum Deo Pâ- 
tre in unitate Spiritus 
Sancti Deus, per omnia 
sascula saeculorum. Amen. 



Quand le Prêtre prend l'Hostie et se dis- 
pose à s'en communier, dites : 

Venez, Seigneur Jésus ! I Panem ccelestem acci- 
piam, et nomen Domini 
I invocabo. 

Quand il frappe sa poitrine et confesse 



&b 



L'A vent. 



son indignité, répétez avec lui, trois fois, dans 
les sentiments du Centurion de l'Evangile : 



D c 



k OMlNE, non sum di- 
gnus ut intres sub 
tectum meum : sed tan- 
tum die verbo, et sana- 
bitur anima mea. 



Seigneur, je ne suis pas 
digne que vous entriez 
en moi ; mais dites seulement 
une parole, et mon âme sera 
guérie. 

Au moment où il consomme la sainte 
Hostie, si vous devez vous-même commu- 
nier, adorez profondément votre Dieu qui 
s'apprête à descendre en vous, et dites encore 
avec l'Epouse : Vene\, Seigneur Jésus! (Apoc, 
XXII, 20.) 

Si vous ne devez pas communier sacramen- 
tellement, communiez en ce moment spiri- 
tuellement, et adorant Jésus-Christ qui visite 
votre àme par sa grâce, dites: 

Je me donne à vous, ô mon 
Sauveur, pour être votre de- 
meure : faites en moi selon 
votre bon plaisir. 

Puis le Prêtre prend le Calice avec action 
de grâces, disant : 

Que pourrai-je rendre à 
Dieu pour tous les biens qu'il 
m'a faits ? Je prendrai le Ca- 
lice du salut, j'invoquerai le 
nom du Seigneur, et je serai 
délivré de mes ennemis. 



Corpus Domini nostri 
Jesu Christi custodiat 
animam meam in vitam 
aeternam. Amen. 



Quid retribuam Domi- 
no pro omnibus quae re- 
tribuit mihi? Calicemsa- 
lutaris accipiam, et no- 
raen Domini invocabo. 
Laudans invocabo Domi- 
num, et ab inimicis meis 
salvus ero. 

Si vous devez communier, dans le moment 
où le Prêtre prend le Calice pour s'abreuver 
du Sang divin, adorez encore le Dieu qui 
s'approche de vous, et dites toujours : Venef, 
Seigneur Jésus/ 



L'Ordinaire de la Messe. 



S? 



Si, au contraire , vous faites seulement la 
Communion spirituelle, adorez de nouveau 
Jésus-Christ, et dites: 



Je m'unis à vous, ô mon 
Sauveur ! unissez-vous à moi ! 
que nous ne nous séparions 
jamais ! 



SanguisDomini nostri 
Jesu Christi custodiat 
animam meam in vitam 
aeternam. Amen. 



C'est à ce moment, si vous devez com- 
munier, que le Prêtre vous donnera le 
Corps de Jésus-Christ. Les sentiments que 
l'on doit apporter à la Communion au saint 
temps de l'Avent, sont développés ci-après, 
Chapitre vi. 

La Communion étant faite, pendant que le 
Prêtre purifie le Calice pour la première fois, 
dites : 



Vous m'avez visité dans le 
temps, ô mon Dieu ! Faites 
que je garde les fruits de 
cette visite pour l'éternité. 



Quod ore sumpsimus, 
Domine, pura mente ca- 
piamus; et de munere 
temporali fiât nobis re- 
medium sempiternum. 

Pendant que le Prêtre purifie le Calice 
pour la seconde fois, dites : 



Béni soyez-vous, ô mon 
Sauveur, qui m'avez initié au 
sacré mystère de votre Corps 
et de votre Sang ! Que mon 
cœur et mes sens conservent, 
par votre grâce, la pureté 
que vous leur avez donnée, 
afin qu'ils puissent soutenir 
l'éclatante lumière de votre 
glorieux Avènement, et n'être 
pas confondus. 



Corpus tuum, Domine, 
quod sumpsi, et Sanguis 
quem potavi, adhœreat 
visceribus meis : et prae- 
sta ut in me non remaneat 
scelerum macula, quem 
pura et sancta refecerunt 
Sacramenta. Quivivis et 
régnas in sœcula saeculo- 
rum. Amen. 



Le Prêtre ayant lu l'Antienne dite Commu- 
nion, qui est le commencement de l'Action 



S S L'A vent. 



de grâces pour le nouveau bienfait que Dieu 
vient de nous accorder, en renouvelant en 
nous sa présence, se retourne enfin vers le 
peuple et le salue; après quoi il récite les 
Oraisons appelées Postcommunion, qui sont 
le complément de l'Action de grâces. Joignez- 
vous encore à lui, remerciant Dieu pour le 
bien inénarrable dont il vous a comblé, et de- 
mandez avec ardeur l'Avènement du Messie, 
qui vient accomplir les augustes mystères 
dont le renouvellement sur l'autel est le prin- 
cipal soutien de la vie chrétienne. 

Les Oraisons terminées, le Prêtre se tourne 
de nouveau vers le peuple, et lui envoie le 
salut, pour se féliciter avec lui de l'insigne 
faveur que Dieu vient d'accorder à l'assis- 
tance ; il dit: 

DOMINUS vobiscum, T E Seigneur soit avec 

I -L vous, 

Répondez-lui : 
Et cum spiritu tuo. | Et avec votre esprit. 

Puis, si l'on a célébré la Messe d'une Fête, 
le Diacre, ou le Prêtre lui-même, si la Messe 
n'est pas solennelle, dit ces paroles : 

Ite. Missa est. Retirez-vous ; la Messe est 

| finie. 

Autrement, il ne congédie pas l'assemblée, 
parce que, dans ce saint temps, il convienne 
prolonger la prière; il dit clone seulement : 

f. Benedicamus Domi- I ^.Bénissons le Seigneur, 
no. 

fij. Deo gratias. ^. Rendons grâces à Dieu. 

Le Prêtre prie une dernière fois avant de 
vous bénir; priez avec lui : 



L'Ordinaire de la Messe. 



8 9 



Grâces vous soient ren- 
dues, adorable Trinité. 
pour la miséricorde dont 
vous avez daigné user envers 
moi, en me permettant d'as- 
sister à ce divin Sacrifice ; 
pardonnez la négligence et 
la froideur avec lesquelles 
j'ai reçu un si grand bien- 
fait, et daignez ratifier la bé- 
nédiction que votre ministre 
va répandre sur moi en votre 
saint Nom. 



Placeat tibi, sancta 
Trinitas, obsequium 
servi tutis meae, et praesta 
ut sacrificium, quod ocu- 
lis tua? majestatis indi- 
gnus obtuli, tibi sit ac- 
ceptabile.mihique, et om- 
nibus pro quibus iliud ob- 
tuli, sit, te miserante, 
propitiabile. Per Chris- 
tura Dominum nostrum. 
Amen. 



Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant: 



^\UE le Dieu tout-puissant 
Vj/ vous bénisse : le Père, le 
Fus et le Saint-Esprit. 



Benedicat vos omnipo- 
tens Deus, Pater, et 
Filius, et Spiritus Sanc- 
tus. 

Il lit enfin la leçon de l'Evangile selon saint 
Jean, qui annonce l'éternité du Verbe et la 
miséricorde qui l'a porté à prendre notre 
chair, et à habiter parmi nous. Demandez 
d'être au nombre de ceux qui le recevront, 
quand bientôt il va venir au milieu de son 
héritage. 



f. Le Seigneur soit avec 
vous ; 

R|. Et avec votre esprit. 

Le commencement du saint 
Evangile selon S. Jean. 
Ch. i. 

Au commencement était le 
Verbe, et le Verbe était 
avec Dieu, et le Verbe était 
Dieu. Il était dans le principe 
avec Dieu. Toutes choses ont 
été faites par lui : et rien n'a 



f. Dominus vobiscum. 

fi. Et cum spiritu tuo. 

Initiumsancti Evangelii 
secundum Johannem. 
Car- I. 

IN principio erat Ver- 
bum, et Verbum erat 
apud Deum, et Deus erat 
Verbum. Hoc erat in 
principio apud Deum. 
Omnia per ipsum facta 



9° 



VA vent. 



sunt ; et sine ipso fac- 
tura est nihil. Quod fac- 
tum est, in ipso vita erat. 
et vita erat luxhominum : 
et lux in tenebris lucet, et 
tenebra? eam non com- 
prehenderunt. Fuithomo 
missus a Deo, cui no- 
men erat Joannes. Hic 
venit in testimonium, ut 
testimonium perhiberet 
de lumine, ut omnes 
crederent per illum. 
Non erat ille lux, sed ut 
testimonium perhiberet 
de lumine. Erat lux vera 
quœilluminat omnem ho- 
minem venientem in hune 
mundum. Inmundo erat, 
et mundus per ipsum fac- 
tus est, et mundus eum 
non cognovit.In propria 
venit, et suieum non re- 
ceperunt. Quotquot au- 
tem receperunt eum. de- 
dit eis potestatem filios 
Dei fieri, his qui credunt 
in nomine ejus : qui non 
ex sanguinibus, neque ex 
voluntale carnis, neque 
ex voluntate viri, sed ex 
Deo nati sunt. EtVerbum 
caro factum est, et habi- 
tavit in nobis : et vidimus 
gloriam ejus, gloriam 
quasi Unigeniti a Pâtre, 
plénum gratiae et vc-ri- 
tatis. 



été fait sans lui. Ce qui a été 
fait, était vie en lui, et la vie 
était la lumière des hommes : 
et la lumière luit dans les té- 
nèbres, et les ténèbres ne 
l'ont point comprise. Il v eut 
un homme envoyé de Dieu, 
qui s'appelait Jean. Il vint 
pour servir de témoin, 

Eour rendre témoignage à 
i lumière, afin que tous 
crussent par lui. Il n était pas 
la lumière, mais il était venu 
pour rendre témoignage à 
celui qui était la lumière. 
Celui-là était la vraie lu- 
mière qui éclaire tout homme 
venant en ce monde. Il était 
dans le monde, et le monde 
a été fait par lui ; et le monde 
ne l'a point connu. Il est venu 
chez soi. et les siens ne l'ont 
point reçu. Mais il a donné à 
tous ceux qui l'ont reçu, le 
pouvoir d'être faits enfants 
de Dieu, à ceux qui croient 
en son nom. qui ne sont point 
nés du sang, ni de la volonté 
de la chair, ni de la volonté 
de l'homme, mais de Dieu 
même. Et le Verbe s'est fait 
chair. et il a habité parmi nou-; 
et nous avons vu sa gloire, sa 
gloire comme du Fils unique 
du Père, étant plein de grâce 
et de vérité. 



.oiûjfe - s. 




CHAPITRE VI 



PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION 
AU TEMPS DE l'aVENT. 




ien que toutes choses soient 
disposées pour l'Avènement du 
Sauveur en la fête de Noël, et 
que les fidèles doivent, durant 
ce saint temps, vivre dans une 
attente solennelle, telle est ce- 
pendant l'heureuse condition des enfants de 
la Loi nouvelle, qu'il ne dépend que d'eux 
de recevoir, par avance, celui que l'Eglise 
attend, en sorte que cette visite secrète de- 
vienne une préparation à la solennelle visite. 
Que ceux-là donc qui sont déjà vivants par 
la grâce, et auxquels le grand jour de la 
Naissance de Jésus-Christ doit apporter un 
surcroît de vie spirituelle, n'oublient pas de 
venir, de temps en temps, préluder à la ré- 
ception qu'ils comptent faire au céleste 
Epoux, dans la Nuit mystérieuse, par quel- 
ques-unes de ces entrevues qui ouvrent le 
cœur et servent à nourrir en lui les senti- 



g 2 L'A vent. 



mcnts dont il devra faire l'offrande à celui 
qui vient plein de grâce et de vérité. 

Pour bien comprendre ceci, il suffira de 
porter sa pensée sur l'auguste Marie, et de 
méditer sur les sentiments de son âme dans 
les jours qui précédèrent le divin Enfante- 
ment. Certes, cet enfantement est un événe- 
ment plus décisif pour le salut du genre hu- 
main, et pour la gloire de Marie elle-même, 
que celui qui s'accomplit à l'instant même 
de l'Incarnation, puisque le Verbe ne s'in- 
carnait que pour naître. L'insigne bonheur 
de voir entre ses bras son Fils et son Dieu, 
dut rendre plus délicieuse pour elle l'heure 
sacrée de la Naissance du Sauveur, que ne 
l'avait été cette autre heure en laquelle l'Es- 
prit-Saint survint en elle, et la rendit divi- 
nement féconde; mais aussi quelle ne fut 
pas la félicité dont son cœur était inondé, 
durant les neuf mois où elle le sentit vivre 
tout à elle, dans son heureux sein ! De pa- 
reilles joies préludaient dignement aux joies 
de la nuit fortunée de Bethïéhem. 

Ames chrétiennes, la sainte Communion, 
au temps de l'Avent, doit vous associer à 
ces joies intimes de la Mère de Dieu. Lors 
donc que, rendues au pied de l'autel, vous 
travaillerez, dans le recueillement et la 
prière, à vous disposer d'une manière pro- 
chaine à l'entrée du Sauveur en vous, peut- 
être pourrez-vous tirer quelque profit des 
sentiments et des affections que nous avons 
cru pouvoir vous suggérer par les Actes sui- 
vants. 



Avant la Communion. g 3 

AVANT LA COMMUNION. 

ACTE DE FOI. 

Au moment de vous sentir entrer en moi, ô Dieu éternel, 
Fils du Père, j'éprouve le besoin de ranimer ma foi. 
C'est donc vous-même qui allez venir à moi, vous qui 
êtes descendu en la Vierge Marie, et avez fait de son sein 
virginal !e sanctuaire de votre Majesté ! Vous lui en- 
voyâtes votre Ange, et elle crut à sa parole, quand il lui 
eut dit : Rien n'est impossible à Dieu ; l'Esprit-Saint 
surviendra en vous, et la Vertu du Très-Haut vous cou- 
vrira de son ombre. Elle crut, et conçut dans ses chastes 
entrailles celui qui l'avait tirée du néant. Vous ne m'avez 
pas envoyé un Ange, ô mon Sauveur ! pour m'assurer 
que vous allez venir en moi. Vous av«ez parlé vous- 
même, et vous avez dit : Je suis le pain vivant descendu 
du ciel, celui qui mange ma chair et boit mon sang, de- 
meure en moi et moi en lui. Cette parole que vous avez 
proférée il y a dix-huit siècles, vous avez voulu qu'elle 
me parvint par l'organe de votre Eglise, afin que j'eusse 
en même temps la certitude de vous entendre, et le 
mérite d'abaisser ma raison devant le plus profond des 
mystères. Je crois donc, ô mon Sauveur ! Aidez la fai- 
blesse de ma foi. Donnez-moi de m'incliner, comme 
Marie, devant votre souveraine raison ; et puisque vous 
voulez venir en moi, je veux dire comme elle, en bais- 
sant la tête : Qu'il me soit fait selon votre parole ; car je 
ne suis que néant, et vous n'êtes que sagesse et puis- 
sance. 



M' 



ACTE D HUMILITE. 

Aïs. ô mon Sauveur ! en venant choisir votre de- 
meure au sein de la glorieuse Vierge, vous ne 
descendiez du ciel que pour entrer en un autre Paradis. 
Vous l'aviez préparée, dès sa conception, par toutes 
sortes de grâces ; elle-même vous avait été fidèle plus 
que tous les Anges et tous les hommes ensemble. Com- 
ment pourrez-vous donc choisir mon cœur si indigne, 
pour le lieu de votre repos ? Combien de fois, frappant 



ç4 L'A vent. 



amoureusement à sa porte, n'avez-vous pas été refusé ? 
Et eût-il été toujours fidèle, quelle proportion de sa 
bassesse à votre souveraine dignité? Elisabeth s'humilie 
de recevoir la visite de Marie : D'où me vient cet honneur ? 
dit-elle ; et voici que non plus seulement la Mère de Dieu, 
mais Dieu même veut me visiter, et d'une manière si 
intime, qu'il ne se peut d'union plus étroite. Celui qui me 
reçoit, dites-vous, demeure en moi et moi en lui. O r ils de 
Dieu! votre œil se plaît donc à rechercher ce qu'il y a de 
plus infirme, pour que votre cœur prenne ensuite plaisir 
à s'y attacher ? J'admire cette conduite ; mais lorsque je 
viens à sentirque j'en suis moi-même l'objet, je m'abîme 
dans mon néant, et je vous supplie de me le faire mieux 
connaître encore, afin que tout en moi, quand vous y 
viendrez, confesse votre gloire, votre miséricorde, votre 
souverain pouvoir. 

ACTE DE CONTRITION. 

ENCORE si je pouvais, ô mon Sauveur ! me rendre le 
témoignage de ne sentir en moi que mon néant, qui 
fît obstacle à l'union glorieuse à laquelle vous me con- 
viez ! je m'approcherais de vous à la suite de Marie l'im- 
maculée, mon auguste Reine, et j'oserais porter ma main 
sur les miettes du festin auquel elle s'assied près de vous. 
Mais il n'y a rien de commun entre l'innocence et le 
péché, entre la lumière et les ténèbres. J'ai été votre 
ennemi, ô mon Sauveur ! et vous voulez entrer en mon 
cœur à peine cicatrisé de ses plaies honteuses. Vous 
annoncez vouloir y prendre vos ébats comme en celui 
de Marie. Oh ! combien vous me faites comprendre par 
là la malice de mes fautes, puisque c'est à vous, si gé- 
néreux, si plein d'amour, que j'ai osé m'attaquer ! Que 
ferai-je donc, en attendant l'instant où vous allez des- 
cendre au milieu de mes ténèbres, pour les transformer 
en lumière, si ce n'est de renouveler le repentir que me 
causent les péchés si nombreux par lesquels je vous ai 
perdu, ceux aussi par lesquels je vous ai contristé sans 
vous perdre ? Agréez ma contrition, ô mon Sauveur ! 
c'est ainsi que je veux préparer votre voie jusqu'à mon 
cœur, en redressant en moi tout ce qui s'oppose à la 
rectitude de votre sainte Loi. 



Avant Ca Communion. g 5 



ACTE D AMOUR. 

CAR, ô mon Sauveur ! je voudrais vous aimer comme 
Marie elle-même vous a aimé. N'êtes-vous pas mon 
Souverain, comme vous étiez le sien ? Et, de plus, ne 
m'avez-vous pas donné, en me remettant mes péché?, 
des marques de tendresse qu'elle n'a pas connues ? Je 
vous aime donc, ô Jésus ! qui allez venir en moi, et je me 
réjouis de votre venue ; car vous augmenterez mon 
amour. Marie, jusqu'au moment où vous entrâtes 
en elle, avait vécu dans la sainteté et la justice ; elle- 
vous avait aimé uniquement ; mais lorsqu'elle vous sen- 
tit en elle, lorsqu'elle sentit que vous n'étiez plus qu'une 
seule et même chose avec elle, son amour s'accrut en- 
core et perdit toute mesure. Qu'il en arrive ainsi de 
mon cœur, au moment où vous entrerez en lui, ô mon 
Sauveur ! Mais \enez bientôt ; car si, d'une part, je suis 
indigne de votre visite, de l'autre je suis contraint de la 
désirer, puisque vous êtes le Pain qui donne la vie au 
monde, le Pain de chaque jour, à l'aide duquel nous 
devons prolonger notre vie, jusqu'au jour de l'éternité. 
Veneç donc, Seigneur Jésus ! mon cœur est prêt et se 
confie en vous. Sainte Vierge Marie, par la joie que vous 
avez ressentie de posséder en vous celui que le ciel et la 
terre ne peuvent contenir, soyez-moi en aide, afin qu'il 
trouve mon âme purifiée et attentive. Saints Anges qui 
considériez avec tant d'étonnement et de respect cette 
simple créature portant Dieu en elle, ayez pitié d'un 
pécheur, dont le cœur, naguère au démon, va dans un 
moment devenir le tabernacle de Dieu. Saints et Saintes 
du ciel, et vous spécialement, mes fidèles -Patrons, 
environnez-moi au moment où va descendre en moi, 
homme pécheur et mortel, celui en qui vous vivez à 
jamais, justes et immortels. 

Pour compléter cette Préparation, suivez 
avec foi et avec une religieuse attention tous 
les mystères de la Messe à laquelle vous de- 
vez communier, produisant les actes que 
nous avons exposés au Chapitre v; et quand 
vous aurez reçu la visite du Seigneur, vous 



9 6 



h A vent. 



pourrez vous aider des prières suivantes, 
dans l'Action de grâces qui vous reste à faire. 



APRES LA COMMUNION. 

ACTE D'ADORATION. 

çol'veraine Majesté de Dieu, vous avez donc daigné 
O descendre en moi. Ce privilège accordé autrefois à la 
Vierge bénie est donc aussi le mien. Qui me donnera 
en ce moment de vous adorer profondément, comme elle 
vous adora ? Le sentiment de sa bassesse et de son indi- 
gnité, dans cet instant suprême, l'eût anéantie, si, 
d'autre part, votre amoureuse tendresse ne l'eut soutenue, 
en favorisant cette ineffable union du Créateur et de la 
créature. O mon Dieu ! je ne sens point aussi vivement 
ma bassesse, et surtout mon indignité, qui pourtant est 
bien plus grande ; mais je vois du moins qu'il vous a 
fallu franchir des obstacles infinis pour venir ainsi jus- 
qu'à moi. pour devenir ainsi mon bien et mon trésor. 
Que ferai-je donc qui soit digne de vous, et qui puisso 
vous dédommager de l'humiliation que vous encourez 
pour mon amour ? Je ne puis que vous adorer, que 
m'humilier, s'il était possible, jusqu'au néant ; et comme 
cette adoration est trop indigne de vous, j'ose vous 
représenter en ce moment celle que vous offrit Marie 
elle-même, au moment où elle se sentit Mère de son 
Dieu, et durant les neuf mois que vous lui demeurâtes 
uni. Vous me l'avez donnée pour mère ; souffrez que je 
dispose ainsi des biens qui sont à elle : elle les tienr, 
pour votre gloire, à la disposition de tous ses enfants. 



m a ; 



ACTE DE REMERCIEMENT. 

ô mon Sauveur 1 Marie ne se borna pas à vous 
adorer en elle-même ; son heureux cœur s'épancha 



voyait distinguée par vous entre toutes les filles de son 

feuple ; que dis-je ? entre toutes les générations qui 
avaient précédée et toutes celles qui devaient la suivre : 
son âme tressaillait donc d'allégresse, et sa bouche put 



Après la Communion. gj 

à peine rendre l'expression affaiblie de la joie qui était 
en elle. Oh ! disait-elle, celui qui est puissant a fait en 
moi de grandes choses ; il a regardé ma bassesse, et 
toutes les générations me proclameront Bienheureuse. Et 
moi, ô mon Sauveur, ne m'avez-vous pas distingué 
entre mille et entre dix mille, par le bienfait que vous 
venez de m'accorder ? Vous m'avez fait naître dans les 
temps qui ont suivi votre Incarnation, et aujourd'hui 
même à combien d'autres de mes frères ne me préférez- 
vous pas ? Je vous possède en moi ; je connais le prix de 
votre Avènement ; mais combien d'hommes ne vous 
possèdent point ainsi, ne vous connaissent même pas 1 
Vous les avez tous invités, il est vrai ; mais un grand 
nombre n'ont pas voulu venir ; et tandis que vous m'avez 
contraint de venir à vous par les forts et doux moyens 
de votre miséricorde, vous les avez négligés dans votre 
justice. Soyez béni, ô mon Dieu, qui aimez toutes les 
œuvres de vos mains, et voulez que personne ne périsse, 
sinon par sa faute ; mais qui multipliez en faveur de 
plusieurs les infinies ressources de votre amour. 

ACTE D'AMOUR. 

Je vous aimerai donc aussi, ô mon Dieu ! puisque vous 
m'avez aimé le premier, et je vous aimerai d'autant 
plus qu'étant venu en moi, vous avez centuplé mes 
forces pour vous aimer. N'en a-t-il pas été ainsi de 
Marie, lorsque vous eûtes choisi en elle votre habitation ? 
Jusque-là, nulle créature ne vous avait été plus fidèle, 
n'avait mieux mérité d'être préférée à toutes les autres 
pour cette riche faveur que vous destiniez de toute éter- 
nité à une fille des hommes. Mais lorsque vous fûtes 
entré en elle, quand votre personne divine eut touché sa 
sainte mais faible mortalité, Marie, transformée, pour 
ainsi dire, en vous, connut un amour que jusque-là elle 
n'avait pas connu. Ainsi puisse-t-il en être de moi, ô 
Jésus ! Puisse ma vie propre se perdre dans la vôtre ! 
car la visite que vous venez de me faire n'est point une 
visite à la façon de celles que les hommes se rendent 
entre eux. Vous avez pénétré, non dans ma maison, 
mais dans le plus intime de mon âme ; et selon la parole 
de votre saint Apôtre, je ne vis plus, mais c'est vous- 



9 8 



L'A vent. 



même qui vive] en moi. Je dois donc vous aimer, si je 
m'aime moi-même, puisque vous demeure^ en moi et moi 
en vous. Je ne veux plus me séparer de vous ; je veux 
au contraire n'avoir plus avec vous qu'un seul cœur et 
une seule vie, jusque dans l'éternité. 

ACTE DE DÉVOUEMENT. 

Mais, ô mon âme, si tu aimes le Seigneur ton Dieu, 
songe à vivre pour lui. La présence de Jésus- 
Christ en Marie ne produit pas seulement en elle, au 
moment où elle se fait sentir, un dévouement complet 
aux intérêts et à la gloire de celui qui est à la fois son 
Dieu et son fils. Marie puise dans cette présence intime 
le principe de ce ferme attachement à toutes les volontés 
divines, qui lui donnera de traverser sans faiblir toutes 
les épreuves qui l'attendent. Vous avez voulu pareille- 
ment, ô mon Sauveur ! m'encourager par cette visite. 
Jusqu'au jour où je dois sortir de ce monde et paraître 
devant vous, je sens qu'il me faut cheminer dans une 
voie souvent semée d'obstacles, et quelquefois dure à 
gravir. Si je vous aime, je triompherai de tout ; et 
comment ne vous aimerai-je pas. au seul souvenir de 
cette visite que vous venez de me faire, et que vous dai- 
gnerez renouveler toutes les fois que j'en aurai le désir 
sincère ? Je suis donc à vous, comme vous êtes à moi ; 
considérez ma grande faiblesse et fortifiez-moi. Je me 
repose de tout sur votre miséricorde, dont je viens de 
recevoir la plus riche de toutes les preuves. 

O Marie, gardez en moi le fruit de cette visite de 
votre divin Fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux 
de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints 
et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain 
bien dont l'immuable possession vous rend à jamais 
heureux. 







CHAPITRE VII. 



DE L OFFICE DES VEPRES DU DIMANCHE 
AU TEMPS DE L'AVENT. 




es limites étroites de ce volume 
ne nous permettant pas de 
donner le texte de tous les 
Offices du jour et de la semaine, 
au temps de l'Avent, nous nous 
bornons à expliquer ici les Vê- 
pres du Dimanche et les Compiles, qui, avec 
la Messe, sont les seuls Offices auxquels, 
pour l'ordinaire, les simples fidèles prennent 
part, durant cette partie de l'Année liturgi- 
que. L'Office des Vêpres, ou Office du soir, 
se compose d'abord de cinq Psaumes, dont 
on trouvera les Antiennes à chaque Diman- 
che, au Propre du. Temps. 

L'Office commence par le cri ordinaire de 
l'Eglise : 



Dieu ! venez à mon 



»■ D 

intende. 



eus. in adjuto- 
rium meum 



100 



L'A vent. 



^. Domine, ad adjuvan- 
dum me festina. 

Gloria Patri, et Filio, 
et Spiritui Sancto ; 

Sicut erat inprincipio. 
et nunc et semper, et in 
saecula saeculorum. Amen. 
Alléluia. 



K|. Hâtez-vous, Seigneur, 
de me secourir. 

Gloire au Père, et au Fils, 
et au Saint-Esprit : 

Comme il était au commen- 
cement, et maintenant, et tou- 
jours, et dans les siècles des 
siècles. Amen. Alléluia. 



Le premier Psaume est prophétique sur 
les grandeurs du Messie, et il convient d'au- 
tant mieux de confesser en ce temps la gloire 
du Verbe incarné, qu'il nous apparaît plus 
anéanti par son amour dans les jours qui 
précèdent sa divine Naissance. 



psaume cix. 



Dixit Dominus Domi- 
no meo : * Sede a 
dextris meis. 

Donec ponam inimicos 
tuos : * scabellum pedum 
tuorum. 

Virgam virtuxis tuae 
emittet Dominus ex Sion: 
*dominare in medio ini- 
micorum tuorum. 



Tecum principium in 
die virtutis tuae in splen- 
doribus sanctorum : T ex 
utero ante luciferum ge- 
nui te. 

Juravit Dominus, et 
non pœnitebit eum : * 
Tu es Sacerdos in aeter- 



Celui qui est le Seigneur a 
dit a son Fils mon Sei- 
gneur; Asseyez -vous à ma 
droite, et régne- avec moi. 

Jusqu'à ce que. au jour Je 
votre dernier avènement, je 
fasse de vos ennemis l'esca- 
beau de vos pieds. 

O Christ! le Seigneur 
votre Père fera sortir de 
Sion le sceptre de votre 
force : c'est Je là que vous 
partire- pour dominer au 
milieu de vos ennemis. 

La principauté éclatera en 
vous, au jour de votre force, 
au milieu des splendeurs des 
saints ; car le Père vous u dit : 
Je vous ai engendré de mon 
sein avant l'aurore. 

Le Seigneur l'a juré, et sa 
parole est sans repentir : // J 
dit en vous parlant : Dieu~ 



Les Vêpres du Dimanche. 



homme, vous êtes Prêtre à 
jamais, selon l'ordre de Mel- 
chisédech. 

O Père! le Seigneur votre 
Fils est donc à votre droite i 
c'est lui qui, au jour de sa 
colère, viendra juger les rois. 

Il jugera aussi les nations : 
dans cet avènement terrible. 
il consommera la ruine du 
monde, et brisera contre terre 
la tête de plusieurs. 

Maintenant, il vient dans 
l'humilité; il s'abaisse pour 
boire l'eau du torrent des af- 
flictions ; mais c'est pour cela 
même qu'un jour il élèvera 
la tête. 

Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de 
Dieu envers son peuple, l'Alliance promise, 
la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses 
promesses. 



num secundum ordinem 
Melchisedech. 

Dominus a dextris 
tuis : * confregit in die 
irœ suae reges. 

Judicabit in nationi- 
bus, implebit ruinas : * 
conquassabit capita in 
terra multorum. 

De torrente in via bi- 
bet : * propterea exalta- 
bit caput 



PSAUME CX. 



JE vous louerai, Seigneur, 
de toute la plénitude de 
mon cœur, dans l'assemblée 
des justes. 

Grandes sont les œuvres 
du Seigneur ; elles ont été 
concertées dans les desseins 
de sa sagesse. 

Elles sont dignes de louan- 
ges et magnifiques ; et la jus- 
tice de Dieu demeure dans 
les siècles des siècles. 

Le Seigneur clément et 
miséricordieux nous a laissé 
un mémorial de ses mer- 



Confitebor tibi, Do- 
mine, in toto corde 
meo : * in concilio jus- 
torum et congregatio- 
ne. 

Magna opéra Domini: 
* exquisita in omnes vo- 
luntates ejus. 

Confessio et magnifi- 
centia opus ejus : * et 
justifia ejus manet in 
saeculum saeculi 

Memoriam fecit mira- 
bilium suorum, miseri- 
cors et miserator Domi- 



VA vent. 



nus : * escam dédit ti- 
mentibus se. 

Memor erit in sacu- 
lum testament! sui : * 
virtutem operum suo- 
rum annuntiabit popu- 
lo suo. 

Ut det illis hœredita- 
tem Gentium : * opéra 
manuum ejus veritas et 
judicium. 

Fidelia omnia manda- 
ta ejus, conrîrmata in 
sœculum sa?culi : * facta 
in veritate et asquitate. 

Redemptionem misit 
populo suo : * mandavit 
in oeternum testamentum 
suum. 

Sanctum et terribile 
nomen ejus : * initium 
sapientiœ timor Domini. 

Intellectus bonus om- 
nibus facientibus eum : * 
laudatio ejus manet in 
sa?culum saeculi. 



veilles: il est le pain Je vie, 
et il a donné une nourriture à 
ceux qui le craignent. 

Il se souviendra à jamais 
de son alliance avec ies 
hommes: il viendra et fera 
éclater aux yeux de son peu- 
ple la vertu de ses oeuvres. 

Il donnera à son Eglise 
l'héritage des nations; tout 
ce qu'il fait est justice et vé- 
rité. 

Ses préceptes sont immua- 
bles et garantis parla suc- 
cession des siècles; ils sont 
fondés sur la vérité et la jus- 
tice. 

Il a envoyé à son peuple un 
Rédempteur qui bientôt va 
paraître ; il rend par là son 
alliance éternelle. 

Son nom est saint et ter- 
rible: le commencement de 
la sagesse est de craindre le 
Seigneur. 

La lumière et l'intelli- 
gence sont pour celui qui 
agit selon cette crainte: 
gloire et louange à Dieu 
dans les siècles des siècles. 



Le troisième Psaume chante la félicité de 
l'homme juste et ses espérances au jour du se- 
cond Avènement du Seigneur. Il exprime aussi 
la confusion du pécheur en ce jour terrible. 



PSAUME CXI. 



BEATUS vir qui ti 
met Dominum : " ir 
mandatis ejus volet ni- 
mis. 



HEUREUX l'homme qui 
craint le Seigneur, et 
qui met tout son zèle à lui 
obéir. 



Les Vêpres du Dimanche. 



o3 



Sa postérité sera puis- 
sante sur la terre : la race du 
juste sera en bénédiction. 

La gloireet la richesse sont 
dans sa maison, et sa jus- 
tice demeure dans les siècles 
des siècles. 

Tout à coup, une lumière se 
lève sur les justes au milieu 
des ténèbres : c'est le Sei- 
gneur, le Dieu miséricor- 
dieux, clément et juste. 

Heureux alors l'homme qui 
a fait miséricorde, qui a prêté 
aux pauvres, qui a réglé jus- 
qu'à ses paroles avec justice ; 
car il ne sera point ébranlé. 

La mémoire du juste sera 
éternelle : s'il entend une 
nouvelle fâcheuse, elle ne 
lui donnera point à craindre. 

Son cœur est toujours prêt 
à espérer au Seigneur: son 
cœur est en assurance: il ne 
sera point ému et méprisera 
la rage de ses ennemis. 



Il a répandu l'aumône avec 
profusion sur le pauvre : sa 
justice demeurera à jamais ; 
sa force sera élevée en 
gloire. 

Le pécheur le verra, et il 
entrera en fureur: il grincera 
des dents et séchera de co- 
lère : mais les désirs du pé- 
cheur périront. 

Le quatrième Psaume est un Cantique de 
louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a 
pris pitié de la nature humaine et a daigné la 
relever par l'Incarnation. 



Potens in terra erit 
semen ejus : * generatio 
rectorum benedicetur. 

Gloria et divitiae in 
domo ejus : * et justitia 
ejus manet in sœcu- 
lum sajculi. 

Exortum est in tene- 
bris lumen rectis : * mi- 
sericors, et miserator, et 
justus. 

Jucundus homo,qui mi- 
sereturet commodat, dis- 
ponet sermones suos in 
judicio : * quia in ster- 
num non commovebitur. 

In memoria aîterna 
erit justus : * ab auditio- 
ne mala non timebit. 

Paratum cor ejus spe- 
rare in Domino, confir- 
matum est cor ejus : * 
non commovebitur do- 
nec despiciat inimiecs 
suos. 

Dispersit, dédit pau- 
peribus, justitia ejus ma- 
net in saeculum saeculi: 
* cornu ejus exaltabitur 
in gloria. 

Peccator videbit, et 
irascetur. dentibus suis 
fremet et tabescet : * de- 
siderium peccatorum pe- 
ribit. 



104 



VA vent. 



PSAUME CXII. 



Laodate, pueri, Do- 
minum : * laudate 
noraen Domini. 

Sit nomen Domini be- 
nedictum : * ex hoc nunc 
et usque in sasculum. 

A solis ortu usque ad 
occasum : * laudabile no- 
men Domini. 

Excelsus super omnes 
gentes Dominus : * et 
super cœlos gloria ejus. 

Quis sicut Dominus 
Deus noster qui in altis 
habitat : *et humilia res- 
picit in cœlo et in terra ? 



Suscitans a terra ino- 
pem : * et de stercore eri- 
gens pauperem. 

Ut collocet eum cum 
principibus : * cum prin- 
cipibus populi sui. 

Qui habitare facit 

sterilem in domo : * ma- 
trem filiorum laetantem. 



Serviteurs du Seigneur, 
faites entendre ses louan- 
ges, célébrez le nom du Sei- 
gneur. 

Que le nom du Seigneur 
soit béni, aujourd'hui et jus- 
que dans l'éternité. 

De l'aurore au couchant, le 
nom du Seigneur doit être à 
jamais célébré. 

Le Seigneur est élevé au- 
dessus de toutes les nations; 
sa gloire est par delà les 
cieux. 

Qui est semblable au Sei- 
gneur notre Dieu, dont la de- 
meure est dans les hauteurs ? 
C'est de là qu'il abaisse ses 
regards sur les choses les 
plus humbles dans le ciel et 
sur la terre. 

C'est de là qu'il soulève de 
terre l'indigent, qu'il élève 
le pauvre de dessus le fumier 
où il languissait, 

Pour le placer avec les 
princes, avec les princes mê- 
mes de son peuple. 

C'est lui qui fait habiter 
pleine de joie dans sa mai- 
son celle qui, auparavant, fut 
stérile, et qui maintenant est 
mère de nombreux enfants. 



Le cinquième Psaume rappelle les prodi- 
ges de l'ancienne Alliance, et doit réveiller 
par là même l'espérance de voir s'accom- 
plir, à la venue du Messie, les ligures du peu- 
ple d'Israël. 



Les Vêpres du Dimanche. 



io5 



PSAUME CXI II. 



LORSQUE Israël sortit d'E- 
gypte, et la maison de 
Jacob du milieu d'un peuple 
barbare, 

La nation juive fut consa- 
crée à Dieu : Israël fut son 
domaine. 

La mer le vit et s'enfuit, 
le Jourdain remonta vers sa 
source. 

Les montagnes sautèrent 
comme des béliers, et les col- 
lines comme des agneaux. 

O mer, pourquoi fuyais-tu? 
Et toi, Jourdain, pourquoi 
remontais-tu vers ta source ? 

Montagnes, pourquoi sau- 
tiez-vous comme des béliers ? 
Et vous, collines, comme des 
agneaux ? 

A la face du Seigneur, la 
terre a tremblé ; à la face du 
Dieu de Jacob, 

Qui changea la pierre en 
torrents, et la roche en fon- 
Saines. 

Non pas à nous, Seigneur, 
non pas à nous, mais à votre 
xiom donnez la gloire, 

A cause de votre miséri- 
corde et de votre vérité ; de 
peur que les nations ne di- 
sent : Où est leur Dieu ? 

Notre Dieu est au ciel : il 

fait tout ce qu' il a voulu. 

Les idoles des nations ne 



IN exitu Israël de 
^Egypto : * domus 
Jacob de populo bar- 
baro. 

Facta est Juda?a sanc- 
tificatio ejus : * Israël 
potestas ejus. 

Mare vidit, et fugit ; * 
Jordanis conversus est 
retrorsum. 

Montes exultaverunt 
ut arietes : * et colles si- 
cut agni ovi'jm. 

Quid est tibi, mare, 

Juod fugisti : * et tu, 
ordanis, quia conversus 
es retrorsum ? 

Montes, exultastis si- 
cut arietes : * et colles, 
sicut agni ovium ? 

A facie Domini mota 
est terra : * a facie Dei 
Jacob. 

Qui convertit petram 
in stagna aquarum : * et 
rupem in fontes aqua- 
rum. 

Non nobi?. Domine , 
non nobis : * sed nomini 
tuo da gloriam. 

Super misericordia 
tua, et veritate tua : * 
nequando dicant Gentes : 
Ubi est Deus eorum ? 

Deus autem noster in 
ccelo : * omnia qua?cum- 
que voluit, fecit. 

Simulacra Gentium 



io6 



L'A vent. 



argentum et aurum : 
opéra manuum hominum. 

Os habent, et non lo- 
quentur : * oculos ha- 
bent, et non videbunt. 

Aures habent, et non 
audient : * nares habent, 
et non odorabunt. 

Manus habent et non 
palpabunt, pedes habent 
et non ambulabunt '. * 
non c'amabunt in gut- 
ture suo. 

Similes illis fiant qui 
faciunt ea : * et omnes 
qui confiJunt in eis. 

Domus Israël speravit 
in Domino : * adjutor 
eorum, et protector eo- 
rura est. 

Domus Aaron speravit 
in Domino : " adjutor 
eorum, et protector eo- 
rum est. 

Qui timent Dominum, 
speraverunt in Dorai- 
no : * adjutor eorum, et 
protector eorum est. 

Dominus memor fuit 
nostri : * et benedixit 
nobis. 

Benedixit domui Is- 
raël : * benedixit domui 
Aaron. 

Benedixit omnibus qui 
timent Dominum : * pu- 
sillis cum majoribus. 

Adjiciat Dominus su- 
per vos : * super vos, 
et super filios vestros. 



sont que de l'or et de l'ar- 
gent, et l'ouvrage des mains 
des hommes. 

Elles ont une bouche et 
ne parlent point ; des yeux , 
et ne voient point. 

Elles ont des oreilles, et 
n'entendent point ; des na- 
rines, et ne sentent rien. 

Elles ont des mains, et ne 
peuvent rien toucher ; des 
pieds, et ne marchent point ; 
un gosier, et ne peuvent se 
faire entendre. 

Que ceux qui les font leur 
deviennent semblables : avec 
tous ceux qui mettent en elles 
leur confiance. 

La maison d'Israël a espéré 
dans le Seigneur : il est leur 
appui et leur protecteur. 

La maison d' Aaron a espéré 
dans le Seigneur : il est leur 
appui et leur protecteur. 

Ceux qui craignent le Sei- 
gneur ont espéré en lui : il 
est leur appui et leur protec- 
teur. 

Le Seigneur s'est souvenu 
de nous et il nous a bénis. 

Il a béni la maison 
d'Israël : il a béni la maison 
d' Aaron. 

Il a béni tous ceux qui 
craignent le Seigneur, grands 
et petits. 

Que le Seigneur ajoute 
encore à ses dons sur vous, 
sur vous et sur vos enfants. 



Les Vêpres du Dimanche. 



IOJ 



Bénis soyez-vous du Sei- 
gneur qui a fait le ciel et la 
terre ! 

Au Seigneur, les hauteurs 
du ciel ; la terre est aux hom- 
mes par sa largesse. 

Ce ne sont pas les morts 
qui vous loueront, ô Sei- 
gneur ! ni tous ceux qui des- 
cendent dans l'enfer ; 

Mais nous qui vivons, nous 
bénissons le Seigneur , au- 
jourd'hui et à jamais. 



Benedicti vos a Domi- 
no : * qui fecit cœlum et 
terram. 

Cœlum cœli Domino : * 
terram autem dédit filiis 
hominum. 

Non mortui laudabunt 
te, Domine : * neque 
omnes qui descendunt in 
infernum. 

Sed nos qui vivimus, 
benedicimus Domino : * 
ex hoc nunc et usque in 
saeculum. 



Après les cinq Psaumes, l'Eglise place une 
petite Leçon des saintes Ecritures, désignée 
sous le nom de Capitule, parce qu'elle est 
toujours très courte. Elle se trouve en son 
lieu, à chaque Dimanche. On chante ensuite 
l'Hymne. 



Fécond auteur des cieux. 
lumière éternelle des 
croyants, Rédempteur de tous 
les hommes, ô Jésus ! écou- 
tez nos supplications. 

Le monde allait périr par 
les pièges du démon ; dans 
l'élan de votre amour , vous 
vous êtes fait le remède de 
ses maux. 

Pour expier le crime uni- 
versel de notre race, victime 
destinée à la croix, vous sor- 
tez de l'auguste sein de la 
Vierge. 



Creator aime side- 
rum, 
jEterna lux credentium, 
Jesu , Redemptor om- 
nium, 
Intende votis supplicum. 

Qui daemonis ne frau- 
dibus 
Periret orbis, impetu 
Amoris actus , languidi 
Mundi medela factus es. 

Commune qui mundi 
nefas 
Ut expiares, ad crucem 
E Virginis sacrario 
Intacta prodis victima. 



io8 



L'A vent. 



Cujus potestas gloriœ 
Nomenquequum primum 

sonat, 
Et ccelites et inferi 
Tremente curvantur 

genu. 

Te deprecamur.ultimae 
Magnum diei judicem, 
Armis supernae gratiae 
Défende nos abhostibus. 



Yirtus , honor, laus, 
gloria, 
DeoPatri cum Filio, 
Sancto simul Paraclito, 
In saeculorum ssecula. 



Amen. 



Au bruit de votre gloire et 
de votre puissance, à votre 
nom seul, tout tremble, cieux 
et enfer, tout fléchit le genou. 



Juge souverain du dernier 
jour, nous vous en supplions, 
daignez nous défendre de nos 
ennemis par les armes de la 
grâce céleste. 

Louange , honneur, puis- 
sance et gloire à Dieu le Père 
et à son Fils , ainsi qu'au 
saint Consolateur, dans les 
siècles des siècles. Amen. 



Après l'Hymne, l'Eglise chante, tous les 
jours de l'année, à l'Office des Vêpres, le 
Cantique dans lequel la sainte Vierge, toute 
remplie du Dieu qu'elle portait dans son 
sein, ht éclater, en présence de sainte Elisa- 
beth, les transports de sa joie et de sa recon- 
naissance. Ce Cantique convient surtout au 
temps de l'Avent ; car nous voici maintenant 
dans les jours où l'auguste Vierge est encore 
unie à son précieux fardeau. CrTantons donc 
avec elle l'honneur insigne qu'elle a reçu de 
Dieu, le triomphe de cette humilité profonde 
qui l'a rendue digne d'un tel honneur, la 
défaite des esprits superbes chassés du ciel, 
l'exaltation de la créature humaine, si faible 
et si misérable, à la place des anges tombés. 



Magnificat : anima 
mca Dominum ; 



CANTIQUE DE MARIE. 

on àme glorifie le Sei- 
gneur ; 



M' 



Les Vêpres du Dimanche. 



jog 



Et mon esprit tressaille en 
Dieu mon Sauveur ; 

Car il a regardé la bassesse 
de sa servante ; et. pour cela, 
toutes les nations m'appel- 
leront Bienheureuse. 

Il a fait en moi de grandes 
choses, celui qui est puissant 
et de qui le nom est Saint : 

Et sa miséricorde s'étend 
de génération en génération 
sur ceux qui le craignent. 

Il a opéré puissamment par 
son bras, et dispersé ceux qui 
suivaient les orgueilleuses 
pensées de leur cœur. 

Il a mis bas de leur trône 
les puissants, et il a élevé les 
humbles ; 

Il a rempli de biens ceux 
qui avaient faim, et renvoyé 
vides ceux qui étaient riches. 

Il a reçu sous sa protec- 
tion Israël son serviteur, se 
souvenant de la miséricor- 
dieuse promesse 

Qu'il fit autrefois à nos 
pères, à Abraham et à sa 
postérité pour jamais. 



Et exultavit spiritus 
meus : * in Deo salutari 
meo. 

Quia respexit humili- 
tatem ancillœ suas :* ecce 
enim ex hoc beatam me 
dicent omnes generatio- 
nes. 

Quia fecit mihi magna 
qui potens est : * et sanc- 
tum nomen ejus. 

Et misericordia ejus a 
progenie in progenies : * 
timentibus eum. 

Fecit potentiam in 
brachiosuo; * dispersit 
superbos mente cordis 
sui. 

Deposuit potentes de 
sede : * et exaltavit hu- 
miles. 

Esurientes implevit 
bonis : * et divites dimi- 
sit inanes. 

Suscepit Israël pue- 
rum suum : * recordatus 
misericordia; suas. 

Sicut locutus est ad 
patres nostros : * Abra- 
ham et semini ejus in 
saecula. 



Les Antiennes de Magnificat et les Oraisons 
se trouvent à chaque Dimanche. 







CHAPITRE VIII. 



DE L OFFICE DE COMPLIES AU TEMPS 
DE l'aVE.NT. 



|et Office, qui est la conclusion 
de tous ceux de la journée, 
s'ouvre par un avertissement 
sur les périls de la nuit, lequel 
est bientôt suivi de la Confes- 
sion générale des péchés, comme 
un moyen de se rendre favorable la justice 
divine, avant de courir les hasards du som- 
meil, si voisin de la mort. 

Le Lecteur s'adresse au Prêtre, et lui dit : 




JUBE, Domne 
dicere, 



bene- 



M°ï 



Père, veuillez me 
bénir. 



Le Prêtre répond": 



Noctem quietam, et 
finem perfectum concédât 
nobis Dominus omnipo- 
tens. 

Kj. Amen. 



Que le Dieu tout-puissant 
nous accorde une nuit tran- 
quille et une fin heureuse. 

R|. Amen. 



Les Compiles. 



Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la 
première Epître de saint Pierre : 



Mes frères, soyez sobres et 
vigilants : car votre adver- 
saire le diable tourne autour 
de vous comme un lion rugis- 
sant, cherchant qui il pourra 
dévorer ; résistez-lui, étant 
forts dans la foi. Mais vous. 
Seigneur, ayez pitié de nous! 



Fratres: Sobrii estote, 
et vigilate ; quia adver- 
sarius vester diabolus, 
tamquam leo rugiens 
circuit quœrens quem 
devoret : cui resistite 
fortes in fide. Tu autem, 
Domine, miserere nobis. 



Le Chœur répond : 
Rendons grâces à Dieu. Deo gratias. 

Puis le Prêtre : 



f. Tout notre secours est 
dans le nom du Seigneur. 



y. Adjutorium nos- 
trum in nomine Domini. 



Le Chœur : 

R). C'est lui qui a fait le I R). Qui fecit cœlum et 
ciel et la terre. j terram. 

On récite ensuite l'Oraison Dominicale en 
silence ; puis le Prêtre dit le Confiteor, et le 
Chœur le répète après lui. 

Le Prêtre, après avoir prononcé la formule 
générale d'absolution, s'écrie : 



y. 



CONVERTISSEZ-NOUS, 
ô Dieu, notre 
Sauveur ! 

R). Et détournez votre 
colère de dessus nous. 

y . O Dieu, venez à mon 
aide ! 

B). Seigneur, hâtez-vous de 
me secourir ! 

Gloire au Père, etc. 



ç, /-> ONVERTE nos, 

"' V-» Deus, Saluta- 
ris noster. 

B). Et averte iram tuam 
a nobis. 

y . Deus, in adjutorium 
meum intende. 

Kj. Domine, ad adju- 
vandum me festina. 

Gloria Patri, etc. 



VAvent. 



Le premier Psaume célèbre l'espérance 

avec laquelle le juste s'endort dans la paix, 
bien différent du pécheur qui s'agite dans 
l'inquiétude. Il annonce le Verbe éternel, Lu- 
mière du Père, qui s'apprête à luire sur nous. 



PSAUME IV. 



CUM invocarem exau- 
divit me Deus justi- 
tiae mes : * in tribula- 
tione dilatasti mihi. 

"Miserere mei ; * et 
exaudi orationem meam. 

Filii hominum, usque- 
quo gravi corde ? * ut 
quid diligitis vanitatem. 
etquaeritis mendacium ? 

Et scitote quoniam 
mirificavit Dominus 
sanctum suum : * Domi- 
nus exaudiet me, cum 
clamavero ad eum. 

Irascimini , et nolite 
peccare : * quae dicitis in 
cordibus vestris. in cubi- 
libus vestris compungi- 
mini. 

Sacrificate sacrificium 
justitise. et sperate in 
Domino : * multi di- 
cunt : Quis ostendit no- 
bis bona ? 

Signatum est super 
nos lumen vultus tui, 
Domine : * dedisti lreti- 
tiam in corde meo. 

A fructu frumenti, 
vini et olei sui : * multi- 
plicati sunt. 



AU milieu de ma prière, le 
Dieu de ma justice m'a 
exaucé ; vous m'avez mis au 
large, quand j'étais dans 
l'affliction. 

Ayez pitié de moi, et exau- 
cez ma prière. 

Enfants des hommes, jus- 
ques à quand aurez-vous le 
cœur appesanti , aimerez- 
vous la vanité, chercherez- 
vous le mensonge ? 

Sachez que le Seigneur a 
rendu admirable celui qui 
lui est consacré. Le Seigneur 
m'exaucera quand je crierai 
vers lui. 

Si vous vous irritez, faites- 
le sans pécher ; repassez avec 
componction, dans le repos 
de votre couche, les pensées 
de vos cœurs. 

Offrez un sacrifice de jus- 
tice et espérez au Seigneur. 
Il en est plusieurs qui disent : 
Qui nous montrera le bon- 
heur que nous cherchons ? 

La lumière de votre visage, 
Seigneur, se réfléchit sur nous: 
c'est vous qui donnez la joie 
à mon cœur. 

Pour eux, leur richesse est 
dans l'abondance du vin, de 
l'huile et du froment : 



Les Compiles. 



ji3 



In pace in idipsum : 
dormiam et requiescam 

Quoniam tu, Domine, 
singulariter in spe : * 
constituisti me. 



Mais moi, je dormirai et me 
reposerai dans la paix, 

Parce que vous seul, Sei- 
gneur, m'avez affermi dans 
l'espérance. 

L'Eglise a placé ici les six premiers Versets 
du Psaume trentième, parce qu'ils contiennent 
la prière du Sauveur mourant : Je remets, 
Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles 
qui viennent si à propos dans l'Office du 
soir. Au temps de l'A vent, l'Eglise s'appro- 
prie d'une manièrespéciale les endroits de ce 
Psaume où David implore celui qui est le 
Libérateur et le Sauveur. 



PSAUHE 

EN vous, Seigneur, j'ai mis 
mon espérance ; que je 
ne sois pas confondu ; sauvez- 
moi dans votre justice. 

Inclinez votre oreille vers 
moi, hàtez-vous de me déli- 
vrer. 

Soyez-moi un Dieu protec- 
teur et une maison de refuge, 
pour me sauver. 

Car vous êtes ma force et 
mon refuge ; et vous me con- 
duirez, vous me nourrirez, à 
cause de votre nom. 

Vous me tirerez du piège 
qu'on m'a tendu en secret ; 
car vous êtes mon protec- 
teur. 

Je remets mon esprit entre 
vos mains : c'est vous qui 
m'avez racheté, Seigneur, 
Dieu de vérité. 



XXX. 

In te, Domine, speravi, 
non confundar in ae- 
ternum : * in justifia tua 
libéra me. 

Inclina ad me aurera 
tuam: * accéléra ut eruas 
me. 

Esto mihi in Deum 
protectorem, et in do- 
mum refugii : * ut sal- 
vum me facias. 

Quoniam fortitudo 
mea, et refugium meum 
es tu : * et propter no- 
men tuum deduces me, 
et enutries me. 

Educes me de laqueo 
hoc quem absconderunt 
mihi : * quoniam tu es 
protector meus. 

In manus tuas com- 
mendo spiritum meum : 
* redemisti me, Domine, 
Deus veritatis. 



ii4 



L'A vent. 



Le troisième Psaume expose d'abord les mo- 
tifs de la confiance du juste, au mi lieu même des 
périls de la nuit ; ensuite, Dieu parle lui-même 
et promet de manifester le Sauveur promis. 



CELUI 
sile 



PSAUME XC 

Oui habitat in adjuto- 
rio Altissimi : * in 
protectione Dei cœli 
commorabitur 

Dicet Domino : Sus- 
ceptor meus es tu. et re- 
fugium meum : * Deus 
meus, sperabo in eum. 

Quoniam ipse libera- 
vit me de laqueo venan- 
tium : * et a verbo aspero. 

Scapulis suis obum- 
brabit tibi : * et sub pen- 
nis ejus sperabis. 

Scuto circumdabit te 
veritas ejus : * non time- 
bis a timoré nocturno. 

A sagitta volante in 
die, a negotio perambu- 
lante in tenebris : * ab 
incursu, et daemonio me- 
ridiano. 

Cadent a latere tuo 
mille, et decem millia a 
dextris tuis : * ad te au- 
tem non appropinquabit. 

Verumtamen oculis 
tuis considerabis : * et 
retributionem peccato- 
rum videbis. 

Quoniam tu es, Domi- 
ne, spes mea : * Altissi- 
mum posuisti refugium 
tuum. 



ui habite dans l'a- 
u Très-Haut, de- 
meurera sous la protection 
du Dieu du ciel. 

Il dira au Seigneur : Vous 
êtes mon protecteur et mon 
refuge ! Il est mon Dieu, j'es- 
pérerai en lui. 

Car c'est lui qui m'a déli- 
vré du filet des chasseurs, et 
des paroles fâcheuses. 

Le Seigneur te couvrira 
de son ombre ; tu seras dans 
l'espérance sous ses ailes. 

Sa vérité sera ton bouclier : 
tu ne craindras ni les alarmes 
de la nuit. 

Ni la flèche qui vole au 
milieu du jour, ni la conta- 
gion qui se glisse dans les 
ténèbres, ni les attaques du 
démon du Midi. 

Mille tomberont à ta gau- 
che, et dix mille à ta droite ; 
mais la mort n'approchera 
pas de toi. 

Cependant tu jetteras les 
yeux autour de toi, et tu 
contempleras le sort de l'im- 
pie. 

Parce que tu as dit: Sei- 
gneur, vous êtes mon espé- 
rance ! parce que tu as placé 
t..n refuge dans le Très- 
Haut ; 



Les Compiles. 



115 



Le mal n'approchera pas 
de toi, et les fléaux s'éloigne- 
ront de ta tente ; 

Car le Seigneur a com- 
mandé à ses Anges de te gar- 
der en toutes tes voies. 

Ils te porteront sur leurs 
mains, dans la crainte que tu 
ne heurtes ton pied contre la 
pierre. 

Tu marcheras sur l'aspic 
et le basilic, et tu fouleras 
aux pieds le lion et le dra- 
gon. 

Dieu dira de toi : Parce 
qu'il a espéré en moi, je le 
délivrerai : 

Je le protégerai, parce qu'il 
a connu mon nom. 

Il criera vers moi , et je 
l'exaucerai : je suis avec lui 
dans la tribulation, je l'en 
retirerai et je le glorifierai. 

Je le rassasierai de longs 
jours, et je lui montrerai le 
Sauveur que j'ai promis. 



Non accedet ad te ma- 
lum : * et flagellum non 
appropinquabit taberna- 
culo tuo. 

Quoniam Angelis suis 
mandavit de te : * ut cu- 
stodiant te in omnibus 
viis tuis. 

In manibus portabunt 
te : * ne forte offendas ad 
lapidem pedem tuum. 

Super aspidem et basi- 
liscum ambulabis : * et 
conculcalbis leonem et 
draconem. 

Quoniam in me spera- 
vit, liberabo eum : * pro- 
tegam eum, quoniam co- 
gnovit nomen meum. 

Clamabit ad me. et ego 
exaudiam eum : * eum 
ipso sum in tribulatione, 
eripiam eum et glorifi- 
cabo èum. 

Longitudine dierum 
replebo eum : * et osten- 
dam illi Salutare meum. 



Le quatrième Psaume invite les Serviteurs 
de Dieu à faire entendre sans relâche la- 
prière nocturne. Les fidèles doivent le ré- 
citer dans un sentiment de reconnaissance 
envers Dieu qui suscite dans son Eglise des 
Serviteurs de son Nom dont la noble vocation 
est de lever les mains le jour et la nuit pour 
le salut d'Israël, et sur la prière desquels 
le monde se repose et accomplit ses desti- 
nées. 













1 1 f) L'A vent. 






PSAUME cxxxni. 




CCCE ruine benedicite 
E Dominum : * omnes 


"QÉnissez maintenant le 
15 Seigneur, vous tous qui 






servi Domini. 


le servez. 






Qui statis in domo 


Vous qui êtes dans la mai- 






Domini : * in atriis do- 


son du Seigneur, sous les pur- 






nnas Dei nostri. 


tiques de fa maison de notre 
Dieu ; 












In noctibus extollite 


Elevez vos mains durant 






raanus vestras in sa ne ta : 


les nuits vers le Sanctuaire, 






* etbenedicite Dominum. 


et bénissez le Seigneur. 






Benedicat te Dominus 


Dites à Israël : Que le 






ex Sion : * qui fecit cce- 


Seigneur te bénisse de Sion. 






lum et terram. 


le Seigneur qui a fait le ciel 
et la terre. 






Ant. Miserere mei. 


Ant. Avez pitié de moi, 






Domine, et exaudi ora- 


Seigneur , et exaucez ma 






tionem meam 


prière. 






HYMNE. 






"Te lucis ante termi- 
* num, 


A vant que la lumière dis- 
■f* paraisse, nous vous sup- 










Rerum Creator , pos- 


plions, ô Créateur de toutes 






cimus, 


choses, d'être dans votre clé- 






Ut pro tua clementia 


mence notre protecteur et 






Sis praesul et custodia. 


notre gardien. 






Procul recédant som- 


Que les songes et les fan- 






nia. 


tômes de la nuit s'enfuient 






Et noctium phantasmata, 


loin de nous. Comprimez 






Hostemque nostrum com- 


notre ennemi ; qu'il ne pro- 






prime, 


fane point nos corps. 






Ne polluantur corpora. 








Praesta, Paterpiissime, 


Faites-nous cette grâce, ô 






Patrique compar Uni ce, 


Père très miséricordieux : et 






Cum Spiritu Paraclito 


vous, ô Fils unique, égal au 






Regnans per omne saecu- 


Père, qui, avec l'Esprit con- 






lum. Amen. 


solateur, régnez dans tous les 
siècles. A 













Les Comptes. 



CAPITULE. 



Jérémie. xiv. 



Vors êtes en nous , Sei- 
gneur , et votre saint 
nom a été invoqué sur nous : 
ne nous abandonnez pas, Sei- 
gneur notre Dieu. 

R). Entre vos mains, Sei- 
gneur, je remets mon esprit. 

On répète : Entre vos 
mains. Seigneur, etc. 

f. Vous nous avez rache- 
tés. Seigneur, Dieu de vérité. 
On répète : Je remets, etc. 

Gloire au Père, etc. Entre 
vos mains, etc. 

f. Gardez-nous, Seigneur. 
comme la prunelle de l'reil. 

Ri. Protégez-nous à l'om- 
bre de vos ailes. 



Tu ai 
De 



autem in nobis es, 
• omine , et nomen 
sanctum tuum invoca- 
tum est super nos : ne 
derelinquas nos, Domi- 
ne Deus noster. 

R). In manus tuas, Do- 
mine : * Commendo spi- 
ritum meum. In manus 
tuas. 

$. Redemisti nos. Do- 
mine , Deus veritatis. 
Commendo. 

Gloria. In manus tuas. 

f. Custodi nos, Domi- 
ne, ut pupillam octili. 

R). Sub umbra alarum 
tuarum protège nos. 

Le Cantique du vieillard Siméon qui, 
tenant dans ses bras l'Enfant divin, le pro- 
clama la lumière des yiations, et s'endormit 
ensuite du sommeil des justes, offre une 
expression touchante du repos que le fidèle 
dont le cœur est uni à Dieu goûtera en Jésus- 
Christ ; parce que, comme dit l'Apôtre, <ï soit 
« dans la veille, soit dans le sommeil, nous 
« vivons avec celui qui est mort pour nous. » 
(I Thess. v, 10.) 



CANTIQUE DE SIMEON. 



Cest maintenant , sei- 
gneur, que vous laisse- 
rez aller en paix votre ser- 
viteur, selon votre parole : 



Nlnc dimittis servum 
tuum , Domine : * 
secundum verbum tuum 
in pace. 











' 


ii8 L'A vent. 






Quia viderunt oculi 


Parce que mes yeux ont vu 






mei * Salutare ttium. 


le Sauveur, 






Quod parasti : * ante 


Que vous avez destiné à 






faciem omnium popu- 


être exposé aux regards de 






lorum. 


tous les peuples ; 






Lumen ad revelatio- 


Pour être la lumière qui 






nem gentium : * et glo- 


éclairera les nations, et la 






riam plebis tuas Israël. 


gloire de votre peuple d'Is- 
raël. 

Gloire au Père, et au Fils, 






Gloria Patri, et Filio, 






etc. 


etc. 






Ant. Salva nos, Do- 


Ant. Sauvez-nous , Sei- 






mine, vigilantes : custodi 


gneur, durant la veille ; gar- 






nos dormientes. ut vigi- 


dez-nous durant le sommeil ; 






lemus cum Christo et 


afin que nous puissions veil- 






requiescamus in pace. 


ler avec Jésus-Christ , et 
que nous reposions dans la 
paix. 






PRIÈRES. 






vr YRIE eleison. Christe 
IV eleison. Kyrie eleison. 


QElGNEUR.ayez pitié. Christ, 
O ayez pitié. Seigneur 












ayez pitié. 






Pater noster. 


Notre Père. etc. 






V. Et ne nos inducas 


v. Et ne nous laissez pas 






in tentationem : 


succomber à la tentation ; 






R. Sed libéra nos a 


f$. Mais délivrez-nous du 






malo. 


mal. 






Credo in Deum. 


Je crois en Dieu, etc. 






y . Carnis resurrectio- 


v. La résurrection de la 






nem, 


chair. 






K,. Vitam aeternam. 


K. La vie éternelle. Ain-i 






Amen. 


soit-il. 






y. Benedictus es, Do- 


v. Vous êtes béni , Sei- 






mine, Deus patrum nos- 


gneur , Dieu de nos p. 






trorum. 








K. Et laudabilis, et 


^. Digne de louange et de 






gloriosus in saecula. 


gloire dans l'éternité. 






v. Benedicamus Pa- 


y. Bénissons le Père et le 






trem et Filium cum 


Fils avec le Saint-Esprit ; 






Sancto Spiritu. 















Les Compiles. 



ug 



R,. Louons-le, et exaltons- 
le dans les siècles. 

y. Vous êtes béni , Sei- 
gneur, au firmament du ciel. 

ft. Digne de louange , de 
gloire et de triomphe dans 
l'éternité. 

> T . Que le Seigneur tout- 
puissant et miséricordieux 
nous bénisse et nous conserve. 

K. Amen. 

y. Daignez, Seigneur, du- 
rant cette nuit. 

R|. Nous garder de tout 
péché. 

y. Ayez pitié de nous, Sei- 
gneur f 

H. Ayez pitié de nous. 

y. Que votre miséricorde 
soit sur nous, Seigneur, 

R}. Dans la mesure que 
nous avons espéré en vous. 

y. Seigneur, exaucez ma 
prière. 

H. Et que mon cri parvienne 
jusqu'à vous. 

y. Que le Seigneur soit 
avec vous, 

Rj. Et avec votre esprit. 

PRIONS. 

Visitez, s'il vous plaît, Sei- 
gneur, cette maison , et éloi- 
gnez-en toutes les embûches 
de l'ennemi. Que vos saints 
Anges y habitent, qu'ils nous 
y gardent dans la paix, et que 
votre bénédiction demeure 
toujours sur nous. Par Jésus- 
Christ votre Fils, notre Sei- 
gneur, qui, étant Dieu, vit et 
règne avec vous, en l'unité du 



r}. Laudemus et super- 
exaltemus eum in sœ- 
cula. 

y. Benedictus es, Do- 
mine, infirmamentocceli. 

R. Et laudabilis, et 
gloriosus, 2t superexalta- 
tus in sa?cula. 

y. Benedicat et custo- 
diat nos omnipotens et 
inisericors Dominus. 

K. Amen. 

y. Dignare, Domine, 
nocte ista. 

RJ. Sine peccato nos 
custodire. 

T. Miserere nostri, Do- 
mine. 

K. Miserere nostri. 

y. Fiat misericordia 
tua. Domine, super nos. 

R|. Quemadmodumspe- 
ravimus in te. 

y. Domine, exaudi ora- 
tionem meam. 

fi,. Et clamor meus ad 
te veniat. 

y. Dominus vobiscum. 

IV Et cum spiritu tuo. 

OREMUS. 

Visita, quœsumus Do- 
mine, habitationem is- 
tam. et omnes insidias 
inimici ab ea longe re- 
pelle : Angeli tui sancti 
habitent in ea, qui nos 
in pace custodiant : et 
benedictio tua sit super 
nos semper. Per Domi- 
num nostrum Jesum 
Christum Filium tuum, 



1 20 



L'A vent. 



qui tecum vivit et régnât 
in unitate Spiritus San- 
cti, Deus. per omnia sae- 
cula sa?culorum. Amen. 
y. Dominus vobiscum. 

J?. Et cum spiritu tuo. 

y. Benedicamus Do- 
mino. 

R|. Deo gratias. 

Benedicat et custodiat 
nos omnipotens et mise- 
ricors Dominus, Pater, 
et Filius, et Spiritus 
Sanctus. 

H. Amen. 



Saint-Esprit, dans tous les 
siècles des siècles. Amen. 



y. Que le Seigneur soit 
avec vous, 

lîj. Et avec votre esprit. 
y. Bénissons le Seigneur. 

K). Rendons grâces à Dieu. 

Que le Seigneur tout-puis- 
sant et miséricordieux . le 
Père, le Fils et le Saint- 
Esprit, nous bénisse et nous 
conserve. 

FÎ|. Amen. 



ANTIENNE A LA MAINTE VIERGE. 



ALMA Redemptoris 

mater , quae pervia 

cceli. 
Porta mânes . et Stella 

maris, succurrecadenti, 
Surgere qui curât po- 
pulo. 

Tu qua; genuisti. 
Natura mirante , tuum 

sanctum Genitorem. 
Virg 3 prius ac posterius. 

Gabrielis ab ore 
S-imens illud Ave, pec- 

catorum miserere. 

V. Angélus Domini 
nuntiavit Marine. 

K. Et concepit de Spi- 
ritu Sancto. 

OREMIS. 

Gratiam tuam, quaesu- 

mus Domine , mentibus 

9 infunde, ut qui, 

A-ngelo nuntiante, Chris- 



Mère féconde du Rédemp- 
teur , vous qui êtes la 
Porte du ciel et l'Etoile de la 
mer, secourez ce peuple qui 
tombe , mais qui désire se 
relever. Au grand étonne- 
ment de la nature, vous avez 
donné naissance à votre divin 
auteur. Vierge dans la con- 
ception. Vierge après l'en- 
fantement, vous à qui Ga- 
briel adresse le salut, daignez 
prendre pitié des pauvres 
pécheurs. 

v. L'Ange du Seigneur 
annonça à Marie, 

^. Et elle conçut du Saint- 
Esprit. 

PRIONS. 

Répandez, s'il vous plaît, 
Seigneur, votre grâce dans 
nos âmes, afin que nous qui 
avons connu, par la voix de 



Les Compiles. 



1 21 



l'Ange. l'Incarnation de 
Jésus-Christ. votre Fils, 
nous arrivions par sa Passion 
et sa Croix à la gloire de sa 
Résurrection. Par le même 
Jésus-Christ notre Seigneur. 

fi,. Amen. 



ti Filii tui Incarnatio- 
n^m cognovimus, per 
Passionem ejus et Cru- 
cem ad Resurrectionis 
gloriam perducamur. Per 
eumdem Christum Do- 
minum nostrurn. 
Rj. Amen. 








L'AVENT 



PROPRE DU TEMPS. 




de la 



ous comprenons ici, sous le 
titre de Propre du Temps, 
l'Office mobile des Dimanches 
et des Fériés de l'Avent. Dans 
notre désir de faire goûter 
aux fidèles la plus pure fleur 
Liturgie de ce saint temps, nous 
éprouvé quelque embarras sur la 
En effet, si nous eussions 



avons 

méthode à suivre. 

voulu faire valoir toutes les richesses de ces 

Offices, quatre volumes à peine eussent pu 

nous suffire, et nous craignions d'être à 

charge. Cette considération nous a engagé à 

nous imposer des limites, et à faire un choix 

parmi tant de trésors. 

Voici le plan auquel nous nous sommes 
arrêté. Nous donnons en entier la Messe et 



124 L'A vent. 



les Vêpres des quatre Dimanches de l'Avent. 
Aux jours de Férié, nous produisons au 
moins une des Leçons d'Isaïe assignées dans 
l'Office des Matines; nous plaçons ensuite 
une Hymne, une Séquence, ou toute autre 
pièce poétique. Ces pièces ont toutes été 
empruntées aux sources les plus graves, 
savoir aux Bréviaires Romain et Mozarabe, 
à l'Anthologie et aux Menées des Grecs, aux 
Missels français et étrangers du moyen âge, 
etc. A la suite de cette Hymne ou Séquence, 
nous avons placé une Prière éloquente et 
pleine d'onction, tirée des Missels Ambrosien, 
Gallican ou Mozarabe ; en sorte que les 
fidèles trouveront dans notre collection une 
abondance de formules liturgiques jusqu'ici 
sans exemple, et dont l'autorité sera d'autant 
plus grande, que toutes ces pièces sont em- 
pruntées à des sources anciennes et approu- 
vées. 

Nous n'avons pas jugé à propos de joindre 
un commentaire à chacune des formules li- 
turgiques que nous réunissons ici. Il nous 
a paru suffisant d'en donner la clef d'une 
manière générale, en rédigeant l'ouvrage 
entier sous la forme d'un commentaire 
affectif qui suffit pour lier les diverses par- 
ties, et pour éclairer le lecteur, sans le fati- 
guer par des redites ou des banalités. 

Nous avons réservé, pour le Propre des 
Saints, les grandes Antiennes et l'Office de la 
Vigile de Noël, parce que ces célèbres An- 
tiennes et cette Vigile sont à jour fixe au 
Calendrier comme les fêtes des Saints, et 
que pour les insérer au Propre du Temps, 
en la place qu'elles occupent dans les Bré- 



Propre du Temps. 



viaires, il eût été nécessaire d'introduire 
dans ce livre destiné aux laïques, de véri- 
tables Rubriques dont la complication eût 
effrayé plusieurs personnes. 





LE PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT. 



^2^£?vl I e Dimanche, le premier de 
l'Année Ecclésiastique, est ap- 
pelé, dans les chroniques et 
les chartes du moyen âge, le 
Dimanche Adtelevavi, à cause 
des premiers mots de l'Introït, 
ou encore le Dimanche Aspiciens a longe, à 
cause des premières paroles d'un des Répons 
à l'Office de Matines. 




La Stati 



est à Sainte-Marie-Majeure ; 



c'est sous les auspices de Marie, dans l'au- 
guste Basilique qui garde la Crèche de 
Bethléhem, et qui pour cela est appelée 



I. Les Stations marquées au Missel romain, pour 
certains jours de l'année, étaient autrefois des Proces- 
sions dans lesquelles tout le Clergé et tout le peuple se 
rendaient à une église désignée pour cet effet, et y cé- 
lébraient l'Office et la Messe. Cet usage, qui remonte 
aux premiers temps de l'Eglise romaine, et dont saint 
Grégoire le Grand n'a été que le restaurateur, existe 
encore aujourd'hui, dans un certain degré; et les Sta- 
tions continuent de s'accomplir, quoique avec moins dj 
pompe et de concours, à tous les jours marqués au Missel. 



Le Premier Dimanche de l'Avent. 127 



dans les anciens monuments Sainte-Marie 
ad Prœsepe, que l'Eglise Romaine recom- 
mence chaque année le Cycle sacré. Il était 
impossible de choisir un lieu plus conve- 
nable pour saluer l'approche du divin En- 
fantement qui doit enfin réjouir le ciel et la 
terre, et montrer le sublime prodige de la 
fécondité d'une Vierge. Transportons-nous 
par la pensée dans ce temple auguste, et 
unissons-nous aux prières qui s'y font en- 
tendre ; ce sont les mêmes que celles qui 
vont être exposées ici. 

A l'Office de la nuit, l'Eglise commence 
aujourd'hui la lecture du Prophète Isaïe, 
celui de tous qui a prédit avec le plus d'évi- 
dence les caractères du Messie, et elle con- 
tinue cette lecture jusqu'au jour même de 
Noël inclusivement. Efforçons-nous de goû- 
ter les enseignements du saint Prophète, et 
que l'œil de notre foi découvre avec amour 
le Sauveur promis, sous les traits tantôt gra- 
cieux, tantôt terribles, à l'aide desquels Isaïe 
nous le dépeint. 

Les premières paroles de l'Eglise, au 
milieu de la nuit, sont celles-ci : 

egem venturum Domi- 
num, venite, adore- 



E Roi qui doit venir, le 
. Seigneur,venez, adorons- 



R' 



Après avoir rempli ce devoir suprême d'a- 
doration, écoutons l'oracle d'Isaïe qui nous 
est transmis par la sainte Eglise. 

le livre du Incipit liber Isaias Pro- 
phète. Cap. I. 
Visio Isaiœ filii Amos, 
quam vidit super 



commence 



Ici 

Prophète Isaïe. Chap. I. 

Vision d'Isaïe, fils d'Amos, 
qu'il a vue sur Juda et 



r 



128 



L'A vent. 



Judam et Jérusalem, in 
diebus Oziae , Joathan, 
Achaz. et Ezechiasregum 
Juda. Audite, cœli, et 
auribus percipe, terra; 
quoniam Dominus locu- 
tus est : Filios enutrivi, 
et exaltavi : ipsi autem 
spreverunt me. Cogno- 
vit bos possessorem 
suum, et asinus praesepe 
domini su! : Israël autem 
me non cognovit, et po- 
pulus meus non intelle- 
xit. Vae genti peccatrici. 
populo gravi iniquitate, 
semini nequam, filiis 
sceleratis. Dereliquerunt 
Bominum. blasphemave- 
runt Sanctum Israël, 
abalienatisunt retrorsum. 
Super quo percutiam vos 
ultra, addentes prœvari- 
cationem ? Omne caput 
languidum, et omne cor 
mœrens. A planta pedis 
usque ad verticem non 
est in eo sanitas : vulnus. 
et livor et plaga tumens 
non est circumligata, nec 
curata medicamine. ne- 
que fota oleo. 



Jérusalem dans les jours 
d'Ozias, Joathan, Achaz, et 
Ezéchias, rois de Juda. 
Cieux, écoutez ; terre, prête 
l'oreille ; car le Seigneur a 
dit . J'ai nourri des enfants 
et je les ai élevés; mais eux. 
ils m'ont méprisé. Le bœuf 
connaît son maître, et l'âne 
la crèche de son seigneur ; 
mais Israël ne m'a point con- 
nu , et mon peuple a été 
sans intelligence. Malheur à 
la nation pécheresse . au 
peuple charge d'iniquités, à 
la race mauvaise, aux fils 
scélérats. Ils ont abandonné 
le Seigneur, ils ont blasphé- 
mé le Saint d'Israël, ils sont 
retournés en arrière. Où vous 
frapperai-je de nouveau, 
vous qui ajoutez sans cesse 
de nouvelles prévarications ? 
Toute tête est languissante, 
et tout cœur désolé. De la 
plante des pieds jusqu'au 
sommet de la tête, il n'y a 
rien de sain dans mon peuple. 
Ce n'est que blessure, que 
contusion. qu'une plaie 
enflammée, qui n'a point été 
bandée , ni pansée avec un 
médicament, ni adoucie avec 
l'huile. 



Ces paroles du saint Prophète, ou plutôt 
de Dieu qui parle par sa bouche, doivent 
faire une vive impression aux enfants de 
l'Eglise, à l'entrée de la sainte carrière de 
l'Avent. Qui ne tremblerait en entendant 
ce cri du Seigneur méprisé, méconnu, au 



Le Premier Dimanche de VA vent. 12g 

jour même où il est venu visiter son peuple ? 
Il a dépouillé son éclat dans la crainte 
d'effrayer les hommes ; et, loin de sentir la 
divine force de celui qui s'abaisse ainsi par 
amour, ils ne l'ont point connu ; et la crèche 
qu'il a choisie pour y reposer après sa nais- 
sance n'a d'abord été visitée que par deux 
animaux sans raison. Sentez-vous, chrétiens, 
combien sont amères les plaintes de votre 
Dieu ? combien son amour méprisé souffre 
de votre indifférence ? Il prend à témoin le 
ciel et la terre, il lance l'anathème à la na- 
tion perverse, aux fils ingrats. Reconnais- 
sons sincèrement que jusqu'ici nous n'avons 
point connu tout le prix de la visite du Sei- 

tneur, que nous avons trop imité l'insensi- 
ilité des Juifs, qui ne s'émurent pas quand 
il apparut au milieu de leurs ténèbres. Ce 
fut en vain que les Anges chantèrent au 
milieu de la nuit, que les bergers furent con- 
viés à l'adorer et à le reconnaître ; en vain 
que les Mages vinrent d'Orient demander où 
était son berceau. Jérusalem fut troublée 
un instant, il est vrai, à la nouvelle qu'un 
Roi lui était né ; mais elle retomba bientôt 
dans son insouciance, et ne s'enquit même 
pas de la grande nouvelle. 

C'est ainsi, ô Sauveur ! que vous vene\ 
dans les ténèbres, et que les ténèbres ne vous 
comprennent pas. Oh ! faites que nos ténèbres 
comprennent la lumière et la désirent. Un 
jour viendra où vous déchirerez les ténèbres 
insensibles et volontaires, par l'éclair ef- 
frayant de votre justice. Gloire à vous en ce 
jour, ô souverain Juge ! mais gardez-nous 
de votre colère, durant les jours de cette 



i3o L'A vent. 



vie mortelle. — Où frapperai-je maintenant? 
dites-vous. Mon peuple n'est déjà plus qu'une 
plaie. — Soyez donc Sauveur, ô Jésus ! dans l'A- 
vènement que nous attendons. Toute tête est 
languissante et tout cœur désolé : venez rele- 
ver ces fronts que la confusion et trop sou- 
vent aussi de viles attaches courbent vers 
la terre. Venez consoler et rafraîchir ces 
cœurs timides et flétris. Et si nos plaies sont 
graves et invétérées, venez, vous qui êtes 
le charitable Samaritain, répandre sur elles 
V huile qui fait disparaître la douleur et rend 
la santé. 

Le monde entier vous attend, ô Rédemp- 
teur ! venez vous révéler à lui en le sau- 
vant. L'Eglise, votre Epouse, commence en 
ce moment une nouvelle année ; son pre- 
mier cri est un cri de détresse vers vous ; 
sa première parole est celle-ci : Vene\l Nos 
âmes, ô Jésus ! ne veulent pas non plus 
cheminer sans vous dans le désert de cette 
vie. Il se fait tard : le jour incline au soir, 
les ombres sont descendues : levez-vous, 
divin Soleil; venez guider nos pas, et nous 
sauver de la mort. 



A LA MESSE. 

Pendant que le Prêtre se rend à l'autel 
pour célébrer le Sacrifice, l'Eglise débute 
par ce beau chant qui montre si bien sa con- 
fiance d'épouse; repétons-le avec elle, du 
fond de notre cœur; car le Sauveur viendra 
à nous dans la mesure que nous l'aurons dé- 
siré, et fidèlement attendu. 



Le Premier Dimanche de l'A vent. i3i 



Vers vous, 6 mon Dieu ! 
j'ai élevé mon âme. En 
vous j'ai mis ma confiance, 
et je sais que je n'aurai point 
à en rougir : car vous vien- 
drez au temps marqué. En 
vain les ennemis de mon 
salut riront de ma patience : 
quiconque vous attend ne 
sera point confondu. 

Ps. Seigneur, venez me 
montrer la voie qui conduit à 
vous ; venez m'apprendre 
vos divins sentiers. 



Gloire 
Fils, et 
comme il 
cernent ,. 
toujours, 



au Père, et au 
au Saint-Esprit : 
était au commen- 
et maintenant el 
et dans les siècles 



AD te levavi animam 
meam : Deus meus, 
in te confido, non eru- 
hescam : neque irrideant 
me inimici mei : etenim 
universi qui te expec- 
tant non confundentur. 



Ps. Vias tuas, Domi- 
ne, demonstra mihi : et 
semitas tuas edoce me. 

Gloria Patri, et Fi- 
lio, et Spiritui Sancto. 
Sicut erat in principio, 
et nunc et semper, et in 
sœcula sœculorum.Amen. 

On répète : Ad te leva- 



des siècles. Amen. 

On répète : Vers vous, ô" 
mon Dieu ! 



Après le Kyrie eleison, le Prêtre recueille 
les vœux de toute l'Eglise dans les Oraisons 
suivantes, appele'es pour cela Collectes. 

COLLECTE. 



Réveillez, s'il vous plaît, 
Seigneur, votre puis- 
sance, et venez, afin que 
nous méritions d'être arra- 
chés, par votre protection, 
aux imminents périls où nos 
péchés nous engagent, et 
d'en être sauvés par votre 
secours libérateur ; vous qui, 
étant Dieu, vivez et régnez 



Excita, quaesumus Do- 
mine.potentiam tuam 
et veni : ut ab imminen- 
tibus peccatorum nos- 
trorum periculis, te 
mereamur protegente eri- 
pi, te libérante salvari. 
Qui vivis et régnas cum 
Deo Pâtre inunitate Spi- 
ritus Sancti, Deus, per 



132 



VA vent. 



omnia saecula sasculorum. avec Dieu le Père, en l'unité 
du Saint-Esprit, dans tous 
les siècles des siècles. 
Amen. Pi]. Amen. 

Il est juste d'implorer aussi, dans ce saint 
temps, la médiation toute-puissante de celle 
qui a d'abord été seule dépositaire du grand 
secret qui devait rendre la vie au monde; 
disons donc avec le Prêtre : 

En l'honneur de la Sainte Vierge. 



Deus, qui de beatae 
MariseVirginis utero 
Verbum tuum Angelo 
nuntiante, carnem susci- 
pere voluisti : prassta sup- 
plicibus tuis ; ut, qui 
vere eam Genitricem Dei 
credimus, ejus apud te 
intercessionibus adjuve- 
mur. 



ODieu. qui avez voulu que 
votre \ erbe prit chair, à 
la parole de TAnge, dans le 
sein de la bienheureuseYierge 
Marie : accordez à la prière 
de vos serviteurs, que nous 
qui la crovons véritablement 
Mère de Dieu, nous soyons 
secourus auprès de vous par 
son intercession. 



On ajoute ensuite l'une des deux Oraisons 
suivantes : 

Contre les persécuteurs de V Eglise. 

ECCLESi.E tua?, qua?su- 
mus Domine, preces 
placatus admitte : ut, 
destructis adversitatibus 
et erroribus universis, 
secura tibi serviat liber- 
tate. 



Daignez, Seigneur, vous 
laisser fléchir par les 
prières de votre Eglise, afin 
que, toutes les adversités 
et toutes les erreurs ayant 
disparu, elle puisse vous ser- 
vir dans une paisible liberté. 



Pour le Paye 

Deus, omnium fide- 
liura Pastor et Rec- 
tor, famulum tuum N. 
quem Pastorem Ecclesia: 



ODieu, qui êtes le Pas- 
teur et le Conducteur 



de tous Us fidèles, regardez 
d*un œil propice votre servi- 



Le Premier Dimanche de l'A vent. i33 



teur N. que vous avez mis 
à la tête de votre Eglise en 
qualité de Pasteur ; donnez- 
lui, nous vous en supplions, 
d'être utile par ses paroles 
et son exemple à ceux qui 
sont sous sa conduite, afin 
qu'il puisse parvenir à la 
vie éternelle avec le troupeau 

?ui lui a été confié. Par 
ésus-Christ notre Seigneur. 
Amen. 



tuas prœesse voluisti, 
propitius respice : da ei, 
quassumus, verbo et 
exemplo, quibus prasest, 
proficere ; ut ad vi- 
tam, una cum grege sibi 
credito, perveniat sem- 
piternam. Per Dominum 
nostrum Jesum Chris- 
tum. Amen. 



Lecture de l'Epître de saint 
Paul, Apôtre, aux Romains. 
Chap. XIII. 

Mes Frères, nous savons 
qu'il est temps de nous 
réveiller de notre sommeil ; 
car notre salut est plus 
proche que lorsque nous 
avons commencé à croire. 
La nuit est sur sa fin, et le 
jour approche. Jetons donc 
au loin les œuvres des ténè- 
bres, et revêtons-nous des 
armes de la lumière. Mar- 
chons dans l'honnêteté, 
comme on fait en plein jour, 
et non dans les débauches, 
dans les excès de la boisson, 
dans les impudicités, dans 
les dissolutions, dans les que- 
relles et les envies; mais re- 
vêtez-vous de notre Seigneur 
Jésus-Christ. 



Le^ Sauveur que nous attendons est donc 
le vêtement qui couvrira notre nudité. Ad- 
mirons en cela la bonté de notre Dieu, qui, 



Lectio Epistolas beati 
Pauli Apostoli ad Ro- 
manos. Cap. XIII. 

Fratres, scientes quia 
hora est jam nos de 
somno surgere. Nunc 
enim propior est nostra 
salus, quam cum credi- 
dimus. Nox praecessit, 
dies autem appropinqua- 
vit. Abjiciamus ergo 
opéra tenebrarum, et in- 
duamur armalucis. Sicut 
in die honeste ambule- 
mus : non in comessatio- 
nibus et ebrietatibus, 
non in cubilibus et 
impudicitiis, non in con- 
tentione et aemulatione : 
sed induimini Dominum 
Jesum Christum. 



i34 L'A vent. 



se souvenant que l'homme s'était caché 
après son pèche, parce qu'il se sentait nu, 
veut bien lui servir lui-même de voile, et 
couvrir une si grande misère du manteau de 
sa divinité. Soyons donc attentifs au jour et 
à l'heure où il viendra, et gardons-nous de 
nous laisser appesantir par le sommeil de 
l'habitude et de la mollesse. La lumière luira 
bientôt; que ses premiers rayons éclairent 
notre justice, ou du moins notre repentir. 
Si le Sauveur vient couvrir nos péchés, afin 
qu'ils ne paraissent plus, nous, du moins, 
détruisons dans nos cœurs toute affection à 
ces mêmes péchés; et qu'il ne soit pas dit 
que nous avons refusé le salut. Les dernières 
paroles de cette Epître se trouvèrent à l'ou- 
verture du livre, quand saint Augustin, 
pressé depuis longtemps par la grâce divine 
de se donner à Dieu, voulut obéir à la voix 

âui lui disait : Toile, lege; prends, et lis. 
Iles décidèrent sa conversion; il résolut 
tout à coup de rompre avec la vie des sens et 
de revêtir Jesus-Christ. Imitons son exemple 
en ce jour : soupirons ardemment après le 
cher et glorieux vêtement qui sera bientôt 
placé sur nos épaules par la miséricorde de 
notre Père céleste, et répétons avec l'Eglise 
ces touchantes paroles dont nous ne devons 
pas craindre de fatiguer l'oreille de notre 
Dieu : 



Universi qui te expec- 
tant, non confun- 
dentur. Domine. 

y. Yias tuas, Domine, 



Seigneur, tous ceux qui 
^ vous attendent n 
point confondus. 

v Muntrez-moi la voie qui 



Le Premier Dimanche de VA vent. i35 



conduit à vous, apprenez-moi 
vos sentiers. 

Alléluia, alléluia. 

J. Faites paraître sur 
nous. Seigneur, votre misé- 
ricorde, et donnez-nous le 
Sauveur que vous nous pré- 
parez. Alléluia. 



notas fac mihi : et semi- 
tas tuas edoce me. 

Alléluia, alléluia. 

f. Ostende nobis, Do- 
mine , misericordiam 
tuam : et Salutare tuum 
da nobis. Alléluia. 



La suite du saint Evangile 
selon saint Luc. Chap. XXI. 

Es ce temps-là, Jésus dit à 
ses disciples : Il y aura 
des signes dans le soleil, et 
dans la lune, et dans les étoi- 
les ; et, sur la terre, les peu- 
ples seront dans la conster- 
nation, par le trouble que 
causera le bruit de la mer et 
des flots. Les hommes séche- 
ront de frayeur dans l'attente 
des choses qui doivent arriver 
à l'univers : car les Vertus des 
cieux seront ébranlées. Et 
alors ils verront le Fils de 
l'homme venant sur une nuée 
avec une grande puissance 
et majesté. Pour vous, lors- 
que ces choses commenceront 
d'arriver, regardez en haut 
et levez vos tètes ; car votre 
rédemption approche. Et il 
leur fit cette comparaison : 
Voyez le figuier et tous les 
arbres : lorsqu'ils commen- 
cent à pousser, vous connais- 
sez que l'été est proche. De 
même, quand vous verrez 
arriver ces choses, sachez 



Sequentia sancti Evan- 
gelii secundum Lu- 
cam. Cluf. XXI. 

IN illo tempore : Dixit 
Jésus discipulis suis : 
Erunt signa in sole, et 
luna. et stellis ; et in 
terris pressura gentium 
prae confusione sonitus 
maris et fluctuum : are- 
scentibus hominibus prœ 
timoré et expectatione, 
quas supervenient uni- 
verso orbi : nam Virtutes 
ccelorum movebuntur ; 
et tune videbunt Filium 
hominis venientem in 
aube cum potestate ma- 
gna, et majestate. His 
autem fieri incipientibus, 
respicite et levate capita 
vestra ; quoniam appro- 
pinquat redemptio vestra. 
Et dixit illis similitudi- 
nem : Videte ficulneam 
et omnes arbores : cum 
producunt jam ex se fruc- 
tum, scitis quoniam 
prope est œstas. Ita et 
vos, cum videritis haec 
fieri, scitote quoniam 



t36 



L'A vent. 



prope est regnum Dei. 
Amen dico vobis : quia 
non pneteribit generatio 
ha-c, donec omnia fiant. 
Cœlum et terra transi- 
bunt : verba autem mea 
non transibunt. 



que le Royaume de Dieu est 
proche. En vérité, je vous le 
dis, cette génération ne pas- 
sera point que toutes ces 
choses n'arrivent. Le ciel et 
la terre passeront ; mais mes 
paroles ne passeront point. 



Nous devons donc nous attendre à voir 
éclater tout à coup votre Avènement terri- 
ble, ô Jésus! Bientôt vous allez venir dans 
votre miséricorde pour couvrir notre nudité, 
comme un vêtement de gloire et d'immorta- 
lité; mais vous reviendrez un jour, et avec 
une si effrayante majesté que les hommes 
en sécheront de frayeur. O Christ ! ne me 
perdez pas, en ce jour de l'embrasement uni- 
versel. Visitez-moi auparavant dans votre 
amour : je veux vous préparer mon âme. 
Je veux que vous preniez naissance en elle, 
afin qu'au jour où les convulsions de la na- 
ture annonceront votre approche, je puisse 
lever la tète, comme vos fidèles disciples, qui, 
vous portant déjà dans leurs cœurs, ne crain- 
dront rien de vos foudres. 

Pendant l'offrande du Pain et du Vin, 
l'Eglise a les yeux fixés sur Celui qui doit 
venir, et chanté avec persévérance son même 
cantique : 

OFFERTOIRE. 



AD te levavi animam 
meam : Deus meus, 
in te confido. non erubes- 
cam ; neque irrideant me 
inimici mei : etenim uni- 
versi qui te expectant, 
non confundentur. 



; ERS vous, 



Die 



\ j'ai élevé mon âme. En 
vous j'ai mis ma confiance, et 
je n'aurai point à en rougir. 
Que mes ennemis ne se rient 
point de ma patience ; car 
tous ceux qui vous attendent 
ne seront point confondus. 



Le Premier Dimanche de VAvent. 1 3j 

Après l'oblation, elle recueille en silence 
les vœux de tous ses membres dans les Orai- 
sons suivantes : 



De VAvent. 



Q 



ue ces mystères, Sei- 
gneur, après nous avoir 
purifiés par leur vertu puis- 
sante, nous donnent de par- 
venir pius purs à celui qui 
est leur principe. Par Jésus- 
Christ notre Seigneur. 
Amen. 



HX.C sacra nos, Domi- 
ne, potenti virtute 
mundatos, ad suum fa- 
ciant puriores venire 
principium. Per Domi- 
num nostrum Jesum 
Christum. Amen. 



De la Sainte Vierge. 



Daignez, Seigneur, confir- 
mer dans nos âmes les 
mystères de la vraie foi ; afin 
que nous qui confessons qu"un 
Homme-Dieu véritable a été 
conçu d'une Vierge, nous 
méritions, par la vertu de sa 
Résurrection salutaire, de 
parvenir à l'éternelle félicité. 



IN mentibus nostris, 
quassumus Domine, 
verse fidei sacramenta 
confirma : ut qui concep- 
tum de Virgine Deum 
verum et hominem confi- 
temur, per ejussalutiferae 
Resurrectionis poten- 
tiam, ad œternam merea- 
mur pervenire laetitiam. 



Contre les persécuteurs de l'Eglise. 



Protégez-nou*s, Seigneur. 
nous qui célébrons vos 
mystères, afin que. nous atta- 
chant aux choses divines, 
nous vous servions dans le 
corps et dans l'âme. 



Protège nos, Domine, 
tuis mysteriis ser- 
vientes; ut divinis rébus 
inhaerentes et corpore 
tibi famulemuret mente. 



Pour le Pape. 



Laissez-vous fléchir, Sei- 
gneur, par l'offrande de 
ces dons, et daigner gouver- 



Oblatis, quassumus 
Domine, placare 
muneribus et famulum 



tuum iV. quem Pastorem 
Ecclesiœ tuae praeesSe 
voluisti. assidua protec- 
tione guberna. Per Do- 
minum nostrum Jesum 
Christum. Amen. 



ner par votre continuelle 
protection votre serviteur N. 
que vous avez voulu établir 
Pasteur de votre Eglise. Par 
Jésus-Christ notre Seigneur. 
Amen. 



Après la Communion du Prêtre et du peu- 

Ele, le Chœur chante ces belles paroles de 
iavid, pour célébrer la douceur du Fruit di- 
vin que notre Terre va produire, et qui vient 
de se donner par avance à ses élus. Cette 
Terre qui est a nous, c'est la Vierge Marie 
fécondée par la rosée du ciel, et qui s'ouvre, 
comme nous le dit Isaïe, pour produire le 
Sauveur. 

COMMUNION. 



LE Seigneur répandra sur 
nous son bienfait, et notre 
terre produira son fruit. 



DDMIIfUS dabit beni- 
gnitatem : et terra 
nostra dabit fructum 
suum. 

Viennent ensuite les Oraisons de conclu- 
sion et d'action de grâces. 

POSTCOMMUNIONS. 



De VA vent. 



SUSCIPIAMUS, 'Domine, 
misericordiam tuam 
in m^dio templi tui : ut 
reparationis nostrœ Ven- 
tura solemnia congruis 
honoribus praecedamus. 
Per Dominum nostrum 
Jesum Christum. Amen. 



OLE nous recevions. Sei- 
gneur, votre miséricorde 

au milieu de votre temple ; 
et nous célébrerons par une 
préparation convenable la so- 
lennité prochaine de notre ré- 
génération. Par Jesus-Christ 
notre Seigneur. Amen. 



De la Sainte Vierge. 



Gratiam tuam, qucesu- I T\ 
mus Domine, men- 1\ 



Épandez. s'il vous plait, 
Seigneur, votre grâce 



Le Premier Dimanche de VA vent, i3g 



dans nos âmes, afin que nous 
qui avons connu, par la voix 
de l'Ange, l'Incarnation de 
Jésus-Christ, votre Fils, 
nous arrivions, par sa Pas- 
sion et sa Croix, à la gloire 
de sa Résurrection. 



tibus nostris infunde : ut 
qui, Angelo nuntiante, 
Christi Filii tui Incar- 
nationem cognovimus. 
per Passionem ejus et 
Crucem. ad Resurrectio- 
nis gloriam perducamur. 



Contre les persécuteurs de VEglise. 



NOUS vous supplions, Sei- 
gneur notre Dieu, de ne 
pas laisser exposés aux périls 
de la part des hommes, ceux 
à qui vous accordez de par- 
ticiper aux mystères divins. 



QU.ESUMUS, Domine 
Deus noster : ut 
quos divina tribuis parti- 
cipation gaudere, huma- 
nts non sinas subjacere 
periculis. 



Pour le Pape. 



OUE la réception de ce 
divin Sacrement nous 
protège, Seigneur ; qu'elle 
sauve aussi et fortifie à ja- 
mais, avec le troupeau qui 
lui est confié, votre serviteur 
N. que vous avez établi Pas- 
teur de votre Eglise. Par 
Jésus-Christ notre Seigneur. 
Aman 



nos, quœsumus 
omine, divini Sa- 
cramenti perceptio pro- 
tegat : et famulum tuum 
iV. quem Pastorem 
Ecclesiae tuae prœesse 
voluisti, una cum com- 
misso sibi grege salvet 
semper et muniat. Per 
Dominum nostrum Jesum 
Christum. Amen. 



A VEPRES. 

Les Psaumes du Dimanche se trouvent ci- 
dessus, page ioo. Le Chœur chante 
après chacun d'eux une des cinq Antiennes 
suivantes : 

i Yvr AU Jour du Mes y N iH a die 

i ANT. ft si ^ leg mon _ i. ANT. I stillabunt 

tagnes distilleront la douceur, I montes dulcedinem, et 



140 



L'Avent. 



colles fluent lac et mel. 
Alluluia. 

2. Ant. Jucundare.filia 
Sion, et exulta satis, 
filia Jérusalem. Alléluia. 

3. Ant. Ecce Dominus 
veniet, et omnes Sancti 
ejus cum eo : et erit in 
die illa lux magna. Alle- 
lui. 

4-Ant. Omnes sitientes, 
venite ad aquas : quaerite 
Dominum. dum iuveuiri 
potest. Alléluia. 

5. Ant. Ecce veniet 
Propheta magnus. et ipse 
renovabit Jérusalem. 
Alléluia. 



et le lait et le miel découleront 
des collines. Alléluia. 

2. Ant. Réjouis-toi, fille de 
Sion : tressaille, fille de Jéru- 
salem. Alléluia. 

3. Ant. Voici que le Sei- 
gneur va venir, et tous ses 
Saints avec lui ; et il paraîtra 
en ce jour-là une grande lu- 
mière. Alléluia. 

4. Ant. Vous tous qui êtes 
altérés, venez aux fontaines : 
cherchez le Seigneur pen- 
dant qu'on peut le trouver. 
Alléluia. 

5. Ant. Un grand Prophète 
viendra bientôt, et il renou- 
vellera Jérusalem. Alléluia. 



Fratres, hora est jam 
nos de somno sur- 
gere. Nunc enim propior 
est nostra salus, quam 
cum credidimus. 



Mes Frères, l'heure est 
venue de sortir du som- 
meil : car notre salut est plus 
proche que lorsque nous 
avons commencé à croire. 



L'Hymne Creator aime siderum, et le Can- 
tique Magnificat, ci-dessus, pages 107 et 108. 



f. Rorate. cœli, desu- 
per, et nubes pluant Jus- 
tum. 

^. Aperiatur terra et 
germinet Salvatorem. 



f. Cieux, répandez la rosée. 
et que les nuées fassent 
pleuvoir le Juste ; 

fi|. Que la terre s'ouvre et 
germe le Sauveur. 



antienne de Magnificat. 

NE timeas, Maria;) x te craignez point, ô Marie, 
invenisti enim gra- IN car vous avez trouvé 
tiam apud Dominum : | grâce devant le Seigneur : 



Le Premier Dimanche de VA vent. 141 



voilà que vous concevrez et 
enfanterez un fils. Alléluia. 

PRIONS. 

Faites paraître, Seigneur, 
votre puissance et venez, afin 
que nous méritions d'être ar- 
rachés par votre secours aux 
imminents périls où nos 
péchés nous engagent, et 
d'en être sauvés par votre 
vertu libératrice. Vous qui, 
étant Dieu, vivez et régnez 
avec Dieu le Père, en l'unité 
du Saint-Esprit, dans tous 
les siècles des siècles. 

Amen. 



ecce concipies et paries 
filium. Alléluia. 
OREMUS. 

Excita, quaîsumus Do- 
mine, potentiam tuam, et 
veni : ut ab imminenti- 
bus peccatorum nostro- 
rum periculis, te merea- 
mur protcgente eripi , te 
libérante salvari. Qui 
vivis et régnas cum Deo 
Pâtre in unitate Spiritus 
Sancti, Deus, per omnia 
saecula sasculorum. 

Amen. 



(V.' - - -r • T---T: TJ ~J V-" T.' VL-' — il TU TJ — ' 1*J' ? « Tj T." t'i: Tj ~X1 



LE LUNDI 

DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE L'aVENT. 



egem venturum Do- 
minum, venite, ado- 
remus. 



' 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur: venez, ado- 



Du Prophète Isaïe. Chap. I. 

Lavez-vous, purifiez-vous ; 
, titez de devant mes yeux 
la malignité de vos pensées; 
cessez de faire le mal, ap- 
prenez à faire le bien ; re- 
cherchez ce qui est juste ; 
secourez l'opprimé; faites 
justice à l'orphelin, défendez 
la veuve ; et, après cela, ve- 
nez et plaignez-vous de moi, 
dit le Seigneur. Quand vos 
péchés seraient comme l'écar- 
late , ils deviendront blancs 
comme la neige ; et quand 
ils seraient rouges comme le 
vermillon, ils seront blancs 
comme la laine la plus pure. 



Le Seigneur qui va bientôt descendre pour 
nous sauver, nous avertit non seulement de 
nous disposer à paraître devant lui, mais de 
purifier nos âmes. « Il est bien juste, dit 
« saint Bernard en son vi e Sermon de l'Avent, 
« que l'âme, qui était tombée la première, 
« soit aussi rétablie la première. Différons 
« donc le soin du corps jusqu'au jour où 
« Jésus-Christ viendra pour le réformer par 



De Isaia Propheta. 
Cap. I. 

LAVAMiM. mundi estote, 
auferte malum cogi- 
tationum vestrarum ab 
oculis meis : quiescite 
agere perverse, discite 
benefacere : quaerite ju- 
dicium, subvenite op- 
presse judicate pupillo. 
defendite viduam. Et ve- 
nite, et arguite me, dicit 
Dominus. Si fuerint pec- 
cata vestra ut coccinum, 
quasi nix dealbabuntur : 
et si fuerint rubra quasi 
vermiculus, velut lana 
alba erunt. 



Le Premier Lundi de VAvent. 143 

« la Résurrection ; car, dans le premier Avè- 
« nement, le Précurseur nous dit : Voici 
« V Agneau de Dieu qui efface les péchés du 
a monde. Il ne dit pas les maladies du corps, 
« ni les misères de la cliair ; mais les péchés, 
« qui sont la maladie de l'âme et la corrup- 
« tion de l'esprit. O corps ! garde-toi donc 
« d'anticiper les temps. Tu peux empêcher 
« le salut de l'âme ; mais tu es impuissant 
« pour le tien propre. Souffre donc que 
« l'âme travaille pour elle, et tâche toi-même 
« de travailler avec elle ; parce que, si tu as 
« part à ses souffrances, tu participeras à sa 
k gloire. Autant tu suspends sa réparation, 
« autant tu retardes la tienne ; et tu ne seras 
« jamais régénéré que Dieu ne voie aupara- 
« vant son image réformée dans l'âme. » 
Purifions-nous donc, chrétiens: faisons les 
œuvres de l'esprit, et non plus celles de la 
chair. La promesse du Seigneur est formelle : 
il fera succéder la blancheur la plus écla- 
tante aux trop vives couleurs de nos iniquités. 
Il ne nous demande pour cela qu'une seule 
chose : c'est que nous consentions à suspen- 
dre le cours de nos péchés. Cessez de faire 
le mal, dit-il, et après cela, vene\ et plaignez- 
vous de moi. O Sauveur ! dès l'entrée de cette 
sainte carrière, nous voulons profiter de vos 
avances. Nous voulons rentrer en paix avec 
vous, soumettre la chair à l'esprit, réparer 
nos injustices à l'égard de nos frères, faire 
succéder les soupirs de notre componction à 
la voix de nos péchés, qui depuis trop long- 
temps fatigue vos oreilles. 



PROSE POUR LE TEMPS DE LAVENT. 



(Composée au xi e siècle et tirée des anciens 
Missels Romains-Français.) 



Salis aeterna, indefi- 
ciens mundivita. 
Lux sempiterna, et 
Redemptio vera nostra. 

Condolens humana pe- 
rire saecla per tentantis 
numiaa, 

Non linquens excelsa, 
adisti ima propria cle- 
mentia. 

Mox tua spontanea 
gratia assumens huma- 
na, 

Quae fuerant perdita 
omnia, salvasti terrea, 

Ferens mundo gaudia. 

Tu animas et corpora 
nostra, Christe, expia, 

Ut possideas lucida 
nosmet habitacula. 

Adventu primo justi- 
fica. 

In secundo nosque li- 
béra; 

Ut cum, facta luce 
magna, judicabis omnia, 

Compti stola incor- 
rupta, nosmet tua subse- 
quamur mox vestigia 
quocumque visa. Amen. 



Salut à jamais durable, iné- 
puisable vie du monde; 

Lumière qui ne s'éteint 
pas, ô Rédempteur vraiment 
à nous ! 

Emu de compassion, à la 
vue des générations qui mou- 
raient aux pieds des idoles du 
tentateur, 

Sans quitter les hauteurs 
du ciel, vous descendîtes aux 
profondeurs où vous attirait 
votre clémence. 

Puis, par l'élan de votre 
amour prenant l'humanité, 

Vous avez, sur la terre, 
sauvé tout ce qui était perdu, 

Apportant la joie au 
monde. 

O Christ! venez purifier 
et nos corps et nos âmes. 

Faites-en, pour y habiter, 
vos pures et lumineuses de- 
meures. 

Au premier Avent, justi- 
fiez-nous; 

Au second, délivrez-nous ; 

Afin qu'au jour de grande 
lumière, où vous jugerez 
l'univers, 

Ornés de la robe immacu- 
lée, nous marchions sur vos 
traces, partout où s'impri- 
meront vos pas. Amen. 



Le Premier Lundi de VAvent. 145 



PRIERE DU BREVIAIRE AMBROSIEN. 

(N e Dimanche de VAvent.) 



DIEU tout-puissant, dai- 
gnez accorder à toute 
votre famille le désir d'aller 
par les bonnes oeuvres au- 
devant de Jésus-Christ votre 
Fils, notre Seigneur; afin 
que, assis à sa droite, nous 
méritions de posséder le 
royaume des cieux. Par le 
même Jésus-Christ notre 
Seigneur. Amen. 



DONA, quaesumus om- 
ni p o tens Deus , 
cunctce familiae tua? hanc 
voluntatem, Christo Fi- 
lio tuo. Domino nostro 
venienti, in operibus jus- 
tis apte occurrere : ut 
ejus dexterse sociati, re- 
gnum mereamur possi- 
dere cœleste. Per eum- 
dem Christum Dominum 
nostrum. Amen. 



L AViiNT. 



J&£J$*£J&iJ&S./Ç*$.J$*£/&£ /*S£/iÇS*/^*,^^ 



LE MARDI 



DE LA PREMIERE SEMAINE DE L AVENT. 



D EGEM venturum Do- 
■ minum, venite, ado- 



De Isaia Propheta. 
Cap. IL 

Verbum quod vidit 
Isaias filius Amos, 
super Judam et Jérusa- 
lem. Et erit in novissi- 
mis diebus nraeparatus 
mons domus Domini in 
vertice montium. et ele- 
vabitur super colles ; et 
fluent ad eum omnes 
Gentes. Et ibunt 
multi, et dicent 
et ascendamus ad mon- 
tem Domini, et ad do- 
mum Dei Jacob : et do- 
cebit nos vias suas : et 
ambulabimus in semitis 
ejus, quia de Sion exibit 
lex. et verbum Domini 
de Jérusalem. 



nt populi 
: Venite, 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez, [ ado- 
rons-le. 

Du Prophète Isaîe. 
Chap. IL 
\7ision dlsaïe, fils d'Amos, 
* sur Juda et Jérusalem. 
Et dans les derniers jours, 
sur le sommet des monts, se- 
ra fondée la Montagne de la 
maison du Seigneur; et elle 
sélèvera au-dessus de toutes 
les collines, et toutes les na- 
tions y accourront en foule. 
Et les peuples iront en grand 
nombre, et ils diront : Venez, 
et montons à la Montagne du 
Seigneur et à la maison du 
Dieu de Jacob, et il nous en- 
seignera ses voies ; et nous 
marcherons dans ses sentiers, 
car la loi sortira de Sion, et 
le Verbe du Seigneur, de Jé- 
rusalem. 



Avec quelle complaisance la sainte Eglise 
écoute et répète ces belles paroles du Pro- 
phète : Vene\, montons à la Montagne du 
Seigneur! Chaque jour de Férié, dansl'Avent, 
elle les redit à l'Office des Laudes ; et tous 
ses enfants rendent gloire au Seigneur qui, 
pour attirer plus sûrement nos regards, s'est 
fait semblable à une Montagne élevée, mais 
accessible à tous. Il est vrai que cette Montagne, 



Le Premier Mardi de l'A vent. 147 

comme le dit un autreProphète, est d'abord 
imperceptible comme une petite pierre, pour 
marquer l'humilité du Messie dans sa nais- 
sance ; mais bientôt elle grandit à la vue de 
tous les peuples, qui sont conviés à venir 
habiter sur ses flancs fertiles, et jusque sur 
sa cime illuminée des rayons du Soleil de 
justice. C'est ainsi, 6 Jésus ! que vous nous 
appelez tous, que vous êtes accessible à 
tous; que la grandeur et l'élévation de vos 
mystères n'ont rien d'incompatible avec notre 
faiblesse. Nous voulons, dès ce moment, 
nous joindre à ces flots de peuples qui mar- 
chent vers vous: voici que nous partons; 
nous voulons aller placer notre tente sous 
vos ombrages, 6 Montagne bénie ! Recevez- 
nous; que nous n'entendions plus les bruits 
mondains qui s'élèvent de la plaine. Placez- 
nous si haut, que nos yeux ne voient plus 
les vanités de la terre. Puissions-nous 
ne jamais oublier les sentiers par lesquels^ on 
arrive jusqu'à ce sommet bienheureux, où la 
montagne, qui est la ligure, s'évanouit, et où 
l'âme se trouve à jamais face à face avec celui 
que les Anges contemplent dans un ravisse- 
ment éternel, et dont les délices sont d'être 
avec les enfants des hommes! (Prov. vin, 3i.) 

HYMNE POUR LE TEMPS DE L'AVENT. 

(Composée au ix e siècle et tirée de /'Hymnarium 
du B. Joseph-Marie Thomasi.) 

Que le soleil, les astres, la 
terre et les mers reten- 
tissent de l'Avènement du 
Dieu très-haut : que le riche 
et le pauvre unissent leurs 



Sol, astra, terra, aequo- 
ra, 
Adventum Dei altissi- 

mi, 
Prolem excelsi germinis, 



I4X 



VA vent. 



Dives et .inops concre- 
pent : 

Olim promissum patri- 
bus 
Partumpuellœ inclytum. 
Natum ante Luciferum, 
Dei potentis Filium. 



Venturum Regem glo- 

ria;, 
Deum regnare regibus ; 
Hostem calcare impro- 

bum, 
Mundum sanare langui- 

dum. 

Laetentur simul An- 

Omnes exultent populi ; 
Excelsus venit humilis, 
Salvarequod perierat. 



Deus et homo critur, 
Sanctaque régnât Trini- 

tas; 
Coaevus Patri Filius, 
Terris descendit Domi- 
nus. 

Clament Prophetae, et 

prophetent : 
Emmanuel jam prope 

est ; 
Mutorum lingua; jam 

sonent, 
Claudi in occursum per- 

gite. 

Agnus et fera bestia 



chants pour célébrer le Fils 
du Créateur suprême! 

C'est le Sauveur promis ja- 
dis à nos pères ; le glorieux 
fruit d'une Vierge ; le Fils 
du Dieu puissant, dont la 
naissance précède l'étoile du 
matin. 

C'est le Roi de gloire qui 
devait venir régner en Dieu 
sur les rois, fouler sous ses 
pieds l'ennemi perfide, gué- 
rir le monde languissant. 



Que les Anges s'en ré- 
jouissent de concert ; que 
tous les peuples tressaillent 
de joie : le Très-Haut vient 
s'humilier pour sauver ce qui 
était perdu. 

Un Dieu-homme va pren- 
dre naissance ; l'auguste Tri- 
nité règne à jamais! le Fils 
coeternel au Père, le Sei- 
gneur va descendre sur la 
terre. 

Que les Prophètes élèvent 
leur voiv et qu'ils prophé- 
tisent : Emmanuel est déjà 
près de nous. Que la langue 
des muets articule des sons ; 
et vous, boiteux, courez à sa 
rencontre. 



Que l'agneau et la bête fé- 



Le Premier Mardi de l'A vent. 14g 



roce paissent ensemble l'her- 
be des champs ; que le bœuf 
et l'âne reconnaissent Celui 
qui git dans la crèche. 

Le signe royal étincelle ; il 
annonce notre divin chef ; 
au noble et royal enfant, rois, 
préparez vos offrandes. 



Oh ! quelle heureuse nou- 
Telle entendit la vierge Ma- 
rie ! En croyant, elle con- 
çoit; la voilà mère ; et c'est 
une vierge qui n'a point 
connu l'homme. 

Iles et nations, applaudis- 
sez toutes à ce grand triom- 
phe. Courez avec la vitesse 
des cerfs: le Rédempteur, le 
voici qui vient. 



Que les yeux des aveugles, 
fermés à la lumière, sachent 
maintenant percer les té- 
nèbres de la nuit, s'ouvrir à 
la lumière véritable. 

Que la nation de Galilée 
et celle de la Grèce, que la 
Perse et l'Inde croient en 
leur Rédempteur ; un Dieu 
daigne se faire homme : et 
Verbe il demeure avec le Père. 

Louange, honneur, vertu 
et gloire soient à Dieu le 



Simul manducent palea: 
Agnoscat bos et asinus 
Jacentem in praesepio. 



Signum regale emi- 

cans 
Sacrum praecedit verti- 

cem ; 
Regali nato nobili, 
Reges parate munera. 

O quam beatum nun- 
tium 
Virgo Maria audiit ! 
Credendo mater feeta fit, 
Et virgo virum nesciit. 



Omnes gentes et in- 

sul», 
Magnum triumphum 

plaudite, 
Cursu cervorum currite: 
Redemptor ecce jam ve- 

nit. 

Discant cœcorum oculi, 
Clauso sedentes lumine, 
Noctis tenebras solvere, 
Lumen verum percipere. 



Gens Galilasa et Grae- 

cia 
Credat, Persa et India : 
Dignando Deus homo fit, 
Et Verbum cum Pâtre 

manet. 

Laus, honor, virtus, 
gloria, 




Deo Patri, et Filio, 

Una cum Sancto Spiritu. 
In sempiterna saecula. 
Amen. 



Père, et à son Fils, ensem- 
ble avec le Saint-Esprit, dans 
les siècles éternels ! Amen. 



PRIERE DU MISSEL GALLICAN. 

(In Adventu Domini, Contestatio.) 



pXcus, cui propriumest 
*~* ac singulare. quod 
bonus es, et nulla un- 
quam a te es commuta- 
tione diversus; propi- 
tiare supplicationibus 
nostris ; et Ecclesiae tuas 
misericordiam tuam , 
quam confitemur, osten- 
de. manifestans plebi 
tuas Unigeniti tui mira- 
bile Sacramentum : ut 
universitate nationum 
perficiatur, quod per 
Verbi tui Evangelium 
promisisti; et habeat 
plenitudo adoptionis, 
quod praîtulit testificatio 
veritatis. Per Christum 
Dominum nostrum . 
Amen. 



/^\ Dieu, dont la nature 
^^ propre est la bonté, et 
dont les volontés ne sont su- 
jettes à aucune variation ni 
changement, montrez-vous 
propice à nos supplications, 
et daignez témoigner à votre 
Eglise cette miséricorde que 
nous célébrons, en manifes- 
tant à votre peuple l'admi- 
rable mystère de votre Fils 
unique ; afin que l'universa- 
lité des nations accédant à la 
vraie foi, les promesses de 
l'Evangile de votre Verbe 
soient accomplies, et que l'a- 
doption universelle étant ef- 
fectuée, le témoignage de la 
vérité soit trouvé fidèle. Par 
Jésus-Christ notre Seigneur. 
Amen. 



^^^^^^^^&&&&&&&£ 



LE MERCRt 

DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE L'AVENT. 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez , ado- 
rons-le. 

Du Prophète Isaïe. 

Ch. m. 

LE Dominateur, le Seigneur 
des armées enlèvera de 
Jérusalem et de Juda la vi- 
gueur et le courage, toute la 
force du pain, toute la force 
de l'eau, l'homme vaillant, 
le guerrier, le juge, le pro- 
phète, le devin, le vieillard, 
le capitaine de cinquante sol- 
dats, l'homme au visage véné- 
rable, l'homme de conseil, le 
plus sage d'entre les archi- 
tectes, celui qui a l'intelli- 
gence des paroles mysté- 
rieuses. Et je leur donnerai 
des enfants pour princes, et 
les efféminés domineront sur 
eux. Car Jérusalem va crou- 
ler, et Juda penche vers sa 
ruine ; parce que leurs lan- 
gues et leurs œuvres se sont 
élevées contre le Seigneur, et 
ont irrité les yeux de sa 
majesté. L'impudence de leurs 
visages rend témoignage 
contre eux ; et ils ont publié 
hautement leur péché, comme 
Sodome, et ne l'ont point 
caché. Malheur à leur ame ! 
car on leur rendra le mal 



Regem venturum Do- 
minum : venite, ado- 
remus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. III. 

Ecce enim dominator 
Dominus exercituum 
auferet a Jérusalem et a 
Juda validum et fortem, 
omne robur panis, et 
omne robur aquae ; for- 
tem, virum bellatorem, 
judicem et prophetam, 
et ariolum, senem et 
principem super quin- 
quaginta, et honorabilem 
vultu, et consiliarium, et 
sapientem de architectis, 
et prudentem eloquii 
mystici. Et dabo pueros 
principes eorum ; et 
effceminati dominabuntur 
eis.Ruit enim Jérusalem, 
et Judas concidit, quia 
lingua eorum et adinven- 
tiones eorum contra Do- 
minum, ut provocarent 
oculos majestatis ejus. 
Agnitio vultus eorum re- 
spondit eis, et peccatum 
suum quasi Sodoma pra?- 
dicaverunt, nec abscon- 
derunt. Vas animas eorum, 
quoniam reddita sunt eis 
mala ! Dicite justo quo- 



152 



L'A vent. 



niam bcne, quoniam fru- 
ctum adinvcntionum sua- 
rum comedet. Vas impio 
in malum ! retributio 
enim manuum ejus fiet ei. 



qui leur est dû. Quant au 
juste, dites-lui que tout est 
bien ; car il mangera le 
fruit de ses œuvres ; mais, 
malheur à l'impie, à cause du 
mal qu'il a fait ! car on lui 
rendra suivant ses crimes. 



Parce que Jérusalem penche vers sa ruine, 
la force de l'intelligence s'éteint en elle avec 
toutes les autres forces. Elle ne sait plus où 
elle va, et elle ignore l'abîme qui doit l'englou- 
tir. Ainsi sont les hommes qui ne méditent 
point l'Avènement du souverain Juge, ceux 
dont Moïse a dit dans le Cantique : Race sans 
conseil et sans prudence ; si du moins ils 
avaient la sagesse et V intelligence pour pré- 
voir la fin des choses! Le Fils de Dieu vient 
présentement dans les langes de la faiblesse, 
dans l'humilité du serviteur, et, pour parler 
avec les Prophètes, comme la rosée qui 
tombe goutte à goutte et sans bruit ; mais il 
n'en sera pas toujours ainsi. Cette terre, qui 
supporte nos péchés et notre insensibilité, 
s'écroulera aussi en présence du Juge terri- 
ble. A quoi nous rattacherons-nous, si nous 
n'avons aimé qu'elle? « Une mort subite ar- 
« rivée sous vos yeux, dit saint Jean Chrysos- 
r tome, une secousse de tremblement de 
« terre, la seule menace d'une calamité im- 
« prévue vous consterne et vous abat : que 
« sera-ce alors que la terre tout entière man- 
« quera sous vos pieds; que vous verrez le 
« bouleversement de la nature; que vous 
« entendrez le son de la trompette fatale; 
« que le souverain Maître de l'univers se 
« montrera à vos regards dans la plénitude 



Le Premier Mercredi de l'A vent. i53 

« de sa Majesté ? Vous avez vu des malheu- 
« reux traînés au supplice : combien de 
« morts n'ont-ils pas eu à subir avant d'arri- 
« ver au lieu de l'exécution ! Anéantis par 
« l'épouvante, plusieurs n'ont plus à livrer 
« au bourreau qu'un cadavre » O terreur de 
ce dernier moment! Comment ose-t-on t'af- 
fronter, quand, pour t'éviter, il suffit d'ou- 
vrir aujourd'hui son âme à celui qui vient 
doux et désarmé, demandant un asile à nos 
cœurs, et promettant, s'ils veulent le rece- 
voir, de les sauver de la colère à venir ! O 
Jésus ! nous ne sommes pas de force à lutter 
contre vous au* dernier jour ; maintenant 
vous êtes notre frère, notre ami, un petit 
Enfant qui va naître pour nous ; nous vou- 
lons donc faire alliance avec vous ; et quand 
nous vous aurons aimé dans votre premier 
Avènement, nous ne vous craindrons plus 
dans le dernier. Puissions-nous alors enten- 
dre retentir à notre oreille cette parole que 
vos Anges diront aux justes : Tout est bien! 



HYMNE DE L AVENT. 



(Bréviaire Romain, à V Office de Matines.) 



Verbe souverain qui sortez 
du sein éternel du Père, 
et qui. par une naissance 
temporelle, venez au secours 
de l'univers, 



Illuminez aujourd'hui nos 
cœurs, embiasez-les de 
votre amour : qu'ils se dé- 
tachent des choses qui pas- 
sent, et deviennent sensibles 
aux célestes jouissances : 



VERBUMsupernumpro' 
diens 
E Patris asterni sinu, 
Qui natus orbi subvenis, 
Labente cursu temporis: 

Illumina nunc pectora, 
Tuoqueamoreconcrema, 
Ut cor caduca deserens 
Cceli voluptas impleat. 



T54 



L'A vent. 



Ut cum tribunal Judicis 
Damnabit igni noxios, 
El vox arnica debitum 
Vocabit ad cœlum pios, 



Non esca flammarum 

nigros 

Volvamur inter turbines ; 

Vultu Dei sed compotes 

Cceli fruamur gaudiis. 



Patri, simulque Filio, 
Tibique,Sancte Spiritus, 
Sicut fuit sit jugiter 
Saeclum per omne gloria. 

Amen. 



Afin qu'au jour où le Juge, 
du haut de son tribunal, con- 
damnera les coupables aux 
flammes, et, d'une voix amie, 
conviera les justes au ciel, 

Nous ne soyons pas du 
nombre de ceux qui, voués à 
des feux éternels, seront 
lancés dans un noir tourbil- 
lon ; mais que, favorisés de 
la vue de Dieu, nous soyons 
admis à goûter les délices du 
Paradis. 

Au Père, au Fils, et à vous, 
Esprit-Saint, soient à jamais, 
dans tous les siècles, gloire 
et honneur, comme il fut tou- 
jours. Amen. 



PRIERE DU MISSEL MOZARABE. 

(En la Messe du IV e Dimanche de VA vent, 
Illation. ) 

C'est une chose digne 
et juste, et vraiment 
avantageuse pour nous, de 
faire retentir sans relâche 
vos louanges, ôPère tout-puis- 
sant ! vous qui nous ayant 
créés dans un état de sain- 
teté et de noblesse, daignâtes, 
par une miséricorde insigne, 
après que nous eûmes été 
séduits par la fraude de l'an- 
cien serpent, nous arracher à 
la mort. Vous annonçâtes long- 
temps d'avance que " Votre 
Fils, que vous deviez nous 
envoyer dans la chair, vien- 



paGNUM et justum est, 
LJ vere et nobis per om- 
nia expedibile, tuam nos 
clementiam, omnipotens 
Pater, quibus possumus 
semper laudibus praedi- 
care ; qui bonitate nos 
ingenuitateque condidis- 
ti, ac serpentis antiqui 
fraude decepti, gratuita 
miseratione a morte velis 
eripere ; qui Filium 
tuum, quem pro nobis in 
carne missurus eras, ad 
terras venturum nascitu- 
rumque de Virgine longe 



Le Premier Mercredi de l'Avent. i55 



drait sur cette terre et naîtrait 
d'une Vierge : et vous char- 
geâtes vos Saints de procla- 
mer d'une voix éclatante l'A- 
vènement de ce Messie, afin 
que le monde, préparé par 
une longue attente, conçût 
une plus grande joie au jour 
où, la plénitude des temps 
étant accomplie, le Sauveur 
lui serait enfin donné. Donc, 
nous vous prions et sup- 
plions que, de même que, 
dans votre clémence et misé- 
ricorde, vous n'avez pas vou- 
lu souffrir que votre créature 
pérît entièrement, mais l'avez 
rappelée à la vie par l'humble 
Avènement de votre Fils 
notre Seigneur ; de même, 
aujourd'hui, vous daigniez 
protéger, conserver, guérir, 
défendre et délivrer ce qu'une 
première fois vous avez re- 
trouvé, réparé, rappelé à la 
vie ; afin qu'en ce terrible 
Avènement où il doit repa- 
raître pour juger ceux par 
lesquels et pour lesquels il a 
été jugé lui-même, il retrouve 
ceux qu'il a rachetés en tel 
état de fidélité, qu'il puisse 
les posséder éternellement. 
lui qui les a acquis au prix 
de son sang. 



antea praedixisti. ejus 
nativitatis adventum 

prastonantibus sanctis 
prasnuntiasti ; ut exspec- 
tatus diu qui fuerat re- 
promissus, magnum mun- 
do faceret gaudium in 
plenitudine temporum 
praesentatus. Unde peti- 
mus et rogamus ut qui 
plasma tuum, sicut vere 
pius et misericors, perire 
non passus es : sed per 
humilem adventum Fi- 
lii tuiDomini nostri,quod 
perierat revocasti ; quod 
jam inventum et repara- 
tum ac revocatum est, sic 
protegas, sic custodias, 
sic sanes, sic defendas, 
sic libères : ut in illo 
adventu terribili quo ite- 
rato illos venturus est 
judicare, a quibus et pro 
quibusest judicatus, taies 
inveniat quos redemit, ut 
in aeternum possideat 
quos pretio sui sangui- 
nis acquisivit. 



mmimmmmmmm 



LE JEUDI 



DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE L'AVENT. 



Regem venturum Do- 
minum : venite, ado- 
remus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. V. 

Cntabo dilecto meo 
canticum patruelis 
mei vineae suae. Yinea 
facta est dilecto meo in 
cornu filio olei. Et sepi- 
vit eam, et lapides ele- 
git ex i Lia. et plantavit 
eam electam. et aedifica- 
vit turrim in medio ejus 
et torcular exstruxit in 
ea : et exspectavit ut 
faceret uvas, et feeit 
labruscas. Nunc ergo, 
habitatores Jérusalem et 
viri Juda. judicate inter 
me et vineam meam. 
Quid est quod debui 
ultra facere vineae mes, 
et non feci ei ? an quod 
exspectavi ut faceret 
uvas, et fecit labruscas ? 
Et nunc ostendam vobis 
quid ego faciam vineae 
meae : auferam sepem 
ejus, et erit in direptio- 
nem ; diruam maceriam 
ejus, et erit in conculca- 
tionem. Et ponam eam 
de^ertam : non putabitur, 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez, adorons- 
le. 

Du Prophète Isaïe. 
Cha F . V. 

JE chanterai à mon Bien- 
Aimé le Cantique de mon 
proche parent sur sa vigne. 
Mon Bien-Aimé avait une 
vigne plantée sur un lieu 
élevé et fertile. Il l'environna 
d'une haie : il en ôta les 
pierres, il la planta d'une 
espèce choisie ; il bâtit une 
tour au milieu, et il y fit un 
pressoir. Il s'attendait qu'elle 
porterait de bons fruits : et 
elle n'en a porté que de sau- 
vages. Maintenant donc, vous 
habitants de Jérusalem, et 
vous, hommes de Juda, soyez 
juges entre moi et ma vigne. 
Qu'ai-je dû faire de plus à ma 
vigne que je n'aie point fait? 
Est-ce parce que j'attendais 
d'elle de bons raisins, qu'elle 
n'en a produit que de mau- 
Maintenant je vous 
montrerai ce que je vais 
faire à ma vigne. J'arrache- 
rai la haie qui l'entoure, et 
elle sera exposée au pillage : 
je détruirai le mur qui la dé- 
fend, et elle sera foulée aux 



Le Premier Jeudi de VAvent. i5j 



et non fodietur, et ascen- 
dent vêpres et spinae,et nu- 
bibusmandabo ne pluant 
super eam imbrem. Vinea 
enim Domini exercituum 
domus Israël est, et vir 
Juda germen ejus delec- 
tabile : et exspectavi ut 
faceret judicium, et ecce 
iniquitas ; et justitiam, 
et ecce clamor. 



pieds. Je la rendrai déserte : 
elle ne sera plus ni taillée. 
ni labourée : les ronces et les 
épines pousseront dessus, 
et je commanderai aux nuages 
de ne pleuvoir plus sur elle. 
Or, la maison d'Israël est la 
vigne duSeigneur des armées, 
et la race de Juda le plant 
qu'il aimait. J'ai attendu qu'ils 
rissent des actions justes, et 
voilà des iniquités ; qu'ils 
portassent des fruits de jus- 
tice, et voilà des cris. 



Nous attendons la Naissance d'un Enfant 
qui doit paraître sept siècles après Isaïe ; et 
cet Enfant sera le Sauveur du monde. Or, 
les hommes le persécuteront, l'accableront 
de calomnies et d'injures; et à la veille du 
jouroù ils le crucifieront, il leurproposera cette 
parabole : // y avait un homme qui était père 
de famille, et il planta une vigne, Ventoura 
d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une 
tour et la loua à des laboureurs ; après quoi 
il partit pour un pays étranger. Or, quand 
le temps de la vendange fut venu, il envoya 
ses serviteurs vers les laboureurs pour recueil- 
lir ses fruits. Et les laboureurs ayant pris 
ses serviteurs, frappèrent Vun, tuèrent l'autre, 
lapidèrent celui-ci. Il envoya donc de nou- 
veaux serviteurs en plus grand nombre que la 
première fois ; et ils leur firent de même. En 
dernier lieu, il leur envoya son fils, disant: 
Au moins, ils respecteront mon fils. Chrétiens, 
le voici qui vient, ce Fils. Le respecterez- 
vous ? Le traiterez- vous comme le Fils de 
Dieu, avec l'honneur et l'amour qui lui sont 



t58 



L'A venr. 



dus .'Voyez quelle progression dans la malice 
des hommes ! Au temps d'Isaïe, les Juifs ont 
méprisé les Prophètes ; mais les Prophètes, 
quoique envoyés de Dieu, n'étaient que des 
hommes. Le Fils de Dieu est venu lui-même, 
et ils l'ont méconnu; et c'était là un bien- 
plus grand crime que de lapider les Pro- 
phètes. Quel serait donc le crime des chré- 
tiens qui connaissent celui qui vient ; bien 
plus, qui sont ses membres par le Baptême, 
de ne pas lui ouvrir leur coeur, quand il va 
venir envoyé par son Père ? Quel châtiment 
ne mériterait pas la vigne ingrate plantée 
avec tant d'amour, si elle persistait à ne 
donner que des fruits sauvages ? O Sauveur, 
hàtez-vous de nous fertiliser : couronnez- 
nous de rieurs et de fruits pour le jour prochain 
de votre Avènement. 



priere des eglises de france pendant 
l'avent. 

(Tirée du prophète Isaïe.) 



Roratk, cœli, desuper, 
et nubes pluant Jus- 
tum. 

NE irascaris, Domine, 
ne ultra memineris 
iniquitatis : ecce civitas 
Sancti facta est déserta, 
Sion déserta facta est, 
Jérusalem desolata est, 
domus sanctificationis 
nostra; et gloriœ tua;, 
ubi laudaverunt te patres 
nostri. 



Cieux. répandez votre 
rosée ; et que les nuées 
fassent pleuvoir le Juste. 

NE vous irritez plus, Sei- 
gneur, ne vous souvenez 
plus désormais de notre ini- 
quité. Voilà que la cité du 
Saint est devenue déserte, 
Sion est dans la solitude, 
Jérusalem est désolée, cette 
maison consacrée à votre 
culte et à votre gloire, où nos 
pères ont chanté vos louan- 
ges. 



Le Premier Jeudi de VA vent. 



i5g 



Cieux, répandez votre 
rosée ; et que les nuées fas- 
sent pleuvoir le Juste. 

Nous avons péché, et nous 
sommes devenus comme le 
lépreux ; et nous sommes 
tous tombés comme la feuille ; 
et comme un vent impétueux, 
nos iniquités nous ont enlevés 
et dispersés. Vous avez caché 
votre face à nos regards, et 
vous nous avez brisés par la 
main de notre iniquité. 

Cieux, répandez votre 
rosée ; et que les nuées fassent 
pleuvoir le Juste. 

Voyez, Seigneur, l'afflic- 
tion de votre peuple, et 
envoyez celui que vous devez 
envoyer. Faites sortir 
l'Agneau qui doit dominer 
sur la terre ; qu'il s'élance de 
la pierre du désert sur la 
montagne de la fille de Sion, 
afin qu'il enlève lui-même le 
joug de notre captivité. 

Cieux, répandez votre 
rosée ; et que les nuées fassent 
pleuvoir le Juste. 

Console-toi, console-toi, ô 
mon peuple ! bientôt viendra 
ton salut : pourquoi te con- 
sumes-tu dans la tristesse ? 
Pourquoi la douleur s'est-elle 
emparée de toi ? Je te sau- 
verai, ne crains point : car 
je suis le Seigneur ton Dieu, 
le Saint d'Israël, ton Rédemp- 
teur. 

Cieux, répandez votre 
rosée ; et que les nuées fassent 
pleuvoir le Juste. 



Rorate, cœli, desuper, 
et nubes pluant Justum. 

Peccavimus, et facti 
sumus tamquam immun- 
dus nos, et cecidimus 
quasi folium universi ; 
et iniquitates nostra; 
quasi ventus abstulerunt 
nos : abscondisti faciem 
tuam a nobis, et allisisti 
nos in manu iniquitatis 
nostra;. 

Rorate, cœli, desuper, 
et nubes pluant Justum. 

Vide, Domine, afflic- 
tionem populi tui, et 
mitte quem missurus es. 
Emitte Agnum domina- 
torem terrae de petra 
deserti ad montem filiae 
Sion, ut auferat ipse 
jugum captivitatis nos- 
trœ. 

Rorate, cœli, desuper, 
et nubes pluant Justum. 

Consolamini, consola- 
mini, popule meus : cito 
veniet salus tua : quare 
mœrore consumeris ? 
quare comprehendit te 
dolor ? Salvabo te ; noli 
timere : ego enim sum 
Dominus Deus tuus, 
Sanctus Israël, Redemp- 
tor tuus. 

Rorate, cœli, desuper, 
et nubes pluant Justum. 



i6o 



L'A vent. 



ORAISON TIREE DU BREVIAIRE AMBROSIKN. 

{Au IV' Dimanche de l'A vent.) 



Omnipotens sempi- 
terne Deus. qui per 
Adventum unigeniti Filii 
tui Domini nostri Jesu 
Christi nova luce radiare 
dignatus es, concède 
nobis, ut sicut eum per 
Yirginispartum in forma 
nostri corporis meruimus 
habere participem, ita et 
in regno gratiae ejus 
mereamur esse consortes, 
qui tecum vivit et régnât 
in snecula saeculorum. 
Amen. 



Dieu to:t-puissant et éter- 
nel, qui, par TAvènement 
de votre Fils unique Jésus- 
Christ notre Seigneur, avez 
daigné faire luire les rayons 
d'une nouvelle lumière ; ac- 
cordez-nous que, de même 
que nous avons mérité de 
l'avoir participant de la 
forme de notre corps par l'en- 
fantement de la Vierge, nous 
méritions aussi d'entrer en 
partage du royaume de sa 
grâce ; lui qui vit et règne 
avec vous dans les siècles des 
siècles. Amen. 



«A»»A**A» WwwwtyttWtTïtT 



LE VENDREDI 



DE LA PREMIERE SEMAINE DE LAVENT. 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur: venez, ado- 
rons -le. 

Du Prophète Isaïe. 
Chap. VI. 

L'année de la mort du roi 
Ozias, je vis le Seigneur 
assis sur un trône sublime et 
élevé ; et les bords de son 
manteau remplissaient le 
temple. Les Séraphinsétaient 
autour du trône. L'un avait 
six ailes, et l'autre égale- 
ment six ; de deux ils voi- 
laient leurs faces, de deux ils 
couvraient leurs pieds, et des 
deux autres ils volaient. Et 
ils criaient de l'un à l'autre, 
et disaient: Saint, Saint, 
Saint, le Seigneur, le Dieu 
des armées : toute la terre est 
pleine de sa gloire. 



Regem venturum Do- 
minum, venite, ado- 
remus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. VI. 
TNanno, quo mortuus 
I est rex Ozias, vidi 
Dominum sedentem su- 
per solium excelsum et 
elevatum : et ea quae sub 
ipso erant , replebant 
templum. Seraphim sta- 
bant super illud : sex alae 
uni, et sex alae alteri : 
duabus velabant faciem 
ejus, et duabus velabant 
pedes ejus, et duabus vo- 
labant.Et clamabant al- 
ter ad alterum, et dice- 
bant: Sanctus, Sanctus, 
Sanctus Dominus Deus 
exercituum : plena est 
omnis terra gloria ejus. 

Telle est la gloire du Seigneur au plus haut 
des cieux : qui pourra la voir et ne pas mou- 
rir ? Maintenant, contemplez le même Sei- 
gneur sur la terre, dans les jours où nous 
sommes. Le sein d'une Vierge le contient, 
lui que le ciel ne pouvait contenir. Son éclat, 
loin d'éblouir les Anges, n'est pas même per- 
ceptible aux mortels. Nulle voix ne fait re- 



IÔ2 L'A vent. 



tentir autour de lui ces paroles du Ciel : 
Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu 
des armées ! Les Anges ne disent plus : Toute 
la terre est pleine de sa gloire ; car la 
terre est le théâtre de son abaissement, et 
d'un abaissement si profond que les 
hommes même l'ignorent. La Vierge a d'a- 
bord été seule dans le secret divin ; bientôt 
Elisabeth a connu que Marie est Mère du 
Seigneur ; Joseph ne l'a appris que par la 
voix d'un Ange, et après de cruels et humi- 
liants soupçons. Trois personnes sur la 
terre savent donc que Dieu est descendu ; 
'• c'est par cette voie obscure qu'il rentre dans 
son œuvre, dont le péché d'orgueil l'avait 
chassé. O Dieu de l'ancienne alliance, que 
vous êtes grand, et qui ne tremblerait devant 
vous ? O Dieu de la nouvelle Alliance, que 
vous vous êtes fait petit, et qui ne vous ai- 
merait pas ? Guérissez mon orgueil, prin- 
cipe de toutes mes révoltes ; apprenez-moi à 
estimer ce que vous avez estime. Vous créez 
le monde une seconde fois par votre Incar- 
nation ; et dans cette création, plus excel- 
lente que la première, vous opérez par le 
silence, vous triomphez par l'anéantisse- 
ment. Je veux m'humilier a votre exemple, 
et profiter des leçons qu'un Dieu est venu 
me donner de si haut. Abaisse^ donc, à Jésus, 
toutes mes hauteurs ; c'est une des fins de 
votre Avènement. Je me prête à vous, comme 
à mon souverain Maître ; faites en moi ce 
qu'il vous plaira. 



Le Premier Vendredi de VA vent. i63 



HYMNE TIREE DE L ANTHOLOGIE DES GRECS. 



{Au 23 décembre.) 



Chantons dans l'allé- 
gresse de nos âmes les 
cantiques pour l'Avant-Fête 
de la Naissance du Christ; 
car celui qui est égal au Père 
et à l'Esprit, ayant dans sa 
miséricorde, par pitié pour 
nos maux, revêtu cette masse 
de limon, doit naître en la 
cité de Bethléhem; et sa 
naissance ineffable sera cé- 
lébrée par les Anges et les 
pasteurs. 

Faisons résonner les cym- 
bales, poussons des cris' de 
victoire ; le Christ va se 
montrer à nous, les prédic- 
tions des Prophètes seront 
accomplies. Celui qu'ils ont 
annoncé devoir apparaître au 
milieu des mortels, va naître 
dans la grotte sacrée, et, fai- 
ble enfant, il gît dans la 
crèche. 

, Bethléhem, prépare-toi; 
Eden,ouvre tes portes: prends 
aujourd'hui tes habits de fête, 
ô terre de Juda ! que les 
cieux se réjouissent, que les 
hommes tressaillent de bon- 
heur; pour enrichir la pau- 
vreté d'Adam par l'abon- 
dance de sa miséricorde, la 
Vie même descend dans une 
crèche, le riche dans une 
étable ; et la nature divine 
n'éprouve ni changement ni 
confusion. 



Antefestalia cantica 
Christi nativitatis 
mentis alacritate 'praeca- 
namus; nam qui Patri et 
Spiritui est aequalis, per 
misericordiam commise- 
rans, massam indutus 
luti nasci débet in Be- 
thléhem civitate; cujus 
Nativitatem ineffabilem 
pastores cum Angelis 
hymnificabunt. 

In cymbaiis resone- 
mus. in canticis alalag- 
mum personemus. Chris- 
ti manifestatur ostensio, 
Prophetarum finem ha- 
buerunt praeconia ; quem 
enim inter mortales di- 
xerunt appariturum nas- 
citur in sancta spelunca, 
et in prassepio reclinatur 
ut infans. 

Bethléhem, prœparare; 
Eden, aperire ; omnis 
terra Juda, nunc ador- 
nare, laetentur cœli. exul- 
tent hommes: in prasse- 
pio vita, in spelunca di- 
\es, advenit per miseri- 
cordias multitudinem 
paupertatem Adam res- 
taurare, absque mutatio- 
ne vel confusione. 



164 



L'A vent. 



Ad te de luce vigilo, 
qui per misericordiam 
teipsum pro homine lap- 
so exinanisti sine muta- 
tione, et servi formam ex 
Virgine tulisti, Verbum 
Dei, pacera da mihi, 
Philanthrope. 

Stillent ex alto aquam 
nebulae ; qui nutes po- 
suit descendit ipse ado- 
randus in nebula Virgi- 
ne, ut luceat ab eo lumen 
inocciduum his qui an- 
tea in tenebris periculis- 
que erant. 

O dulcissimum Pue- 
rum. quomodo nutriam 
te ? Quomodo te appre- 
hendam, qui omnia nutu 
tuo tenes ? Quomodo te 
fasciis involvam, qui om- 
nem terram involvis ne- 
bula ? clamabat sancta 
Domina. 

Sol, fili mi, quomodo 
recondam te fasciis ? 
Quomodo retinebo te qui 
omnia contines ? Quo- 
modo te sine metu in- 
tueri potero. quem non 
audent contemplari qui 
multos habent oculos? 
aiebat Christum tenens 
nuptinescia. 

Bethlehem, adesdum, 
prépara quas ad partum 
pertinent. I, Joseph, ins- 
cribere cum Maria ; ve- 



Mon cœur veille pour vous 
dès l'aurore, ô Verbe de 
Dieu ! vous qui, par miséri- 
corde et sans rien perdre, 
vous êtes anéanti pour l'hom- 
me tombé, qui avez pris dans 
une Vierge la forme d'es- 
clave, donnez-moi la paix, ô 
ami des hommes ! 

Que les nues distillent la 
rosée d'en haut : celui qui a 
placé les nuages, le Dieu 
adorable, descend dans une 
nuée qui est la Vierge, pour 
illuminer de son éternelle lu- 
mière ceux qui étaient avant 
lui dans les périls et les té- 
nèbres. 

O doux enfant 1 comment 
te nourrirai-je ? Comment te 
serrer dans mes bras, toi qui 
tiens toutes choses sous ton 
empire ? Comment t'envelop- 
perai-je de bandelettes, toi 
qui enveloppes toute la terre 
de nuages ? s'écriait la sainte 
Dame. 

Soleil, ô mon Fils, com- 
ment te couvrirai-je de lan- 
ges ? Comment te tiendrai- 
)e en ces humbles tissus, toi 
qui contiens toutes choses ? 
Comment oserai-je te fixer 
sans crainte, toi que n'osent 
regarder ces Esprits aux 
yeux innombrables? disait 
celle qui ne connut point 
d'homme. 

Donc, ô Bethlehem ! pré- 

fiare toutes choses pour l'en- 
antement. Allez, Joseph, 
vous faire inscrire avec Ma- 



Le Premier Vendredi de l'A vent. i65 



rie. O crèche vénérable ! ô 
langes qui portez Dieu ! dans 
lesquels s'enveloppe la Vie, 
le Christ notre Dieu, pour 
rompre les liens de la mort 
et enchaîner les mortels à 
l'immortalité. 



nerandum praesepium , 
Deifera; fasciae; ubi Vi- 
ta involuta mortis funes 
disrumpet, alligans im- 
mortalitati mortales , 
Christus Deus noster. 



PRIERE DU MISSEL MOZARABE. 

En la Messe du V° Dimanche de l'A vent.) 



Seigneur, le jour de votre 
Avènement est proche ; 
mais nous vous prions, avant 
devenir à nous, de nous pu- 
rifier de toute la contagion 
de nos péchés. Effacez d'a- 
bord tout ce que vous auriez 
à punir au jour de la discus- 
sion des consciences ; afin 
qu'au moment où vous arri- 
verez pour juger avec jus- 
tice, vous ne trouviez en 
nous rien à condamner. __ 



IN proximo quidem est, 
Domine, dies Adven- 
tus tui : sed quaesumus 
ut, antequam venias, ex- 
piari mereamur ab omni 
contagione delicti. Prius 
dilue, rogamus, in nobis 
omne quod in illa futu- 
ra examinatione punitu- 
rus es ; ut, cum justus ad- 
veneris judex, non in no- 
bis invenias quod con- 
demnes. 



C\i4. <tiA C^J. CViA CTiA CXiJL C^k «TïA ftiA Cti* ftiA CT: ". 



LE SAMEDI 

DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE l'aVENT. 



Regem venturum Do- 
minum, venite, ado- 
remus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. VII. 

ET adjecit Dominus lo- 
qui ad Achaz, dicens: 
Pete tibi signum a Do- 
mino Deo tuo sive in 
profundum inferni, sive 
in excelsum supra. Et 
dixit Achaz : Non petam, 
et non tentabo Dominum. 
Et dixit : Audite ergo, 
domus David : Numquid 
parum vobis est molestos 
esse hominibus. quia mo- 
lesti estis et Deo meo ? 
Propter hoc dabit Do- 
minus ipse vobis si- 
gnum : Ecce virgo conci- 
piet, et pariet Filium : 
et vocabitur nomen ejus 
Emmanuel. 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez, ado- 
rons-le. 

Du Prophète Isaïe. 
Chap. VIL 

ET le Seigneur, continuant 
de parler à Achaz, lui 
dit : Demandez au Seigneur 
votre Dieu un prodige au 
fond de la terre, ou au plus 
haut du ciel. Et Achaz dit : 
Je n'en demanderai point, 
et ne tenterai point le Sei- 
gneur. Et Isaïe dit : Ecoutez 
donc, maison de David : Est- 
ce peu pour vous de lasser la 
patience des hommes, qu'il 
vous faille lasser aussi celle 
de mon Dieu ? C'est pour- 
quoi le Seigneur vous don- 
nera lui-même un signe : 
voici qu'une vierge concevra, 
et elle enfantera un fils qui 
sera appelé Emmanuel. 



Que notre cœur soit rempli d'espérance et 
de joie, en entendant cette belle et douce pro- 
phétie : Une Vierge concevra et elle enfantera. 
Ces paroles renferment le salut du monde, 
comme ces autres paroles expliquent sa ruine : 
La femme prit le fruit et en mangea, et elle 
en donna à son mari. Elle est donc venue, cette 
Vierge promise ; le divin fruit est dans se* 
entrailles. Par elle, la prévarication d'Eve est 



Le Premier Samedi de VA vent. 167 

réparée, le monde est relevé de sa chute, la 
tête du serpent est écrasée. Dieu lui-même 
est plus glorifié dans la fidélité de cette 
seconde Vierge, qu'il n'avait été outragé par 
l'infidélité de la première. Le consentement 
de Marie obtient une part immense dans le 
salut du monde. Sans doute, c'est le Verbe 
lui-même qui vient ; « mais, dit saint Bernard 
« dans son 11 e Sermon de l'Avent, Marie est 
« la voie par laquelle il vient ; c'est de son 
« sein virginal qu'il sort, comme l'époux de 
« la chambre nuptiale. Travaillons donc à 
« monter vers Jésus par Marie; puisque c'est 
« par elle qu'il est descendu vers nous. Or, 
« donnez-nous accès auprès de votre Fils, 
« vous, Bénie, vous qui avez trouvé grâce, 
« Mère de la Vie, Mère du salut; qu'il nous 
« reçoive de vous, celui qui par vous nous a 
« été donné. Que votre intégrité soit l'excuse 
« de notre souillure ; que votre humilité, si 
« agréable à Dieu, obtienne le pardon de 
« notre vanité ; que votre abondante charité 
« couvre la multitude de nos péchés, et que 
« votre glorieuse fécondité nous procure la 
« plénitude des mérites. O notre Dame, notre 
« Médiatrice, notre Avocate ! réconciliez-nous 
« avec votre fils, recommandez-nous à votre 
« fils, présentez-nous à votre fils. Faites, 
« bénie Vierge ! par la grâce que vous avez 
« trouvée, par la' prérogative que vous avez 
« méritée, par la miséricorde dont vous êtes 
« la Mère, que celui qui par votre moyen a 
« daigné se faire participant de notre infir- 
« mité et de notre misère, nous rende, par 
« votre intercession, participants de sa gloire 
« et de sa béatitude. » 



i68 



VA vent. 



PROSE EN L HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

{Composée par Abailard ; elle se trouve dans 
tous les Missels Romains-Français .) 



Mittit ad Virginem 
Non quemvis An- 
gelum : 
Sed Fortitudinem 
Suum Archangelum, 
Amator hominis. 

Fortem expédiât 
Pro nobis nuncium, 
Natura; faciat 
Ut prœjudicium 
In partu Virginis. 

Naturam superet 
Natus Rex gloriae : 
Regnet et imperet, 
Et zyma scoriae 
Tollat de medio. 



Superbientium 
Terat fastigia : 
Colla sublimium 
Calcet vi propria, 
Potens in prœlio. 

Foras ejiciat 
Mundanum principera 
Secumque faciat 
Matrem participem 
Patri» imperii. 

Exi qui mitteris, 
Haec dona dissere : 
Révéla veteris 
Velamen litterae, 
Virtute nuncii. 



Dans son amour pour 
l'homme , Dieu va dé- 
puter à la Vierge, nen un 
Ange ordinaire, mais l'Ar- 
change appelé Force de 
Dieu. 

Qu'il se hâte d'envoyer 
pour nous le vaillant messa- 
ger ; que la nature soit vain- 
cue par l'Enfantement d'une 
Vierge. 

Que le Roi de gloire, dans 
sa Naissance, triomphe de la 
chair ; qu'il règne et com- 
mande ; qu'il enlève des 
cœurs le levain et la rouille 
du péché. 

Qu'il foule aux pieds le 
faste des fronts superbes ; 
qu'il marche dans sa force 
sur les têtes altières, le Dieu 
puissant dans les combats. 

Qu'il chasse dehors le 
prince du monde : qu'il par- 
tage avec sa Mère le com- 
mandement qu'il exerce avec 
le Père. 

Pars, Ange, annonce ces 
biens ; et par ton puissant 
message, lève le voile de la 
lettre antique. 



Approche d'elle et parle : 
dis-lui en face : Je vous salue. 
Dis-lui : O pleine de grâce. 
Dis : Le Seigneur est avec 
vous. Dis encore : Ne crai- 
gne^ point. 

Recevez, ô Vierge ! le dé- 
pôt de Dieu ; par lui vous 
consommerez votre chaste 
dessein : et votre vœu demeu- 
rera intact. 

La /ierge entend et accepte 
le message ; elle croit et con- 
çoit, et enfante un fils, un fils 
admirable. 



Le Conseiller de la race 
humaine, le Dieu-homme, 
le Père du siècle futur, l'im- 
muable Pacificateur. 



Veuille ce Dieu immuable 
assurer notre stabilité, de 
peur que l'humaine faiblesse 
n'entraîne dans l'abîme nos 
pas indécis. 

Mais que l'auteur du par- 
don, qui est le Pardon lui- 
même, que la Grâce obtenue 
par la Mère de grâce, daigne 
habiter en nous. 

Qu'il nous octroie la remise 
de nos péchés ; qu'il efface 
nos méfaits; qu'il nous donne 
une patrie dans la cité du 
ciel. Amen. 



Accède, nuncia : 
Die : Ave, cominus. 
Die : Plena gratia : 
Die : Tecum Dominus ; 
Et die : Ne timeas. 

Virgo suscipias 
Dei depositum, 
In quo perficias 
Casta propositum. 
Et votum leneac. 

Audit et suscipit 
Puella nuncium : 
Crédit et concipit 
Et parit filium, 
Sed admirabilem. 

Consiliarium 
Humani generis : 
Deum et hominem 
Et Patrem posteris, 
In pace stabilem. 

Cujus stabilitas 
Nos reddat stabiles, 
Ne nos labilitas 
Humana labiles 
Secum praecipitet. 

Sed dator venise, 
Concessa venia, 
Per Matrem gratiae, 
Obtenta gratia, 
In nobis habitet. 

Qui nobis tribuat 
Peccati veniam : 
Reatus deleat , 
Donet et patriam 
In arce siderum. Amen. 



IJO 



L'A vent. 



PRIERE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN. 

(En la Vigile de Noël) 



Emmanuel, nobiscum 
Deus, Christe Filius 
Dei, qui cum ex Virgine 
te nasciturum pronuntias, 
quia Mariam matrem 
creasti ut Dominus, de 
qua natus es filius : da 
nobis ut, qui cum :11a a 
te, vel per te creati su- 
mus ex nihilo, simili ut 
ea credulitatis, remune- 
remur et praernio. 



Emmanuel, Dieu avec nous. 
Christ Fils de Dieu, qui 
avez déclaré devoir naître 
d'une Vierge, vous qui comme 
Seigneur avez créé Marie, 
cette mère dont vous êtes né 
le fils;daignez nous accorder, 
à nous qui comme elle avons 
été par vous tirés du néant, 
d'obtenir une récompense 
semblable à celle que lui a 
méritée sa foi. 





LE DEUXIEME DIMANCHE de L'A VENT. 




Office de ce Dimanche est rem- 
pli tout entier des sentiments 
d'espérance et de joie que donne 
à l'âme fidèle l'heureuse nou- 
velle de la prochaine arrivée 
de celui qui est son Sauveur et 
son Epoux. L'Avènement intérieur, celui qui 
s'opère dans les âmes, est l'objet presque 
exclusif des prières de l'Eglise en ce jour : 
ouvrons donc nos cœurs , préparons nos 
lampes , et attendons dans l'allégresse ce 
cri qui se fera entendre au milieu de la nuit : 
Gloire à Dieu ! Paix aux hommes .' 

L'Eglise Romaine fait en ce jour la Station 
en la Basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem. 
C'est dans cette vénérable Eglise que Cons- 
tantin déposa une portion considérable de la 
vraie Croix, avec le Titre qui y fut attaché 
par ordre de Pilate, et qui proclamait la 
Royauté du Sauveur des hommes. On y garde 
encore ces précieuses reliques; et, enrichie 
d'un si glorieux dépôt, la Basilique de Sainte- 
Croix-en-Jérusalem est considérée, dans la 
Liturgie Romaine, comme Jérusalem elle- 



1 7 2 



L'A vent. 



même, ainsi qu'on peut le voir aux allusions 
que présentent les diverses Messes des Sta- 
tions qu'on y célèbre. Dans le langage des 
saintes Ecritures et de l'Eglise, Jérusalem 
est le type de l'âme fidèle ; telle est aussi la 
pensée fondamentale qui a présidé à la com- 

Eosition de l'Office et de la Messe de ce 
•imanche. Nous regrettons de ne pouvoir 
développer ici tout ce magnifique ensemble, 
et nous nous hâtons d'ouvrir le Prophète 
Isaïe, et d'y lire, avec l'Eglise, le passage où 
elle puise aujourd'hui le motif de ses espé- 
rances dans le règne doux et pacifique du 
Messie. Mais adorons d'abord ce divin xMessie. 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez, ado- 
rons-le. 



Regem venturum Do- 
minum. venite, ado- 



De Isaia Propheta. 
Cap. XL 

Pegredielur virga de 
radice Jesse, et flos de 
radice ejus ascendet. Et 
requiescet super eum Spi- 
ritus Domini , Spiritus 
sapientiae et intellectus, 
Spiritus consilii et forti- 
tudinis, Spiritus scientia; 
et pietatis : et replebit 
eum Spiritus timoris Do- 
mini. S'on secundumvi- 
sionem oculorum judica- 
bit.neque secundum audi- 
tum aurium arguet,sed ju- 
dicabitin justitia paupe- 
res. etarguet in asquitate 
pro mansuetis terra;. Et 
percutiet terram virga 
oris sui, et spiritu labio- 



Du Prophète Isaïe. 
Cha F . XL 

ET il sortira un rejeton de 
la tige de Jessé. et une 
fleur naîtra de ses racines. 
Et l'Esprit du Seigneur se 
reposera sur lui, l'Esprit de 
sagesse et d'intelligence , 
l'Esprit de conseil et de force, 
l'Esprit de science et de Diè- 
te : et l'Esprit de la crainte 
du Seigneur le remplira. Il 
ne jugera point sur le rap- 
port des yeux, et il ne con- 
damnera point sur un ouï- 
dire: mais il jugera les pau- 
vres dans la justice, et se dé- 
clarera le juste vengeur des 
humbles de la terre. Il frap- 
pera la terre par la verge de 
sa bouche, et il tuera l'im- 



Le Deuxième Dimanche de VA vent. ij3 



pie par le souffle de ses lè- 
vres. Et la justice sera la 
ceinture de ses reins, et la 
fidélité son baudrier. Le loup 
habitera avec l'agneau , le 
léopard se couchera auprès 
du chevreau ; le veau, le lion 
et la brebis demeureront en- 
semble ; et un petit enfant les 
mènera. La génisse et l'ours 
paîtront de compagnie; leurs 
petits dormiront ensemble ; 
et le lion mangera la paille 
comme le bœuf. L'enfant à la 
mamelle se jouera sur le trou 
de l'aspic, et l'enfant nouvel- 
lement sevré mettra sa main 
dans la caverne du basilic. 
Ces bêtes ne nuiront point, 
elles ne tueront point sur 
toute ma montagne sainte : 
car la terre est remplie de la 
connaissance du Seigneur, 
comme les eaux couvrent la 
mer. En ce jour-là, le reje- 
ton de Jessé sera arboré de- 
vant les peuples comme un 
étendard : les nations lui offri- 



rum suorum interficiet 
impium. Et erit justifia 
cingulum lumborum ejus, 
et fides cinctorium renum 
ejus.Habitabit lupus cum 
agno.et pardus cumhaedo 
accubabit: vitulus et leo 
et ovis simul morabun- 
tur, et puer parvulu» mi- 
nabit eos. Vitulus et ur- 
sus pascentur : simul re- 
quiescent catuli eorum: 
et leo quasi bos comedet 
paleas. Et delectabitur 
infans ab ubere super 
foramine aspidis : et in 
caverna reguli, qui ablac- 
tatus fuerit manum suam 
mittet. Non nocebunt, et 
non occident in universo 
monte sancto meo ; quia 
repleta est terra scien- 
tia Domini, sicut aquœ 
maris operientes. In die 
illa radix Jesse, qui stat 
in signum populorum, 
ipsum Gentes depreca- 
buntur, et erit sepulcrum 
ejus gloriosum. 



ront leurs prières, et son se 
pulcre sera glorieux. 

Que de choses dans ces magnifiques 
paroles du Prophète ! La Branche ;"la Fleur 
qui en sort ; l'Esprit qui se repose sur cette 
fleur; les sept dons de cet Esprit ; la paix 
et la sécurité rétablies sur la terre; une 
fraternité universelle dans l'empire du 
Messie. Saint Jérôme, dont l'Eglise emprunte 
aujourd'hui les paroles dans les Leçons du 
second Nocturne, nous dit « que cette 
« Branche sans aucun nœud qui sort de la 



174 



L'A vent. 



« tige de Jessé, est la Vierge Marie, et que la 
« Fleur est le Sauveur lui-même, qui a dit 
« dans le Cantique : Je suis la fleur des 
« champs et le lis des vallons ». Tous les 
siècles chrétiens ont célébré avec transport 
et la Branche merveilleuse, et sa divine 
Fleur. Au moyen âge, l'Arbre de Jessé cou- 
vrait de ses prophétiques rameaux le por- 
tail des Cathédrales, étincelait sur leurs vi- 
traux, s'épandait en broderie sur les tapisse- 
ries du sanctuaire; et la voix mélodieuse des 
prêtres chantait le doux Répons composé 
par Fulbert de Chartres et mis en chant gré- 
gorien par le pieux roi Robert : 



^ q tirps Jesse vir- 
^' O gara produxit, 
virgaque fiorem, * Et 
super hune florem re- 
quiescit Spiritus almus. 
f. Virgo Dei Genitrix 
virga est, nos filius ejus. 
* Et super hune florem 
requiescit Spiritus al- 
mus. 



a » a tige de Jessé a pro- 

^' L duit une branche, et 

la branche une fleur ; * Et 

sur cette fleur l'Esprit divin 

s'est reposé. 

f. La Vierge Mère de Dieu 
est la branche, et son fils est 
la fleur ; " Et sur cette fleur 
l'Esprit divin s'est reposé. 



Et le dévot saint Bernard, commentant 
ce Répons dans sa deuxième Homélie sur 
l'Avent, disait : « Le Fils de la Vierge 
« est la rieur, fleur blanche et pourprée, 
« choisie entre mille ; fleur dont la vue ré- 
« jouit les Anges, et dont l'odeur rend la 
« vie aux morts ; Fleur des champs, comme 
« elle le dit elle-même, et non fleur des 
« jardins ; car la fleur des champs pousse 
« d'elle-même sans le secours de l'homme, 
« sans les procédés de l'agriculture. Ainsi le 
« chaste sein de la Vierge, comme un champ 



Le Deuxième Dimanche de VAvent. iy5 

© d'une verdure éternelle, a produit cette 
« divine fleur dont la beauté ne se corrompt 
« pas, dont l'éclat ne se fanera jamais. O 
« Vierge ! branche sublime, à quelle hau- 
« teur ne montez-vous pas ? Vous arrivez 
« jusqu'à celui qui est assis sur le Trône, 
« jusqu'au Seigneur de majesté. Et je ne m'en 
« étonne pas ; car vous jetez profondément 
« en terre les racines de l'humilité. O plante 
« céleste, la plus précieuse de toutes et la 
« plus sainte ! O vrai arbre de vie, qui seule 
« avez été digne de porter le fruit du salut ! » 
Parlerons-nous de l'Esprit-Saint et de ses 
dons, qui ne se répandent sur le Messie 
qu'afin de descendre ensuite sur nous, qui 
seuls avons besoin de Sagesse et d'Intelli- 
gence, de Conseil et de Force, de Science, 
de Piété et de Crainte de Dieu ? Implorons 
avec instances ce divin Esprit par l'opéra- 
tion duquel Jésus a été conçu et formé au 
sein de Marie, et demandons-lui de le for- 
mer aussi dans notre cœur. Mais réjouissons- 
nous encore sur les admirables récits que 
nous fait le Prophète, de la félicité, de la 
concorde, de la douceur qui régnent sur la 
Montagne sainte. Depuis tant de siècles le 
monde attendait la paix : elle vient enfin. Le 
péché avait tout divisé ; la grâce va tout 
réunir. Un tendre enfant sera le gage de 
l'alliance universelle. Les Prophètes l'ont 
annoncé, la Sibylle l'a déclaré, et dans Rome 
même encore ensevelie sous les ombres du 
Paganisme, le prince des poètes latins, écho 
des traditions antiques, a entonné le chant fa- 
meux dans lequel il dit : « Le dernier âge, 
« l'âge prédit par la Sibylle de Cumesva s'ou- 



n* 



VA vent. 



« vrir ; une nouvelle race d'hommes des.- 
« cend du ciel. Les troupeaux n'auront plus 
« à craindre la fureur des lions. Le serpent 
u périra; et l'herbe trompeuse qui donne 
a le poison sera anéantie K » 

Venez donc, ô Messie, rétablir l'harmonie 
primitive; mais daignez vous souvenir que 
c'est surtout dans le coeur de l'homme que 
cette harmonie a été brisée ; venez guérir 
ce cœur, posséder cette Jérusalem, indigne 
objet de votre prédilection. Assez longtemps 
elle a été captive en Babylone ; ramenez-la 
de la terre étrangère. Rebâtissez son temple; 
et que la gloire de ce second temple soit 
plus grande que celle du premier, par l'hon- 
neur que vous lui ferez de l'habiter, non plus 
en figure, mais en personne. L'Ange l'a dit 
à Marie : Le Seigneur Dieu donnera à votre 
fils le trône de David son père ; et il régnera 
dans la maison de Jacob à jamais, et son 
règne n'aura point de fin. Que pouvons-nous 
faire, ô Jésus ! si ce n'est de dire, comme 
Jean le bien-aimé, à la fin de sa Prophétie : 
Amen ! Ainsi soit-il ! Vene%, Seigneur Jésus! 



A LA MESSE. 

a solennité du Sacrifice s'ouvre par un 
chant de triomphe qui s'adresse à Jéru- 



I. Ultima Cumœi venit jam carminis aetas... 
Jam nova progenies cœlo demittitur alto... 
. . . Nec magnos metuent armenta leones. 
Occidet et serpens, et fallax herba veneni 
Occidct. . - - 



Le Deuxième Dimanche de F A vent, ijj 

salem. Ce chant exprime la joie qui saisira 
le cœur de l'homme, quand il aura entendu 
la voix de son Dieu. Il célèbre la bonté de ce 
divin Pasteur, pour lequel chacune de nos 
âmes est une brebis chérie, qu'il est prêt à 
nourrir de sa propre chair. 



PEUPLE de Sion, voici le 
Seigneur qui vient pour 
sauver les nations ; et le Sei- 
gneur fera entendre sa voix 
pleine de majesté, et votre 
cœur sera dans la joie. 

Ps. Ecoutez-nous, ô vous 
qui gouvernez Israël, qui con- 
duisez Joseph comme une 
brebis ! Gloire au Père, etc. 



Populus Sion : ecce 
Dominus venit ad 
salvandas gentes, et au- 
ditam faciet Dominus 
gloriam vocissuœin laeti- 
tia cordis vestri. 

Ps. Qui régis Israël, in- 
tende : qui deducis velut 
ovem , Joseph. Gloria 
Patri. 



Dans la Collecte, le Prêtre insiste sur la 
pureté que nos cœurs doivent avoir pour 
l'Avènement du Sauveur. 



PRIONS. 

Seigneur, réveillez nos 
cœurs, afin qu'ils prépa- 
rent la voie de votre Fils 
unique, et que nous méritions 
de vous servir avec des âmes 
purifiées, au moyen de l'A- 
vènement de celui qui vit et 
règne avec vous dans les siè- 
cles des siècles. Amen. 



OREMUS. 

EXCITA, Domine, cor- 
da nostra ad prsepa- 
randas Unigeniti tui 
vias : ut per ejus adven- 
tum purificatis tibi men- 
tibus servire mereamur. 
Qui tecum vivitet régnât 
in saecula sasculorum. 
Amen. 



Les Oraisons de la Sainte Vierge, celles 
contre. les persécuteurs de l'Eglise et pour 
le Pape, sont les mêmes qu'au premier 
Dimanche de l'Avent, ci-dessus, page i32. 



i 7 8 



VA vent. 



Lcctio Epistolae beati 
Pauli Apostoli ad Ro- 
man os. Cap. XV. 
Fratres, quaecumque 
scripta sunt, ad nos- , 
tram doctrinam scripta 
sunt : ut per patien- 
tiam et consolatio- 
nem Scripturarum, spem 
habeamus. Deus aatem 
patientiae et solatii det 
vobis idipsum sapere in 
alterutrum, secundum 
Jesum Christum : ut 
unanimes uno ore hono- 
rificetis Deum, et Pa- 
trem Domini nostri Jesu 
Christi. Propter quod 
suscipite invicem, sicut 
et Christus suscepit vos 
in honorem Dei. Dico 
enim Christum Jesum 
ministrum fuisse circum- 
cisionis propter verita- 
tem Dei, ad confirman- 
das promissiones patrum. 
Gentes autem super 
misericordia honorare 
Deum, sicut scriptum 
est: Propterea confitebor 
tibi in Gentibus, Domine, 
et nomini tuo cantabo. 
Et iterum dicit : Laeta- 
mini Gentes cum plèbe 
ejus. Et iterum : Laudate 
omnes Gentes Domi- 
num : et magnificate 
eum omnes populi. Et 
rursus Isaias ait : Erit 
radix Jesse, et qui exsur- 



Lecture de l'Epître de saint 
Paul. Apôtre, aux Romains. 
Chap. XV. 

Mes Frères, tout ce qui a 
été écrit, est écrit pour 
notre instruction, afin que 
nous concevions une espé- 
rance ferme par la patience 
et la consolation que les 
Ecritures nous donnent. Que 
le Dieu de patience et de con- 
solation vous fasse la grâce 
d'être toujours unis de sen- 
timent et d'affection les uns 
avec les autres, selon l'esprit 
de Jésus-Christ. C'est pour- 
quoi unissez-vous les uns 
avec les autres, pour vous 
soutenir mutuellement, com- 
me Jésus-Christ vous a unis 
avec lui pour la gloire de 
Dieu. Car je vous déclare que 
Jésus-Christ a été le dis- 
pensateur et le ministre de 
l'Evangile à l'égard des Juifs 
circoncis ; afin que Dieu 
fût reconnu pour véritable, 
par l'accomplissement des 
promesses qu'il avait faites 
à leurs pères. Et quant aux 
Gentils, ils n'ont qu'à glori- 
fier Dieu de sa miséricorde, 
selon qu'il est écrit : C'est 
pour cette raison, Seigneur, 
que je publierai vos louanges 
parmi les Gentils, et que je 
chanterai des cantiques à la 
gloire de votre nom. Il est 
encore écrit : Réjouissez- 
vous, Gentils, avec son peu- 



Le Deuxième Dimanche de F A vent, ijg 



get regere Gentes ; in 
eum Gentes sperabunt. 
Deus autem spei repleat 
vos omni gaudio, et pace 
in credendo : ut abunde- 
tis in spe, et virtute Spi- 
Sa 



ntus bancti. 



f»le. Et ailleurs : Gentils, 
ouez tous le Seigneur : peu- 
ples, glorifiez-le tous. Isaïe 
a dit aussi : Il sortira de la 
tige de Jessé un rejeton qui 
s'élèvera pour commander 
aux Gentils ; et les Gentils 
espéreront en lui. Que le Dieu d'espérance vous comble 
de paix et de joie dans votre foi, afin que votre espé- 
rance croisse toujours de plus en plus par la vertu et la 
puissance du Saint-Esprit. 

Ayez donc patience, Chrétiens; croissez 
dans l'espérance ; et vous goûterez le Dieu 
de paix qui va venir en vous. Mais soyez 
unis de cœur les uns aux autres ; car c'est 
la marque des enfants de Dieu. Le Prophète 
nous annonce que le Messie fera habiter 
ensemble le loup et l'agneau ; et voici que 
l'Apôtre nous le montre'réunissant dans une 
même famille le Juif et le Gentil. Gloire à 
ce souverain Roi, puissant rejeton de la tige 
de Jessé, et qui nous commande d'espérer 
en lui! Voici que l'Eglise nous avertit 
encore qu'il va paraître en Jérusalem : 



GRADUEL. 



C'est de Sion que va 
briller l'éclat de sa 
beauté : il va paraître au 
grand jour, notre Dieu. 

$. Rassemblez autour de h i 
ses Saints, tous ceux qui om 
contracté avec lui une alliance 
scellée par le sacrifice. 

Alléluia, alléluia. 

f. Je me suis réjoui dans 
cette parole qui m'a été dite : 
Nous irons dans la maison du 
Seigneur. Alléluia. 



Ex Sion species decoris 
ejus ; Deus manifeste 
veniet. 

y. Congregate illi san- 
ctos ejus, qui ordinave- 
runt testamentum ejus 
uper sacrificia. 

Alléluia, alléluia. 

p. Laetatus sum in his 
quœ dicta sunt mihi : in 
domum Domini ibimus. 
Alléluia. 



i8o 



L'A vent. 



EVANGILE. 



Sequentia sancti Evan- 
gelii secundum Mat- 
thaeum. Cay. XL 

IN illo tempore : Cum 
audisset Joannes in 
vinculis opéra Christi, 
mittensduosdediscipulis 
suis, ait illi : Tu es, qui 
venturus es . an alium 
exspectamus ?Et respon- 
dens Jésus ai' illis : Eun- 
tesrenuntiate Joanniquae 
•audistis, et vidistis. Casci 
vident, claudi ambulant, 
leprosi mundantur, surdi 
audiunt, mortui resur- 
gunt, pauperes evange- 
lizantur : et beatus est, 
qui non fuerit scandali- 
zatus in me. Illis autem 
abeuntibus, cœpit Jésus 
dicere ad turbas de 
Joanne : Quid existis in 
desertum videre ? Arun- 
dinem vento agitatam ? 
Sed quid existis videre ? 
Hominem mollibus ves- 
titum ? Ecce qui mollibus 
vestiuntur. in domibus 
reffum sunt. Sed quid 
existis videre ? Prophe- 
tam ? Etiam dico vobis, 
et plus quam Prophetam. 
Hic est enim de quo 
scriptum est : Ecce ego 
mitto Angelum meum 
ante faciem tuam, qui 
praeparabit viam tuam 
ante te. 



La suite du saint Evangile 
selon saint Matthieu. 
Chip. XI. 

EN ce temps-là, Jean, ayant 
appris dans la prison les 
œuvres merveilleuses de 
Jésus-Christ, lui fit dire par 
deux de ses disciples, qu'il 
lui envoya : Etes-vous celui 
qui doit venir , ou devons- 
nous en attendre un autre ? 
Jésus leur répondit : Allez 
dire à Jean ce que vous avez 
entendu et ce que vous avez 
vu : les aveugles voient, les 
boiteux marchent, les lépreux 
sont guéris, les sourds enten- 
dent, les morts ressuscitent. 
l'Evangile est annoncé aux 
pauvres ; et heureux celui qui 
ne prendra pas de moi un 
sujet de scandaie ! Comme 
ils s'en retournaient, Jésus se 
mit à parler de Jean, et dit 
au peuple : Qu'étes-vous allés 
voir dans le désert ? Un 
roseau agité par le vent ? 
Mais encore qu'étes-vous allés 
voir ? un homme vêtu molle- 
ment ? Vous savez que ceux 
qui sont vêtus mollement sont 
dans les maisons des rois. 
Qu'étes-vous donc allés voir ? 
Un Prophète. Je vous le dis. 
et plus qu'un Prophète. Car 
c'est de lui qu'il a été écrit : 
J'envoie devant vous mon 
Ange, qui vous préparera la 



Le Deuxième Dimanche de VAvent. 181 

C'est bien vous, Seigneur, qui deviez ve- 
nir, et nous ne devons pas en attendre un 
autre. Nous étions aveugles, vous nous avez 
éclairés; notre marche était chancelante, vous 
Pavez raffermie ; la lèpre du péché nous cou- 
vrait, vous nous avez guéris ; nous étions 
sourds à votre voix, vous nous avez rendu 
l'ouïe ; nous étions morts par nos iniquités, 
rous nous avez tirés du tombeau ; enfin, nous 
étions pauvres et délaissés, vous êtes venu 
nous consoler. Tels ont été, tels seront les 
fruits de votre visite dans nos âmes, ô Jésus! 
visite silencieuse, mais puissante ; dont la 
chair et le sang n'ont point le secret, mais 
qui s'accomplit dans un cœur touché. Venez 
ainsi en moi, ô Sauveur ! A'otre abaissement, 
votre familiarité ne me scandaliseront pas; 
car vos œuvres dans les âmes disent assez 
que vous êtes un Dieu. C'est parce que vous 
les avez créées que vous pouvez les guérir. 

Après le chant du Symbole de la Foi, 
quand le Prêtre procède à l'oblation du Pain et 
du Vin, unissez-vous à l'Eglise qui demande 
d'être vivifiée par l'Hôte divin qu'elle attend. 



OFFERTOIRE. 



ODlEU, vous vous tourne- 
rez vers nous, et vous 
nous rendrez la vie ; et votre 
peuple se réjouira en vous. 
Montrez-nous, Seigneur, vo- 
tre miséricorde, et donnez- 
nous le Salut dont vous êtes 
la source. 



yVEUS, tu convertens 

*-s vivificabis nos, et 
plebs tua lastabitur in te : 
ostende nobis, Domine, 
misericordiam tuam. et 
Salutare tuum da nobis. 



SECRETE. 

r, Sei- | I 
gneur, par les prières de j i Domine, humilitatis 



Laissez-vous apaiser, Sei- | CMCare, quœsumus 
, gneur, par les prières de I i Do 



/V_> 



VA vent. 



nostrae precibus et hos- 
tiis : et ubi nulla suppe- 
tunt suffragia meritorum, 
tuis nobis succurre prae- 
sidiis. Per Dominum. 



notre humilité, et par les 
Hosties que nous vous 
offrons ; et si nous n'avons 
aucun mérite de notre part, 
assistez-nous du moins de 
votre secours. Par Jésus- 
Christ notre Seigneur. 

Les autres Secrètes comme au premier Di- 
manche, page i3j. 

Pendant la Communion, la voix de l'Eglise 
fait retentir encore la félicité de Jérusalem. 
Son Dieu vient à elle, et il veut la traiter en 
Epouse : qu'elle se prépare donc à l'honneur 
de cette visite, en s'élevant au-dessus de tout 
ce qui est inférieur à cet Epoux divin qui 
daigne descendre pour elle. 

COMMUNION. 

Jérusalem, surge, et I T Ève-toi, Jérusalem, et 
sta in excelso : et vide L monte sur un lieu élevé : 
jucunditatem, quae veniet et considère les délices que 
tibi a Domino. | ton Dieu versera en toi. 

L'Eglise, dans l'Oraison suivante, explique 
en quoi consiste cette élévation que Jérusa- 
lem doit chercher : aimer les choses du ciel 
d'où vient le Sauveur, mépriser celles de la 
terre dont l'amour sépare de Dieu. 

POSTCOMMUNION. 

Rassasiés de la nourriture 
spirituelle, nous vous 
supplions, Seigneur, de nous 
apprendre, par la participa- 
tion de ce mystère, à mépri- 
ser les choses de la terre et à 
aimer celles du ciel. Par Jé- 
sus-Christ notre Seigneur. 

Les autres Postcommunions comme au 
premier Dimanche, page i38. 



REPLETI cibo spiri- 
tualis alimoniœ, sup- 
plices te, Domine, depre- 
camur, ut hujus partici- 
patione mysterii, doceas 
nos terrena despicere, et 
amare cœlestia. Per 
Dominum. 



Le Deuxième Dimanche de l'A vent. i83 



A VEPRES. 



V gneur viendra 
sur les nuées du ciel avec une 
grande puissance. Alléluia. 

2. Ant. Sionest notre ville 
forte ; le Sauveur en sera la 
muraille et le rempart : ou- 
vrez-en la porte ; car Dieu 
est avec nous. Alléluia. 

3. Ant. Le Seigneur appa- 
raîtra, et il ne trompera pas 
notre attente : s'il tarde, 
attendons encore : car il vien- 
dra et ne différera plus. 
Alléluia. 

4. Ant. Les montagnes et 
les collines chanteront devant 
Dieu le cantique de louanges : 
tous les arbres des forêts 
applaudiront ; car le Domi- 
nateur, le Seigneur, viendra 
pour régner à jamais. Allé- 
luia, alléluia. 

5. Ant. Voici que le Sei- 
gneur notre Dieu viendra 
dans sa puissance, et il éclai- 
rera les yeux de ses servi- 
teurs. Alléluia. 



a „». r- cce m nu- 

r ANT -fcbibus cœli 
Dominus veniet cum po- 
testate magna. Alléluia. 

2. Ant. Urbs fortitu- 
dinis nostrae Sion, 
Salvator ponetur in ea 
murus et antemurale : 
aperite portas, quia no- 
biscum Deus. Alléluia. 

3. A.NT. Ecceapparebit 
Dominus, et non men- 
tietur : si moram fecerit, 
exspecta eum, quia ve- 
niet, et non tardabit. 
Alléluia. 

4. Ant. Montes et 
colles cantabunt coram 
Deo laudem, et omnia 
ligna silvarum plaudent 
manibus, quoniam veniet 
dominator Dominus in 
regnum aeternum. Allé- 
luia, alléluia. 

5. Ant. Ecce Do- 
minus noster cum virtute 
veniet, et illuminabit 
oculos servorum suorum. 
Alléluia. 



Mes Frères, tout ce qui est 
écrit a été écrit pour 
notre instruction , afin que 
nous concevions une espé- 
rance ferme par la patience 
et la consolation que les Ecri- 
tures nous donnent. 



FRATRES , quascumque 
scripta sunt, ad nos- 
tram doctrinam scripta 
sunt : ut per patientiam 
et consolationem Scrip- 
turarum spem habeamus. 



L'Hymne Creator aime siderum et le Can- 



tS4 



L'A vent. 



tique Magnificat se trouvent aux pages 107 
et 108. 

antienne de Magnificat. 



Tes qui venturus es, 
an alium exspecta- 
mus ? Dicite Joanni qux 
vidistis: Ad lumen re- 
deuntcaeci, mortui resur- 
gunt, pauperes evangeli- 
zantur. Alléluia. 

OREMUS. 

Excita. Domine, corda 
nostra ad praeparandas 
Unigeniti tui vias : ut per 
ejus adventum. purifica- 
tis tibi mentibus servire 
mereamur. Qui tecum 
vivit et régnât in saecula 
saeculorum. Amen. 



Fes-vous celui qui doit 
venir, ou devons-nous en 
attendre un autre? Dites à 
Jean ce que vous avez vu : 
les aveugles voient, les morts 
ressuscitent, les pauvres sont 
évangé-lisés. Alléluia. 



PRIONS. 
Seigneur, réveillez nos 
cœurs, afin qu'ils préparent 
la voie de votre Fils unique, 
et que nous méritions de vous 
servir avec des âmes purifiées, 
au moyen de l'Avènement de 
celui qui vit et règne avec 
vous dans les siècles des siè- 
cles. Amen. 



*fâwrë^-^3*«0&**^tf^*S3^ 



LE LUNDi 



DE LA DEUXIEME SEMAINE DE LAVENT. 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez, adorons- 
le. 

Du Prophète Isaïe. 
Chap. XIII. 

Prophétie contre Baby- 
lone révélée à Isaïe fils 
d'Amos. Levez l'étendard sur 
la montagne couverte de nua- 
ges ; haussez la voix, étendez 
la main, et que les princes 
entrent par les portes de Ba- 
bylone. J'ai donné mes ordres 
à ceux qui me sont dévoués : 
j'ai appelé mes guerriers dans 
ma colère, ceux que ma gloire 
fait bondir de joie. Voix de 
la multitude sur les monta- 
gnes, voix éclatante des rois 
et des nations rassemblées. 
Le Seigneur des armées a 
commandé à sa milice belli- 
queuse; il l'a fait venir de- 
puis les confins de la terre jus- 
qu'aux extrémités du ciel. 
C'est le Seigneur : il a avec 
lui les vases de sa fureur pour 
exterminer toute cette terre. 
Hurlez; car le jour du Sei- 
gneur est proche : le Sei- 
gneur va tout dévaster. C'est 
pourquoi tout bras sera abat- 
tu, tout cœur d'homme sé- 
chera et sera brisé. Ils se tor- 



Pegem venturum Domi- 
nura, venite, adore- 
mus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. XIII. 

OKUS Babylonis. quod 
vidit Isaias filius 
Amos. Super montem ca- 
liginosum levate signum, 
exaltate vocem , levate 
manum. et ingrediantur 
portas duces. Ego man- 
davi sanctificatis meis, 
et vocavi fortes meos in 
ira mea . exultantes in 
gloria mea. Vox multitu- 
dinis in montibus, quasi 
populorum frequentium : 
vox sonitus regum, gen- 
tium congregatarum. Do- 
minus exercituum prae- 
cepit militiae belli. ve- 
nientibus de terra procul 
a summitate cœli : Do- 
minus, et vasa furoris 
ejus, ut disperdat omnem 
terram. Ululate, quia pro- 
peest dies Domini, quasi 
vastitas a Domino veniet. 
Propter hoc omnes manus 
dissolventur, et omne cor 
hominis contabescet, et 
conteretur. Torsiones et 
dolores tenebunt, quasi 



/ 86 



L'A vent. 



parturiens . dolebunt : 
unusquisque ad proii- 
mum suum stupebit, fa- 
ciès combustre vultus eo- 
rum. Ecce dies X)omini 
veniet crudelis et indi- 
gnationis plenus, et irae, 
furorisque ad ponendam 
terram in solitudinem, et 
peccatores ejus conteren- 
dos de ea. Quoniam stel- 
lae cœli, et splendor ea- 
rum non expandent lu- 
men suum : obtenebratus 
est sol in ortu suo, et 
luna non splendebit in 
lumine suo. Et visitabo 
super orbis mala. et con- 
tra impios iniquitatem 
eorum : et quiescere fa- 
ciam superbiam infide- 
lium, et arrogantiam for- 
tium humiliabo. 



dront dans l'angoisse et gémi- 
ront comme la femme en tra- 
vail. Ils se regarderont l'un 
l'autre dans la stupeur; leur 
visage sera desséché comme 
par le feu. Voici que le jour 
du Seigneur viendra, jour 
cruel, plein d'indignation , 
de colère et de fureur, pour 
réduire la terre en solitude et 
broyer les pécheurs qui l'ha- 
bitent. Les étoiles du ciel les 
plus éclatantes ne répan- 
dront plus leur lumière; le 
soleil s'obscurcira dès son 
lever, et la lune ne brillera 
plus de sa clarté. Et je visi- 
terai les crimes du monde et 
l'iniquité des impies ; je met- 
trai un terme à l'orgueil des 
infidèles, et j'humilierai l'ar- 
rogance des puissants. 



L'Eglise nous remet encore aujourd'hui 
sous les yeux l'effrayant spectacle du dernier 
Avènement de Jésus-Christ. Cette Babylone 
pécheresse dont parle Isaïe, c'est le monde 
vieilli dans ses crimes ; ce jour cruel, plein 
d'indignation et de colère, c'est celui où le 
Messie reviendra et fera briller son étendard 
sur la nuée. Les paroles qu'emploie le Pro- 
phète pour peindre la consternation des ha- 
bitants de Babylone sont si expressives, 
qu'elles glacent 'd'effroi ceux qui les médi- 
tent sérieusement. O vous donc qui, en cette 
seconde Semaine de préparation à la Nais- 
sance du Sauveur, hésiteriez encore sur ce 
que vous avez à faire pour le jour où il va 
venir, rcriéchissez sur l'enchaînement des 



Le Deuxième Lundi de VA vent. i8j 

deux Avènements. Si vous ouvrez au Sauveur 
dans le premier, vous pourrez être sans in- 
quiétude sur le second; si au contraire vous 
dédaignez le premier, le second fondra sur 
vous comme sur une proie; et les cris de 
votre désespoir ne vous sauveront pas. Le 
Juge viendra à l'improviste, au milieu de la 
nuit, au moment précis où vous vous flatte- 
rez qu'il est loin encore. 

Et ne dites pas que la fin des temps n'est 
pas venue pour le monde, que le genre hu- 
main n'a pas accompli ses destinées. Il s'agit 
ici, non du genre humain, mais de vous. Sans 
doute, le four du Seigneur apparaîtra ef- 
froyable, quand ce monde sera brisé comme 
un vase fragile, et que les débris de la créa- 
tion seront" la proie d'un affreux incendie; 
mais, avant ce jour de terreur universelle, 
viendra pour vous en particulier celui de 
l'Avènement du Juge inexorable. Vous aurez 
à vous trouver en face de lui sans défense, et 
l'arrêt qu'il rendra alors demeurera à jamais : 
Avènement terrible, quoique ses résultats 
demeurent secrets jusqu'au dernier et solen- 
nel Avènement. Comprenez donc que l'effroi 
du dernier jour ne sera si grand, que parce 
que, en ce jour-là même, on entendra con- 
firmer avec solennité ce qui aura été jugé 
déjà irrévocablement, quoique sans éclat; 
comme aussi la voix amie qui conviera les 
amis de Dieu au festin éternel ne fera que 
répéter, devant l'Assemblée des Anges et 
des hommes, ce qui déjà aura été résolu 
dans l'heureuse entrevue du Seigneur et de 
ses bien-aimés, au moment de leur sortie de 
ce monde. Donc, ne comptez plus sur des 



i88 



L'A vent. 



siècles, 6 chrétiens! cette nuit on redeman- 
dera votre âme. (Luc. xn, 20.) Le Seigneur 
vient : hâtez-vous d'aller au-devant de lui 
dans la confusion de votre visage, dans la 
contrition de votre cœur, dans la conversion 
de vos œuvres. 

CHANT DU JUGEMENT DERNIER. 



[C'est le Répons Libe 
et xvi 

a t ibera me. Domi- 
^' L ne, de morte ae- 

terna, in die illa tremen- 

da : 

* Quando cœli movendi 
sunt et terra ; 

* Dum veneris judicare 
saeculum per ignem. 

f. Timebunt Angeli et 
Archangeli : impii au- 
tem ubi parebunt ? 

* Quando cœli moven- 
di sunt et terra. 

9. Quid ergo miserri- 
rnus, quid dicam, vel quid 
faciam. dum nil boni per- 
feram ante tantum judi- 
cem ? 

* Dum veneris judicare 
sneculum per ignem. 

f. Vix justus salvabi- 
tur ; et ego miser, ubi 
parebo ? 

* Quando cœli moven- 
di sunt et terra. 

f. Lux immarcescibi- 
lis, eripe me de tenebris, 
ne cadam in obscura pee- 
narum incendia ; 



ra, interpolé dans les xv» 
e siècles.) 

n p»ÉLIVREZ-MOI, Seî- 

^' LJ gneur. de la mort 
éternelle, en ce jour redou- 
table ; 

* Quand les cieux et la terre 
seront ébranlés : 

* Lorsque vous viendrez ju- 
ger le siècle par le feu. 

j^. Les Anges et les Ar- 
changes seront épouvantés : 
et les impies, où seront-ils ? 

* Quand les cieux et la terre 
seront ébranlés. 

^. Que dirai-je ? que ferai- 
je, moi malheureux, qui n'ai 
rien de bon à présenter de- 
vant un si grand juge ? 

* Lorsque vous viendrez ju- 
ger le siècle par le feu. 

^. A peine le juste sera-t-il 
sauvé, et moi, infortuné, où 
serai-je ? 

* Quand les cieux et la terre 
seront ébranlés. 

f. Lumière sans nuage, 
sauvez-moi des ténèbres ; 
empêchez que je ne tombe 
dans les flammes obscures de 
l'enfer ; 



Le Deuxième Lundi de VA vent. i8q 



m Lorsque vous viendrez 
juger le siècle par le feu. 

y. Toutes les nations de la 
terre pleureront sur elles-mê- 
mes ; 

* Quand lescieuxet la terre 
seront ébranlés. 

y. Alors , une voix des 
cieux : O vous, morts, qui 
êtes étendus dans les sépul- 
cres, levez-vous, et venez au 
jugement du Sauveur; 

* Lorsque vous viendrez, 
Seigneur, juger le siècle par 
le feu. 

y. O mon âme, loue le Sei- 
gneur ! Je louerai le Seigneur 
durant ma vie. et je mériterai 
de voir Dieu dans ma chair ; 

* Lorsque vous viendrez , 
Seigneur, juger le siècle par 
le feu. 

y. Quand le Dieu, fils [de 
la Vierge, viendra juger le 
monde, il dira aux justes pla- 
cés à sa droite: Approchez, 
mes fils bien-aimés ; c'est à 
vous que j'ai résolu de don- 
ner mon Royaume. O heu- 
reuse parole ! heureuse pro- 
messe ! Heureux bienfaiteur ! 
heureux bienfait ! 



* Quand les cieux et la terre 
seront ébranlés. 

y. Ensuite, il dira à ceux 
qui seront à la gauche : Sec- 
tateurs du péché, je ne vous 
connais pas. La gloire du 
siècle vous a séduits : descen- 
dez au fond des enfers, avec 



* Dum veneris judicare 
saeculum per ignem. 

y. Plangent super se 
omnes tribus terrae; 

* Quando cœli moven- 
di sunt et terra. 

y. Vox de cœlis : O vos 
mortui qui jacetis in se- 
pulcris, surgiteet occur- 
rite ad judicium Salva- 
toris; 

* Dum veneris judicare 
saeculum per ignem. 

y. Lauda, anima mea, 
Dominum ; laudabo Do- 
minum in vita mea, et in 
carne mea videbo Deum ; 

* Dum veneris judicare 
saeculum per ignem. 

y. Quando Deus filius 

Yirginis 
Judicare saeculum vene- 

rit, 
Dicet justis ad dextram 

positis : 
Accedite, dilecti filii, 
Vobis dare regnum dis- 

posui. 
O felix vox ! felix promis- 

sio ! 
Felix dator et felix datio ! 
<* * Quando cœli movendi 
sunt et terra. 

y. Posthaec dicet ad lae- 

vam positis : 
Xescio vos, cultores cri- 

minis : 
Vos decepit gloria sae- 

culi ; 



igo 



L'A vent. 



Descendue ab ima bara- 

thri, 
Cum Zabulon et suis 

ministris. 
O proh dolor ! quanta tri- 

stitia ! 
Quantus luctus ! quanta 

suspiria! 
" Dumveneris judicare 
sa?culum per ignem. 
r. Jam festinat Rex ad 

judicium. 
Dies instat horrenda ni- 

mium ; 
Et quis erit nobis refu- 

gium ? 
Nisi Mater Yirgo, spes 

omnium, 
Quae pro nobis exoret Fi- 

lium. 
O Jesu rex, exaudi posci- 

mus 
Preces nostras. et salvi 

erimus ; 
* Quando cœli mo- 
vendi sunt et terra. 

p. Creator omnium re- 
rum Deus , qui me de 
limo terra; formasti, et 
mirabiliter proprio san- 
guine redemisti, corpus- 
que meum , licet modo 
putrescat , de sepulcro 
faciès in die judicii resus- 
citari ; exaudi, exaudi me. 
ut animam meam in sinu 
Abrahae patriarchœ tui 
jubeas collocari ; 



* Dumveneris judicare 
saeculum per ignem. 



le diable et ses ministres. O 
douleur ! ô tristesse 1 ô deuil ! 
ô soupirs ! 



* Lorsque vous viendrez 
juger le siècle par le feu. 

f. Déjà le Roi se préparî 
pour le jugement ; le jour af- 
freux va éclater ; dans cette 
extrémité, quel sera notre re- 
fuge ? Nous n'en avons point 
d'autre que la Vierge Mère, 
l'espoir universel : qu'elle dai- 
gne pour nous supplier son 
fils ! O Roi Jésus ! exaucez 
nos prières, et nous serons 
sauvés ; 



* Quand les cieux et la 
terre seront ébranlés. 

7. Créateur de toutes cho- 
ses, ô Dieu ! qui m'avez formé 
du limon de la terre, et m'a- 
vez racheté de votre propre 
sang , par un admirable 
amour ; vous qui devez, au 
jour du Jugement, faire sortir 
du sépulcre mon corps qui 
est à la veille de tomber en 
pourriture , exaucez - moi . 
exaucez-moi, et daignez or- 
donner que mon âme soit 
placée au sein du patriarche 
Abraham ; 

* Lorsque vous viendrez 
juger le siècle par le feu. 



Le Deuxième Lundi de l'A vent, igr 



PRIERE DE LA LITURGIE AMBROSIEN'NE. 

(Dans la troisième semaine de l'A vent.) 



Christ tout-puis6ant, Fils 
de Dieu , vecsz , dans 
votre miséricorde , sauver 
votre peuple, au jour de votre 
Nativité, et daignez , avec 
votre bénignité accoutumée. 
nous délivrer de toute inquié- 
tude et de toute crainte tem- 
porelle. Vous qui vivez et 
régnez dans les siècles des 
siècles. 



OMNIPOTENS Christe, 
Fili Dei , in die 
Nativitatis tuae propitius 
ad salvandum in tepopu- 
lum veni : ut benignitate 
solita ab omni dubietate, 
et metu temporis nos 
jubeas liberari. Quivivis 
et régnas, etc. 



wA^^^^^tTOTT-^^Tt* 



LE MARDI 



DE LA DEUXIEME SEMAINE DE LAVENT. 



Regem venturum Do- 
minum, venite, ado- 
remus. 

De Isaia Propheta. 
Ca F . XIV. 

Prope est ut veniat 
tempus ejus, et dies 
ejus non elongabuntur. 
Miserebitur cnira Domi- 
nus Jacob, et eliget ad- 
huc de Israël, et requies- 
cere eos faciet super hu- 
mum suam : adjungetur 
advena ad eos, et adhae- 
rebit domui Jacob. Et 
tenebunt eos populi, et 
adducent eos in locum 
suum : et possidebit eos 
domus Israël super ter- 
rain Domini in servos et 
ancillas : et erunt capien- 
tes eos qui se ceperant. 
et subjicient exactores 
suos. Et erit in die illa, 
cum requiem dederit tibi 
Deus a labore tuo et a 
concussione tua , et a 
servitude dura, qua ante 
Fervisti: sûmes parabo- 
lam istam contra regem 
Babylonis, et dices : Quo- 
modo cessavit exactor , 
quievit tributum ? Con- 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez , ado- 
rons-le. 

Du Prophète Isaïe. 
Chip. XIV. 

Le temps ou il doit venir est 
proche, et les jours n'en 
sont pas éloignés. Car le Sei- 
gneur aura pitié de Jacob, et 
il choisira des hommes dans 
Israël, et il les fera demeurer 
paisiblement dans leur terre. 
L'étranger se joindrai eux et 
s'unira à la maison de Jacob. 
Et les peuples les prendront 
et les introduiront dans leur 
pays : et la maison d'Israël 
aura ces peuples pour servi- 
teurs et pour servantes dans 
la terre d'Israël. Ceux qui les 
avaient assujettis seront leurs 
captifs, et ils s'assujettiront 
ceux qui les avaient dominés. 
En ce jour-là, quand le Sei- 
gneur aura mis fin à tes tra- 
vaux, à l'oppression et à la 
dure servitude que tu souffrais 
auparavant, tu entonneras ce 
Cantique contre le roi de 
Babylone , et tu diras : 
« Comment a disparu le ty- 
« ran ? Comment a cessé le 
a tribut qu'il nous imposait? 



Le Deuxième Mardi de l'A vent. ig3 



« Le Seigneur a brisé le bâ- 
« ton des impies, la verge des 
« dominateurs, qui, dans son 
« indignation , frappait les 
« peuples d'une plaie incura- 
« ble, s'assujettissait les na- 
« tions dans sa fureur, les 
« persécutait avec cruauté. 
« Comment es-tu tombé du 
« ciel, ô Lucifer ! toi qui te 
« levais le matin avec tant 
« d'éclat ? Tu as été renversé 
« sur la terre, toi qui cou- 
de vrais de plaies les nations ; 
a qui disais dans ton cœur : 
« Je monterai au ciel, j'élè- 
« verai mon trône au-dessus 
« des astres de Dieu, je m'as- 
« seyerai sur la montagne de 
« l'alliance, aux côtés de l'a- 
it quilon ; je monterai au- 
« dessus des nuées, je serai 
« semblable au Très-Haut. 
« Et te voilà précipité dans 
< l'enfer, jusqu'au plus pro- 
« fond de ses abîmes. » 



Ta ruine est en effet consommée, ô Luci- 
fer ! Tu refusas de Rabaisser devant Dieu et 
tu fus précipité. Ton orgueil ensuite cher- 
chant a s'étourdir sur l'humiliation d'une 
chute si profonde, tu causas la ruine du 
genre humain, en haine de Dieu et de son 
œuvre. Tu réussis à inspirer au fils de la 
poussière ce même orgueil qui avait été cause 
de ta dégradation. Par toi, le péché entra 
dans ce monde, et par le péché la mort; le 
genre humain semblait une proie dévouée à 
ta rage éternelle. Forcé de renoncer à tes es- 
pérances d'une royauté céleste, tu pensais du 



trivit Dominus baculum 
impiorum, virgam domi- 
nantium, caedentem po- 
pulos in indignatione , 
plaga insanabili, subji- 
cientem in furore Gen- 
tes, persequentem crude- 
liter. Quomodo cecidisti 
de coelo , Lucifer , qui 
mane oriebaris ? corruisti 
in terram, qui vulnerabas 
gentes : qui dicebas in 
corde tuo : In cœlum 
conscendam ; super astra 
Dei exaltabo solium 
meum, sedebo in monte 
testamenti, in lateribus 
Aquilonis : ascendam su- 
per altitudinem nubium, 
similis ero Altissimo. Ve- 
rumtamen ad infernum 
detraheris in profundum 
laci. 



i3 



ig4 L'A vêtit. 



moins régner sur l'Enfer et dévorer la créa- 
tion à mesure qu'elle sortirait des mains de 
Dieu. Mais tu es vaincu aujourd'hui. Ton 
règne était dans l'orgueil ; à lui seul tu au- 
rais dû ta cour et tes sujets ; or, voici que le 
souverain Seigneur de toutes choses vient sa- 
per ton empire par les fondements, en ensei- 
gnant luwnême l'humilité à sa créature; et 
il vient l'enseigner, non par des lois promul- 
guées avec l'appareil éclatant du Sinaï,mais 
en la pratiquant lui-même sans bruit, cette 
divine humilité qui seule peut relever ceux 
qui sont tombés par la superbe. Tremble, 
Lucifer ! ton sceptre va se briser entre tes 
mains. 

Dans ta fierté, tu dédaignes cette humble 
et douce Vierge de Nazareth, qui garde silen- 
cieuse le mystère de ta ruine et de notre sa- 
lut. Tu dédaignes par avance l'Enfant qu'elle 
porte dans son sein et qu'elle mettra bientôt 
au jour. Sache que Dieu ne le dédaigne pas; 
car il est Dieu aussi, cet Enfant qui n'a pas 
vu le jour encore ; et un seul des actes d'ado- 
ration et de dévouement qu'il pratique à 
l'égard de son Père, au sein de Marie, ap- 
porte plus de gloire à la Divinité, que tout 
ton orgueil, croissant à jamais dans l'éternité, 
ne lui en pourrait ravir. Instruits désormais 
parles leçons d'un Dieu sur la puissance du 
grand remède de l'humilité, les hommes 
sauront y avoir recours. Au lieu de s'élever 
comme toi, dans un fol et criminel orgueil, 
ils s'abaisseront avec joie et amour ; et plus 
ilsseront humbles, plus Dieu prendra plaisir 
à les élever ; plus ils se confesseront pauvres, 
plus il aimera à les rassasier. C'est la Vierge 



Le Deuxième Mardi de F A vent. ig5 



divine qui nous le dit dans son beau Canti- 
que. Gloire à elle, si douce mère à ses en- 
fants, et si terrible à toi, Lucifer! qui te dé- 
bats en vain sous son pied victorieux. 

PROSE POUR LE TEMPS DE l'aVENT. 

(Composée au xi° siècle, et tirée des anciens 
Missels Romains- Français.) 



PÊT à recevoir celui qui 
règne dans les siècles 
éternels, 

Peuple chrétien, chante-le 
dévotement , rends hommage 
à ton Créateur. 

C'est lui que bénissent 
avec jubilation les milices 
céiesies, enivrées de sa vue. 

C'est lui qu'attendent tou- 
tes les choses terrestres, pour 
comparaître devant lui, 

Sévère en ses jugements, 

Clément en sa puissance. 

O Christ ! sauvez-nous par 
votre clémence, vous qui 
souffrîtes pour nous une 
cruelle passion. 

Soulevez-nous jusqu'aux 
brillantes étoiles des cieux, 
vous qui effacez les souillu- 
res des siècles ; 

Rosée du ciel, Sauveur vé- 
ritable, chassez nos périls ; 

Faites que tout soit pur, 
et donnez-nous la paix ; 

Afin que, sauvés ici-bas 
par votre miséricorde, nous 
puissions, après cette vie, 
monter joyeux aux célestes 
royaumes : 



REGNANTE M Sempi- 
• terna per sascla sus- 
ceptura 

Concio, dévote con- 
crepa : Factori redde 
débita. 

Quem jubilant agmina 
ccelica, ejus vultu exhi- 
larata. 

Quem exspectant om- 
nia terrea , ejus vultu 
examinanda, 

Districtum ad judicia, 

Clementem in poten- 
tia. 

Tua nos salva, Chris- 
te, clementia propter 
quos passus es dira. 

Ad poli astra subleva 
nitida : qui sorde tergis 
saecula. 

Influens salus vera, 
effuga pericula. 

Omnia ut sint munda, 
tribue pacifica ; 

Ut hic tua salvi mise- 
ricordia : laeti régna 
post adeamus supera. 



igfj 



L'A vent. 



Qui régnas saecula per I Vous qui régnez dans les 
infinita. Amen. | siècles infinis. Amen. 



PRIERE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN. 

(En la Messe de la Vigile de Noél.) 



Misericors ac piissi- 
me Deus, eu jus vo- 
luntate ac munere Dorai- 
nus noster Jésus Chris- 
tus ad hoc se humil.*ivit, 
ut totura genus exaltaret 
humanum. et ideo ad ima 
descenderit, ut humilia 
sublimaret : ac propte- 
rea Deus homo nascitur 
per Virginem. ut in ho- 
mine perditam cœlestem 
reformaret imaginem : 
da ut plebs hœc tibi ad- 
haereat, ut quam rede- 
misti tuo munere, tibi 
semper devota placeat 
servitute. 



DIEU miséricordieux et clé- 
ment, par la volonté et 
la munificence duquel Jésus- 
Christ notre Seigneur s'est 
humilié, pour élever le genre 
humain tout entier, et est 
descendu au plus bas pour 
exalter ce qui était misérable, 
en sorte que Dieu est né hom- 
me au moyen d'une Vierge, 
afin que la ressemblance cé- 
leste que l'homme avait per- 
due fût rétablie en lui ; faites 
que vôtre peuple s'attache à 
vous, et qu'après que vous 
l'avez racheté par votre bien- 
fait, il vous soit toujours 
agréable par sa dévote servi- 
tude. 



&J^àJiickdiLà;à,à,â,à,à,àdbà,à,à>â>à,àAJb 



LE MERCREDI 



DE LA DEUXIEME SEMAINE DE LAVENT. 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez, ado- 
rons-le. 

Du Prophète Isaïe. 
Chap XVI. 

Envoyez, Seigneur, l'A- 
gneau qui doit régner 
sur la terre ; qu'il s'élance de 
la pierre du désert jus- 
qu'à la montage de la fille de 
Sion : et comme l'oiseau qui 
s'enfuit, comme les petits 
qui s'envolent de leur nid, 
ainsi seront les filles de Moab 
au passage d'Arnon. Prends 
conseil, forme une assemblée, 
prépare en plein midi une 
ombre aussi noire que la nuit 
même ; cache les fuyards et 
ne trahis point les vaga- 
bonds ; ô Moab ! sois leur 
asile, devant la face du tyran. 
Mais la poussière se dissipe, 
le misérable n'est plus ; ce- 
lui qui foulait la terre a dis- 
paru. Un trône sera préparé 
dans la miséricorde, et VA- 
gneati Dominateur s'asseyera 
dessus dans la vérité, sous la 
tente de David; il jugera et 
cherchera l'équité, et il ren- 
dra promptement ce qui est 
juste. 



Regem venturum Do- 
minum, venite, ado- 
remus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. XVI. 

Emitte Agnum, Do- 
mine, dominatorem 
terne, de petra deserti 
ad montem filiae Sion. 
Et erit : sicut avis fu- 
giens, et pulli de nido 
avolantes, sic erunt filîae 
Moab in transcensu 
Arnon. Ini consilium, 
coge concilium, pone 
quasi noctem umbram 
tuam in meridie : abs- 
conde fugientes. et vagos 
ne prodas. Habitabunt 
apud te profugi mei : 
Moab, esto latibulum 
eorum a facie vastatoris. 
Finitus est enim pulvis, 
consummatus est miser, 
defecit qui conculcabat 
terram. Et prœparabitur 
in misericordia solium, 
et sedebit super illud in 
veritate, in tabernaculo 
David, judicans et quae- 
rens judicium, et velc- 
citer reddens quod justum 
est. 



ig8 L'A vent. 



Seigneur, envoyez-nous l'Agneau: « c'est 
a l'Agneau qu'il nous faut, et non le Lion, 
u s'écrie Pierre de Celles dans son m" Ser- 
« mon de l'Avent, l'Agneau qui ne s'irrite 
« point, et dont la mansuétude ne se trouble 
« jamais ; l'Agneau qui nous donnera sa laine 
-t blanche comme la neige pour réchauffer 
« ce qui en nous est froid, pour couvrir ce 
« qui en nous est nu; l'Agneau qui nous don- 
m nera sa chair à manger, de peur que nous 
« ne périssions de faiblesse dans le chemin. 
« Envoyez-le plein de sagesse, car dans sa 
« divine prudence il vaincra l'esprit superbe; 
« envoyez-le plein de force, car il est dit 
« que le Seigneur est fort et puissant dans le 
« combat; envoyez-le plein de douceur, car 
« il descendra comme la rosée sur la toison; 
« envoyez-le comme une victime, car il doit 
« être vendu et immolé pour notre rachat; 
« envoyez-le, non pour exterminer les pé- 
« cheurs, car il doit venir les appeler, et non 
« les justes ; envoyez-le enfin digne de rece- 
« voir la puissance et la divinité, digne de 
« délier les sept sceaux du livre scellé, sa- 
« voir l'ineffable mystère de l'Incarnation. » 
Vous êtes donc Roi, 'divin Agneau ! Vous êtes, 
dès le sein de votre Mère, le souverain Do- 
minateur. Ce sein virginal est un trône de 
miséricorde sur lequel vous siégez dans l'hu- 
milité, prêt à nous rendre justice et à con- 
fondre notre cruel ennemi. O Roi chéri ! si 
nos yeux ne vous aperçoivent pas encore, 
notre cœur vous a senti. Il sait que c'est 
pour lui que vous revêtez une si étonnante- 
royauté. Laissez-le s'approcher de vous, et 
vous rendre foi et hommage, pendant que le 



Le Deuxième Mercredi de VA vent, igg 



nuage vous voile encore. Bientôt les bras de 
Marie seront un second trône pour votre 
Majesté, et toute la terre verra le Salut qui 
lui est envoyé. 

HYMNE TIRÉE DE l'aNTHOI OG1E DES GRECS. 



{Au 20 décembre. 



G pot TE, prepare-toi 
voici venir la Brebis qui 
porte le Christ en son sein ; 
Crèche, reçois celui qui d'une 
parole ineffable nous déli- 
vre, nous enfants de la terre ; 
Bergers, qui veillez la nuit, 
publiez le prodige ; Mages, 
accourez de la Perse, appor- 
tez au Roi l'or, l'encens 
et la myrrhe ; car le Sei- 
gneur est apparu, né d'une 
Vierge-mère qui s abaisse 
comme une humble ser- 
vante, toute mère qu'elle est, 
l'adore et dit, le tenant en 
ses bras : Comment as-tu 
été produit, comment as-tu 
été engendré dans mes en- 
trailles, mon Sauveur et mon 
Dieu? 

Ecoute, ô ciel 1 terre, prête 
l'oreille ; car voici le Fils et 
le Verbe du Dieu Père, qui 
s'avance pour naître d'une 
Vierge qui n'a pas connu 
l'homme, et qui enfante sans 
douleur par la vertu du 
Saint-Esprit. Bethléhem, 
prépare-toi ; Eden, ouvre 
tes portes : Celui qui Est 
devient celui qui n'était pas ; 



Spelunca, parare : 
Agna enim venit 
fœtum gerens Christum : 
recipe, praesepium, il- 
lum qui nos terr gênas 
verbo solvit ineffabili 
modo : pastores de nocte 
vigilantes, prodigiosum 
confitemini miraculum ; 
magique, e Perside au- 
rum, thus et myrrham 
Régi afferte ; quia visus 
est e Virgine matre Do- 
minu", quem et ipsa 
prona servili modo, ma- 
ter adoravit, et ei quem 
in brachiis suis tenebat 
dixit: Quomodo in me 
inseminatus es : vel quo- 
modo in me ingeneratus 
es, Salvator meus et 
Deus? 

Audi, cœlum, et intel- 
lige, terra; ecce enim 
Filius Verbumque Dei 
Patris progreditur ad 
nascendum ex Virgine 
inexperta virum, iine 
dolore illum pariente et 
virtute Spiritus Sancti. 
Bethléhem, parare : 
aperi januam, Eden : 
nam qui Est fit qui non 



200 



L'A vent. 



erat. et plasturgus omnis 
creaturae plasmatur ipse, 
afferens mundo magnam 
misericordiam. 

Natura immense, 
Christe Rex, quomodo 
parva te recipiet spelun- 
ca ? Quomodo praesepe 
te poterit continere, 
Jesu, ex Matre nesciente 
virum, advena facfs in 
propria, ut hospites ipse 
salves ? 

Novum facta cœlum, 
Domina, e vulva tua, 
sicut e nebula Christum 
solem gloriae oriri fa- 
cere festines in spelunca 
carnaliter, omnes terrae 
fines suis splendoribus 
fulgentissime irradiatu- 
rum. per incommensura- 
bilem misericordiam. 

Noscis nostrum dolo- 
rem et miseriam, mise- 
ricors Christe, et nos 
non despicis ; sed exina- 
nis temetipsum, non 
adhuc egressus ex tua 
génitrice ; tabernacu- 
lumque figens in matrice 
nuptinescia, quae sine 
dolore te pariet in spe- 
lunca caro factum. 

Montes et colles, valles 
et campi, populi et tri- 
bus, gentes ac omnis spi- 
ritus, alalagmum agite : 
laetitiae divinœ venit ple- 
nitudo, omnium advenit 



celui qui du limon forma 
toute créature reçoit lui- 
même une forme, apportant 
au monde une grande misé- 
ricorde. 

Nature immense, Christ 
Roi, comment pourra vous 
recevoir une chétive étable ? 
comment la crèche vous 
pourra-t-elle contenir, ô 
Jésus ! fils d'une mère intacte, 
qui vous êtes fait étranger 
dans votre propre domaine, 
pour sauver ceux qui vous 
donneraient l'hospitalité ! 

Auguste Princesse, nou- 
veau ciel, de votre sein, ainsi 
que d'un nuage, hâtez-vous de 
faire sortir le Christ, Soleil 
de gloire : que dans la grotte 
il apparaisse avec notre 
chair, et répande jusqu'aux 
extrémités du monde le vif 
éclat de ses splendeurs par 
une immense miséricorde. 

Vous savez nos douleurs 
et nos misères, ô Christ 
débonnaire ! et vous ne 
nous dédaignez pas ; mais 
vous vous anéantissez avant 
même de sortir de votre 
mère, fixant votre demeure 
au sein virginal de celle 
qui, dans la grotte, vous 
enfantera sans douleur, revê- 
tu de notre chair. 

Monts et collines, vallées 
et plaines, peuples et tribus, 
nations de la terre et tout 
ce qui respire, poussez des 
cris de victoire : voici venir 
la plénitude de joie divine, 



Le Deuxième Mercredi de VA vent. 201 



la Rédemption de tous ap- 
proche, le Verbe de Dieu 
qui ne connaît point de 
temps, soumis au temps par 
sa miséricorde. 

Elle approche, la vigne 
céleste sur laquelle a mûri 
la grappe incorruptible ; elle 
vient enfanter le vin d'allé- 
gresse qui, comme une vive 
source, étanchera notre soif, 
à nous qui lui chanterons : 
Vous êtes béni, ô notre 
Dieu ! 

Le vase de divins parfums 
qui renferme le parfum d'ex- 
cellence, s'avance pour ré- 
pandre en la grotte de Beth- 
léhem celui qui remplit de sa 
mystique odeur ceux qui lui 
chantent : Vous êtes béni, ô 
le Dieu de nos pères ! 

Marie, vous êtes semblable 
à l'instrument que vit autre- 
fois Isaïe entre les mains de 
l'Ange : comme lui vous por- 
tez en vous le divin charbon, 
le Christ qui consume toute 
matière de péché, et illu- 
mine les âmes des fidèles. 

Les chants des Prophètes 
ont cessé : car celui qu'ils 
ont annoncé devoir venir en 
la plénitude des temps, va 
paraître ; il est présent, 
avant pris un corps dans la 
chaste Vierge : allons le 
recevoir avec des cœurs purs. 



redemptio, Verbum Dei 
tempora nesciens per 
misericordiam factum 
sub tempore. 

Vitis divina incorrup- 
tam maturitate nigres- 
cere faciens uvam, ap- 
propinquat ; paritura 
venit lastitiœ vinum sca- 
turiens et nos bibere fa- 
ciens ipsi canentes : 
Deus noster, benedictus 
es ! 

Myrotheca divina, in- 
tus myrum ferens gradi- 
tur, ut in spelunca Bet- 
hlehem effundat illud a 
quo mystico replentur 
odore canentes : Deus 
Patrum, benedictus es ! 

Forceps quam olim 
vidit Isaias Propheta, 
di vinum carbonem 
Christum in utero geris 
omnem materiam pec- 
cati comburentem, fide- 
liumque animas illumi- 
nantem. 

Finem habuerunt Pro- 
phetarum prasconia ; 
quem enim praenuntia- 
runt in temporis pleni- 
tudine venturum, adest, 
apparet, casta ex Vir- 
gule corporatus ; illum 
puris mentibus excipia- 
mus. 



L\\ vent. 



PRIERE DU MISSEL MOZARABE. 

(A u second Dimanche de l'A vent.) 



JUCUNDatur, Domine, 
et tripudiat terra ; 
quia Verbum caro fac- 
tum habitat in sacrae 
Virginis merabra. In 
cujus adventu omnis de 
captivitate redimitur 
terra ; quse detineDatur 
per transgressionem Adae 
in obscurata gehenna. 
Nunc moveatur mare, et 
omnia quae in eo sunt : 
montes exsultent et om- 
nia ligna silvarum ; quia 
Deushomo dignatur. per 
uterum beata? Virginis 
Mariae. de cœlo in mun- 
dum venire. Per ipsius 
igitur adventum te de- 
precamur. omnipotens 
Deus, ut nostrœ carnis 
fragilitatem a vinculis 
peccatorum absolvas, et 
praesenti familiae tua* 
misericordia plenus oc- 
curras. 



Seigneur, la terre est dans 
la joie, et tressaille de 
plaisir; car le Verbe fait 
chair habite dans le sein de 
la Vierge sacrée. A son avè- 
nement, la terre entière est 
affranchie de la captivité, 
après avoir été si longtemps 
captive dans une noire pri- 
son, par suite de la trans- 
gression d'Adam. Que main- 
tenant la mer s'ébranle et 
tous les êtres qu'elle ren- 
ferme ; que les montagnes 
bondissent; que les arbres 
des forêts soient dans la 
jubilation ; car Dieu, se fai- 
sant homme, daigne venir du 
ciel en ce monde, en passant 
parle sein de la bienheureuse 
Vierge Marie. Nous vous 
supplions donc, ô Dieu 
tout-puissant ! d'affranchir 
des liens du péché la fra- 
gilité de notre chair et de 
recevoir avec miséricorde 
votre famille ici présente qui 
vient à vous. 



^£^^^€/i^L^£^£/î^£^!£^£ <$*£,$*&£* 



LE JEUD] 



DE LA DEUXIEME SEMAINE DE L AVENT. 



Ls Seigneur 
rons -le. 



venez, ado- 



Du Prophète Isaïe. 
Chap. XIX. 

Prophétie contre l'Egypte. 
Voici que le Seigneur 
montera sur un nuage léger, 
et il entrera dans l'Egypte, 
et devant sa face les idoles 
de l'Egypte seront ébranlées, 
et le cœur de l'Egypte se 
desséchera au milieu d'elle ; 
et je ferai que les Egyptiens 
s'élèveront con're les Egyp- 
tiens, et le frère combattra 
contre le frère, l'ami contre 
l'ami, la cité contre la cité, 
le royaume contre le royaume. 



De Isaia Propheta. 
Cap. XIX. 

Onus iEgypti. Ecce 
Dominus ascendet 
super nubem levem : et 
ingredietur iEgyptum : 
etcommovebuntur simu- 
lacra jEgyptia facieejus, 
et cor JEgypti tabescet 
in medio ejus : et concur- 
rere faciam ^Egyptios ad- 
versus iEgyptios, et pu- 
gnabitvir contra fratrem 
suum, et vir contra ami- 
cum suum, civitas adver- 
sus civitatem, regnum 
adversus regnum. 

Cette Egypte que le Seigneur vient visiter, 
dont il va renverser les idoles et bouleverser 
l'empire, est la Cité de Satan qui doit crouler 
et faire place à la Cité de Dieu. Admirons 
l'entrée pacifique du triomphateur ; c'est sur 
un nuage, et sur un nuage léger, qu'il monte 
en guise de char. Que de mystères en peu de 
mots ! « Il y a trois nuages, dit Pierre de 
« Blois dans son n* Sermon de l'A vent : l'obs- 
« curité des Prophéties, la profondeur des 
« divins Conseils, la merveilleuse fécondité 
« de la Vierge ». En effet, il est de l'essence 



Begem venturum Do- 
«. minum, venite, ado- 



204 L'A vent. 



de toute Prophétie d'être enveloppée d'une 
certaine obscurité, afin que la liberté des 
hommes demeure intacte ; mais le Seigneur 
arrive sous le nuage, et le jour de l'accom- 
plissement révèle touteschoses. Ainsi en fut-il 
du premier Avènement ; ainsi en sera-t-il du 
second. Les desseins de Dieu ne se rendant 
visibles pour l'ordinaire que dans les causes 
secondes, il arrive presque toujours, et il 
arriva en particulier dans le grand événe- 
ment de l'Incarnation, que l'extrême simpli- 
cité des moyens employés par la Sagesse 
divine trompa la prévoyance des hommes. 
Ils auraient cru volontiers que, pour rétablir 
le monde tombé, il serait besoin d'un déploie- 
ment de puissance égal au moins à celui de 
la première création ; et on leur dit simple- 
ment : Vous trouvère^ un enfant enveloppé de 
langes et couché dans une crèche. O toute- 
puissance de Dieu, que vous reluisez admi- 
rablement à travers ce nuage ! que vous 
êtes forte dans cette apparente^ faiblesse ! 

Mais le troisième nuage est la Vierge 
Marie ; nuage léger ; « car, dit saint Jérôme, 
« ni la concupiscence, ni le fardeau du 
« mariage terrestre, ne l'appesantissent » ; 
nuage fécond en rosée rafraîchissante, puis- 
qu'il contient le Juste qui doit pleuvoir sur 
nous pour éteindre nos ardeurs sensuelles et 
fertiliser le champ de notre vie. Qu'il est 
doux l'éclat de la majesté de notre divin 
Roi, quand nous le contemplons à travers le 
nuage de Marie ! O Vierge incomparable ! 
toute l'Eglise nous reconnaît dans ce nuage 
mystérieux que, des sommets du Carmel, le 
prophète Elie aperçut s'élevant de la mer, 



Le Deuxième Jeudi de VA vent. 2 05 

petit d'abord comme le pas d'un homme, 
maisbientôt montantàl'horizon, et envoyant 
sur la terre une pluie si abondante, qu'elle 
suffit à désaltérer tout Israël. Donnez-nous 
bientôt cette rosée divine qui est en vous; 
nos péchés ont rendu le ciel d'airain sur 
notre tète ; vous seule êtes juste et pure, ô 
Marie ! Priez le Seigneur, dont vous êtes le 
Trône miséricordieux, de venir bientôt ter- 
rasser nos ennemis et nous apporter la paix. 



HYMNE DE LAVENT. 



(Bréviaire Mozarabe, au I er Dimanche de 
VA vent.) 



LE tout-puissant Roi de 
toutes choses venant sau- 
ver le monde, a pris un corps 
formé à notre ressemblance. 



Celui qui règne avec le 
Très-Haut entre au sein d'une 
Vierge, pour naître dans la 
chair et briser les liens de la 
mort. 



Les nations étaient dans les 
ténèbres ; elles verront l'éclat 
de la lumière, quand le Sau- 
ver sera venu racheter ceux 
qu'il a créés. 

Celui que les Prophètes 
ont chanté dans leurs oracles 
sur l'avenir, le voici qui vient 
entouré de gloire : c'est pour 
guérir nos plaies. 



Cunctorum rex omni- 
potens, 
Mundum salvare veniens, 
Formam assumpsit cor- 

poris 
Nostrœ similitudinis. 

Qui régnât cum Al- 
tissimo, 

Virginis intrat uterum. 
Nasciturus in corpore, 
Mortis vincla disrum- 
pere. 

Gentes erant in tene- 

bris : 

Videbunt lumen fulgoris, 

Cum Salvator advenerit 

Redimere quos condidit. 

Quem olim vatum 
praescia 
Cecinerunt oracula, 
Nunc veniet in gloria, 
Nostra ut curet vulnera. 



206 



L'A vent. 



Laetemur nunc 

Domino, 

Simul in Dei Filio, 

Parati eum suscipere 

Adventus sui gloria. 

Amen. 



Réjouissons-nous mainte- 
nant dans le Seigneur, réjouis- 
sons-nous ensemble dans le 
Fils de Dieu, nous préparant 
à le recevoir dans la gloire 
de son Avènement. Amen. 



PRIERE DU BREVIAIRE AMBROSIEN. 

(An VI" Dimanche de VAvent, Préface. 



VERE dignum et ju c tum 
est, aequum et salu- 
tare : nos tibi, Domine 
Deus omnipotens, gra- 
tias agere : et cura tuae 
învocalione virtutis, bea- 
tae Mariae Virginis festa 
celebrare : de cujus ven- 
tre fructus effloruit, qui 
Panis Angelici munere 
nos replevit. Quod Eva 
voravit in crimine, Ma- 
ria restiruit in salute. 
Distat opus serpentis et 
Virginis. Inde fusa sunt 
venena discriminis ; hinc 
egressa mysteria Salva- 
toris. Inde se praîbuit 
tentantis iniquitas ; hinc 
Redemptoris est opitu- 
lata majestas. Inde par- 
tus occubuit ; hinc 
Conditor resurrexit, a 
quo humana natura, non 
jam captiva, sed libéra 
restituitur. Quod Adam 
jerdidit in parente , 
Ihristo recepit auctore. 



C'est une chose digne et 
juste, équitable et salu- 
taire de vous rendre grâces, . 
Seigneur Dieu tout-puissant, 
et de joindre à l'invocation de 
votre force la mémoire solen- 
nelle de la bienheureuse 
Vierge Marie ; c'est elle dont 
les entrailles ont produit ce 
Fruit qui a daigné nous ras- 
sasier du Pain des Anges, 
Eve avait dévoré un fruit 
dans sa désobéissance : Marie 
nous a rendu un Fruit de 
salut. Bien différente est 
l'œuvre du serpent de celle de 
la Vierge. L'un a versé les 
poisons qui nous ont mis en 
péril ; de l'autre sont sortis 
les mystères du Sauveur. 
D'un côté a paru l'iniquité 
du tentateur ; de l'autre, la 
Majesté du Rédempteur est 
venue au secours. Rédemp- 
teur, il est né, et il a connu 
la mort ; Créateur, il est res- 



perdidit in parente, suscité ; et par lui l'humaine 
Christo recepit auctore. nature a vu cesser son escla- 
vage et a recouvré sa liberté, retrouvant dans le Christ, 
son créateur, ce ou'elle avait perdu en Adam, son pre- 
mier père. 



LE VENDREDI 



DE LA DEUXIEME SEMAINE DE L AVENT. 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez , ado- 
rons-le. 

Du Prophète Isaïe. 
Chap. XXIV. 

VOICI que le Seigneur ren- 
dra déserte la terre: il la 
dépouillera, il en désolera la 
face, et il en dispersera les 
habitants. Et alors le prêtre 
sera comme le peuple ; le sei- 
gneur comme l'esclave ; la 
maîtresse comme la servante : 
celui qui vend comme celui 
qui achète; celui qui prête 
comme celui qui emprunte ; 
celui qui redemande ce qu'il 
a prête comme le débiteur. 
La terre sera bouleversée et 
livrée au pillage ; car c'est le 
Seigneur qui a parlé. La 
terre a pleuré, elle s'est fon- 
due, elle est tombée en défail- 
lance. L'univers s'est dis- 
sous ; la grandeur des peuples 
est tombée en décadence. Et 
la terre a été infectée par ses 
habitants : car ils ont trans- 
gressé le= lois , changé le 
droit, rompu l'alliance éter- 
nelle. A cause de cela , la 
malédiction dévorera la terre; 
ceux qui l'habitent s'aban- 
donneront au péché ; ceux 



Tjegem venturum Do- 
f^ minum, venite, ado- 

remu-. 

De Isaia Propheta. 
Cap. XXIV. 

ECCE Dominus dissipa- 
bit terram, et nuda- 
bit eam : et affliget fa- 
ciem ejus, et disperget 
habitatores ejus. Et erit 
sicut populus, sic sacer- 
dos, et sicut servus, sic 
dominus ejus; sicut an- 
cilla. sic domina ejus ; 
sicut emens, sic ille qui 
vendit; sicut fœnerator, 
sic is qui mutuum acci- 
pit : sicut qui repetit, sic 
qui débet. Dissipatione 
dissipabitur terra et di- 
reptionepraedabitur •' Do- 
minus enim locutus est 
verbum hoc. Luxit , et 
defluxit terra . et infir- 
mata est altitudo populi 
terras. Et terra infecta est 
ab habitatoribus suis : 
quia transgressi sunt le- 
ges, mutaverunt jus, dis- 
sipaverunt fœdus sempi- 
ternum. Propter hoc ma- 
ledictio vorabit terram, 
et peccabunt habitatores 
ejus , ideoque insanient 



20$ 



VA vent. 



cultores ejus ; et relin- 
quentur homines pauci. 
Luxit vindemia , infir- 
mata est vitis. ingemue- 
runt omnes qui laetaban- 
tur corde. Cessavit gau- 
dium tympanorum, quie- 
vit sonitus laetantium , 
conticuit dulcedo citha- 
rae. Cum cantico non 
bibent vinum : ar^ara 
erit potio bibentibus il- 
lam. Attrita est civitas 
vanitatis : clausa est om- 
nis domus, nullo intro- 
eunte. Clamor erit super 
vino in plateis: déserta 
est omnis laetitia, trans- 
latum est gaudium terrae. 
Relicta est in urbe soli- 
tudo, et calamitas oppri- 
met portas. Quia nsec 
erunt in medio terrae, in 
medio populorum ; quo- 
modo si paucœ oliva? quœ 
remanserunt , excutian- 
tur ex olea : et racemi, 
cum fuerit finita vinde- 
mia. Hi levabunt vocem 
suam, atque laudabunf, 
cum glorificatus fuerit 
Dominus , hinnient de 
mari. Propter hoc in doc- 
trinis glorificate Domi- 
num, in insulis maris no- 
men Domini Dei Israël. 
A finibus terrae laudes 
audivimus, gloriam justi. 



qui la cultivent seront insen- 
sés ; et il n'y demeurera qu'un 
petit nombre d'hommes. Le 
vin a pleuré, la vigne a lan- 
gui ; ils ont gémi, tous ceux 
qui avaient la joie dans le 
cœur. L'allégresse des tam- 
bours a cessé, le bruit des ré- 
jouissances s'est reposé , la 
douceur de la harpe s'est tue. 
Ils ne boivent plus de vin en 
chantant: amer sera le breu- 
vage à ceux qui le boivent: 
la cité du faste a été brisée: 
toutes ses maisons sont fer- 
mées : et personne n'y entre 
plus. Il y aura un cri dans les 
rues, parce qu'il n'y a plus 
de vin ; tout divertissement 
est abandonné ; la joie est 
bannie de la terre. La soli- 
tude est dans la ville, et la 
calamité en a brisé les portes. 
Et voilà ce qui restera au mi- 
lieu de la terre, au milieu des 
peuples : il y aura comme 
quelques olives qui demeu- 
rent sur l'olivier, après qu'on 
l'a secoué, et encore, comme 
quelques grappes, après que 
la vendange est finie. Ceux-là 
élèveront leurs voix et ils 
chanteront des cantiques de 
louanges ; ils jetteront de 
grands cris de dessus la mer, 
quand le Seigneur aura été 
glorifié. C'est pourquoi, glo- 



uoi, 
rifiez le Seigneur selon la 
science : célébrez le nom du Seigneur Dieu d'Israël 
dans les îles de la mer. Nous avons entendu des extré- 
mités de la terre des louanges : elles célébraient la 
gloire du juste. 



Le Deuxième Vendredi de VA vent. 



20g 



Ainsi était désolée la terre au jour où le 
Messie la vint délivrer et sauver. Les vérités 
étaient si fort diminuées chez les enfants des 
hommes, que le genre humain penchait à sa 
ruine. La connaissance du vrai Dieu allait 
s'obscurcissant de plus en plus; l'idolâtrie 
embrassait toute la création dans les objets 
de son culte adultère; une morale hideuse 
était la conséquence d'une si grossière reli- 
gion ; l'homme était sans cesse armé contre 
l'homme ; et l'ordre social n'avait d'autres 
garanties que l'esclavage et l'extermination. 
Au milieu de tant de peuples, on avait peine 
à trouver quelques hommes qui cherchassent 
Dieu; ils étaient rares sur la terre, comme 
les olives oubliées sur l'arbre après la ré- 
colte, comme les grappes que le vendangeur 
néglige sur le cep; tels furent, dans le Ju- 
daïsme, ces vrais Israélites que le Sauveur 
prit pour disciples, et tels, dans la Gentilité, 
les Mages qui vinrent d'Orient demander le 
Roi nouveau-né, et plus tard Corneille le 
Centurion que l'Ange du Seigneur envoya 
vers saint Pierre. Mais avec quelle fidélité et 
quelle joie ils reconnurent le Dieu incarné! 
Quels cris d'allégresse ils firent éclater, quand 
ils connurent qu'ils avaient été réservés 
pour voir de leurs yeux le Sauveur promis! 

Or, tout ceci se renouvellera à l'approche 
des jours où le Messie devra reparaître. La 
terre sera désolée de nouveau, la race hu- 
maine sera dans l'abaissement. Les hommes 
corrompront encore leurs voies, et avec 
une malice d'autant plus grande, que le 
Verbe de vie aura lui à leurs yeux. Cepen- 
dant, une grande tristesse, une impuissance de 



14 



L'A vent. 



vivre saisira les nations ; elles se sentiront 
vieillir avec la terre qui les porte; et il ne 
| leur viendra pas en pensée que les destinées 
j du monde touchent à leur fin. Il y aura de 
i grands scandales : les Etoiles du ciel, c'est-à- 
\. dire plusieurs de ceux qui étaient Docteurs 
en Israël, feront défaut, et leur lumière se 
| changera en ténèbres. Il y aura des jours d'é- 
5 preuve, et la foi diminuera; en sorte qu'au 
\ moment où le Fils de l'homme paraîtra, il 
I aura peine à en trouver encore sur la terre. 
I Gardez-nous, Seigneur, de voir ces jours de 
f tentation, ou fortifiez dans nos cœurs la do- 
cilité envers votre sainte Eglise, qui sera le 
! seul fanal de vos fidèles au milieu d'une si 
\ éclatante défection. Donnez-nous, 6 Sauveur! 
! d'être du nombre de ces olives choisies, de 
r ces grappes de prédilection par lesquelles 
ï vous compléterez l'heureuse récolte qui doit 
l remplir vos celliers durant l'éternité. Gardez 
' en nous le dépôt de la foi que vous y avez 
| placé ; que le contact des nouveautés ne l'ai- 
[ tère point; que notre œil soit toujours fixé 

I» vers cet Orient que nous indique la sainte 
Eglise, et où vous paraîtrez tout d'un coup 
avec gloire. A l'aspect de votre triomphe, 
nous pousserons des cris d'allégresse, et 
bientôt, semblables à des aigles qui se ras- 
semblent autour d'une proie, nous volerons 
au-devant de vous à travers les airs, comme 
parle votre Apôtre; et nous serons toujours 
avec vous. (I. Thess. iv, 16.) C'est alors qu'on 
entendra retentir la gloire du Juste jusqu'aux 
extrémités de cette terre qu'il vous plaira de 
conserver, jusqu'à ce que les arrêts de votre 
miséricorde et ceux de votre justice aient 



Le Deuxième Vendredi de VA vent. 211 



reçu leur pleine exécution. O Jésus! sauvez 
l'œuvre de vos mains, et soyez-nous propice 
en ce grand jour. 

HYMNE DE LEVENT. 

{Bréviaire Mozarabe, en la II e Semaine de 
VAvent.) 

A Pâtre, Unigenite, 
Ad nos venis per 

Virginem, 
Baptismi rore conse- 

crans, 
Cunctos fide regenerans. 



FILS unique du Père, vous 
descendez à nous par la 
Vierge, pour nous bénir de 
la rosée baptismale, et nous 
régénérer tous par la foi. 



Parti des hauteurs du ciel, 
un Dieu a pris la forme d'un 
homme pour retourner en- 
suite, vainqueur de la mort, 
ennous laissant les joies d'une 
vie nouvelle. 

C'est pourquoi nous vous 
prions, ô Rédempteur! Des- 
cendez dans votre miséri- 
corde, et répandez en nos 
cœurs les clartés de la lumière 
déifiante. 

Gloire soit à Dieu le Père, 
à son Fils unique, et à l'Es- 
prit consolateur, dans les siè- 
cles éternels. 

Amen. 



De cœlo celsus pro- 
diens, 
Excepit formam hominis, 
Victor a morte rediens, 
Gaudia vitae largiens. 



Hoc te , Redemptor, 

quassumus, 
Illabere propitius, 
Clarumque nostris cordi- 

bus 
Lumen prœbe deificum. 

Deo Patri sit gloria 
Ejusque soli Filio 
Cum Spiritu Paraclito, 
In sempiterna saecula. 

Amen. 



PRIERE DU MISSEL G-VLLICAN. 

(In Adventu Domini. Collecta.) 



DIEU tout-puissant, daignez 
faire que nos âmes soient 
•nflammées de votre Esprit, 



Animée nostrae, quaesu- 
mus omnipotens 
Deus, hoc potiantur desi- 






2 12 



L'A vent. 



derio ; ut a tuo Spiritu in- 
flaramentur, ut sicut lam- 
pades, divino munere sa- 
tiati , ante conspectum 
venientis Christi Filii 
tui velutclara luminaful- 
geamus. 



suivant le désir qu'elles en 
ont ; afin que, rassasiés du 
don céleste, nous puissions, 
comme des lampes brillantes, 
luire en présence de Jésus- 
Christvotre Fils, qui va bien- 
tôt paraître. 



mmtmmmmms&m 



LE SAMEDI 



DE LA DEUXIEME SEMAINE DE LAVENT. 



LE Roi qui doit venir, le 
Seigneur : venez, ado- 
rons-le. 

Du Prophète Isaïe. 
Chap. XXV. 

Seigneur, vous êtes mon 
Dieu : je vous exalterai et 
je confesserai votre nom ; 
parce que vous avez fait des 
choses merveilleuses, et rem- 
pli avec fidélité vos antiques 
desseins. Amen. Car vous 
avez réduit toute une ville en 
un tombeau ; cette ville si 
forte n'est plus qu'une ruine, 
la demeure des étrangers ; 
elle ne sera plus ville, et on 
ne la rebâtira jamais. C'est 
pourquoi un peuple puissant 
vous louera ; la cité des na- 
tions robustes vous craindra : 
car vous êtes devenu la force 
de l'indigent dans sa tribula- 
tion, l'espoir dans la tem- 
pête, l'ombrage contre la cha- 
leur. Et le Seigneur des ar- 
mées fera à tous les peuples, 
sur cette montagne, un festin 
de viandes délicieuses, un 
festin de vins exquis, de vian- 
des pleines de suc et de moelle, 
d'un vin pur sans aucune lie. 
Et il brisera sur cette monta- 



Regem venturum Do- 
minum, venite. ado- 
remus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. XXV. 

Domine, Deus meus es 
tu, exaltabo te, et 
confitebor nomini tuo : 
quoniam fecisti mirabi- 
lia, cogitationes anti- 
quas fidèles. Amen. Quia 
pos.uisti civitatem in tu- 
mulum, urbem fortem in 
ruinam, domum alieno- 
rum, ut non sit civitas, 
et in sempiternum non 
aîdificetur. Super hoc 
laudabit te populus for- 
tis, civitas gentium ro- 
bustarumtimebitte.Quia 
factus es fortitudo pau- 
peri, fortitudo egeno 
in tribulatione sua : spes 
a turbine, umbraculum 
ab aestu. Et faciet Domi- 
nusexercituum omnibus 
populisin montehoccon- 
vivium pinguium, convi- 
vium vindemias, pin- 
guium medullatorum , 
vindemiae defaecatae. Et 
prascipitabit in monte 
isto faciem vinculi colli- 



214 



L'A vent. 



gati super omnes popu- 
los, et telam quam ordi- 
tus est super omnes na- 
tiones. Praecipitabit mor- 
tem in sempiternum : et 
auferet Dominus Deus la- 
crymam ab omni facie, 
et opprobriumpopuli sui 
auferet de universa ter- 
ra : quia Dominus locu- 
tus est. Et dicet iii die 
illa : Ecce Deus noster 
iste, exspectavimus eum, 
et salvabit nos : iste Do- 
minus, sustinuimus eum, 
exultabimus et laetabi- 
mur in Salutari ejus. 



gne la chaîne qui était serrée 
sur tous les peuples, et la toile 
que l'ennemi avait ourdie sur 
toutes les nations. Il précipi- 
tera la mort à jamais ; et le 
Seigneur Dieu séchera -les 
larmes de tous les yeux, et il 
effacera l'opprobre de son 
peuple de dessus la terre ; 
car c'est le Seigneur qui a 
parlé. Et son peuple dira en 
ce jour-là: C'est là vraiment 
celui qui est notre Dieu ; 
nous l'avons attendu, et il 
nous sauvera : il est le Sei- 
gneur; nous avons supporté 
ses délais; nous tressaillerons 
et nous nous réjouirons dans 
le Salut qu'il vient opérer. 

Encore un peu de temps, et le triomphateur 
de la mort va paraître, et nous dirons, dans 
la joie de notre cœur : C'est là notre Dieu ; 
nous V avons attendu, et il nous sauvera ; nous 
avons supporté ses délais, et nous nous réjoui- 
rons maintenant dans le Salut qu'il vient opé- 
rer. Préparons donc la voie du Seigneur, 
pour le recevoir dignement; et dans cette 
œuvre de préparation, aidons-nous du se- 
cours de Marie. Ce jour du samedi lui est 
consacré; elle nous y accordera d'autant plus 
volontiers sa faveur. Considérons-la pleine 
de grâce, portant en elle celui que nous dé- 
sirons aussi porter en nous. Si nous lui de- 
mandons par quel moyen elle a pu se rendre 
digne d'une si haute distinction, elle nous 
dira qu'en elle a été simplement accomplie 
la prophétie que l'Eglise redit plusieurs fois 
au temps de PAvent : Toute vallée sera rem- 



Le Deuxième Samedi de VA vent. 2i5 

plie. L'humble Marie a été la vallée bénie 
du Seigneur; vallée fraîche et fertile, en la- 
quelle Dieu a semé le divin froment, Jésus 
notre Sauveur : car il est écrit dans le 
Psaume que les vallées seront abondantes en 
froment, (lxxiv, 14.) O Marie! c'est par votre 
humilité que vous avez attiré les regards de 
votre Créateur. Si, du haut du ciel où il 
habite, il eût aperçu une vierge plus humble 
dans son amour, il l'eût choisie de préférence 
à vous ; mais vous avez ravi son cœur, ô divine 
vallée toujours verdoyante et émaillée de la 
fleur des vertus ! Que ferons-nous, pécheurs, 
collines altières ? Il nous faut nous abaisser, par 
amour et par reconnaissance, devant le Dieu 
qui s ! abaisse lui-même. Marie, obtenez-nous 
cette grâce. Faites que nous disions désor- 
mais à toutes les volontés du Seigneur notre 
Dieu ce que vous avez dit vous-même : Nous 
sommes les serviteurs du Seigneur ; qu'il nous 
soit fait selon son bon plaisir. 

PROSE EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

(Tirée du Missel de Cluny de i523.) 

Gabriel, envoyé des cieux, \ ^ issus Gabriel de cœ- 
fidèle messager de la 
{>arole, converse en un saint 
angage avec la Vierge bien- 
heureuse. 



Sa parole bonne et suave se 
répand en la sainte demeure; 
et lenomd\EYj, se changeant 
sur ses lèvres, devient Ave, 
Salut ! 

Donc, selon le pacte nou- 
veau, voici que le Verbe se 



V 

Verbi bajulus fidelis, 
Sacris disserit loquelis 
Cum beata Virgine. 

Verbum bonum et 
suave 
Pandit intus in conclave, 
Et ex Eva format Ave, 
Evae verso nomine. 



Consequenter 
pactum, 



juxta 



2 l6 



VA vent. 



Verbum caro fac- 

tum ; 
Semper tamen est intac- 

tum 
Puellare gremium. 

Patrera pariens igno- 
rât, 

Et quam homo non dé- 
florât, 

Non torquetur, nec labo- 
rat, 

Quando parit filium. 

Signum audis novita- 
tis; 
Credesolum, et est satis ; 
Non est nostrae facultatis 
Solvere corrigiam. 

Grande signum et in- 
signe 
Est in rubo et in igné ; 
Ne appropiet indigne 
Calciatus quisquam. 

Virga sicca sine rore, 
Novo ritu, novo more, 
Fructum protulit cum 

flore ; 
Sicque Virgo peperit. 

Benedictus talis fruc- 

tus, 
Fructus gaudii, non luc- 

tus ; 
Non erit Adam seductus, 
Si de hoc gustaverit. 

Jésus noster, Jésus bo- 
nus, 
Piœ Matris piura onus, 



fait chair ; mais toujours de- 
meure intact le sein pudique 
de la Vierge. 



Celle qui enfante n'a point 
vu le père ; et sans que l'hom- 
me l'ait ternie , sans souf- 
france et sans labeur , elle 
met au jour un fils. 



Ecoute : c'est un signe nou- 
veau ; crois seulement , et 
c'est assez ; il n'est pas de 
notre faiblesse de percer un 
si profond mystère. 

C'est un signe grand et su- 
blime ; c'est le prodige du 
buisson enflammé; que nul 
indigne n'en approche sans 
déposer sa chaussure. 

C'est la verge stérile, qui, 
sans rosée, d'une façon nou- 
velle et inouïe, a produit le 
fruit avec la fleur. Ainsi en- 
fanta la Vierge. 

Béni est un fruit si doux ; 
fruit de joie et non de deuil ; 
non, Adam ne sera pas sé- 
duit, s'il ose le porter à sa 
bouche. 



Notre Jésus, le bon Jésus, 
pieux fardeau d'une Mère si 
tendre, Jésus, qui dans le ciel 



Le Deuxième Samedi de VA vent. 21 j 



a son trône, va naître dans 
une étaole. 



C'est pour nous qu'il pren- 
dra naissance ; qu'il daigne 
effacer nos péchés ; car notre 
pèlerinage s'écoule parmi les 
périls. 

Amen. 



Cujus est in ccelo thro- 

nus 
Nascitur in stabulo. 

Qui sic est pro nobis 
natus 
Nostros deleat reatus ; 
Quia noster incolatus 
Hic est in periculo. 

Amen. 



PRIERE DU BREVIAIRE MOZARABE. 

(Au Vendredi de la troisième Semaine 
ÏAvent.) 



de 



OUI pourra, ôFilsde Dieu, 
scruter vos voies ? dire 
les sentiers par lesquels vous 
êtes entré dans la Vierge de 
laquelle vous devez naître, 
et ceux par lesquels vous re- 
monterez au ciel ?Mais parce 
que vous seul connaissez 
toutes choses, vous dont le 
nom demeure au-dessus des 
bornes de l'univers ; donnez- 
nous de toujours concevoir et 
dire à votre sujet des choses 
exemptes d'erreur ; afin que 
vous qui descendez des som- 
mets de votre force, pour se- 
courir ce qu'il y a de plus 
humble, vous nous rendiez 
dignes de vos bienfaits. 
Amen. 



it, Bi 



Ouïs poterit, ueus 
Filius, scrutari vias 
tuas ? Vel quibus aditi- 
bus nasciturus ad Virgi- 
nem veneris ? Vel quibus 
semitis ad superna re- 
gressus es ? Et ideo, quia 
tu solus cuncta conside- 
rans es, cujus nomen su- 
pra terras terminos per- 
manet ; da nobis, illa de 
te semper considerare et 
dicere, quœculpœcareant 
lege : ut, qui excelsus in 
fortitudine veniens hu- 
milia respicis, dignos fa- 
cias nos muneribus tuis. 
Amen. 







LE TROISIEME DIMANCHE de L'AVENT. 




a joie de l'Eglise s'accroît en- 
core dans ce Dimanche. Elle 
soupire toujours après le Sei- 
gneur ; mais elle sent qu'il ap- 
proche , et elle croit pouvoir 
tempérer l'austérité de cette 
carrière de pénitence par l'innocente allé- 
gresse des pompes religieuses. D'abord, ce 
Dimanche a reçu le nom de Gaudete, du pre- 
mier mot de son Introït; mais, de plus, on y 
observe les touchants usages qui sont propres 
au quatrième Dimanche de Carême appelé 
Lœtare. On touche l'orgue à la Messe; les 
ornements sont de la couleur rose; le Diacre 
reprend la dalmatique, et le Sous-Diacre la 
tunique ; dans les Cathédrales, l'Evêque 
assiste, paré de la mitre précieuse. Admirable 
condescendance de l'Eglise, qui sait si bien 
unir la sévérité des croyances à la gracieuse 
poésie des formes liturgiques! Entrons dans 
son esprit, et réjouissons-nous aujourd'hui, à 
cause de l'approche du Seigneur. Demain, 
nos soupirs reprendront leur cours; car, bien 



Le Troisième Dimanche de VA vent. 21g 



qu'il ne doive pas tarder, il ne sera pas venu 
encore. 

La Station a lieu dans la Basilique de Saint- 
Pierre, au Vatican. Ce temple auguste qui 
couvre le tombeau du Prince des Apôtres est 
l'asile universel du peuple chrétien; il con- 
vient qu'il soit témoin des joies comme des 
tristesses de l'Eglise. 

L'Office de la nuit débute par un nouvel In- 
vitatoire : la voix de l'Eglise ne convie plus 
les fidèles à venir adorer avec terreur le Roi 
qui doit venir, le Seigneur. Son langage 
change de caractère; son cri est un cri d'allé- 
gresse. Tous les jours, jusqu'à la Vigile de 
Noël, elle ouvre les Nocturnes par ces grandes 
paroles : 

LE Seigneur est déjà pro- |^ROPE est jam Domi- 
che : venez, adorons-le, 



L nus : venite, adore- 



Prenons maintenant le livre du Prophète, 
et lisons avec la sainte Eglise : 



Du Prophète Isaïe. 
Chap. XXVI. 

EN ce jour-là on chantera 
ce cantique en la terre de 
Juda : Sion est la ville de 
notre force ; le Sauveur en 
sera la muraille et le rempart. 
Ouvrez les portes et qu'un 
peuple juste y entre, un peu- 

Ele observateur de la vérité. 
, 'erreur ancienne est passée ; 
vous nous conserverez la 
paix : la paix, car nous avons 
espéré en vous. Vous avez 
mis à jamais votre espérance 
dans le Seigneur, dans le 



De 



Isaia Propheta. 
Cap. XXVI. 



pu 

VI 
N die illa cantabitur 
1 canticum istud in 
terra Juda. Urbs forti- 
tudinis nostras Sion ; Sal- 
vator ponetur in ea mu- 
rus et antemurale. Ape- 
rite portas, et ingredia- 
turgens jus ta, custodiens 
veritatem. Vêtus error 
abiit, servabis pacem : 
pacem, quia in te spera- 
vimus. Sperastis in Do- 
mino in saeculis asternis : 
in Domino Deo forti in 



220 



L'A vent. 



perpetuum. Quia incur- 
vabit habitantes in ex- 
cebo, civitatem subli- 
mem humiliabit. Humi- 
liabit eam usque ad ter- 
ram, detrahet cam usque 
ad pulverem. Conculca- 
bit eam pes ; pedes pau- 
peris, gressus egenorum. 
Semita justi recta est. 
rectus callis justi ad am- 
bulandum. Et in semita 
judiciorum tuorum. Do- 
mine, sustinuimus te : 
nomen tuum. et memo- 
riale tuum in desiderio 
animae. Anima mea desi- 
deravit te in nocte : sed 
et spiriiu meo in prae- 
cordiis meis, de mane 
vigilabo ad te. 

O sainte Eglise Romaine, Cité de notre 
force ! nous voici rassemblés dans tes murs, 
autour du tombeau de ce pêcheur dont la 
cendre te protège sur la terre, tandis que son 
immuable doctrine t'éclaire du haut du ciel. 
Mais, si tu es forte, c'est par le Sauveur qui 
va venir. 11 est ta muraille d'enceinte : car c'est 
lui qui enveloppe tous tes enfants dans sa mi- 
séricorde ; il est ton rempart invincible : car 
c'est par lui que les puissances de l'enfer ne 
prévaudront jamais contre toi. Dilate tes 
portes, afin que tous les peuples se pressent 
dans ton enceinte; car tu es la maîtresse de la 
sainteté, la gardienne de la vérité. Puisse 
l'antique erreur qui s'oppose à la foi finir 
bientôt, et la paix s'étendre sur tout le trou- 
peau ! O sainte Eglise Romaine ! tu as mis à 



Seigneur Dieu, toujours in- 
vincible; car il abaissera ceux 
qui sont dans l'élévation, il 
humiliera la cité superbe. Il 
l'humiliera jusqu'en terre, il 
la fera descendre jusqu'à la 
poussière. Le pied la foulera, 
le pied des pauvres, le pas 
de l'indigent. Le sentier du 
juste est droit, le chemin ou 
il marche est sans détour. 
Aussi nous vous avons atten- 
du, Seigneur, dans le sentier 
de votre justice ; votre nom 
et votre souvenir sont les 
délices de l'âme. Mon âme 
vous a désiré pendant la 
nuit, et je m'éveillerai vers 
le point du jour, pour m'oc- 
cuper de vous dans mon es- 
prit et dans mon cœur. 



Le Troisième Dimanche de l'Avent. 221 

jamais ton espérance dans le Seigneur et à 
son tour fidèle à sa promesse, il a humilié de- 
vant toi les hauteurs superbes, les cités d'or- 
gueil. Où sont les Césars qui crurent t'avoir 
noyée dans ton propre sang ? où sont les Em- 
pereurs qui voulurent forcer l'inviolable vir- 
ginité de ta foi ? où sont les sectaires que cha- 
que siècle, pour ainsi dire, a vus s'attaquer 
successivement à tous les articles de ta doc- 
trine ? où sont les princes ingrats qui tentè- 
rent de t'asservir, toi qui les avais faits ce qu'ils 
étaient ? où est cet Empire du Croissant qui 
tant de fois rugit contre toi, lorsque, désar- 
mée, tu refoulais si loin l'orgueil de ses con- 
quêtes? où sont les Réformateurs qui préten- 
dirent constituer un Christianisme sans toi ? 
où sont ces sophistes modernes, aux yeux 
desquels tu n'étais plus qu'un fantôme im- 
puissant et vermoulu ? ou seront, dans un 
siècle, ces rois tyrans de l'Eglise, ces peuples 

?ui cherchent la liberté hors de la vérité? 
ls auront passé avec le fracas du torrent ; 
et toi, tu seras toujours calme, toujours jeune, 
toujours sans rides, ô sainte Église Romaine, 
assise sur la pierre inébranlable. Ta marche 
à travers tant de siècles aura été droite, comme 
celle du juste; tu te retrouveras toujours sem- 
blable à toi-même, comme déjà tu n'as cessé 
de l'être durant dix-neuf siècles, sous le soleil 
qui hors de toi n'éclaire que les variations de 
l'humanité. D'où te vient cette solidité, si ce 
n'est de celui qui lui-même est la Vérité et la 
Justice? Gloire à lui en toi ! Chaque année, 
il te visite; chaque année, il t'apporte de 
nouveaux dons, pour t'aider à achever le pè- 
lerinage; et jusqu'à la fin des siècles, il vien- 



222 



L'A vent. 



dra ainsi te visiter, te renouveler, non seule- 
ment par la puissance de ce regard avec lequel 
il renouvela Pierre : mais en te remplissant 
de lui-même, comme il remplit la glorieuse 
Vierge, l'objet de ton plus doux amour, après 
celui que tu portes à l'Epoux. Nous prions 
avec toi, 6 notre Mère ! et nous disons : Ve- 
nez, Seigneur Jésus ! « Votre nom et votre 
« souvenir sont les délices de nos âmes ; elles 
« vous désirent durant la nuit, et dès le point 
« du jour nous nous réveillons pour songer 
« à vous. » 



A LA MESSE. 

hpout le peuple étant attentif, la voix des 

1 chantres entonne la mélodie grégorienne, 

et fait retentir ces consolantes paroles de 

l'Apôtre : 

INTROÏT. 



Gaudete in Domino 
semper : iterum di- 
co, gaudete. Modestia 
vestra nota sit omnibus 
hominibus : Dominus 
enim prope est. Nihil 
solliciti suis : sed in 
omni oratione petitiones 
vestrae innotescant apud 
Deum. 

Ps. Benedixisti, Domi- 
ne, terram tuam : aver- 
tisti capfivitatem Jacob. 
f. Gloria Patri. 



Rejouissez-vous sans 
cesse dans le Seigneur ; 
je vous le dis encore, rejouis- 
sez-vous. Que votre modes- 
tie soit connue de tous les 
hommes : le Seigneur est 
proche. Soyez sans inquiétu- 
de ; mais faites connaître à 
Dieu vos désirs par les priè- 
res et les supplications. 

Ps. Seigneur, vous avez 
béni la terre qui est à vous ; 
vous avez ramené Jacob de la 
captivité. Gloire au Père. 

L'Eglise demande, dans la Collecte, la grâce 
de cette visite qui apporte la lumière et dis- 
sipe les ténèbres. Les ténèbres causent la 



Le Troisième Dimanche de VA vent. 223 

terreur de l'âme; la lumière, au contraire, 
réjouit et raffermit le cœur. 

PRIONS. 

F) rêtez, Seigneur, votre 



\ UREM tuam, quaesu- 
** mus Domine, pre- 
cibus nostris accom- 
moda : et mentis nostrœ 
tenebras gratia tuas visi- 
tationis illustra. Qui vi- 
vis et régnas in saecula 
saïculorum. Amen. 

Les Oraisons de la Sainte Vierge, contre les 
persécuteurs de l'Eglise et pour le Pape, sont 
a la Messe du premier Dimanche de l'Avent, 
page i32. 



oreille a nos pncres, et 
éclairez les ténèbres de notre 
âme par la grâce de votre 
visite ; vous qui vivez et 
régnez dans les siècles des 
siècles. Amen. 



Lecture de l'Epître de saint 
Paul, Apôtre, aux Philip- 
piens. Chap. IV. 

Mes Frères, réjouissez-vous 
sans cesse dans le Sei- 
gneur ; je vous le dis encore : 
réjouissez-vous. Que votre 
modestie soit connue de tout 
le monde : le Seigneur est 
proche. Soyez sans inquié- 
tude; mais faites connaître à 
Dieu vos désirs parles prières 
et les supplications accom- 
pagnées d'actions de grâces. 
Et que la paix de Dieu , 
laquelle est au-dessus de 
toutes nos pensées, garde vos 
cœurs et vos intelligences, en 
Jésus-Christ notre Seigneur. 



Lectio Epistolae beati 
Pauli Apostoli ad Phi- 
lippenses. Cap. IV. 

Fratres , gaudete in 
Domino semper, ite- 
rum dico : gaudete. Mo- 
destia vestranota sit om- 
nibus hominibus : Domi- 
nus prope est. Nihil sol- 
liciti sitis : sed in omni 
oratione, et obsecratione, 
cum gratiarum actione, 
petitiones vestree inno- 
tescant apud Deum. Et 
pax Dei, quae exsuperat 
omnem sensum , custo- 
diat corda vestra, et in- 
telligentias vestras , in 
Christo Jesu Domino 
nostro. 



Nous devons, en effet, nous réjouir dans le 
Seigneur ; car le Prophète et l'Apôtre s'ac- 



224 



VAvent. 



cordent à encourager nos désirs vers le Sau- 
veur. L'un et l'autre nous annoncent la paix. 
Soyons donc sans inquiétude : Le Seigneur 
est proche ; il est proche de son Eglise ; il est 
proche de chacune de nos âmes. Pouvons-nous 
demeurer auprès d'un feu aussi ardent, et 
demeurer glacés ? Ne le sentons-nous pas 
venir, à travers tous les obstacles que sa sou- 
veraine élévation, notre profonde bassesse, 
nos nombreux péchés lui suscitaient i II fran- 
chit tout. Encore un pas, et il sera en 
nous. Allons au-devant de lui par ces prières, 
ces supplications, ces actions de grâces dont 
parle l'Apôtre. Redoublons de ferveur et de 
zèle pour nous unir à la sainte Eglise, dont 
les voeux vont devenir de jour en 'jour plus 
ardents vers celui qui est sa lumière et son 
amour. Répétons d'abord avec elle : 



GRADUEL. 



^>«/ per Cherubim, ex- 
cita potcntiam tuam, et 
veni. 

y. Qui régis Israël, in- 
tende : Qui deducis ve- 
lut oveir», Joseph. 

Alléluia, alléluia. 

y. Excita, Domine, po- 
tentiara tuam, et veni, 
ut salvos facias nos. Al- 
léluia. 



Vous qui êtes assis sur les 
Chérubins, faites éclater 
votre puissance, Seigneur, et 
venez. 

y. Ecoutez-nous, ô vous qui 
gouvernez Israël, qui condui- 
sez Joseph comme une brebis. 
Alléluia, alléluia. 
f. Seigneur, faites éclater 
votre puissance, venez et sau- 
vez-nous. Alléluia. 



Sequentia sancti Evan- 
gelii secundum Johan 
nem. Cap . /. 

IN illo tempore : Mise 
runt Judcei ab Jeroso 



EVANGILE. 

Suite du saint Evangile selon 
saint Jean. Chjf. I. 



rtt ce temps-là, les Juifs 
C envoyèrent de Jérusalem 



Le Troisième Dimanche de VA vent. 2 25 



des prêtres et des lévites vers 
Jean pour lui demander : Qui 
êtes-vous ? Et il confessa, et 
il ne nia pas; et il confessa 
qu'il n'était pas le Christ. Et 
ils l'interrogèrent de nou- 
veau, disant : Quoi donc ? 
êtes-vous Elie ? Et il A leur 
dit : Je ne le suis point. Etes- 
vous prophète ? Et il répon- 
dit : Non. Ils lui dirent donc : 
Qui êtes-vous, afin que nous 
puissions rendre réponse à 
ceux qui nous ont envoyés ? 
Que dites-vous de vous- 
même ? Je suis, dit-il, la voix 
qui crie dans le désert : Ren- 
dez droites les voies du Sei- 
gneur, comme a dit le pro- 
phète Isaïe. Or, ceux qu'on 
lui avait envoyés étaient Pha- 
risiens. Et ils l'interrogèrent, 
et ils lui dirent: Pourquoi 
donc baptisez-vous, si vous 
n'êtes ni le Christ, ni Elie, 
ni prophète ? Jean leur fit 
cette réponse, disant : Pour 
moi, je baptise dans l'eau; 
mais il y en a un au milieu 
de vous, que vous ignorez. 
C'est celui-là même qui doit 
venir après moi, et qui est 
avant moi : et je ne suis pas 
digne de délier les cordons 
de sa chaussure. Ces choses 
se passèrent en Béthanie au 
delà du Jourdain, où Jean 



lymis sacerdotes et levi- 
tas ad Joannem, ùt inter- 
rogarent eum.' Tu quis 
es ? Et confessus est, et 
non negavit, et confessus 
est : Quia non sum ego 
Christus. Et interroga- 
verunt eum : Quid ergo ? 
Elias es tu ? Et dixit: 
Non sum. Propheta es 
tu ? Et respondit : Non. 
Dixerunt ergo ei : Quis 
es, ut responsum demus 
his qui miserunt nos ? 
Quid dicis de teipso ? 
Ait : Ego vox clamantis 
in deserto : Dirigite viam 
Domini, sicut dixit Isaias 
propheta. Et qui missi 
fuerant erant ex Phari- 
saeis. Et interrogaverunt 
eum, et dixerunt ei : 
Quid ergo baptizas, si tu 
non es Christus, neque 
Elias, neque propheta ? 
Respondit eis Joannes , 
dicens : Ego baptizo in 
aqua : médius autem ves- 
trum stetit , quem vos 
nescitis. Ipse est, qui 
post me venturus est, qui 
ante me factus est : cujus 
ego non sum dignus ut 
solvam ejus corrigiam 
calceamenti. Hase in Be- 
thania facta sunt trans 
Jordanem, ubi erat Joan- 
nes baptizans. 



baptisait. 

// y en a un au milieu de vous que vous ne 
connaissez pas, dit saint Jean-Baptiste aux 
envoyés des Juifs. Le Seigneur peut donc être 



i5 



2 2Ô L'A vent. 



proche; il peut même être venu, et cepen- 
dant demeurer encore inconnu à plusieurs. Ce 
divin Agneau fait la consolation du saint 
Précurseur, qui estime à si grand honneur 
de n'être que la Voix qui crie aux hommes 
de préparer les sentiers du Rédempteur. 
Saint Jean est en cela le type de l'Eglise et 
de toutes les âmes qui cherchent Jésus-Christ. 
Sa joie est entière à cause de l'arrivée de 
l'Epoux; mais il est entouré d'hommes pour 
qui ce divin Sauveur est comme s'il n'était 
pas. Or, nous voici parvenus à la troisième 
semaine de ce saint temps de l'Avent : tous 
les cœurs sont-ils ébranlés au bruit de la 
grande nouvelle de l'arrivée du Messie? 
Ceux qui ne veulent pas l'aimer comme 
Sauveur, songent-ils du moins à le craindre 
comme juge? Les voies tortueuses se redres- 
sent-elles? les collines songent-elles à s'abais- 
ser ? la cupidité et la sensualité ont-elles été 
sérieusement attaquées dans le cœur des 
chrétiens ? Le temps presse : Le Seigneur est 
proche ! Si ces lignes tombaient sous ies 
yeux de quelques-uns de ceux qui dorment 
au lieu de veiller dans l'attente du divin 
Enfant, nous les conjurerions d'ouvrir les 
yeux et de ne plus tarder à se rendre di- 
gnes d'une visite qui sera pour eux. dans le 
temps, l'objet d'une grande consolation, et 
qui les rassurera contre les terreurs du der- 
nier jour. O Jésus ! envoyez votre grâce avec 
plus d'abondance encore ; forcez-les d'entrer, 
afin que ce que saint Jean disait de la Syna- 
gogue ne soit pas dit du peuple chrétien : // 
y en a un au milieu de vous que vous ne con- 
naisse^ y as. 



Le Troisième Dimanche de VA vent. 22 7 



B 



enedixisti, Domine, 
terram tuam; aver- 
tisti captivitatem Jacob, 
remisisti iniquitatem pie- 
bis tua;. 



D 



Pendant l'oblation, on doit s'unir aux vœux 
de l'Eglise, et demander avec elle la fin de 
la captivité dans laquelle nos péchés nous 
retiennent, et l'arrivée du Libérateur. 

OFFERTOIRE. 

SEIGNEUR, vous avez béni la 
terre qui est à vous : vous 
avez ramené Jacob de la 
captivité ; vous avez par- 
donné l'iniquité de votre 
peuple. 

SECRÈTE. 

Faites, s'il vous plaît, Sei- 
gneur, que notre dévotion 
vous immole sans cesse cette 
hostie , qui produira l'effet 
pour lequel vous avez établi 
ce sacré mystère, en opérant 
en nous d'une façon merveil- 
leuse le Sauveur que vous 
nous avez préparé. Par Jésus- 
Christ notre Seigneur. 

Les autres Secrètes comme 
Dimanche, page 107. 

Pendant la Communion, les paroles que 
l'Eglise chante sont empruntées du Prophète 
Isaïe ; elles ont pour but de rassurer le cœur 
de l'homme faible et pécheur. Ne craignez 
point, 6 chrétiens ! c'est Dieu qui vient; mais 
il vient pour sauver, pour se donner à sa 
créature. 

COMMUNION. 

icite : Pusillanimes, 

confortamini et no- 

lite timere : ecce Deus 

noster veniet, et salvabit 

nos. 



evotionis nostrœ ti- 
bi, qusesumus Do- 
mine, hostia jugiter im- 
moletur ; quae et sacri 
peragat instituta myste- 
rii, et Salutare tuum in 
nobis mirabiliter opere- 
tur. Per Dominum. 



au premier 



DrTES à mon peuple : Vous 
qui avez le cœur abattu, 
prenez courage et ne craignez 
point: voici notre Dieu qui 
vient, et il nous sauvera. 



D 



228 



L'A vent. 



La sainte Eglise, dans l'Oraison suivante, 
demande que'la visite secrète qu'elle vient 
de recevoir de son Epoux la dispose à la so- 
lennelle visite qu'il s'apprête à lui faire dans 
la fête de Noël. 

POSTCOMMUNION. 



Nous implorons, Seigneur, 
votre clémence, afin que 
ce secours divin que nous 
venons de recevoir, en puri- 
fiant nos péchés, nous pré- 
pare à la solennité qui s'ap- 
proche. Par Jésus-Christ 
notre Seigneur. 

Les autres Postcommunions comme au pre- 
mier Dimanche, page 1 38. 



Imploramus, Domine , 
clementiam tuam " ut 
ha?c divina subsidia, a 
vitiis expiatos, ad festa 
ventura nos prajparent. 
Pcr Dominum. 



A VEPRES. 



i. Ant. 



VENIET 
Domi- 
nus, et non tardabit, et 
illuminabit abscondita 
tenebrarum, et manifes- 
tabit se ad omnes gentes. 
Alléluia. 

2. Ant. Jérusalem , 
gaude gaudio magno , 
quia veniet tibi Salvator. 
Alléluia. 

3. Ant. Dabo in Sion 
salutem, et in Jérusalem 
gloriam meam. Alléluia. 

4. Ant. Montes et 
omnes colles humilia- 
buntur : et erunt prava in 
directa, et aspera in vias 
planas : veni, Domine, et 



1 Ant I E Seigneur 

1. ANT. L viendra, et il 
ne tardera pas; il éclairera la 
profondeur des ténèbres, et se 
manifestera à toutes les na- 
tions. Alléluia. 

2. Ant. Jérusalem , ré- 
jouis-toi d'une grande joie ; 
car le Sauveur viendra vers 
toi. Alléluia. 

3. Ant. J'établirai le salut 
dans Sion, et ma gloire dans 
Jérusalem. Alléluia. 

4. Ant. Les montagnes et 
les collines seront abaissées : 
les chemins tortueux seront 
redressés, et ceux qui étaient 
raboteux seront aplanis : ve- 



Le Troisième Dimanche de VA vent. 22g 



nez. Seigneur, et ne tardez 
pas. Alléluia. 

5. Ant. Vivons dans la 
justice et la piété, en atten- 
dant la bienheureuse espé- 
rance, et l'Avènement du Sei- 
gneur. Alléluia. 

CAPITULE 



noli tardare. Alléluia. 



5. Ant. Juste et pie 
vivamus , exspectantes 
beatam spem 
ventum 

luia. 



et Ad- 

Domini. Alle- 



Mes Frères, réjouissez-vous 
sans cesse dans le Sei- 



gneur; je le dis encore une 
fois : réjouissez-vous. Que 
votre modestie soit connue 
de tous les hommes : car le 
Seigneur est proche. 

L'Hymne Creator aime siderum et le Can- 
tique Magnificat sont aux pages 107 et 108 
antienne de Magnificat. 



Fratres , gaudete in 
Domino semper ; ite- 



omino semper 
rum dico : gaudete. Mc- 
destia vestra nota sit 
omnibus hominibus : Do- 
minus enim prope est. 



Vous 
M 



OUS êtes bienheureuse, 



ane, parce que vous 



Beata es, Maria, quae 
credidisti Domino ; 
perficientur in te, quae 
dicta sunt tibia Domino. 
Alléluia. 



choses qui vous ont été dites 
de la part du Seigneur s'ac- 
compliront en vous. Alléluia. 

Mais si le troisième dimanche de l'Avent 
tombe le 17 Décembre, en place de cette 
Antienne , on dit la première des grandes 
Antiennes (O Sapientia), qui l3 trouve avec 
les six autres, au Propre des Saints, du 17 au 
23 Décembre. 



Prêtez , Seigneur , votre 
oreille à nos prières, et 
éclairez les ténèbres de notre 
âme par la grâce de votre 
visite ; vous qui vivez et ré- 
gnez dans les siècles des 
siècles. Amen. 



OREMUS. 

AUREM. tuam, quassu- 
mus Domine, preci- 
bus nostris accommoda, 
et mentis nostraîtenebras 
gratia tuœ visitationis il- 
lustra. Qui vivis et ré- 
gnas. 



W^^^WWWWWWW^^^^^^^f^^f^»^* 



LE LUNDI 



DE LA TROISIEME SEMAINE DE LAVENT. 



Prope est jam Domi- 
nus : venue, adore- 
mus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. XXVIII. 

Hjec dicit Dominus 
Deus : Ecce ego 
mittam in fundamentis 
Sion lapidem , lapidem 
prol atum , angularem , 
pretiosum , in funda- 
mento fundatum. Qui 
crediderit, non festinet. 
Et ponam in pondère ju- 
dicium, et justitiam in 
mensura , et subvertet 
grando spem mendacii, 
et protectionem aquae 
inundahunt. Etdelebitur 
fœdus vestrum cum mor- 
te , et pactum vestrum 
cum inferno non stabit. 



LE Seigneur est déjà proche: 
, venez, adorons-le. 



Du Prophète Isaïe. 
Chap. XXVIII. 

VOICI ce que dit le Seigneur 
Dieu: Je vais placer dans 
les fondements de Sion une 
pierre, une pierre éprouvée, 
angulaire, précieuse, qui sera 
un ferme fondement. Que 
celui qui croit ne se hâte 
point. Et j'établirai un poids 
de justice et une mesure d'é- 
quité ; et la grêle détruira 
l'espérance du mensonge ; 
les eaux emporteront le rem- 
part derrière lequel on se 
croyait en sûreté ; et l'al- 
liance que vous aviez faite 
avec la mort sera rompue, et 
votre pacte avec l'enfer ne 
subsistera plus. 

Père céleste, vous vous préparez à poser 
dans les fondements de Sion une Pierre terme 
et angulaire; et celte Pierre qui donnera la 
solidité à Sion qui est l'Eglise, cette Pierre est 
votre Fils incarné. Déjà elle avait été figurée, 
suivant le commentaire de votre Apôtre, par 
ce Rocher du désert qui recelait les eaux abon- 
dantes et salutaires dans lesquelles votre 



Le Troisième Lundi de VA vent. 23 1 

peuple se désaltéra. Voici que vous allez 
nous la donner bientôt en réalité; elle est 
déjà descendue du ciel ; et l'heure approche 
où elle va être posée dans le fondement. O 
Pierre d'union et de solidité! par vous, il n'y 
aura plus ni Juif, ni Gentil, mais une seule 
famille ; par vous, les hommes ne bâtiront 
plus sur le sable ces édifices éphémères que 
les pluies et les vents emportaient au pre- 
mier choc. L'Eglise s'élèvera sur la Pierre, 
et son faîte atteindra jusqu'au ciel sans qu'il 
y ait rien à craindre pour sa base ; et si fai- 
ble, si mobile que soit l'homme dans ses 
pensées, pourvu qu'il s'appuie sur vous, ô 
Pierre divine, il participera à votre immuta- 
bilité. Malheur à celui qui vous dédaigne ! 
car vous avez dit, ô Vérité éternelle : « Celui 
« qui tombera sur cette Pierre sera brisé; et 
« celui sur qui elle tombera sera écrasé ». 
Gardez-nous de ce double malheur , ô 
vous, Pierre auguste, appelée à occuper la 
première place de l'angle, et qui pourtant 
avez été rejetée par d'aveugles architectes. 
Ne permettez pas que nous ayons le malheur 
d'être du nombre de ceux qui vous ont ainsi 
méconnue. Donnez-nous de vous honorer 
toujours comme le principe de notre force, 
comme l'unique raison de notre solidité ; 
et parce que vous avez communiqué cette 
qualité de Pierre immuable à un de vos Apô- 
tres, et par lui à ses successeurs jusqu'à la 
consommation des siècles, accordez-nous de 
nous tenir sans cesse fermes sur le rocher 
de la sainte Eglise Romaine, avec laquelle 
toutes les Eglises, sur toute la surface de la 
terre, se préparent à célébrer votre divine 



23 a 



L'A vent. 



apparition, ô Pierre précieuse, Pierre éprou- 
vée, qui venez détruire l'empire du mensonge 
et briser l'alliance que le genre humain avait 
faite avec la Mort et l'Enfer. 

HYMNE DE l'aVENT. 



(Au Bréviaire Mozarabe, I e 
VA vent.) 



Dimanche de 



Ghristi caterva cla- 
mitet, 
Rerum parenti proximas 
Quas esse sentit gratias, 
Laudesque promat maxi- 
mas. 



Vatum poli oracula 
Perfecit olim tradita, 
Cum nos redemit unicus 
Factoris orbis Filius. 



Verbum profectum , 

proditum, 
Tulit reatum criminum, 
Sumensque nostrum pul- 

verem, 
Mortis peremit princi- 

pem. 

A matre natus tempore, 
Sed sempiternus a Pâtre, 
Duabus in substantiis, 
Persona sola est Numi- 



Venit Deus factus ho- 
mo, 



/~\W la famille du Christ 
\^J fasse éclater ses chants ; 
qu elle offre au Père universel 
les actions de grâces les plus 
dignes d'une si haute majesté, 
et qu'elle consacre à sa gloire 
les louanges les plus magni- 
fiques. 

Le Fils unique du Dieu qui 
forma l'univers , en venant 
nous racheter, a rempli les 
oracles sortis jadis de la bou- 
che des prophètes du ciel. 

Le Verbe descendu du 
trône de la gloire pour se ma- 
nifester, a délivré les hom- 
mes de la peine que méri- 
taient leurs crimes ; et, pre- 
nant notre poussière, il a ter- 
rassé le prince de la mort. 

Né d'une mère dans le 
temps, mais éternel par son 
Père, il n'est en deux sub- 
stances qu'une seule Personne 
de Dieu. 

Dieu est venu se faisant 
homme : afin que le vieil nom- 



Le Troisième Lundi de l'Avent. 2 33 



me, devenu nouveau, brille 
d'une beauté nouvelle, renais- 
sant dans le Dieu nouveau- 
né. 

Que le peuple des Gentils, 
qui a pris renaissance par la 
grâce, triomphant de joie, et 
fier de son trophée, célèbre 
tous les ans celte fête de la 
Naissance. 

Que cet Avènementsoit cé- 
lébré par les vœux solennels 
de tous ceux qui sont appe- 
lés à prendre part au triom- 
phe d'un si grand jour ; 

Afin que cette humble dé- 
monstration de notre zèle soit 
pour nous un motif d'espé- 
rance, lorsque le second Avè- 
nement, éclatant toutà coup, 
glacer-t le monde de terreur. 

A Dieu le Père soit gloire, 
et à son Fils unique, avec 
l'Esprit consolateur, dans les 
siècles éternels. 

Amen. 



Xitescat ut cultu novo, 
Renatus in nato Deo, 
Factus îovus vêtus ho- 
mo. 

Natalis hinc ob gau- 

dium, 
Ovans tropha?o, gentium 
Renata plebs per gra- 

tiam, 
Hœc festa praebet annua. 

Adventus hic solemni- 
bus 
Votis feratur omnibus, 
Quos sustinere convenit 
Tanti diei gloriam. 

Secundus ut cum cœ- 
perit, 
Orbemque terror pres- 
sent ; 
Succurrathœc humillima 
Susceptionis dignitas. 

Deo Patri sit gloria, 
Ejusque soli Filio, 
Cum Spiritu Paraclito, 
In sempiterna saecula. 

Amen. 



PRIERE DU MISSEL A.MBROSIEN. 



(En la Messe du IV e Dimanche de VA 
Préface.) 



'ent. 



Cest une chose digne et 
juste, équitable et salu- 
taire, que nous célébrions en 
ce saint temps la mémoire de 
la Bienheureuse Marie, tou- 
jours Vierge ; elle qui porta 



V 



ère dignum et justum 
est, asquum et salu- 
tare, nos beatae semper 
Virginis Maria; solemnia 
celebrare, quœ parvo 
utero Dominumccelipor- 



2 34 



L'A vent. 



tarit : et. Angelo pra?- 
nuntuinte. Verbum carne 
mortali edidit salvato- 
rem. Hic est mundi Re- 
demptor, castis concep- 
tus visceribus ; clausa in- 
grediens, et clausa relin- 
quens. 



dans l'enceinte étroite de ses 
entrailles le Maître du ciel, 
et qui, après avoir reçu le 
message prophétique de l'An- 
ge, mit au jour le Verbe lui- 
même, devenu notre Sauveur 
dans une chair mortelle. C'est 
lui qui est le Rédempteur du 
monde, conçu dans un sein 
virginal, pénétrant ce qui est 
fermé et le laissant fermé 
après sa visite. 



^âïêtiâjêbéb<$. 



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LE MARDI 



DE LA TROISIEME SEMAINE DE L'AVENT. 



LE Seigneur est déjà pro- 
che : venez, adorons-le. 

Du Prophète Isaïe. 
^ Chap. XXX. 

LE Seigneur attend afin de 
vous faire miséricorde, et 
il signalera sa gloire en vous 
pardonnant ; parce que le 
Seigneur est un Dieu d'équi- 
té : heureux tous ceux qui 
l'attendent ! Car le peuple de 
Sion habitera encore dans Jé- 
rusalem : toi qui pleures, tu 
ne pleureras plus ; il aura 
compassion de toi. Lorsque 
tu crieras vers lui, à peine 
aura-t-il entendu ta voix, 
qu'il te répondra. Et le Sei- 
gneur vous donnera du pain 
en petite quantité, et de l'eau 
en petite mesure ; et il ne 
fera plus disparaître de de- 
vant toi celui qui t'instrui- 
sait, et tes yeux verront ton 
Docteur. Et le Seigneur ré- 
pandra la pluie sur tes grains, 
partout où tu auras semé ; et 
le pain de tes récoltes sera 
très abondaut et savoureux. 
En ce jour-là, l'agneau trou- 
vera dans tes plaines de spa- 
cieux pâturages ; et tes tau- 
reaux et tes ânons qui labou- 



Prope est jam Domi- 
nus : venite.adoremus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. XXX. 

EXSPECTAT Dominus ut 
misereatur vestri, et 
ideo exaltabitur parcens 
vobis : quia Deus judicii 
Dominus,beati omnes qui 
exspectant eum. Populus 
enim Sion habitabit in 
Jérusalem : plorans ne- 
quaquam plorabis : mi- 
serans miserebitur tui : 
ad vocem ciamoris tui 
statim ut audierit, res- 
pondebit tibi. Et dabit 
vobis Dominus panem 
arctum, et aquam bre- 
vem : et non faciet avo- 
lare a te ultra doctorem 
tuum, et erunt oculi tui 
videntes prœceptorem 
tuum. Et dabitur pluvia 
semini tuo , ubicumque 
seminaveris in terra : et 
panis frugum terrse erit 
uberrimus et pinguis. 
Pascetur in possessione 
lata in die illo agnus 
spatiose, et tauri tui, et 
pulli asinorum, qui ope- 
rantur terram, commix- 



236 



L'A vent. 



tum migma comedent si- 

cut in area ventilatum est. 
Et erunt super omnem 
montem excelsum. et su- 
per omnem collem eleva- 
tum rivi currentium aqua- 
rum in die interfectionis 
multorum. cum cecide- 
rint turres. Et erit lux 
Iuqx sicut lux solis, et 
lux solis erit septem- 
pliciter sicut lux sep- 
tem dierum. in die qua 
alligaverit Dominus vul- 
nuspopuli sui, et percus- 
suram plagas ejus sana- 
verit. Êcce nomen Do- 
mini venit de longinquo, 
ardens furor ejus. et gra- 
vis ad portandum : labia 
ejus repleta sunt indi- 
gnatione, et lingua ejus 
quasi ignis devorans. 
Spiritus ejus velut tor- 
rens inundans usque ad 
médium colli , ad per- 
dendas Gentes in nihi- 
lum, et froenum erroris 
quod erat in maxillis po- 
pulorum. 



rent la terre, mangeront tou- 
tes sortes de grains mêlés en- 
semble, comme ils auront été 
vannés dans l'aire. Et il y aura 
sur toutes les montagnes les 
plus hautes et sur toutes les 
collines les plus élevées, des 
ruisseaux d'eau courante, au 
jour où plusieurs auront été 
tués, au jour où les tours se- 
ront tombées. Et la lumière 
de la lune sera comme la lu- 
mière du soleil, et la lumière 
du soleil sera sept fois plus 
éclatante, comme serait la lu- 
mière de sept jours ensemble, 
lorsque le Seigneur aura 
bandé la plaie de son peuple, 
et guéri la blessure qu'il avait 
reçue. Voici le Nom du Sei- 
gneur qui vient de loin; sa 
fureur est ardente et dure à 
porter. Ses lèvres sont plei- 
nes d'indignation, et sa lan- 
gue est comme un feu dévo- 
rant. Son souffle est comme 
un torrent débordé qui en- 
gloutit l'homme jusqu'au cou ; 
il vient perdre et anéantir 
les nations, et rompre le frein 
d'erreur qui retenait les mâ- 
choires des peuples. 

Donc, ô Jésus ! nous ne pleurerons plus : 
vous allez vous rendre à nos cris, et nos yeux 
vous verront, vous, notre Maître, notre 
Docteur. Si vous tardez encore, c'est pour 
nous faire miséricorde ; car vous avez mis 
votre gloire à pardonner. O félicité de votre 
Royaume ! ô fertilité de nos champs, c'est-à- 
dire de nos âmes, quand s-otre rosée scia 



Le Troisième Mardi de l'Avent. 2 3 7 

tombée sur elles ! ô douceur et suavité de 
notre Pain qui sera vous-même, ô Pain vi- 
vant descendu du ciel ! 6 splendeur de la 
lumière dont vous réjouirez nos yeux mor- 
tels, au jour même où vous banderez nos 
plaies ! qu'il vienne donc bientôt, ce jour 
fortuné : qu'elle approche cette nuit radieuse 
où Marie déposera son divin fardeau. Telle 
est la confiance de nos cœurs dans ce misé- 
ricordieux Avènement, que nous éprouvons 
moins de terreur à l'annonce formidable que 
nous fait votre Prophète, qui, franchissant 
les âges avec la rapidité de votre parole, nous 
dénonce déjà l'approche du jour redoutable 
où vous arriverez tout à coup, ardent dans 
votre fureur, les lèvres pleines d'indignation, 
et la langue semblable à un feu dévorant. 
Aujourd'hui nous ne faisons qu'espérer, et 
nous attendons un Avènement tout pacifique : 
soyez-nous propice au dernier jour; mais 
présentement laissez-nous vous dire avec un 
de vos pieux serviteurs, le vénérable Pierre 
de Celles, dans son premier Sermon de l'A- 
vent : « Oui, venez, ô Jésus ! mais dans les 
« langes, non dans les armes ; dans l'humi- 
« lité', non dans la grandeur ; dans la crèche. 
« non sur les nuées du ciel; dans les bras de 
« votre Mère, non sur le trône de votre Ma- 
« jesté; sur l'ânesse, et non sur les Chéru- 
« bins ; vers nous, et non contre nous ; pour 
« sauver, et non pour juger ; pour visiter 
« dans la paix, et non pour condamner dans 
a la fureur. Si vous venez ainsi, ô Jésus! au 
« lieu de vous fuir, c'est vers vous que nous 
« fuirons. » 



38 



L'A vent 



HYMNE TIREE DE L ANTHOLOGIE DES GRECS. 

(Au xx Décembre.) 



Bethlehem , praepa- 
rare, omnibus ape- 
ritur Eden ; lœtare . 
Ephrata, quia arborvitae 
in spelunca effloruit ex 
Virgine; ejus enim ven- 
ter paradisus demonstra- 
tus est spiritualis , in 
quo est divina planta, de 
qua manducantes vivi- 
mus ; neque enim am- 
plius sicut Adam morie- 
mur : nam Christus nas- 
citur, lapsam principio 
relevans imaginem. 

Ministraturus Chris- 
:us libemer progreditur. 
plasmatis iormam plas- 
tes accipit ; qui locuples 
est divinitate, Adam in- 
digenti novam reforma- 
tionem atque nativitatem 
ut commiserans elargi- 
tur. 

Inclinans coelos et in 
Virgine habitans progre- 
ditur carnaliter, Bethle- 
hem in spelunca parien- 
dus , ut scriptum est, 
videndusque infantulus 
qui infantes in vulva vi- 
viheat : ipsi gaudentes 
nunc obviemus omnes 
corde veloci. 

Dominus nascens ut 
hospes, sapienter in pro- 
pria venit : recipiamus 



B 



ethlehem , prepare-toi , 
Eden est ouvert à tous; 
réjouis-toi, Ephrata, car dans 
la grotte l'arbre de vie a 
fleuri au sein de la Vierge. 
Ce sein est devenu un Para- 
dis spirituel, où nous trou- 
vons la plante divine, de la- 
quelle ayant mangé nous vi- 
vons ; car désormais nous ne 
mourrons plus comme Adam : 
le Christ naît pour relever 
son image tombée aux pre- 
miers jours du monde. 

Le Christ daigne venir lui- 
même pour servir ; il prend, 
lui créateur , la forme de 
l'œuvre de ses mains ; riche 
de sa divinité et plein de 
miséricorde , il apporte à 
Adam misérable une création 
et une naissance nouvelles. 

Il incline les cieux, et, habi- 
tant dans la Vierge, il ap- 
F roche revêtu de notre chair. 
1 va naître en la grotte de 
Bethlehem, ainsi qu'il a été 
écrit : il va paraître comme 
un enfant, celui qui donne la 
vie aux enfants dans le sein 
des mères ; allons tous au-de- 
vant de lui avec un cœur ar- 
dent et joyeux. 

Le Seigneur plein de sa- 
gesse vient naître comme 
étranger en son propre do- 



maine ; recevons-le, afin que, 
devenus les hôtes du Paradis 
de délices, nous y puissions 
habiter de nouveau par la 
miséricorde de celui qui naît 
dans l'étable. 

Déjà les portiques de la 
divine Incarnation du Verbe 
s'ouvrent pour tous. Cieux, 
réjouissez-vous ; Anges, tres- 
saillez d'allégresse ; que la 
terre et ses habitants se 
livrent à une joie spirituelle 
avec les Bergerset les Mages. 
La Vierge s'avance portant 
un vase d'albâtre tout rempli 
d'un parfum spirituel ; elle 
s'introduitd'une manière mys- 
térieuse en la grotte pour l'y 
répandre avec prudence, et 
remplir nos âmes de sa bonne 
odeur. 

Accourez, Vertus angé- 
liques^ ; vous qui habitez 
Bethléhem. préparez la crè- 
che, car le Christ va naître ; 
la Sagesse s'avance. Reçois, 
ô Eglise, les félicitations ; 
peuples, disons pour réjouir 
la Mère de Dieu : Béni soit 
celui qui vient, notre Dieu. 

Le Christ notre Dieu pa- 
raîtra au grand jour ; il 
s'avance, il va venir, et ne 
tardera pas ; il apparaîtra 
issu d'une Vierge intacte ; 
dans quelques jours il repo- 
sera dans la grotte ; et toi, 
crèche d'animaux privés de 
raison, reçois, pour être en 
toi enveloppé de langes, 



eum, ut hospites factos 
paradisi deliciarum ite- 
rum habitare facial natus 
in spelunca. 



Jam divinae Verbi In- 
carnationis omnibus ape- 
ritur propylasun ; cœli, 
gaudete ; Angeli, exsul- 
tate ; lastetur terra cum 
hominibus. una cum Pas- 
toribus et Magis in spi- 
ritu. 

Fert sicut unguentum 
spirituale non vacuum 
Virgo alabastrum, et 
illud gestat in spelunca 
in spiritu ad evacuandum 
sapienter illud, ut bono 
odore repleat animas nos- 
tras. 

Angelicaî accurrîte 
Virtutes ; qui in Bethlé- 
hem estis, prasparate prae- 
sepium, Christus enim 
nascitur ; Sapientia pro- 
greditur. Accipe saluta- 
tionem, ticclesia ; in gau- 
dium Dei Matris dica- 
mus, populi : Benedictus 
qui venit, Deus noster. 

Christus Deus noster 
manifeste gradiens ve- 
niet, et non tardabit ; ex 
nuptinescia nympha vi- 
debitur ; in spelunca 
autem requiescet ; et tu.. 
prœsepe alogorum, quem 
cœlum non continet, ac- 
cipe fasciis in te invol- 
vendum, qui uno verbo 



24 r > 



L'A vent. 



nostras alogias solvit. 



Chorum âge , Isaia , 
Verbum Dei demonstra, 
prophetiza puellœ Mariœ 
rubum incendiari, et igné 
non consumi. Splendore 
Deitatis , Bethlehem , 
adornare ; aperi januam, 
o Eden : atque iter capite 
Magi, Salutem visuri in 
praesepio fasciatam ; 
quem sidus designavit 
desuper speluncam, vitœ 
datorem Dominum sal- 
vantem genus nostrum. 



celui que le ciel ne peut con- 
tenir, qui d'une parole réparc 
nos coupables folies. 

Mène le chœur, ô Isaïe ! 
signale-nous le Verbe de 
Dieu ; prophétise-nous com- 
ment le buisson de la Vierge 
Marie est en feu sans se ;on- 
sumer. Orne-toi, Bethlehem, 
d'une splendeur de Divinité ; 
Eden , ouvre tes portes ; 
Mages, mettez-vous en che- 
min pour voir le Salut enve- 
loppé de langes en la crèche : 
c'est lui qu'a désigné l'astre 
mystérieux s'arrètant au-des- 
sus de l'étable, l'auteur de la 
vie , le Seigneur qui vient 
sauver le genre humain. 



PRIERE DU MISSEL GALLICAN. 

(In Adventu Domini, Immolatio.) 



\T ère dignum et justum 
* est, nos tibi hic et 

ubique semper gratias 
agere , Domine sancte , 
Pater omnipotens, aeterne 
Deus, cui proprium est 
veniam delictis impen- 
dere , quam pœnaliter 
imminere. Qui fabricam 
tui operis per eumdem 
rursus lapidem es digna- 
tus erigere , ne imago, 
quas ad similitudinem tui 
facta fuerat vivens, dis- 
similis haberetur ex 
morte. Munus venialis 
indulgentine prœstitisti : 
ut unde mortem peccato 



C'est une chose digne et 
juste, que nous vous ren- 
dions grâces en tout temps et 
en tous lieux, ô vous, Sei- 
gneur saint, Père tout-puis- 
sant, Dieu éternel, dont la 
nature est plutôt d'accorder 
le pardon du péché que de 
sévir par de juste» châti- 
ments. C'est vous qui avez 
daigné employer à relever 
l'édifice que vos mains avaient 
bâti, la même pierre qui était 
entrée dans sa construction ; 
afin que cette image vivante 
que vous aviez formée à votre 
ressemblance ne fût pas ren- 
due dissemblable à son prin- 



Le Troisième Mardi de l'A vent. 24-i 



cipe par la mort. Vous avez 
accordé une remise pleine 
d'indulgence, en sorte que la 
cause même qui avait produit 
la mort par le péché servît à 
réparer la vie , par votre 
immense miséricorde. La voix 
des Prophètes fit plus d'une 
fois retentir l'oracle, et vint 
l'Ange Gabriel annoncer à 
Marie que les temps étaient 
arrivés. La Vierge crut, et 
dans son sein s'accomplit la 
conception tant désirée du 
Verbe fidèle aux promesses : 
et il fut soumis aux lois de la 
naissance humaine, celui par 
la volonté duquel tous les 
êtres sont produits. Le sein 
de la Vierge prenait accrois- 
sement, et, malgré la fécon- 
dité de ses entrailles , son 
corps ne perdait rien de sa 
merveilleuse pureté. Un re- 



contraxerat, inde vitam 
pietas repararet immen- 
sa. Ha?c postquam Pro- 
phetica sœpius vox prae- 
dixit ; et Gabriel Angé- 
lus Mariae jam prœsentia 
nantiavit , mox puellœ 
credentis in utero, fide- 
lis Verbi mansit aspirata 
conceptio ; et illa proies 
nascendi sub lege latuit, 
quœ cuncta suo nasci 
nutu concessit. Tume- 
batur Virginis sinus ; et 
fœcunditate suorum vis- 
cerum corpus mirabatur 
intactum. Grande mundo 
spondebatur auxilium , 
fœminae partus sine viro 
mysterium ; quando nul- 
lius maculae nebula fus- 
cata tenso nutriebat ven- 
tre prœcordia, mox futura 
genitrix genitoris. 



pureté 
mède puissant était promis au monde, par ce mystère de 
l'enfantement d'une femme sans le secours de l homme ; 
de cette femme dont le plus léger nuage n'obscurcit 
jamais la pudeur, et qui pourtant, Mère future de son 
créateur, sentait croître en elle le fruit que nourrissaient 
ses entrailles. 



16 



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LE iMERCREDI 

DES Q U AT R E-T E M PS. 

iROPE est jam Do- i t ESeigneurest déjà proche: 
minus : venite, ado- *- venez, adorons-le. 



L'Eglise commence à pratiquer en ce jour 
le jeûne appelé des Quatre- Temps, lequel 
s'étend aussi au Vendredi et au Samedi sui- 
vants. Cette observance n'appartient point à 
l'économie liturgique de l'Avent : elle est 
une des institutions générales de l'Année 
Ecclésiastique. On peut la ranger au nombre 
des usages qui ont été imités de la Synago- 
gue par l'Eglise; car le prophète Zacharie 
parle du Jeûne du quatrième, du cinquième, du 
septième et du dixième mois. L'introduction 
de cette pratique dans l'Eglise chrétienne 
semble remonter aux temps apostoliques ; 
c'est du moins le sentiment de saint Léon, 
de saint Isidore de Séville, de Rhaban Maur 
et de plusieurs autres écrivains de l'antiquité 
chrétienne : néanmoins, il est remarquable 
que les Orientaux n'observent pas ce jeûne. 

Dès les premiers siècles, les Quatre-Temps 
ont été fixés, dans l'Eglise romaine, aux épo- 
ques où on les garde encore présentement; et 
si l'on trouve*" plusieurs témoignages des 
temps anciens dans lesquels il est parlé de 
Trois Temps et non de Quatre, c'est parce 
que les Quatre-Temps du printemps, arri- 
vant toujours dans le cours de la première 
Semaine de Carême, n'ajoutent rien aux 



Le Mercredi des Quatre- Temps. 248 

observances de la sainte Quarantaine déjà 
consacrée à une abstinence et à un jeûne 
plus rigoureux que ceux qui se pratiquent 
dans tout autre temps de l'année. 

Les intentions du jeûne des Quatre-Temps 
sont les mêmes dans l'Eglise que dans la Sy- 
nagogue : c'est-à-dire de consacrer par la 
pénitence chacune des saisons de l'année. Les 
Quatre-Temps de l'Aventsont connus, dans 
l'antiquité ecclésiastique, sous le nom de 
Jeûne du dixième mois; et saint Léon nous 
apprend, dans un des Sermons qu'il nous a 
laissés sur ce jeûne, et dont l'Eglise a placé 
un fragment au second Nocturne du troi- 
sième dimanche de l'Avent, que cette époque 
a été choisie pour une manifestation spéciale 
de la pénitence chrétienne, parce que c'est 
alors que la récolte des fruits de la terre 
étant terminée, il convient que les chrétiens 
témoignent au Seigneur leur reconnaissance 
par un sacrifice d'abstinence, se rendant d'au- 
tant plus dignes d'approcher de Dieu, qu'ils 
sauront dominer davantage l'attrait des 
créatures ; « car, ajoute le saint Docteur, le 
« jeûne a toujours été l'aliment de la vertu. 
« Il est la source des pensées chastes, des 
« résolutions sages, des conseils salutaires. 
« Par la mortification volontaire, la chair 
« meurt aux désirs de la concupiscence, l'es- 
« prit se renouvelle dans la vertu. Mais 
.« parce que le jeûne seul ne nous suffit pas 
« pour acquérir le salut de nos âmes, sup- 
« pléons au reste par des oeuvres de miséri- 
« corde envers les pauvres. Faisons servir à 
« la vertu ce que nous retrancherons au plai- 
« sir ; et que l'abstinence de celui qui jeûne 



■44 



L'A veut. 



« devienne la nourriture de l'indigent. » 
Prenons notre part de ces avertissements, 
nous qui sommes les enfants de la sainte 
Eglise ; et puisque nous vivons à une époque 
où le jeûne de l'Avent n'existe plus, portons- 
nous avec d'autant plus de ferveur à remplir 
le précepte des Quatre- Temps, que ces trois 
jours, en y joignant la Vigile de Noël, sont les 
seuls auxquels la discipline actuelle de l'E- 
glise nous enjoigne d'une manière précise, 
en cette saison, l'obligation du jeûne. Rani- 
mons en nous, à l'aide de ces légères obser- 
vances, le zèle des siècles antiques, nous 
souvenant toujours que si la préparation inté- 
rieure est surtout nécessaire pour l'Avène- 
ment de Jésus-Christ dans nos âmes, cette 
préparation ne saurait être véritable en nous, 
sans se produire à l'extérieur par les prati- 
ques de la religion et de la pénitence. 

Le jeûne des" Quatre-Temps a encore une 
autre fin que celle de consacrer, par un acte 
de piété, les diverses saisons de l'année; il a 
une liaison intime avec l'Ordination des Mi- 
nistres de l'Eglise, qui reçoivent le samedi 
leur consécration, et dont la proclamation 
avait lieu autrefois devant le peuple à la 
Messe du Mercredi. Dans l'Eglise Romaine, 
l'Ordination du mois de Décembre fut long- 
temps célèbre ; et il paraît, par les anciennes 
Chroniques des Papes, que, sauf les cas tout 
à fait extraordinaires, le dixième mois fut, 
durant plusieurs siècles, le seul où l'on con- 
férât les saints Ordres à Rome. Les fidèles 
doivent s'unir aux intentions de l'Eglise, et 
présenter à Dieu l'offrande de leurs jeûnes 
et de leurs abstinences, dans le but d'obtenir 



Le Mercredi des Quatre- Temps. 245 

de dignes Ministres de la Parole et des Sacre- 
ments, et de véritables Pasteurs du peuple- 
chrétien. 

En l'Office des Matines, l'Eglise ne lit rien 
aujourd'hui du prophète Isaïe ; elle se con- 
tente de rappeler le passage de l'Evangile de 
saint Luc dans lequel est racontée l'Annon- 
ciation de la Sainte Vierge, et lit ensuite un 
fragment du Commentaire de saint Ambroise 
sur ce même passage. Le choix de cet Evan- 
gile, qui est le même que celui de la Messe, 
selon l'usage de toute l'année, a donné une 
célébrité particulière au Mercredi de la troi- 
sième semaine de l'Avent. On voit, par d'an- 
ciens Ordinaires à l'usage de plusieurs Eglises 
insignes, tant Cathédrales qu'Abbatiales, que 
l'on transférait les. fêtes qui tombaient en ce 
Mercredi; qu'on ne disait point ce jour-là, à 
genoux, les prières fériales ; que l'Evangile 
Missus est, c'est-à-dire de l'Annonciation, 
était chanté à Matines par le célébrant revêtu 
d'une chape blanche, avec la croix, les cierges 
et l'encens, et au son de la grosse cloche ; 
que, dans les Abbayes, l'Abbé devait une 
homélie aux Moines, comme aux fêtes solen- 
nelles. C'est même à cet usage que nous som- 
mes redevables des quatre magnifiques Ser- 
mons de saint Bernard sur les louanges de 
la Sainte Vierge, et qui sont intitulés : Super 
Missus est . 

Comme il est rare que la Messe des Qua- 
tre-Temps soit chantée hors des Eglises où 
l'on célèbre l'Office Canonial, et aussi, pour 
ne pas grossir ce volume outre mesure, nous 
n'avons pas jugé à propos de donner ici le 
texte des Messes des Mercredi, Vendredi et 



24O 



L'A vent. 



Samedi des Quatre-Temps de l'Avent. Nous 
nous contenterons d'indiquer la Station. Le 
Mercredi, elle a lieu à Sainte-Marie-Majeure, 
à cause de l'Evangile de l'Annonciation qui, 
comme on vient cïe le voir, a fait pour ainsi 
dire attribuer à ce jour les honneurs d'une 
véritable Fête de la Sainte Vierge. 

Comme nous devons toucher quelque 
chose de ce mystère ci-après, dans le Propre 
des Saints de l'Avent, nous nous contente- 
rons d'insérer ici une Prose du moyen âge, 
en l'honneur de la glorieuse Vierge saluée 

£ar l'Ange, et une prière tirée des anciennes 
iturgies. 



PROSE EN L HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

(Tirée du Missel de Cluny de i523J 



ANGELUS ad Virginem 
Subintrans in con- 
clavi, 
Virginis formidinem 
Demulcens, inquit ei : 

Ave, Regina virgi- 
num, 
Coeli terraeque Domi- 

num 
Concipies et paries, 

Intacta, 
Salutem hominum ; 
Tu porta cœli facta, 
Medela criminum. 

Q u o mo do concipe- 
rem. 
Quaevirum non cognovi ? 
Qualiter infringerem 
Quœ firma mente vovi ? 



SUR le seuil de la demeure 
virginale, l'Ange appa- 
raît à Marie, et, pour rassu- 
rer son effroi, lui dit avec 
douceur : 

Salut, Reine des vierges ! 
vous concevrez le Maître du 
ciel et de la terre, et sans 
cesser d'être vierge, vous 
enfanterez le Salut des 
hommes, 6 vous, la porte du 
ciel, le baume de nos ini- 
quités 1 



Comment concevrai-je, 
moi qui ne connais point 
l'homme ? Comment pour- 
rai -je enfreindre le vœu que 
mon cœur a juré ? 



Le Mercredi des Quatre-Temps. 247 



L'Esprit-Saint, par sa 
grâce, consommera tous ces 
mystères ; ne craignez point, 
mais pleine de joie, rassu- 
rez-vous ; car la pudeur en 
vous demeurera sans tache, 
par la puissance de Dieu. 

Adonc, la noble Vierge 
répond et dit : Je suis 
l'humble petite servante du 
Dieu tout-puissant, 

Céleste messager, confi- 
dent d'un si haut secret, je 
consens et veux voir accom- 
plie cette parole que j'en- 
tends : me voici prête à con- 
descendre au dessein de 
Dieu. 

L'Ange disparut, et sou- 
dain le sein très pur de la 
Vierge montra l'indice de la 
future maternité. 

Son fruit, captif neuf mois 
dans de si chastes entrailles, 
en sortit et s'en alla au 
grand combat, appuyant sur 
son épaule la croix de la- 
quelle il frappa à mort l'ho- 
micide ennemi. 

Las ! Mère du Seigneur, 
qui avez rendu la paix à 
l'Ange et à l'homme, en met- 
tant le Christ au monde ; 



Suppliez votre Fils, qu'il 
nous soit secourable et qu'il 



Spiritus Sancti gratia 
Perficiet haec omnia : 
Ne timeas, sed gaudeas. 

Secura 
Quod castimonia 
Manebit in te pura, 
Dei potentia. 

Ad haec Virgo nobilis 
Respondens inquit ei : 
Servula sum humilis 
Omnipotentis Dei. 

Tibi cœlesti nuncio, 
Tanti secreti conscio, 
Consentiens, et cupiens 

Videre 
Factum quod audio, 
Parata sum parère 
Dei consilio. 

Angélus disparuit. 
Et statim puellaris 
Utérus intumuit, 
Vi partus virginalis. 

Qui circumdatus utero, 
Novem mensi um numéro, 
Hinc exiit et iniit 

Confiictum, 
Afngens humero crucem. 
Quae dédit ictum 
Hosti mortifero. 

Eia ! Mater Domini. 
Quae pacem reddidisti 
Angelo et homini, 
Quando Christum ge- 
nuisti ; 

Tuum exora Filium 
Ut se nobis propitium 



24$ 



L'A vent. 



Exhibeat, et deleat 

Peccata, 
Praestans auxilium 
Vita frui beata, 
Post hoc exilium. Araeu. 



efface nos fautes ; qu'il nous 
vienne en aide, et nous tasse 
jouir de la vie bienheureuse, 
au terme de cet exil. Amen. 



PRIERE DU MISSEL MOZARABE. 

(Au 11 e Dimanche de t'Avait, lllatio.) 



Dignvm et justum est: 
vere aequum et sa- 
hitare est. Domini nostri 
Jesu Christi Adventum in 
mirabilibus praedicare : 
quem inter homines 
nasciturumcœlestis nun- 
tius nuntiavit. Virgo 
terrena dum salutaretur 
audivit : Spiritus Sanc- 
tus in utero, dum veni- 
ret creavit ut. Gabriele 
dicente. Maria credente, 
Dei Verbo Spiritu coo- 
pérante, sequeretur sa- 
Iutationem Angelicam 
securitas, promissionem 
perficeret veritas ; ut 
Altissimi obumbrante 
virtute . didicisset se 
esse fœcundam vir- 
ginitas. Ecce conci- 
pies in utero, et paries 
filium. Angélus prœdi- 
cavit; et : Quomodo fiet 
istud. Maria respondit. 
Sed quia haec credendo, 
non dubitando respon- 
dit, implevit Spiritus 
Sanctus quod Angélus 
spopondit, Virgo ante 
conceptum, virgo semper 



C'est une chose digne et 
juste, vraiment équitable 
et salutaire, de célébrer avec 
enthousiasme l'Avènement 
de Jésus- Christ notre Sei- 
gneur. Sa naissance au 
milieu des hommes fut an- 
noncée par un messager cé- 
leste. Une Vierge habitante 
de cette terre entendit un 
salut merveilleux: l'Esprit- 
Saint coopérant avec le 
Verbe de Dieu, le cœur de 
la Vierge se rassurait au 
moment même où l'Ange la 
saluait, et la promesse faite 
par lui recevait déjà son ac- 
complissement ; la virginité 
elle-même se sentait féconde, 
ombragée qu'elle était par la 
vertu du Très-Haut. L Ange 
avait dit : Voilà que vous con- 
cevrez et enfanterez un Fils ; 
Marie avait répondu : Com- 
ment cela pourrait-il être ? 
Mais parce que Marie répon- 
dait dans la foi, et non dans 
le doute, l'Esprit-Saint ac- 
complit ce que l'Ange avait 
promis. Elle avait été vierge 
avant la Conception; elle 
demeura à jamais vierge 



Le Mercredi des Quatre-Temps. 241) 



après l'enfantement. Elle 
avait d'abord conçu son Dieu 
dans son cœur ; plus tard 
elle le conçut dans ses en- 
trailles. La première de tous, 
elle reçut le salut du monde, 
cette Vierge vraiment pleine 
de la grâce, et, pour cela, 
choisie pour être la véritable 
Mère du Fils de Dieu. 



futura post partum, 
Deum suum prius mente, 
dehinc ventre concepit ; 
salutem mundi prima 
suscepit Virgo plena 
gratia Dei, et ideo vera 
Mater Filii Dei. 



^^^^^ ~^*** 'sP^** '*'*'* *^ 



LE JEUDI 



DE LA TROISIEME SEMAINE DE LAVENT. 



PROPE est jam Domi- 
nus : venite, adoremus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. XXXIII. 

Domine, miserere nos- 
tri, te enim exspecta- 
vimus : esto brachium 
nostrum in mane, et sa- 
lus nostra in tempore 
tribulationis. A voce 
Angeli fugerunt populi. 
et ab exahatione tua 
dispersa; sunt Gentes. 
Et congregabuntur spo- 
lia vestra sicut colhgi- 
tur bruchus, velut cum 
fossae plena; fuerint de 
eo. Magnificatus est Do- 
minus, quoniam habita- 
vit in excelso : implevit 
Sion judicio et justifia. 
Et erit fides in tempori- 
bus tuis : diviticç salutis, 
sapientia et scientia : 
timor Domini ipse est 
thésaurus ejus. Conter- 
riti sunt in Sion pecca- 
tores : possedit tremor 
hypocritas. Quis poterit 
habitare de vobis cum 
igné dévorante ? quis 
habitabit ex vobis cum 
ardoribus sempiternis ? 



LE Seigneur est déjà proche ! 
- venez, adorons-le. 

Du Prophète Isaïe. 
Chap. XXXIII. 

Ayez pitié de nous, Sei- 
gneur; car nous vous 
avons attendu. Soyez dès le 
matin le bras qui nous sou- 
tienne, et notre salut au 
temps de la tribulatiun. A 
la voix de votre Ange les 
peuples ont fui , à l'éclat de 
votre gloire, les nations ont 
été dispersées. Et on ramas- 
sera vos dépouilles, ennemis 
de Sion. comme on ramasse 
une multitude de hannetons, 
dont on remplit des fosses 
entières. Le Seigneur s'est 
glorifié ; car il habite dans 
les hauteurs; il a rempli 
Sion d'équité et de justice. 
Et la foi régnera en votre 
temps; la sagesse et la 
science seront les richesses 
du salut ; et la crainte du 
Seigneur, le trésor. Les pé- 
cheurs ont été saisis d'épou- 
vante en Sion : la frayeur 
s'est emparée des hypocrites. 
Qui de vous pourra habiter 
un feu dévorant ? Qui de 
vous pourra demeurer dans 



Le Troisième Jeudi de l'A vent. 2 5 1 



Qui ambulat in justifia 
et loquitur veritatem, 
qui projicit avaritiam 
ex calumnia et excutit 
manus suas ab omni 
munere, qui obturât au- 
res suas ne audiat san- 
guinem, et claudit ocu- 
los suos ne videat ma- 
lum. Iste in excelsis 
habitabit , munimenta 
saxorum sublimitas ejus : 
panis ei datus est, aquae 
ejus fidèles sunt. Regem 
in décore suo videbunt 
oculi ejus ; cernent ter- 
ram de longe. 



des ardeurs éternelles ? 
Mais celui qui marche dans 
la justice, et parle la vérité ; 
qui chasse loin de lui l'ava- 
rice, compagne de la calom- 
nie, et rejette de ses mains 
tout présent corrupteur ; qui 
bouche ses oreilles aux paro- 
les de sang, et ferme ses 
yeux pour ne pas voir le mal : 
celui-là habitera dans les 
lieux hauts ; des rochers éle- 
vés lui serviront de rempart. 
Le pain lui a été donné ; 
ses eaux ne tariront jamais ; 
ses yeux contempleront le 
Roi dans sa beauté ; ils ver- 
ront la terre de loin. 



Heureux celui dont les yeux contemple- 
ront ainsi le Roi nouveau-né dans le doux 
éclat de son amour et de son humilité ! Il 
demeurera tellement ravi de sa beauté, que 
la terre avec toutes ses magnificences sera 
pour lui comme si elle n'était pas. Il ne 
pourra plus voir autre chose que celui qui 
aura apparu couché dans la crèche et enve- 
loppé de langes. Mais, pour avoir ce bonheur 
de contempler de près le puissant Roi qui 
vient à nous, pour mériter de former sa cour, 
il faut suivre le conseil du Prophète : mar- 
cher dans la justice et parler la vérité; 
c'est ce qu'exprime avec onction le pieux 
Rhaban Maur, dans son premier Sermon de 
la préparation à la fête de Noël. « S'il convient, 
« dit-il, que, dans tous les temps, nous pa- 
« raissions ornés et éclatants de bonnes œu- 
« vres, c'est principalement au jour de la 
« Naissance du Sauveur. Considérez, mes 



252 L'A vent. 



a frères : Si un roi de la terre, ou tout 
« homme puissant vous invitait à venir célé- 
« brer son jour natal, combien seraient neufs, 
« recherchés et même splendides, les habits 
« sous lesquels vous voudriez paraître! Vous 
« ne souffririez pas que rien de vieux, de vil 
« ou de malpropre y offensât les yeux de ce- 
« lui qui vous eût invités. Faites preuve d'un 
« zèle égal dans l'occasion présente ; et que 
« vos âmes, parées des divers ornements des 
« vertus, s'avancent embellies des perles de 
« lasimplesse et des fleurs de la sobriété. Que 
« vos consciences soient dans le calme, «aux 
« approches de la solennelle Naissance du Sau- 
te veur. Qu'elles y paraissent brillantes de 
« chasteté, éclatantes de charité, toutes 
« blanches du mérite de l'aumône, brillantes 
« de justice et d'humilité, et, par-dessus tout, 
« illuminées par l'amour de Dieu. Que si le 
« Seigneur Christ vous voit célébrer dans 
« cette parure la fête de sa naissance, sachez 
« qu'il ne se contentera pas de visiter vos 
« âmes; il poussera la condescendance jus- 
ce qu'à venir s'y reposer et y habiter à jamais, 
« ainsi qu'il est écrit : Voici que je viendrai 
« et que j'habiterai en eux, et ils seront mon 
« peuple, et je serai leur Dieu. » Donc, chré- 
tiens, hâtez-vous ; que ceux qui sont pécheurs 
se convertissent et deviennent justes; que 
les justes se justifient encore ; que les saints 
se sanctifient encore; car c'est le Seigneur 
Dieu qui vient, et non un autre. 



_ 



Le Troisième Jeudi de VA vent. 2 53 



PROSE POUR LE TEMPS DE LAVENT. 

{Composée au xi e siècle, et tirée des anciens 
Missels Romains-Français.) 



Chantons tous ensemble à 
notre Dieu créateur de 
toutes choses. 

Par qui les siècles ont été 
laits ; 

Et le ciel éblouissant de 
lumière, et les étoiles sans 
nombre ; 

Le soleil, gloire du monde ; 
la lune, ornement des nuits, 
et tout ce qui resplendit : 

La mer, la terre, les hau- 
teurs, les plaines, et les gouf- 
ires des fleuves ; 

Et les vastes espaces de 
l'air, que parcourent les oi- 
seaux, les vents et les pluies. 

Et tous ces êtres, ô Dieu 
Père, obéissent à vous seul 
comme une armée ; 

Maintenant et à jamais, 
sans fin, et par tous les siè- 
cles. 

Tous chantent un hymne 
à votre gloire : 

A vous qui. pour notre sa- 
lut, donnez votre Fils uni- 
que, 

Et Tenvoyez souffrir en 
terre, victime innocente, 
pour nos péchés. 

Sainte Trinité, nous vous 
prions : gouvernez et conser- 
vez nos corps et nos cœurs, 
et donnez le pardon de nos 
péchés. Amen. 



JUBILEMUS omnes una, 
Deo nostro qui crea- 
vit omnia ; 

Per quem condita sunt 
sœcula ; 

Ccelum quod plurima 
luce coruscat, et diversa 
sidéra ; 

Sol mundi schéma, 
noctium decus luna , 
cunctaque splendentia ; 

Mare, solum, alta, 
plana, et profunda flu- 
mina ; 

Aeris ampla spatia : 
quœ discurrunt aves, 
venti atque pluvia. 

Hïc simul cuncta tibi 
soli Deo Patri militant. 

Nunc et in an-um, 
sine fine per sascula : 

Laus eorum tua glo- 
ria. 

Qui pro salute nostra 
Prolem unicam 

Pati in terra misisti 
sine culpa, sed ob nostra 
delicta. 

Te, Sancta Trinitas, 
precamur , ut corpora 
nostra et corda regas et 
protegas, et dones pec- 
catorum veniam. Amen, 



2 54 



L'A vent. 



PRIERE DU MISSEL AMBROSIEN. 

(Au II e Dimanche de l'A vent, Praefatio.) 



VrERE dignum et jus- 
tum est, aequum et 
çalutare, nos tibi semper 
et ubique gratias agere, 
Domine sancte, Pater om- 
nipotens, aeterne Deus, 
per Christum Dominum 
nostrurn : cujus Incarna- 
tione salus facta est 
mundi, et Passione re- 
demptio procurata est 
hominis procreati. Ipse 
nos, quaîsumus, ad aeter- 
num perducat praemium. 
qui redemit nos de tene- 
bris infernorum : justi- 
ficetque in Adventu se- 
cundo, qui nos redemit 
in primo : quatenus 
illius nos a malis omni- 
bus defendat sublimitas, 
cujus nos ad vitam erexit 
humilitas. 



C'est une chose digne et 
juste, équitable et salu- 
taire, de vous rendre grâces 
en tout temps et en tout lieu, 
Seigneur saint, Père tout- 
puissant, Dieu éternel, par 
Jésus-Christ notre Seigneur, 
dont l'Incarnation a été le 
salut du monde, et dont la 
Passion a été la rédemption 
du genre humain. Qu'il dai- 
gne nous conduire à l'éter- 
nelle récompense, celui qui 
nous a rachetés des ténèbres 
des enfers ; qu'il nous justi- 
fie au second Avènement, 
celui qui nous a délivrés au 
premier : afin que, comme son 
humilité nous a rétablis dans 
la vie, sa puissante majesté 
nous préserve des malheurs 
qui seront à craindre au der- 
nier jour. 



c3jt> t^tïCM (3fo ■_*."-' uTvctj r JTJ jTj <JT-> -j-frj cTt> -TJ ct*j ~j -T- 1 C7J c*y L^fe; c£k^Gc 

LE VENDREDI 

DES QUATRE-TEMPS. 

LE Seigneur est déjà pro- | Drope est jam Domi- 
che : venez, adorons-le. nus : venite , adore- 

I mus. 

L'Eglise ne lit rien du Prophète Isaïe en 
ce jour; elle se contente de rappeler, à l'Of- 
fice des Matines, le passage de l'Evangile où 
saint Luc raconte le mystère de la Visitation 
de la Sainte Vierge; après quoi on lit un 
fragment du Commentaire de saint Ambroise 
sur ce même passage. Nous réservons, pour 
le Propre des Saints ci-après, les considéra- 
tions et les affections que doit inspirer aux 
fidèles cette importante circonstance de la 
vie de la Mère de Dieu. 

La Station de ce jour est en l'Eglise des 
Saints-Apôtres, que plusieurs pensent avoir 
été bâtie d'abord par Constantin, et dans 
laquelle les glorieux corps des deux saints 
Apôtres Philippe et Jacques le Mineur, ense- 
velis sous l'autel, attendent le second A- 
vènement de celui qui les choisit pour ses 
coopérateurs dans l'oeuvre du premier, et aux 
côtes duquel ils siégeront sur des trônes au 
dernier jour, pour juger les douze Tribus 
d'Israël. (Matth. xix. • 

Nous nous unirons aux intentions de la 
sainte Eglise, qui nous propose aujourd'hui 
la Visitation de la Sainte Vierge, en récitant 
la Prose suivante, composée à la louange de 
ce mystère dans les siècles de foi. 



2.56 



IJAvent. 



PROSE EN L HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

{Tirée des anciens Missels Romains-Français.) 



Ave. Verbi Dei parens, 
Yirginis humilitas. 
Ave, omni nodo carens. 
Humilis virginitas. 

Gaude, quae sic gravi- 
daris 
Nec gravaris Filio : 
Gaude, quae sic oneraris 
Onere gratissimo. 

Salve , Jesse stirpe 

orta, 
Virgula fructifera. 
Salve , clausa templi 

porta. 
Soli Deo pervia. 

Plaude, vellus Gedeo- 
nis, 
Rore madens Pneumatis. 
Plaude. pellis Salomonis, 
Pulchrior prae caeteris. 

Vale , Jacob micans 
Stella, 
Circumlustrans maria. 
Vale, consignata cella, 
Rubus in vi rlammea. 

Euge, solequod amicta 
Solem gignis stellula ; 
Euge, quod sis prseelecta, 
Scala cœli fulgida. 



Salut, Mère du Verbe di- 
vin, ô virginale humilité ! 
Salut. Mère sans tache, hum- 
ble virginité ! 

Soyez dans la joie, vous qui 
devenez féconde, et votre far- 
deau n'est point lourd ; soyez 
dans la joie, vous dont le fils 
est un poids doux à porter. 

Salut , rejeton de Jessé, 
branche en fruits féconde ; 
salut, porte close du temple, 
ouverte à Dieu seul. 



Triomphez, toison de Gé- 
déon, baignée de la rosée de 
l'Esprit-Saint ; triomphez , 
tente de Salomon, de toutes 
la plus éclatante. 

Salut, Etoile scintillante 
de Jacob, dont la lueur illu- 
mine toutes les mers ; salut, 
demeure scellée, buisson à la 
puissante flamme. 

Réjouissez-vous : le soleil 
est votre vêtement ; humble 
Etoile, vous enfanterez le 
Soleil. Rejouissez-vous, vous 
l'élue entre mille, la radieuse 
Echelle des cieux 



Le Vendredi des Quatre- Temps. 2 5j 



Chantez, vous l'aurore nais- 
sante dans l'éclat d'un astre 
nouveau. Chantez, vous l'Ar- 
che d'alliance, dotit le sein 
garde trois trésors pour les 
pécheurs. 

Il est temps que votre âme 
glorifie le Christ Jésus ; et 
pour que nous le chantions 
avec vous , priez, ô douce 
Marie ! Amen. 



Pange, aurora consur- 
gens 
Luce novi sideris ; 
Pange, arca trina ferens 
Charismata miseris. 



Eia ! magnificat tua 
Jesum Christum anima, 
Eia ! tecum ut laudemus 
Ora, dulcis Maria. Amen. 



PRIERE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN. 

(In Adventu Domini, Collecte.) 



Frifiez , Seigneur Dieu 
tout-puissant, les secrets 
de nos cœurs; et dans votre 
miséricorde, lavez toutes les 
taches de nos péchés. Faites, 
Seigneur, que par votre clé- 
mence à jamais bénie, étant 
dégagés de nos crimes, nous 
puissions attendre sans 
frayeur le redoutable et ter- 
rible Avènement de notre 
Seigneur Jésus-Christ. 



Purifica , Domine 
Deus Pater omnipo- 
tens , pectorum arca- 
na nostrorum, cunctas- 
que propitius maculas 
ablue peccatorum : ac 
praesta, Domine, ut be- 
nedictione pietatis tua; a 
nostris criminibus mun- 
dati, metuendum terribi- 
lemque Adventum Do- 
mini nostri Jesu Christi 
exspectemus interriti. 



'7 



LE SAMEDI 

3ES QUA TRE-T E M P S. 

Pope est jam Domi- I t e Seigneur est déjà pro- 
mis : venite, adore- L che : venez, adorons-le. 
mus. 

La lecture du Prophète ïsaïe est encore 
suspendue en ce jour, et remplacée à Mati- 
nes par une Homélie sur l'Evangile de la 
Messe. Cet Evangile se trouvant répété à la 
Messe du IV e Dimanche de l'Avent, qui est 
demain, nous ne nous en occuperons pas 
aujourd'hui. Nous donnerons seulement ici 
la raison pour laquelle le Missel n'assigne 
qu'un seul Evangile, à ces deux Messes. 

L'usage fut d'abord, dans l'Eglise romaine, 
de céléferer l'Ordination dans la nuit du Sa- 
medi au Dimanche, en la même manière 
qu'on administrait le Baptême aux catéchu- 
mènes dans la nuit du Samedi-Saint au jour 
de Pâques. La cérémonie avait lieu vers mi- 
nuit, et se prolongeait toujours d'une manière 
notable sur le Dimanche, en sorte que la 
Messe de l'Ordination comptait pour celle 
du Dimanche lui-même. Plus tard, la dis- 
cipline s'adoucit, et ces veilles pénibles fu- 
rent supprimées; on avança la Messe de 
l'Ordination, comme on a avancé aussi celle 
du Samedi-Saint ; en sorte que le quatrième 
Dimanche de l'Avent et le deuxième de Ca- 
rême n'ayant point eu jusqu'alors d'Evangile 
propre, puisqu'ils n'avaient pas de Messe 
propre, il fut réglé, vers les x 9 ou xi* siècles, 
qu'on répéterait l'Evangile de la Messe de 



Le Samedi des Qitatre-Temps. 25g 

l'Ordination dans la Messe spéciale de ces 
deux Dimanches. 

La Station est à Saint-Pierre, le Samedi, à 
cause de l'Ordination. Cette Basilique con- 
venait mieux que toute autre pour réunir le 
peuple, ayant toujours été une des plus vas- 
tes de la ville de Rome. 

Honorons Marie en ce jour du Samedi qui 
lui est consacré, en nous unissant aux canti- 
ques de l'Eglise Orientale , toujours inépui- 
sable dans les louanges de la Mère de Dieu. 



HYMNE TIREE DE L ANTHOLOGIE DES GRECS. 

(Au xv Décembre.) 

T thronus purpuri- 
rmis creatorem 



Comme un trône empour- 
pré, vous portez le créa- 
teur ; comme une couche vi- 
vante, vous entourez le roi, ô 
pleine de divines grâces ! 

Tige vigoureuse, vous avez 
produit comme un rejeton le 
Christ notre appui : car elle 
était votre figure, la Verge 
d'Aaron bourgeonnant autre- 
fois sans culture ; ô chaste 
colombe ! ô toujours vierge ! 

Chanter la manière admi- 
rable de votre étonnante et 
incompréhensible maternité, 
est chose impossible aux mor- 
tels ; car elle dépasse toute 
intelligence , toute pensée, 
toutes les conceptions de l'es- 
prit, toute la force des pa- 
roles. 



u T fo: 

fers; ut animatus thala- 
mus regem circumdas, 
Deo gratissima. 

Virga virtutis germi- 
nasti Christum in quo 
stabilimur ; te enim figu- 
rabat virga Aaron, olim 
germinans inculta ; casta 
columba, semper virgo. 



Hymnificare roodum 
superadmirabilem, et om- 
nem sensum superantem 
extraordinariae tuae gra- 
viditatis nesciunt om- 
nium hominum catervae ; 
omnem enim mentem et 
cogitationem prastergre- 
ditur, ac intelligentias 
omnium et verborumvir- 
tutcm. 



6o 



L'Avent. 



Miraculum incnarra- 
bile conceptionis atque 
immemorandum gesta- 
tionis tua; prodigium vi- 
dens Isaias, divina voce 
clamabat : Spirilus Sanc- 
tus supervenit in te, Dei 
Mater ! rubum te serrans 
ut olim incombustum ; et 
ideo cum Angelo clama- 
musrGaude, Dei taber- 
naculum. 



Isaïe voyant votre indici- 
ble, votre ineffable maternité, 
s'écriait dans son accent di- 
vin : L'Esprit-Saint est sur- 
venu en vous, ô Mère de Dieu 1 
il vous a conservée comme 
autrefois le buisson ardent, 
sans vous consumer ; c'est 
pourquoi nous aussi , nous 
crions avec les Anges: Ré- 

Kuissez-vous, ô tabernacle de 
ieu ! 



PRIERE DU MISSEL MOZARABE. 



(Au V' Dimanche de FAvent, Illatio.) 



DIGNUM et justum est 
nos tibi gratias agere, 
Domine sancte, Pater 
anerne.omnipotens Deus, 
per Jesum Christum Fi- 
lium tuum Dominum 
nostrum. Ejus incarnatio 
salus facta est mundi, et 
passio extitit redemptio 
hominis procreati. Ipse 
igitur nos . omnipotens 
Pater, quaesumus, perdu- 
cat ad praemium, qui re- 
demit de tene'rris infer- 
norum. Ipse carnem nos- 
tram a delictis emaculet, 
qui eam suscepit ex vir- 
gine. Ipse nos laesos tua; 
restituât majestati . qui 
nos tibi per sanguinem 
suum reconciliavit. Ipse 
nos secundi Adventus 
examinatione justificet , 
qui in primo contulit do- 
num gratis; sus. Ipse ad 



C'est une chose digne et 
juste que nous vous ren- 
dions grâces, Seigneur saint, 
Père éternel, Dieu tout-puis- 
sant, par Jésus-Christ votre 
Fils, notre Seigneur, dont 
llncarnation a été le salut du 
monde, comme sa Passion en 
a été la rédemption. Que ce- 
lui-là donc, ô Père tout-puis- 
sant ! nous fasse parvenir à la 
récompense, qui nous a re- 
tirés des ténèbres infernales; 
qu'il purifie notre chair de 
ses pèches, celui qui a pris 
cette chair dans la Vierge ; 
qu'il nous fasse rentrer en 
grâce avec votre majesté, c- 
lui qui par son sang nous a 
réconciliés avec vous; qu'il 
nous rende justes pour le ju- 
gement qu'il exercera au se- 
cond Avènement, celui qui, 
dans le premier, nous a ac- 
corde le don de M 



Le Samedi des Quatre-Temps. 261 



qu'il soit pour nous un juge 
plein de douceur, celui qui 
autrefois daigna apparaître 
dans l'humilité ; qu'il se mon- 
tre envers nous clément dans 
sa sentence, celui qui ne se 
manifesta que dans le secret 
de ses abaissements. 



judicandum veniat mitis, 
qui olim apparuit humi- 
lis. Ipse in judicium os- 
tendatur nobis mitissi- 
mus, qui dudum venit oc- 
cultus. 





Sf^-^ 8 ^ 



Le QUATRIÈME DIMANCHE de L'A VENT 



(Si ce Dimanche tombe le 24 Décembre, on 
l'omet cette année-là, et on fait VOffice de la 
Vigile de Noél, ci-après au Propre des Saints, 
24 Décembre.) 




ous voici entrés dans la Se- 
j maine qui précède immédiate- 
ment la Naissance du Messie : 
dans sept jours au plus tard, il 
viendra; et selon la longueur 
du temps de l'Avent, laquelle 
varie chaque année, il se peut que l'Avène- 
ment tant désiré ait lieu dans six jours, dans 
trois jours, demain même. L'Eglise compte 
les heures d'attente; elle veille "jour et nuit, 
et ses Offices ont pris une solennité inaccou- 
tumée depuis le 17 décembre. A Laudes, elle 
varie chaque jour les Antiennes ; à Vêpres, 
elle exprime avec tendresse et majesté ses 
désirs d'Epouse par de brûlantes exclama- 
tions vers le Messie, dans lesquelles elle lui 
donne chaque jour un titre magnifique em- 
prunté au langage des Prophètes. 



Le Quatrième Dimanche de l'A vent. 2 63 

Aujourd'hui • elle veut frapper le dernier 
coup pour émouvoir ses enfants. Elle les 
transporte dans la solitude; elle leur montre 
Jean-Baptiste, de la mission duquel elle les 
a déjà entretenus au troisième Dimanche. La 
voix de cet austère Précurseur ébranle le 
désert, et se fait entendre jusque dans les 
cités. Elle prêche la pénitence, la nécessité 
de se purifier en attendant celui qui va pa- 
raître. Retirons-nous à l'écart durant ces 
jours ; ou si nous ne le pouvons faire à raison 
de nos occupations extérieures, retirons-nous 
dans le secret de notre cœur et confessons 
notre iniquité, comme ces vrais Israélites 
qui venaient, pleins de componction et de foi 
dans le Messie, achever, aux pieds de Jean- 
Baptiste, l'œuvre de leur préparation à le 
recevoir dignement, lorsqu'il allait paraître. 

Or, voici la sainte Eglise qui, avant d'ouvrir 
le livre du Prophète, nous dit à l'ordinaire, 
mais avec une solennité de plus enplus grande: 



LE Seigneur est déjà pro- 
che : venez, adorons-le. 
Du Prophète Isaïe. 
Chap. XXXV. 

LA terre déserte et sans che- 
min se réjouira, et la soli- 
tude tressaillera et fleurira 
comme le lis. Elle poussera et 
germera de toutes parts ; et 
elle sera dans une effusion de 
joie et de louange. La gloire 



P 



rope est jam Domi- 
nus: venite,adoremus. 
De Isaia Propheta. 
Cap. XXXV. 

LJETABITUR déserta et 
invia, et exsultabit 
solitudo, et florebit quasi 
lilium. Germinans ger- 
minabit, et exsultabit lae- 
tabunda et laudans ; glo- 
ria Libani data est ei, de- 



I . Le quatrième Dimanche de l'Avent est appelé Rorate 
à cause de l'Introït ; mais plus souvent on le nomme 
Canite tuba, qui sont les premiers mots du premier 
Répons de Matines, et de la première Antienne de 
Laudes et de Vêpres. 



cor Carmeli et Saron. 
Ipsi videbunt gloriam 
Domini, et decorem Dei 
nostri. Confortate manus 
dissolutas, et genua de- 
bilia roborate. Dicite pu- 
sillanirais : Confortami- 
ni, et nolite timere. Ecce 
Deus vester ultionem ad- 
ducet rétributions : Deus 
ipse veniet et salvabit 
vos. Tune aperientur 
oculi caecorum, et aures 
surdorum patebunt.Tunc 
saliet sicut cervus clau- 
dus, et aperta erit lingua 
mutorum : quia scissae 
sunt in deserto aquae, et 
torrentes in solituJine. 
Et quas erat arida, erit in 
stagnum. et sitiens in 
fontes aquarum. In cu- 
bilibus, in quibus prius 
dracones habitabant , 
orietur viror calami et 
junci. Et erit ibi se- 
mita et via, et via sancta 
vocabitur, non transibit 
per eam pollutus ; et 
naec erit vobis directa 
via, ita ut stulti non er- 
rent per eam. Non erit 
ibi leo, et mala bestia 
non ascendet per eam. 
nec invenietur ibi. Et 
redempti a Domino con- 
vertentur, et venient in 
Sion cum laude, et lae- 
titia sempiterna super 
caput eorum ; gaudium 
et Icetitiamobtinebunt, et 
fugiet dolor et gemitus. 



du Liban lui a été donnée, la 
beauté du Carmel et de Sa- 
ron. Ils verront eux-mêmes 
la gloire du Seigneur et la 
beauté éclatante -Je notre 
Dieu. Fortifiez les mains lan- 
guissantes et raffermissez les 
genoux tremblants. Dites à 
ceux qui ont le cœur abattu : 
Prenez courage, et ne crai- 
gnez point : voici votre Dieu, 
qui vient vous venger et ren- 
dre à vos ennemis ce qu'ils 
méritent. Dieu viendra lui- 
même , et il vous sauvera. 
Alors les yeux des aveugles 
s'ouvriront, et les oreilles des 
sourds seront accessibles. 
Alors le boiteux bondira 
comme le cerf, et la langue des 
muets sera déliée ; parce que 
des sources d'eau couleront 
au désert, et des torrents dans 
la solitude. Et la terre qui 
était desséchée sera un étang, 
et celle qui était altérée une 
fontaine d'eau vive. Dans les 
cavernes où les dragons ha- 
bitaient auparavant, naitra 
la verdure du roseau et du 
jonc. Et il y aura là un sen- 
tier et un chemin battu, et 
cette voie sera appelée sainte ; 
celui qui est impur n'y pas- 
sera point. Elle sera pour 
vous une voie drotie, en sorte 
que les ignorants y marche- 
ront sans s'égarer. Il n'y 
aura point là de lien, et la 
bête farouche n'y montera 
point, ni ne s'y renc 
lu ceux qui auront été déli» 



Le Quatrième Dimanche de VA vent. 265 

vrés y marcheront, et ceux que le Seigneur aura rachetés 
retourneront et viendront en Sion avec des cantiques 
de louange ; ils seront couronnes d'une allégresse éter- 
nelle ; le ravissement de leur joie ne les quittera point ; 
la douleur et le gémissement fuiront loin d'eux. 

Elle sera donc bien grande, ô Jésus ! la joie 
de votre venue, si elle doit briller sur notre 
front à jamais comme une couronne! Mais 
comment n'en serait-il pas ainsi? Le désert 
même, à votre approche , fleurit comme un 
lis, et des eaux vives jaillissent du sein de la 
terre la plus altérée. O Sauveur ! venez vite 
nous donner de cette Eau dont votre Cœur 
est la source, et que la Samaritaine, qui est 
notre image à nous pécheurs, vous deman- 
dait avec tant d'instances. Cette Eau est votre 
Grâce : qu'elle arrose notre aridité, et nous 
fleurirons aussi ; qu'elle désaltère notre soif, 
et nous courrons la voie de vos préceptes et 
de vos exemples, ô Jésus ! avec fidélité, sur 
vos pas. Vous êtes notre Voie, notre sentier 
vers Dieu ; et Dieu, c'est vous-même : vous 
êtes donc aussi le terme de notre route. Nous 
avions perdu la voie, nous nous étions égarés 
comme des brebis errantes : que votre 
amour est grand de venir ainsi après nous ! 
Pour nous apprendre le chemin du ciel, vous 
ne dédaignez pas d'en descendre, et vous vou- 
lez faire avec nous la route qui y conduit. 
Non, désormais nos bras ne sont plus abat- 
tus; nos genoux ne tremblent plus; nous 
savons que c'est dans l'amour que vous ve- 
nez. Une seule chose nous attriste : c'est de 
voir que notre préparation n'est pas parfaite. 
Nous avons encore des liens à rompre; aidez- 
nous, ô Sauveur des hommes ! Nous vou- 



266 



L'A vent. 



Ions écouter la voix de votre Précurseur, et 
redresser tout ce qui offenserait vos pas sur 
le chemin de notre cœur, ô divin Enfant! Que 
nous soyons baptisés dans le Baptême d'eau 
de la pénitence ; vous viendrez ensuite nous 
baptiser dans le Saint-Esprit et dans l'amour. 



A LA MESSE. 
y e Prophète a excité notre soif en nous 
JL parlant de la limpidité et de la fraîcheur 
des sources qui jaillissent à l'arrivée du Mes- 
sie; demandons, avec la sainte Eglise, la 
rosée qui rafraîchira notre cœur, la pluie qui 
le rendra fécond. 

INTROÏT. 

Rorate cœli desuper, /"> iel'x. répandez la rosée 
pf nnh«»s nlnanr Jus- V_rf 



et nubes pluant Jus 
tum : aperiatur terra, et 
germinet Salvatorem. 
Ps. Cœli enarrant glo- 
riam Dei : et opéra ma- 
nuum ejus annuntiat fir- 
mamentum. Gloria Pa- 
tri. Rorate. 



et que les nuées fassent 
pleuvoir le Juste : que la terre 
s'ouvre, et qu'elle germe le 
Sauveur. 

Ps. Les cieux racontent la 
gloire de Dieu, et le firma- 
ment publie l'ouvrage de ses 
mains. Gloire au Père. Cieux. 



Dans la Collecte, l'Eglise fait instance pour 
être délivrée au plus tôt; elle craint que ses 
péchés ne soient la cause du retard que l'E- 
poux met à venir; elle se recommande à sa 
miséricorde pour franchir cet obstacle. 



COLLECTE. 



OREMUSt 

Excita, qua-sumus Do- 
mine . potentiam 
tuam. et veni. et magna 
nobis virtute succurre ; 
ut per auxilium gratiœ 



Faites paraître. Seigneur, 
votre puissance, et venez ; 
secourez-nous par votre 
grande force, afin que par le 
secours de votre grâce, votre 



Le Quatrième Dimanche de VA vent. 2 6 y 



indulgence miséricordieuse 
daigne accélérer le remède 
dontnos péchés nous rendent 
indignes ; vous qui vivez et 
régnez dans les siècles des 
siècles. Amen. 

Les Oraisons de la Sainte Vierge, contre 
les persécuteurs de l'Eglise et pour le Pape, 
sont à la Messe du premier Dimanche deTA- 
vent, page i32. 

ÉPÎTRE. 

Lecture de l'Epître de saint 
Paul, Apôtre, aux Corin- 
thiens. Ckap. IV. 
Mes Frères, que l'homme 
nous considère comme 

les ministres de Jésus-Christ, 

et comme les dispensateurs 

des mystères de Dieu. Or. ce 

qui est à désirer dans les dis- 
pensateurs est qu'ils soient 

trouvés fidèles. Pour moi, je 

me mets fort peu en peine 

d'être jugé par vous, ou par 

quelque homme que ce soit : 

et je ne me juge pas moi- 
même. Car, encore que ma 

conscience ne me reproche 

rien, je ne suis pas justifié 

pour cela ; mais celui qui me 

juge, c'est le Seigneur. C'est 

pourquoi , ne jugez point 

avant 'e temps, jusqu'à ce 

que le Seigneur vienne, qui 

produira à la lumière ce qui 

est caché dans les ténèbres, 

et découvrira les pensées des 

cœurs : alors chacun recevra 

de Dieu la louange qui lui 

sera due. 



tua?, quod nostra pec- 
cata prœpediunt, indul- 
gentia tuas propitiationis 
acceleret. Qui vivis et 
régnas in sœcula sœculo- 
rum. Amen. 



Lectio Epistolae beati 
Pauli Apostoli ad Co- 
rinthios. Cap. IV. 

Fratres, sic nos exis- 
timet homo ut minis- 
tros Christi, et dispen- 
satoresmysteriorum Dei. 
Hic jam quœritur inter 
dispensatores ut fidelis 
quis inveniatur. Mihi 
autem pro minimo est ut 
a vobis judicer, aut ab 
humano die : sed neque 
meipsum judico. Nihil 
enimmihi consciussurn : 
sed non in hoc justifica- 
tus sum : qui autem judi- 
cat me Dominus est. Ita- 
que nolite ante tempus 
judicare, quoadusque ve- 
niat Dominus : qui et 
illuminabit abscondita 
tenebrarum, et manifes- 
tabit consilia cordium : 
et tune laus erit unicui- 
que a Deo. 



26* 



L' A vent. 



L'Eglise remet sous les jeux des peuples, 
dans cette Epître, la dignité du Sacerdoce 
chrétien, à l'occasion de l'Ordination qu'on a 
célébrée la veille, et rappelle en même temps 
aux Ministres sacrés l'obligation qu'ils ont 
contractée de se montrer fidèles dans la 
charge qui leur a été imposée. Au reste, il 
n'appartient pas aux brebis de juger le pas- 
teur : tous, prêtres et peuple, doivent vivre 
dans l'attente du jour de l'Avènement du 
Sauveur, de ce dernier Avènement dont la 
terreur sera aussi grande qu'est attrayante la 
douceur du premier, et du second auquel 
nous préparons nos âmes. Après avoir fait 
retentir dans l'assemblée ces paroles sévères, 
la sainte Eglise reprend le cours de ses espé- 
rances, et célèbre encore l'arrivée prochaine 
de l'Epoux. 

GRADUEL. 



Prope est Dominus om- 
nibus invocantibus 
eum, omnibus qui invo- 
cant eum in veritate. 

V. Lauiem Domini lo- 
quetur os meum : et be- 
nedicat omnis caro No- 
men sanctum ejus. 

Alléluia, alléluia. 

V. Veni. Domine, et 
noli tardare : relaxa faci- 
nora plebi tuas Israël. 
Alléluia. 



LE Seigneur est proche de 
tous ceux qui l'invoquent 
en vérité. 

v Ma boucheannoncera la 
louange du Seigneur ; que 
toute chair bénisse son saint 
Nom. 

Alléluia, alléluia. 

v. Venez. Seigneur, et ne 
tardez plus ; pardonnez les 
crimes d'Israël votre peuple. 
Alléluia. 



Sequentia sancti E^an- 

gelii secundum Lucam. 

Cap. III. 

A nno quintodecimo tm- 

jTi perii Tiberii Caesa- 



La suite du saint Evangile 
selon saint Luc. Chap . III. 

L'an quinzième de l'empire 
de Tibère César, Ponce- 



Le Quatrième Dimanche de l'A vent. 26g 



Pilate étant gouverneur de la 
Judée ; Hérode, tétrarque de 
la Galilée ; Philippe son 
frère , de l'Iturée et de la 

Erovince de Traconite ; et 
ysanias , d'Abilène ; Anne 
et Caïphe étant grands- 
prêtres ; Dieu fit entendre sa 
parole à Jean, fils de Zacha- 
rie, dans le désert. Et il vint 
dans tout le pays qui est aux 
environs du Jourdain, prê- 
chant le baptême de péni- 
tence pour la rémission des 
péchés; ainsi qu'il est écrit 
au livre des paroles du pro- 
phète Isaïe : Voix de celui 
qui crie dans le désert : 
Préparez la voie du Sei- 
gneur ; rendez droits ses 
sentiers. Toute vallée sera 
remplie, et toute montagne 
et toute colline sera abaissée ; 
les chemins tortueux devien- 
dront droits , les raboteux 
seront aplanis. Et toute chair 
verra le Sauveur envoyé de 
Dieu. 



ris, procurante Pontio 
Pilato Judœam , tetrar- 
cha autem jGalilaeœ Hé- 
rode, Philippo autem fra- 
tre ejus tetrarcha Itura?aî 
et Trachonitidis regio- 
nis, et Lysania Abilinas 
tetrarcha, sub principi- 
bus sacerdotum Anna et 
Caipha: factum est ver- 
bum Domini super Joan- 
nem Zachariae filium in 
deserto. Et venit in om- 
nem regionem Jordanis, 
praedicans baptismum 
pœnitentiae in remissio- 
nem peccatorum ; sicut 
scriptum est in libro ser- 
monum Isaiœ prophetae: 
Voxclamantis in deser- 
to : Parafe viam Domini : 
rectas facite semitas 
ejus : omnisvallis imple- 
bitur, et omnis mons et 
collis humiliabitur : et 
erunt prava in directa, et 
aspera in vias planas: et 
videbit omnis caro Salu- 



tare Dei. 

Vous êtes proche, Seigneur, car l'héritage 
de votre peuple a passé aux mains des Gen- 
tils, et la terre que vous aviez promise à 
Abraham n'est plus aujourd'hui qu'une pro- 
vince de ce vaste empire qui doit précéder 
le vôtre. Les oracles des Prophètes s'exécu- 
tent de jour en jour; la prédiction de Jacob 
lui-même est accomplie : Le sceptre est ôté 
de Juda. Tout se prépare pour votre arrivée, 
ô Jésus ! C'est ainsi que vous renouvelez la 
face de la terre : daignez aussi renouveler 



L'A vent. 



mon cœur, et soutenir son courage, dans ces 
dernières heures qui précèdent votre venue. 
Il sent le besoin de se retirer au désert, 
d'implorer le baptême de la pénitence, de 
redresser ses voies : faites tout cela en lui, 
divin Sauveur, afin qu'au jour où vous allez 
descendre, sa joie soit pleine et parfaite. 

Pendant l'Oblation, l'Église salue la glorieuse 
Vierge dont les flancs recèlent encore le salut 
du monde. O Marie ! donnez-nous bientôt 
celui qui vous remplit de sa présence et de sa 
grâce. Le Seigneur est avec vous, ô Marie in- 
comparable; mais l'heure approche où il sera 
aussi avec nous; car son nom est Emmanuel. 



Maria. 



A VE 

i\ plena : Dominus te 
cum : benedicta tu in 
mulieribus, et benedictus 
fructus ventris tui.. 



OFFERTOIRE, 
grati 



JE vous salue. Marie, pleine 
de grâce, le Seigneur est 
avec vous ; vous êtes bénie 
entre toutes les femmes, et 
béni est le fruit de vos 
entrailles. 



Sacrificiis prassenti- 
bus, quaesumus Do- 
mine, placatus intende : 
ut et devotioni nostrae 
proficiant, et saluti. Per 
Dominum. 



AIGNEZ. Seigneur, rece- 



DAIGXE 
voir favorablement ces 
offrandes, afin qu'elles ser- 
vent à témoigner notre reli- 
gion et à nous obtenir le 
salut. Par Jésus-Christ notre 
Seigneur. 

Les autres Secrètes comme au premier 
Dimanche, page \2>j. 

Pendant la Communion, l'Eglise, toute 
pleine du Dieu qui vient de descendre en 
elle, emprunte les paroles d'Isaie pour célé- 
brer la Vierge mère, et ce chant lui convient 
aussi, à elle qui vient d'être mystérieuse- 



Le Quatrième Dimanche de l'A vent. 271 

ment visitée par le même Fils de Dieu dont 
le sein de Marie est le tabernacle. 



COMMUNION. 



VOICI qu'une Vierge con- 
cevra et enfantera un 
fils, dont le nom sera Emma- 
nuel. 



:ce Virgo concipiet, 
et pariet filium : et 

ejus 



vocabitur nomen 
Emmanuel. 



POSTCOMMUNION. 

Sumptis muneribus , 
quaesumus Domine: 
ut cum frequentatione 
mysterii crescat nostrae 
salutis effectus. Per Do- 
minum nostrum Jesum 
Christum. Amen. 



Après avoir reçu les dons 
sacrés, nous vous sup- 
plions, Seigneur, de faire 
naître en nous, par la fré- 
quentation de ce mystère , 
l'effet de notre rédemption. 
Par notre Seigneur Jésus- 
Christ. Amen. 

Les autres Postcommunions comme 
premier Dimanche, page 1 38. 



'• A». S","? 

dans Sion 



1. Ant. 



A VEPRES. 
f Si la Vigile de Noël se trouvait coïncider 
avec le quatrième Dimanche de VAvent, on 
chanterait les premières Vêpres de Noël, en 
place de celles qui suivent.) 

nez de la 
o m p e t te 
car le jour du 
Seigneur est proche: voici 
qu'il vient nous sauver. Allé- 
luia, alléluia. 

2. Ant. Voici qu'il va ve- 
nir, le Désiré de toutes les 
nations, et la maison du Sei- 
gneur sera remplie de gloire. 
Alléluia. 

3. A :t. Les chemins tor- 
tueux seront redressés, et les 



:- ANITE tu- 
\^j ba in 

Sion. quia prope est dies 
Domini : ecce veniet ad 
salvandum nos. Alléluia, 
alléluia. 

2. Ant. Ecce veniet 
desideratus cunctis Gen- 
tibus : et replebitur glo- 
ria domus Domini. Allé- 
luia. 

3. Ant. Erunt prava 
in directa, et aspera in 



L'Avait. 



vias planas : veni, Do- 
mine, et noli tardare. 
Alléluia. 

4. Ant. Dominus ve- 
niet, occurrite illi, di- 
centes : Magnum pnn- 
cipium, et regni ejus non 
erit finis ; Deus. Fortis, 
Dominator , Princeps 
pacis. Alléluia, alléluia. 

5. Ant. Omnipotens 
sermo tuus, Domine, a 
regalibus sedibus veniet. 
Alléluia. 

CAPITULE. 



chemins raboteux seront 
aplanis : venez, Seigneur, et 
ne tardez pas. Alléluia. 

4. Ant. Le Seigneur va 
venir ; aile- à sa rencontre, 
et dites : Grande est sa puis- 
sance, et son règne n'aura pas 
de fin ; il est le Dieu, le Fort, 
le Dominateur, le Prince de 
la paix. Alléluia, alléluia. 

5. Ant. Seigneur , votre 
toute-puissante Parole va 
descendre de ses royales de- 
meures. Alléluia. 



Fratres, sic nos existi- 
met homo, ut ministros 
Christi. et dispensatores 
mysteriorum Dei : hic 
jam quaeritur inter dis- 
pensatores, ut fidelis 
quis inveniatur. 



Mes Frères, que l'homme 
nous considère comme les 
Ministres de Jésus-Christ, 
et comme les dispensateurs 
des mystères de Dieu. Or, ce 
qui est à désirer dans les 
dispensateurs, c'est qu'ils 
soient trouvés fidèles. 



L'Hymne Creator aime siderum et le Can- 
tique 'Magnificat sont aux pages 107 et iq8. 

Onchante.à Magniricat,ce//e des Grandes An- 
tiennes qui est marquée pour le jour du mois de 
Décembre auquel tombe le quatrième Dimanche. 

PRIONS. 

Faites paraître, Seigneur, 
votre pouvoir, et venez ; 
secourez-nous par votre ver- 
tu toute-puissante, afin que, 
par le secours de votre grâce, 
votre indulgence miséricor- 
dieuse daigne accélérer le 
remède dont nos péchés nous 
rendent indignes ; vous qui 
vivez et régnez dans les 
siècles des siècles. Amen. 



Excita, qusesum 
Domine, potenti; 



OREMUS 

îmus 
iaœ 

tuam. et veni : et magna 
nobis virtute succurre. 
ut per auxilium gratiae 
tuœ, quod nostra pec- 
cata praepediunt, indul- 
gen.ia tuae propitiationis 
acceleret. Qui vivis et 
régnas. 



LE LUNDI 



DE LA QUATRIEME SEMAINE DE L AVENT. 



E Seigneur est déjà proche: 
, venez, adorons-le. 



Du Prophète Isaïe. 
Chap XLI. 

ET toi, Israël, mon servi- 
teur, Jacob que j'ai élu, 
fils d'Abraham mon ami, et 
dans lequel je t'ai pris des 
extrémités de la terre, je 
t'ai appelé à moi d'un pays 
lointain, et je t'ai dit : Tu es 
mon serviteur, je t'ai élu et 
je ne t'ai pas rejeté. Ne crains 
point, parce que je suis 
avec toi ; ne te détourne 
point, car je suis ton Dieu ; 
je t'ai fortifié, je t'ai secouru, 
et la droite du Juste que je 
t'ai envoyé t'a soutenu. 
Voici que tous ceux qui 
combattent contre toi seront 
confondus et rougiront de 
honte : ils seront comme s'ils 
n'étaient pas, et ils périront, 
'jeux qui s'opposent à toi. 
Tu les chercheras, et tu ne 
les trouveras pas, ces hom- 
mes qui s'élevaient contre 
toi ; et ceux qui te faisaient 
la guerre seront comme s'ils 
n'avaient jamais été, et dis- 
paraîtront ; car je suis le Sei- 



rofs est jam Domi- 
nus: venite, adore- 



De Isaia Propheta. 
Cap. XLI. 

ET tu, Israël, serve 
meus, Jacob quem 
elegi, semen Abraham 
amici mei ; in quo ap- 
prehendi te ab extremis 
terrae, et a longinquis 
ejus vocavi te, et dixi ti- 
bi : Servus meus es tu, 
elegi te, et non abjeci te. 
Ne timeas, quia ego te- 
cumsum: ne déclines, 
quia ego Deus tuus : 
confortavi te, et auxi- 
liatus sum tibi. et sus- 
cepit te dextera Justi 
mei. Ecce confunden- 
| tur et erubescent omnes 
qui pugnant adversum 
te ; erunt quasi non sint, 
et peribuntviri qui con- 
tradicunt tibi. Quasres 
eos, et non invenies. vi- 
ros rebelles tuos : erunt 
quasi non sint, et veluti 
consumptio hominesbel- 
lantes adversum te : 
quia ego Dominus Deus 
tuus apprehendens ma- 



27J4 



L'A vent. 



num tuam, dicensque 
tibi : Ne tiineas, ego 
adjuvi te. Noli timere, 
vermis Jacob, qui mor- 
tui estis ex Israël : ego 
auxiliatus sura tibi. di- 
cit Dominus, et redem- 
ptor tuus Sanctus Israël. 
Ego posui te quasi plau- 
strutn triturans novum, 
habens rostra serrantia : 
triturabis montes, et 
comminues, et colles 
quasi pulverem pones. 
Ventilabis eos, et ven- 
tus tollet, et turbo dis- 
perget eos : et tu exsul- 
tabis in Domino, in 
Sancto Israël laetaberis. 



gneur ton Dieu qui prends 
ta main et te dis : Ne crains 
pas ; c'est moi qui te sou- 
tiens. Ne crains point, ô 
Jacob ! faible vermisseau, 
ni vous, enfants d'Israë', qui 
êtes morts : c'est moi qui 
suis venu te secourir, dit le 
Seigneur; et c'est le Saint 
d'Israël qui est ton Rédemp- 
teur. Je te ferai semblable à 
un chariot tout neuf, qui 
foule des blés, qui a des 
dents de fer : tu fouleras et 
tu briseras les montagnes, et 
tu réduiras en poudre les 
collines. Tu les vanneras, et 
le vent les emportera, et la 
tempête les dissipera ; et toi, 
tu tressailliras dans le Sei- 
gneur, tu te réjouiras dans le 
^aint d'Israël. 

C'est ainsi que vous nous relevez dans noire 
bassesse, ô Fils éternel du Père ! c'est ainsi 
que vous nous rassurez contre les trop légi- 
times terreurs que nous causent nos pèches. 
t Israël, mon serviteur, nous dites -vous, 
« Jacob que j'ai élu, fils d'Abraham mon 
« ami, je t'ai appelé de bien loin : ne crains 
« point, car je suis avec toi. » Mais pour être 
ainsi avec nous, ô Verbe divin ! de quelles 
hauteurs ne vous a-t-il pas fallu descendre 1 
Nous ne pouvions venir à vous ; un chaos 
immense vous séparait de nous. Bien plus, 
nous n'avions aucun désir de vous voir , tant 
nos péchés avaient appesanti notre cœur ! et 
d'ailleurs, nos yeux n'auraient pu supporter 
votre éclat. Dans cette extrémité, vous êtes 
descendu en personne, et, voile de votre 



Le Quatrième Lundi de VA vent. 2j5 

humanité comme d'un nuage, vous vous êtes 
donné à voir à nos faibles yeux. « Qui dou- 
ce tera, s'écrie saint Bernard dans son premier 
« Sermon de l'Avent, qui doutera que ce ne 
« soit là une grande chose, qu'une si sublime 
« Majesté ait daigné descendre de si haut 
« dans un lieu si indigne ? Oui, certes, c'est 
« là une grande chose ; car c'est une miséri- 
« corde immense, une pitié excessive, une 
« charité infinie. En effet, pourquoi vient-il? 
« Il vient chercher sa centième brebis qui 
« s'était égarée. O admirable condescendance 
« d'un Dieu ! ô dignité sublime de l'homme, 
« objet d'une telle recherche ! Certes, si 
« l'homme s'en glorifie, ce ne sera pas sans 
« motif : non pas qu'il doive se considérer en 
« cela comme s'il était quelque chose par 
« lui-même; mais bien parce qu'il est l'objet 
« d'une telle estime de la part de son auteur. 
« Toutes les richesses, toute la gloire du 
« monde, tout ce qu'on désire dans le monde, 
« est moins que cette gloire ; que dis-je ? n'est 
« rien en comparaison. O Seigneur ! qu'est-ce 
« donc que l'homme, pour que vous le traitiez 
« avec tant de gloire, pour que vous lui atta- 
« chie^ ainsi votre Cœur ? » Montrez- vous 
donc bientôt à vos brebis, ô divin Pasteur ! 
Vous les connaissez, vous les avez vues du 
haut du ciel, vous les contemplez avec amour, 
du sein de Marie où vous reposez encore ; 
elles veulent vous connaître aussi-, elles ont 
hâte de considérer vos traits chéris, d'enten- 
dre votre voix, d'entrer dans les heureux 
pâturages que vous leur promettez. 



76 



L'A vent. 



M 



HYMNE POUR LE TEMPS DE L AVENT. 

Composée par saint Ambroise; elle est au Bré- 
viaire Arnbrosien, au VI e Dimanche de 
l'Avent.) 

C'est un mystère de l'E- 
glise, c'est une Hymne 
que nous chantons au Verbe 
du Père, devenu le fils d'une 
Vierge. 

Seule entre toutes les fem- 
mes . vous avez été choisie 
dans le monde, et jugée digne 
de porter le Seigneur en vos 
saintes entrailles. 

Ce mystère est grand ! A 
Marie seule le privilège de 
voir naitre de son sein le 
Dieu qui a créé toutes choses. 



ysterium Ecclesiae, 
Hymnum Christo 

referimus. 
Quem genuit Puerpera 
Verbum Patris in filio. 

Sola in sexu fœmina 
Electa es in saeculo : 
Et meruisti Dominum 
Sancto portare in utero. 



Mysterium hoc ma- 
gnum est ; 

Marias quod concessum 
est, 

Ut Deum per quem 
omnia 

Ex se videret prodire. 

Vere gratia plena es. 
Et gloriosa permanes, 
Quia ex te natus est 

Christus 
Per quem facta sunt om- 
nia. 



Rogemus ergo. populi, 
~'irgi- 



Dei Matrem et 



nem. 
Ut ipsanobis impetret 
Pacem et indulgentiam. 

Gloria tibi, Domine, 
Qui natus es de Virgine, 



Vraiment vous êtes pleine 
de grâce , et votre gloire 
demeure à jamais ; car de 
vous est né le Christ, par qui 
toutes choses furent faites. 



Peuples, implorons la Vier- 
ge Mère de Dieu, afin qu'elle 
nous obtienne à tous paix et 

indulgence. 



Gloire à vous. Sejgneur, 
qui êtes né de la Vierge ; 



Le Quatrième Lundi de VA vent. 27 y 



gloire au Père et au Saint- 
Esprit, dans les siècles sans 
fin. 
Amen. 



Cum Pâtre et San< 

Spiritu, 
In sempiterna sœcula. 
Amen. 



PRIERE DU MISSEL AMBROSIEN. 

(En la Messe du V e Dimanche de VA vent.') 



ODlEU , qui ayant vu 
l'homme tombé dans la 
mort , l'avez voulu racheter 
par l'Avènement de votre 
Fils unique ; faites , nous 
vous en prions, que ceux qui 
confessent sa glorieuse In- 
carnation, méritent d'obtenir 
la société éternelle de ce 
divin Rédempteur, qui vit et 
règne avec vous dans les 
siècles des siècles. Amen. 



DEUS qui hominem de- 
lapsum in mortem 
conspiciens , unigeniti 
Filii tui Adventu redi- 
mere voluisti ; prœsta , 
quasumus, ut, qui ejus 
gloriosam Incarnationem 
fatentur, ipsius etiam 
Redemptoris consortia 
mereantur. Qui tecum 
vivit et régnât in sœcula 
sceculorum. Amen. 



•^f^«^)^#^^f^f^f^f^f^«^f^«^f^^«^*^«^«^«^«At 



LE MARDI 



DE LA QUATRIEME SEMAINE DE L AVENT. 



Prope est jam Domi- 
nus ; venite, adore- 
mus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. XLll. 

ECCE servus meus, sus- 
cipiam eum, electus 
meus complacuit sibi in 
illo anima mea : dedi 
Spiritum meum super 
eum. judicium Gentibus 
proferet. Non clamabit, 
neque accipiet personam, 
nec audietur vox ejus 
foris. Calamum quassa- 
tum non conteret. et li- 
cum fumigans non exstin- 
guet : in veritate educet 
judicium. Non erit tris— 
tis. neque turbulentus , 
donec ponat in terra judi- 
cium : et legem ejus 
insuloe exspectabunt. 

Hase dicit Dominus Deus 
creans ccelos, et exten- 
dens eos : fimans ter- 
rain, et qua; germinant 
ex ea : dans flatum po- 
pulo qui est super eam, 
et spiritum calcantibus 
eam. Ego Dominus vo- 
cavi te in justitia, et ap- 
prehendi manum tuam, 



E Seigneur est déjà proche: 
. venez, adorons-le. 



Du Prophète Isaïe. 
Cha F . XLII. 

Voici mon serviteur, je le 
soutiendrai ; mon élu 
dans lequel mon âme a mis 
toute son affection. J'ai répan- 
du mon Esprit sur lui : il 
annoncera la jnstice aux na- 
tions. Il ne criera point ; il 
n'aura point acception de 
personne , et on n'entendra 
point sa voix au dehors. Il ne 
brisera point le roseau déjà 
éclaté, et il n'éteindra point 
la mèche qui fume encore ; 
il rendra justice selon la 
vérité. Il ne sera point triste 
ni violent, jusqu'à ce qu'il ait 
établi la justice sur la terre , 
et les îles attendront sa loi. 
Voici ce que dit le Seigneur 
Dieu qui a créé les cieux et 
qui les a étendus, qui affer- 
mit la terre et tout ce qui 
germe en son sein, qui donne 
le souffle au peuple qui l'ha- 
bite, et la vie à ceux qui la 
foulent. Moi le Seigneur, je 
t'ai appelé dans la justice ; je 
t'ai pris par la main, et je t'ai 



Le Quatrième Mardi de VA vent. 2 y g 



et servavi te. Et dedi te 
in fœduspopuli, in lucem 
Gentium : ut aperires 
oculos caecorum, et edu- 
ceres de conclusione 
vinctum, de domo car- 
ceris sedentes in tene- 
bris. 



gardé; je t'ai établi pour être 
l'alliance du peuple, la lu- 
mière des nations : pour que 
tu ouvrisses les yeux des 
aveugles, pour que tu tiras- 
ses de la prison celui qui 
était enchaîné, et de la mai- 
son de captivité ceux qui 
étaient assis dans les ténè- 
bres. 

Que votre arrivée en ce monde est douce 
et pacifique, ô Jésus ! On n'entend point votre 
voix retentir avec empire; et vos mains, en- 
core immobiles au sein maternel, n'essaient 
même pas de rompre le faible roseau qu'un 
souffle achèverait de briser. Que venez-vous 
donc faire dans ce premier Avènement ? Vo- 
tre Père céleste nous l'apprend par le Pro- 
phète. Vous venez pour être un gage d'al- 
liance entre le ciel et la terre. O Enfant divin ! 
à la fois Fils de Dieu et fils de l'homme, 
bénie soit votre venue au milieu des hom- 
mes ! Votre berceau sera l'Arche de notre 
salut ; et quand vous marcherez sur la terre, 
ce sera pour nous éclairer et nous délivrer de 
la prison des ténèbres. Il est donc bien juste 
que nous allions au-devant de vous, et d'au- 
tant plus que vous faites à vous seul la plus 
grande partie du chemin. « C'est bien le 
« moins, dit saint Bernard dans son premier 
« Sermon de TAvent, quand le malade n'a 
« pas la force de marcher au-devant de son 
« Médecin, qu'il tâche de soulever la tête, et 
« de faire quelques mouvements à sa rencon- 
« tre. Il ne s'agit donc pas, ô homme ! de 
« passer les mers, de pénétrer les nuages, de 
« franchir les montagnes : non, le chemin 



2 8 o 



L'A vent. 



« n'est pas considérable. Va seulement jus- 
ci ou'à toi-même, et tu rencontreras ton Dieu ; 
o car il est dans ta bouche, il est dans ton 
« cœur. Va au-devant de lui jusqu'à la com- 
« ponction de ton cœur, jusqu'à la confession 
« de ta bouche ; sors seulement du bourbier 
« de ta malheureuse conscience ; car l'auteur 
« de la pureté ne saurait la choisir pour asile 
« dans l'état où elle est présentement. » 
Gloire à vous donc, 6 Jésus, qui ménagez les 
fractures du roseau, afin qu'il puisse reverdir 
et fleurir au bord des eaux dont vous êtes la 
source ! gloire à vous, dont le souffle tout- 
puissant se modère, afin de n'étouffer pas la 
dernière étincelle de cette mèche qui s'éteint, 
mais qui, n'étant pas encore froide, peut se 
raviver et luire pour le festin de l'Epoux. 

HYMNE EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

(Composée par saint Pierre Damien.) 



Terrena cuncta jubi- 
lent, 
'Astra iaudibus intonent, 
Virginis ante thalamum, 
Laudes alternent drama- 
tum. 

Haec Virgo Verbo gra- 
vida. 
Fit paradisi Janua ; 
Qu32 Deum mundo red- 

* didit, 
Cœlum nobis aperuit. 

Félix ista Puerpera, 
Evae lege liberrima, 
Concepitsine masculo. 
Peperit absque gemitu. 



QUE toute la terre soit en 
jubilation, que les astres 
retentissent de nos chants, et 
qu'un double chœur, au ciel 
et sur la terre, répète l'epi- 
thalame de la Vierge. 

Cette Vierge que remplit 
le Verbe, devient la Porte du 
Paradis ; elle a rendu Dieu 
au monde, elle nous a ouvert 
les cieux. 



Heureuse Mère! affranchie 
de la loi d'Eve, elle 
sans le secours de l'homme, 
enfanté sans gémissement. 



Sein de Marie, riche tré- 
sor ! Il a porté le prix du 
monde, ce prix glorieux de 
notre rachat, à nous qu'il a 
dégagés d'une dette acca- 
blante. 

Le Fils du Père repose en 
elle, l'Esprit-Saint la couvre 
de son ombre; les très pures 
entrailles de la Vierge sont 
devenues le ciel. 



Louange soit à vous, Très- 
Haut, ne d'une Vierge; inef- 
fable honneur soit au Père et 
au Saint-Esprit. Amen. 



Dives Mariœ gre- 
mium ! 
Mundi gestavit pretium, 
Quo gloriamur redimi 
Soluti jugo debiti. 



Quam Patris implet 

Filius, 
Sanctus obumbrat Spi- 

ritus. 
Cœlum fiunt castissima 
Sacra; puellœ viscera. 

Sit tibi laus, Altissime, 
Qui natus es ex Virgine ; 
Sit honor ineftabilis 
Patri , Sanctoque Fla- 
mini. Amen. 



PRIERE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN'. 



(In Adventu Domini, Oratio post Prophetiam.) 

AUTEUR de la lumière, qui /~\ 
fécondez toutes choses. ^-^ 



vous qui venez visiter un 
peuple indigne de cet hon- 
neur, et qui, par la bouche du 
bienheureux Jean, accom- 
plissez les oracles prophé- 
tiques qui retentirent dans 
les siècles, en même temps 
que vous les exécutez par les 
œuvres qu'il fait paraître au 
désert ; accordez à votre 
peuple qui vous en supplie. 
ta grâce de vous servir sans 
crainte, afin que , par les 
entrailles de votre miséri- 
corde, étant remplis de 
science, nous méritions d'être 
dirigés par la vérité. 



pifex lucis aima;, 
plebis visitator im- 
meritœ, qui illa prophe- 
talium vaticiniorum ora- 
cula , quas sœculis fue- 
runtnuntiata, beati Joan- 
nis ore expies, opère per- 
ficis, professione pera- 
gis ; concède plebi sup- 
plici tibi sine formidine 
famulari ; ut per viscera 
misericordias repleti 

scientia. veritate dirigi 
mereamur. 



LE MERCREDI 

DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE L'AVENT. 



Prope est jam Domi- 
nus : venite, adure- 
mus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. LL 

AUDITE me, qui sequi- 
mini quod iustum 
est, et quaeritis Domi- 
num : attendue ad pe- 
tram unde excisi estis. 
et ad cavernam laci, 
de qua pra;cisi estis. At- 
tendue ad Abraham pa- 
trem vestrum, et ad Sa- 
ram quse peperit vos ; 
quia unum vocavi eum, 
et benedixi ei, et multi- 
plicavi eum. Consolabi- 
tur ergo Dominus Sion, 
et consolabitur omnes 
ruinas ejus, et ponet de- 
sertum ejus quasi deli- 
cias, et solitudinem ejus 
quasi hortum Domini. 
Gaudium et laetitîa in- 
venietur in ea, gratia- 
rum actio, et vox laudis. 
Attendite ad me, popule 
meus, et tribus mea, me 
nudité : quia lex a me 
exiet, et judicium meum 
in lucem populorum re- 
quiescet. Prope est Jus- 
tus meus, egressus est 



LE Seigneur est déjà pr 
che : venez, adorons-le, 



Du Prophète Isaïe. 
Ckap. LI. 

Ecoutez-moi, vous qui 
suivez la justice et qui 
cherchez le Seigneur. 
Rappelez-vous la pierre de 
laquelle vous avez été taillés, 
et la carrière profonde 
d'où vous avez été tirés. 
Jetez les yeux sur Abraham 
votre père, et sur Sara qui 
vous a enfantés ; considérez 
que je l'ai appelé lorsqu'il 
était seul, et je l'ai béni, et 
je l'ai multiplié. Ainsi le Sei- 
gneur consolera Sion, et il 
consolera toutes ses ruines ; 
il changera son désert en un 
lieu de'délices, et sa solitude 
en un jardin du Seigneur. 
On y trouvera la joie et 
l'allégresse, l'action de grâ- 
ces et la voix de louange. 
Ecoute-moi. 6 mon peuple ! 
nation que j'ai choisie, en- 
tends ma voix : car la loi sor- 
tira de moi, et ma justice 
éclairera les peuples, et se 
reposera parmi eux. Mon 
Juste est proche, le Sauveur 
que j'envoie va paraître ; et 



Le Quatrième Mercredi de F A vent. 2 83 



mes bras jugeront les peu- 
ples : les îles m'attendront, 
et supporteront les délais de 
mon bras. Levez vos yeux 
au ciel, et abaissez-les vers la 
terre ; car le ciel se dissipera 
comme une fumée, et la 
terre s'en ira en poudre com- 
me un vêtement usé, et ses 
habitants périront comme 
elle ; mais le Salut que je 
donnerai sera éternel, et ma 
justice ne manquera jamais. 



Salvator meus, et bra- 
chia mea populos judi- 
cabunt : me insula: 
exspectabuot,et brachium 
meum sustinebunt. Le- 
vate in cœlum oculos ves- 
tros, et videte sub terra 
deorsum : quia cœli sicut 
fumus liquescent, et 
terra sicut vestimentum 
atteretur, et habitatores 
ejus sicut haec interi- 
bunt : Salus autem mea 
in sempiternum erit, et 
justifia mea non deficiet. 



O vous, qui êtes la Fleur des champs et le 
Lis des vallons, vous venez donc transformer 
notre terre ingrate et aride en un jardin de 
délices. Par notre péché, nous avions perdu 
Eden et toutes ses magnificences; et voilà que 
cet Eden nous est rendu ; voilà que vous ve- 
nez l'établir dans notre coeur. O plante 
céleste ! arbre de vie transplanté du ciel en 
terre, vous prenez d'abord racine en Marie, 
cette terre fidèle, et vous viendrez ensuite 
chercher en nous un sol reconnaissant qui 
vous garde et vous fasse fructifier. Préparez 
ce sol, divin agriculteur ! vous que la péche- 
resse pardonnée aperçut un jour sous la 
forme d'un jardinier. Vous savez combien il 
manque encore à nos cœurs, pour être pro- 
pres à vos desseins. Remuez, arrosez cette 
terre, la saison est venue; elle ne voudrait 
pas être stérile, ni se voir privée de posséder 
cette riche Fleur qui fait la gloire du ciel, et 
qui daigne venir cacher un moment son 
éclat ici-bas. O Jésus ! faites que nos âmes 



284 



L'A vent. 



soient fertiles, qu'elles se couronnent de la 
lîeur des vertus; qu'elles-mêmes deviennent 
autant de rieurs,* qu'elles soient du nombre 
de celles qui, croissant autour de la vôtre, 
préparent à l'œil du Père céleste un jardin 
digne d'être uni à celui qu'il a plante dans 
l'éternité. O Fleur céleste ! vous êtes aussi la 
rosée, gardez-nous de la sécheresse ; vous 
êtes le soleil, gardez-nous de la froidure ; vous 
êtes l'odorant parfum, communiquez-nous 
votre suavité ; vous êtes la souveraine beauté, 
Fleur blanche et pourprée, faites que nous 
soyons radieux autour de vous dans l'éter- 
nité, comme la couronne que vous avez 
conquise. 



HYMNE DE PREPARATION A NOeL. 

(Composée par saint Ambroise, elle est aux 
premières Vêpres de Noël au Bréviaire 
Ambrosienj et dans les anciens Bréviaires 
Romains- 1 rançais.) 

Venu Redemptor gen- 
tium. 
Ostende partum Virgi- 

nis ; 
Miretur omne saeculum. 
Talis decet partus Deum. 

Non ex virili semine, 
Sed mvstico spiramine, 
Verbum Dei factus est 

caro 
Fructu>quj ventris flo- 

ruit. 

A vu- tumescit Virgi- 
nia- 



Venez , Rédempteur des 
nations ; montrez-nous 
l'enfantement d'une Vierge ; 
que tous les siècles soient 
dans l'étonnement : cet en- 
fantement sied à un Dieu. 

Ce n'est point l'œuvre de 
l'homme ; c est par le souffle 
mystique de l'Esprit divin 

?|ue le Verbe de Dieu s'est 
rit chair, que le fruit des 
entrailles a fkuri. 

gne da la maternité 
se révèle en la 



Le Quatrième Mercredi de VA vent. 285 



le sceau de la pudeur est de- 
meuré intact ; l'étendard de 
la puissance se déploie ; Dieu 
habite dans son temple. 

Il sort de son secret sanc- 
tuaire, royal palais de la pu- 
deur ; Géant aux deux natu- 
res, il court sa voie à pas de 
conquête. 



Il est sorti du Père ; il est 
remonté au Père ; il plonge 
jusqu'aux enfers, il reparait 
sur son trône de Dieu. 



Fils égal à l'éternel Père, 
revêtez les trophées de la 
chair ; affermissez par votre 
vertu toujours vivante les 
défaillances de notre corps. 

Déjà resplendit votre crè- 
che ; dans la nuit s'exhale 
une lumière nouvelle, que 
jamais l'ombre n'obscurcira : 
c'est l'éternelle splendeur de 
la foi. 



7!, 



Gloire à vous, Se 
qui êtes né d'une vierge, 
gloire avec le Père et le 
Saint-Esprit, dans les siè- 
cles sans fin ! 

Amen. 



Claustra pudoris perma- 
nent, 
Vexilla virtutum micant, 
Versatur in templo Deus. 

Procedit e thalamo 

suo, 
Pudoris aula regia, 
Geminœ gigas substan- 

tiœ, 
Alacris ut currat viam. 

Egressus ejus a Pâtre, 
Regressus ejus ad Pa- 

trem ; 
Excursus usque ad infe- 

ros, 
Recursus ad sedem 

Dei. 

vEqualis œterno Patri, 
Carnis trophaeo cingere ; 
Infirma nostri corporis 
Virtute firmans perpeti. 



Prœsepe jam fulget 

tuum, 
Lumenque nox spirat 

novum, 
Quod nulla nox inter- 

polet, 
Fideque jugi luceat. 

Gloria tibi. Domine, 
Qui natus es de Virgine, 
Cum Pâtre et Sancto 

Spiritu, 
In sempiterna saecula. 

Amen. 



2 86 



L'A vent. 



PRIERE DV MISSEL MOZARABE. 



(Au I" Dimanche de l'A vent.) 



Domine Deus omnipo- 
tens, qui prohumani 
generis redemptionecoae- 
ternum tibi cooequalem- 
que Filium Angeli an- 
nuntiatione per Marias 
Virginis uterura usque 
ad nos vo:uisti transmit- 
tere ; da nobis hoc tera- 
pore Adventus tui Uni- 
geniti eamdem pacis 
gratiam, quam in prae- 
terita largire dignatus 
es sascuia, et illis nos in 
occursum fidei socies 
numerandos, quos in fi- 
dei primordio a Joanne 
pcenitentiœ undis aqua- 
rum abluto*, a te pos- 
tremo per Filium in 
Spiritu Sancto et igni 
cognoscimus baptizatos. 



Seigneur, Dieu tout-puis- 
sant, qui, pour la Rédemp- 
tion du genre humain, avez 
voulu, par le message d'un 
Ange, faire descendre jus- 
qu'à nous dans le sein de la 
Vierge Marie, votre Fils, 
éternel comme vous et égal 
à vous ; accordez-nous, en ce 
temps de l'Avènement de ce 
Fils unique, la même grâce 
de paix que vous avez dai- 
gné octroyer aux siècles pa«- 
sés, et comptez-nous au 
nombre de ceux qui allèrent 
au-devant de lui par la foi, 
alors que celte foi commen- 
çait, et qui, lavés par Jean 
dans leseauxde la pénitence, 
furent plus tard baptisés par 
votre Fils dans l'Esprit- 
Saint et dans le feu. 



t^tâktôti^#&»$NP&»& 



LE JEUDI 



DE LA QUATRIEME SEMAINE DE LAVENT. 



LE Seigneur est déjà proche : 
venez, adorons-le. 



Du Prophète Isaïe. 
Çkap. LXIV. 

OH ! si vous vouliez ouvrir 
les cieux et en des- 
cendre ! les montagnes fon- 
draient devant votre face : 
elles se dessécheraient comme 
dévorées par le feu ; les eaux 
seraient embrasées, et votre 
nom se signalerait devant vos 
ennemis; les nations tremble- 
raient devant votre face. 
Lorsque vous feriez éclater 
vos merveilles, nous ne les 
pourrions soutenir. Vous 
êtes descendu, et les mon- 
tagnes se sont écoulées de- 
vant vous. Depuis le com- 
mencement du monde , les 
oreilles n'ont point entendu, 
l'œil n'a point vu, hors vous 
seul, ô Dieu ! ce que vous 
avez préparé à ceux qui vous 
attendent. Vous êtes allé au- 
devant de ceux qui étaient 
dans la joie et qui vivaient 
dans la justice : ils se sou- 
viendront de vous en mar- 
chant dans vos voies. Vous 
vous êtes irrité , parce que 



P 



rope est jam Domi- 
nus : venite, adore- 
mus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. LXIV. 

Utinam dirumperes 
cœlos, et descende- 
res ; a facie tua montes 
defluerent ; sicut exustio 
ignis tabescerent : aquas 
ardèrent igni, ut notum 
fieret nomen tuum inimi- 
cis tuis ; a facie tua Gen- 
tes turbarentur. Quum 
feceris mirabilia , non 
sustinebimus : descen- 
disti. et a facie tua mon- 
tes defluxerunt. A saeculo 
non audierunt , neque 
auribus perceperunt : 
oculus non vidit, Deus, 
absque te . quae praspa- 
rasti exspcctantibus te. 
Occurristi laetanti , et 
facienti justitiam : in 
viis tuis recordabuntur 
tui : ecce tu iratus es , 
et peccavimus , in ipsis 
fuimus semper, et salva- 
bimur. Et facti sumus ut 
immundus omnes nos, et 
quasi pannus menstruatœ 
uni versa; iustitiae nostra? : 



288 



L'A vent. 



etcecidimus quasi folium 
universi , et iniquitates 
nostrœ quasi ventus abs- 
tulerunt nos. Non est qui 
invocet nomen tuum , 
qui consurgat, et teneat 
te : abscondisti faciem 
tuam a nobis, et allisisti 
nos in manu iniquitatis 
nostne. Et nunc. Domi- 
ne, pater noster es tu . 
nos vero lutum : et fîctor 
noster tu. et opéra ma- 
nuum tuarum omnes nos. 
Ne irascaris , Domine , 
satis. et ne ultra memi- 
neris iniquitatis nostras : 
eccf respice , populus 
tuus omnes nos. Civitas 
sancti tui facta est dé- 
serta, Sion déserta facta 
est, Jérusalem desolata 
est. Domus sanctifica- 
tionis nostra?. et gloriae 
nostra?, ubi laudaverunt 
te patres nostri, facta est 
in cxustionem ignis : et 
omnia desiderabilia nos- 
tra versa sunt in ruinas. 



nous avons pèche : nou;; 
avons toujours été dans les 
péchés , et néanmoins nous 
serons sauvés. Et nous som- 
mes tous devenus comme un 
homme impur, et toutes nos 
justices sont comme le lin- 
ceul le plus souillé ; et nous 
sommes tous tombés comme 
la feuille, et, comme un vent 
impétueux , nos iniquités 
nous ont enlevés et dispersés. 
Il n'est personne qui invoque 
votre nom. qui se lève et qui 
se tienne attaché à vous. 
Vous avez caché votre face à 
nos regards , et vous nous 
avez brisés par la main de 
notre iniquité. Et cependant. 
Seigneur , vous êtes notre 
Père, et nous ne sommes que 
de l'argile ; c'est vous qui 
nous avez formés , et nous 
sommes tous l'ouvrage de vos 
mains. Ne vous irritez plus, 
Seigneur: c'est assez, et ne 
vous souvenez plus de notre 
Jetez 



iniquité. Jetez les yeux sur 
nous, et considérez que nous 
sommes tous votre peuple. La cité de votre Sanctuaire 
est devenue déserte: Sion est changée en solitude, Jéru- 
salem est désolée. La maison de notre culte et de notre 
gloire, où nos pères chantèrent vos louanges, est deve- 
nue la proie des flammes, et tout ce que nous aimions 
a été converti en ruines. 



O Dieu de nos pères! paraissez bientôt. La 
cité que vous aimez est dans la désolation! 
Venez relever Jérusalem et venger la gloire 
de son temple. C'est le cri du Prophète : et 
vous l'avez entendu, et vous êtes venu déli- 



Le Quatrième Jeudi de l'A vent. 28g 

vrer Sion de la captivité, et ouvrir pour elle 
une ère de gloire et de sainteté. Vous êtes 
venu, non détruire la loi, mais l'accomplir; 
et, par votre visite, Sion transformée est 
maintenant l'Eglise votre Epouse. Mais, o 
Sauveur ! ô Epoux ! pourquoi avez-vôusdé- 
tourné votre face ? Pourquoi cette Eglise qui 
vous est chère est-elle assise au désert, pleu- 
rant comme Jérémie sur les ruines du Sanc- 
tuaire, comme Rachel sur ses enfants, parce 
qu'ils ne sont plus ? Pourquoi son héritage 
a-t-il été livré aux nations ? Mère devenue" 
féconde par votre vertu, elle avait allaité 
d'innombrables enfants ; elle leur avait 
enseigné en votre nom les choses de la vie 
présente et les choses de la vie future ; 
et voilà que ces enfants ingrats l'ont délais- 
sée. Chassée de pays en pays, elle s'est vue 
contrainte de transporter d'un lieu dans un 
autre le flambeau de la divine Foi ; ses mys- 
tères ont cessé d'être célébrés dans les lieux 
mêmes où autrefois ils étaient l'amour des 
peuples ; et du haut du ciel, 6 Verbe créateur 
de l'univers, vous apercevez par toute la terre 
des autels brisés, des temples profanés. Oh ! 
venez donc ranimer la Foi qui s'éteint. 

Souvenez-vous de vos Apôtres et de vos 
Martyrs ; souvenez-vous de vos Saints qui 
ont fondé les Eglises, qui les ont honorées 
par leurs vertus'et leurs miracles ; souvenez- 
vous enfin de votre Epouse, et soutenez-la 
dans le pèlerinage qu'elle accomplit ici-bas. 
jusqu'à ce que le nombre des de vos élus soit 
complet. Sans doute, elle aspire, cette Epouse, 
à vous voir à jamais dans la lumière du jour 
éternel ; mais le cœur de mère que vous lui 



2Q0 



L 'A vent. 



avez donné ne peut se résoudre à laisser ses 
enfants au milieu de tant de périls, tant 
que l'heure n'a pas sonné, après laquelle il 
n'y aura pius d'Eglise militante, mais la seule 
Eglise triomphante, enivrée de votre pré- 
sence, ô Jésus, et de vos caresses éternelles. 
Mais, ô SauveurI cette heure fatale n'est pas 
venue ; pendant qu'il est temps encore, abais- 
sez les cieux, descendez, venez à nous. Re- 
tenez aux rameaux de l'arbre ces feuilles que 
le vent de l'iniquité en avait détachées. Qu'il 
pousse de nouvelles branches, cet arbre que 
vous aimez ; que celles qui sont tombées par 
leur faute, et qui étaient déjà préparées pour 
le feu, soient de nouveau, par votre puis- 
sance, rattachées à ce tronc maternel qui se 
sentit déchiré cruellement au jour de la scis- 
sion. Venez pour votre Eglise, ô Jésus ! Elle 
vous est plus chère encore que ne fut l'an- 
cienne Jérusalem. 

HYMNE TIREE DE l'aNTHOLOGIE DES GRECS. 



(Au xxi Décembre.) 



ACERvus arese utérus 
. tuus, Dei Mater, 
dignoscitur ; spicam 
inexcultam, omnem sen- 
sum superantem , Yer- 
bumferens ineffabiliter : 
quod in spelunca Bethle- 
hem paries eum qui om- 
nem creaturam divina 
agnitione aliturus est in 
charitate.et a famé lethi- 
fera humanum genus li- 
beraturus. 



Votre sein, ô Mère de 
Dieu ! est le monceau de 
froment qui, d'une manière 
ineffable, porte l'épi non 
semé, le Verbe de Dieu que 
vous enfanterez dans la grotte 
de Bethléhem ; lequel, par sa 
divine apparition, doit nour- 
rir toute créature en la cha- 
rité, et délivrer le genre 
humain d'une mortelle fa- 
mine. 



Le Quatrième Jeudi de VAvent. 2g i 



O Vierge intacte , d'où 
venez -vous ? Qui vous a 
engendrée ? Quelle est 
votre mère ? Comment pou- 
vez-vous porter le Créateur 
en vos bras ? Comment votre 
sein n'a-t-il éprouvé aucune 
souillure ? Nous voyons s'ac- 
complir en vous de grandes 
grâces, de redoutables mys- 
tères, ô vous toute sainte ! 
Nous préparons , suivant 
notre devoir , la grotte de 
votre enfantement; nous de- 
mandons au ciel l'étoile mys- 
térieuse. Voici que les Mages 
s'avancent de la terre d'orient 
à l'occident , pour voir le 
Salut des mortels briller 
comme un flambeau lumineux 
dans vos bras. 

O vous qui êtes le brillant 
palais du Maitre , comment 
venez-vous dans une chétive 
étable, mettre au monde le 
Roi , le Seigneur incarné 
pour nous, o Vierge toute 
sainte, épouse du grand Dieu! 

Eve, par le péché de déso- 
béissance, introduisit ici-bas 
la malédiction ; mais vous, o 
Vierge Mère de Dieu ! par 
l'excellence de votre fécon- 
dité, vous avez fait fleurir au 
monde la bénédiction ; c'est 
pourquoi nous vous célébrons 
tous. 

Ne t'attriste point, ô Jo- 
seph, en regardant mon sein; 
car tu verras celui qui doit 
naître de moi . et tu seras 
dans la joie ; tu l'adoreras 



Innupta Virgo, unde 
venis ? Quis te genuit ? 
Quas mater tua ? Quo- 
môdo Creatorem fers in 
brachiis ? Quomodo non 
corrupta fuisti utero ? 
Magnas in te gratias, in 
terra stupenda adimpleta 
cernimus mvsteria , o 
Omnisancta. Prout decet 
speluncamadornamus, et 
a ccelo petimus sidus ; 
Magi progrediuntur ab 
oriente orbis usque ad 
occidentem, Salutem vi- 
suri mortalium, tuis in 
brachiis sicut facem pras- 
lucentem. 



Lucidum Magistri pa- 
latium, quomodo venis in 
exiguissimam spelun- 
cam , Regem paritura 
Dominum , Omnisancta, 
Virgo Dei sponsa. 

Eva quidem per ino- 
bedientiae nocumentum 
exsecrationem subintro- 
duxit ; tu autem, Virgo 
Dei Mater, per tua; ges- 
tationis germinationem 
mundo florere fecisti be- 
nedictionem ; unde om- 
nes te magnificamus. 

Ne contristeris , Jo- 
seph, meum intuens ute- 
rum ; videbis enim qui ex 
me nasciturus est atque 
gaudebis , eumque sicut 



2Q2 



L'A vent. 



Deum adorabis. aiebat 
Dei Mater suo sponso , 
dum Christum paritura 
veniret. Illam commerrîo- 
remus dicentes : Gaude, 
gratia plena , Dominus 
tecum, et per te nobis- 
cum. 



comme un Dieu . disait !a 
divine Mère à son époux . 
comme elle allait pour enfan- 
ter le Christ. Célébrons s-a 
douce mémoire et disons : 
Réjouissez-vous, ô pleine de 
grâces ! le Seigneur est avec 
vous, et par vous, avec nous. 



PRIERE DU MISSEL AMBROSIEN. 

(En la Messe du premier Dimanche de l'A vent.) 



P\eus , qui Unigenito 
*-' tuo novam creatu- 
ram nos tibi esse fecisti, 
respice propitius in opé- 
ra misericordiae tuas, et 
in ejus Adventu ab om- 
nibus nos maculis vetus- 
tatis emunda. Per eum- 
dem Christum Domi- 
num nostrum. Amen. 



f~\ Dieu , qui , par votre 
^-"^ Fils unique, avez fait 
de nous des créatures nou- 
velles, regardez avec bonté 
les œuvres de votre miséri- 
corde, et daignez, dans 1 Avè- 
nement de ce divin Fils , 
nous purifier de toutes nos 
anciennes taches. Par le 
même Jésus-Christ notre Sei- 
gneur. Amen. 



LE VENDREDI 

DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE l'aVENT. 



E Seigneur est déjà proche : 
, venez, adorons-le. 



Du Prophète Isaïe. 
Chap. LXVI. 

ECOCTEZ la parole du Sei- 
gneur , vous qui l'en- 
tendez avec tremblement. 
Vos frères qui vous haïssent 
et vous rejettent à cause de 
mon nom, vous ont dit: Que 
le Seigneur fasse paraître sa 
gloire en vous, et nous le 
reconnaîtrons dans votre 
joie ; mais eux-mêmes seront 
couverts de confusion. Voix 
du peuple dans la cité ! Voix 
qui vient du temple ! Voix du 
Seigneur qui rend à ses en- 
nemis ce qu'ils méritent \ 
Sion a enfanté avant d'être 
en travail : elle a mis au 
monde un enfant mâle avant 
le jour de l'enfantement. Qui 
jamais entendit chose sem- 
blable ? Qui jamais vit rien 
de pareil ? La terre produit- 
elle son fruit en un seul 
jour ? Tout un peuple est-il 
engendré en même temps? 
Et cependant Sion, dans un 
même instant, a été en tra- 
vail, et a enfanté ses hls. 
Moi qui fais enfanter les 
autres, n'enfanterai-je point ! 



Prope est jam Domi- 
nus : venite, adore- 
mus. 

De Isaia Propheta. 
Cap. LXVI. 

AUDITE verbum Do- 
mini . qui tremitis 
ad verbum ejus. Dixe- 
runt fratres vestri odien- 
tes vos , et abjicientes 
propter nomen meum : 
Glorificetur Dominus, et 
videbimus in laetitia ves- 
tra : ipsi autem confun- 
dentur. Vox populi de 
civitate, vox de templo, 
vox Domini reddentis re- 
tributionem inimicis suis. 
Antequam parturiret, pe- 
perit : antequam venerit 
partus ejus, peperit mas- 
culum. Quis audivit un- 
quam taie ? Et quis vidit 
huic simile ? jsumquid 
parturiet terra in die 
una ? aut parietur gens 
simul, quia parturivit et 
peperit Sion filios suos ? 
Numquid ego qui alios 
parère facio , ipse non 
pariam, dicit Dominus ? 
Si ego, qui generatio- 
nem casteris tribuo, ste- 
rilis ero , ait Dominus 
Deus tuus ? Laetamini 



2Q4 



L'A vent. 



cum Jérusalem, et exsul- 
tate in ea. omnes qui dili- 
gitis eam : gaudete cum 
ea gaudio universi, qui 
lugetis super eam : ut 
sugatis et repleamini ab 
uhere consolationis eius: 
ut mulgeatis, et deliciis 
affluatis ab omnimoda 
gloria ejus. Quia hjec 
dicit Dominus : Ecce ego 
declinabo super eam 
quasi fluvium pacis, et 
quasi torrentem inun- 
dantem gloriam Gen- 
tium. quam sugetis : ad 
ubera portabimini, et su- 
per genua blandientur 
vobis. Quomodo si cui 
mater blandiatur, ita ego 
consolabor vos , et in 
Jérusalem consolabimini. 
Videbitis . et gaudebit 
cor vestrum, et ossa ves- 
tra quasi herba germi- 
nabunt : et cognoscetur 
manus Domini servis 
ejus, et indignabitur ini- 
micis suis. Quia ecce 
Dominus in igné veniet, 
et quasi turbo quadrigœ 
ejus : reddere in indi- 
gnatione furorem suum. 
et increpationem suam 
in flamma ignis : quia in 
igné Dominus dijudica- 
bit : et in gladio suo ad 
omnem carnem, et mul- 
tiplicabuntur interfecti a 
Domino, 
son char sera comme 



dit le Sei- 
qui donne aux 



aussi moi-même, 
gneur ? Moi 

autres la fécondité, demeu- 
rerai-je stérile . dit le Sei- 
gneur, ton Dieu ? Réjouissez- 
vous avec Jérusalem, soyez 
dans l'allégresse avec elle , 
vous tous qui l'aimez : unis- 
sez votre joie à la sienne, 
vous tous qui pleuriez sur 
elle : et vous sucerez, et vous 
tirerez de ses mamelles le 
lait de ses consolations : vous 
trouverez une abondance de 
délices dans la gloire qui 
l'environne de toutes parts. 
Car le Seigneur a parlé et a 
dit : Voici que j'épancherai 
sur ;lle comme un fleuve de 
paix ; je répandrai sur elle la 
gloire des nations comme un 
torrent qui se déborde. Vous 
sucerez son lait ; on vous 
portera à la mamelle, et on 
vous caressera sur les ge- 
noux , comme une mère 
caresse son enfant ; ainsi je 
vous consolerai , et vous 
trouverez votre consolation 
dans Jérusalem. Vous verrez 
ces choses . et votre cœur 
sera dans la joie, et vos os 
reprendront une nouvelle vi- 
gueur comme l'herbe qui 
repousse ; et le Seigneur fera 
connaître sa main à ses ser- 
viteurs , et il répandra sa 
colère sur ses ennemis ; car 
voici que le Seigneur va 
paraître dans les feux . et 
tempête. Il vient répandre 



son indignation et sa fureur, et sa vengeance au milieii 



des flammes. Le Seigneur viendra environné de feux et 
armé de son glaive, pour juger toute chair ; et le nombre 
de ceux que le Seigneur tuera sera grand. 

Votre présence, ô Jésus! va donner la fécon- 
dité à celle qui était stérile, et l'étroite Sion 
va tout d'un coup enfanter un peuple pour 
qui la terre ne sera plus assez vaste. Mais la 
gloire de cette fécondité est toute à vous, 6 
Verbe divin ! Le Psalmiste l'avait annoncé. 
« O Jérusalem ! ô Reine ! avait-il dit, il te 
ce naîtra des enfants à la place de tes pères ; 
(( tu les établiras princes sur toute la terre : 
« ils se souviendront de ton nom dans lasuc- 
c< cession des âges, et les peuples qui sauront 
a qu'ils sont sortis de toi, te loueront à jamais 
ce dans les siècles des siècles. » (Psaume xliv.) 
Mais, pour cela, il était nécessaire que le 
Seigneur descendît en personne. Lui seul a pu 
rendre féconde une Vierge ; lui seul pourra, 
avec des pierres, produire des enfants 
d'Abraham. « Encore un peu de temps, dit- 
« il par un Prophète, et j'ébranlerai le ciel 
c et la terre, et je remuerai toutes les nations. « 
(Aggée, ii, 8.) Et par un autre : c( De l'aurore 
c( au couchant, mon nom est grand parmi les 
ce nations; et voici qu'en tout lieu on va offrir 
c( et sacrifier à mon nom une victime pure. » 
(Malach. i, ii.) Bientôt donc il n'y aura 
plus qu'un seul Sacrifice ; car l'Agneau de ce 
Sacrifice va naître dans peu d'heures. Or, le 
sacrifice est le lien des peuples ; quand le 
Sacrifice sera unique, il n'y aura plus aussi 
qu'un seul peuple. 

O Eglise ! qui allez nous unir tous, hâte^- 
vous de naître Et puisque déjà vous êtes née 
pour nous, nous qui sommes nés de vous, 



2q6 L'A vent. 



que l'Agneau, votre Epoux, épanche sur vous 
ce fleuve de paix annoncé par le Prophète ; 
qu'il répande sur vous la gloire des nations 
comme un torrent qui se déborde; qu'il 
donne un lait abondant à vos mamelles, et 
que les peuples reviennent autour de cette 
Mère commune qui les pressera sur son coeur 
et les caressera sur ses genoux. O Christ ! 
c'est vous qui inspirez cette tendresse à notre 
Mère; c'est vous qui nous consolez, qui nous 
illuminez par elle. Venez la visiter: venez 
renouveler en elle la vie, dans cette nouvelle 
Naissance que vous allez prendre. Donnez-lui, 
cette année comme toujours, la fermeté de la 
Foi, la Grâce des Sacrements, l'efficacité de 
la Prière, le Don des Miracles, la Succession 
Hiérarchique, la puissance du Gouvernement, 
la Force contre les Princes du siècle, l'amour 
de la Croix, la victoire contre Satan, la 
couronne du Martyre . Qu'elle soit belle comme 
votre Epouse, en cette nouvelle année qui va 
s'ouvrir ; qu'elle soit fidèle à votre amour, 
et toujours plus heureuse dans le grand 
œuvre que vous lui avez imposé ; car, d'année 
en année, approche le jour où vous viendrez 
pour la dernière fois, non plus dans les 
langes, mais sur un char de feu, briser ceux 
qui n'ont point aimé votre Eglise, ou qui 
l'ont méconnue, et l'enlever avec vous dans 
votre Royaume éternel. 

HYMNE DE LA NAISSANCE DU CHRIST. 

( Tirée du poète Prudence, vin kal. januarias.j 

Euergf, dulcis Pusio, I paraissez, doux enfant, né 
Quem Mater edit cas- | l d'une Mère, la chasteté 



même , qui enfante sans 



Le Quatrième Vendredi de VA vent. 2gy 



alliance humaine ; paraissez, 
Médiateur, en votre double 
nature. 



Bien que sorti dans le 
temps de la bouche du Père, 
et incarné à la parole de 
l'Ange, toutefois au sein du 
Père déjà vous habitiez, ô 
Sagesse éternelle! 



Cette Sagesse apparut en 
créant le ciel, la lumière et 
toutes choses : par la puis- 
sance du Verbe tout a été 
fait ; car le Verbe est Dieu. 



Mais' ayant ordonné les 
siècles , et fixé les lois de 
l'univers, ce Verbe, fonda- 
teur , artisan des êtres , 
demeura au sein du Père ; 

Tant qu'enfin, les années 
par milliers déroulant leurs 
révolutions, il daigna visiter 
ce globe depuis longtemps 
pécheur. 

Car la tourbe aveugle des 
mortels, prosternée devant 
d'abjectes vanités, proclamait 
Dieu l'airain, le bois, le mar- 
bre glacé. 



Par ce culte insensé, ils 
étaient tombés sous le joug 



Parens et expers con- ! 

jugis, 
Mediator , et duplex { 

genus. 

Ex ore quamlibet Pa- 

tris 
Sis ortus, et verbo edi- 

tus, 
Tamen paterno in pec- 

tore 
Sophia callebas prius. 

Quas prompta cœlum 
condidit, 
Cœlum, diemque et cae- 
tera ; 
VirtuteVerbi effectasunt 
Usée cuncta : nam Ver- 
bum Deus. 

Sed ordinatis soeculis, 
Rerumque digesto statu, 
Fundator ipse et artifex 
Permansit in Patrissinu. 



Donec rotata annalium 
Transvolverentur millia, 
Atque ipse peccantera 

diu 
Dignatus orbem viseret. 

Nam cœca vis morta- 

lium, 
Venerans inanes naenias, 
Vel sera, vel saxa algida, 
V e 1 ligna credebat 

Deum. 

Haec dum sequuntur , 
perfidi 






L'A vent. 



Praedonis in jus véné- 
rant. 
Et mancipatam fumido 
Yitam barathro immcr- 
serant. 

Stragem sed istam non 

tulit 
Christus cadenlum gen- 

tium 
împune ; ne forsan sui 
Patris periret fabrica. 

Mortale corpus induit. 
Ut. excitato corpore, 
Mortis catenam frange- 

Hominemque portaret 
Patri. 

Sentisne. Vir^o nobi- 
lis. 
Matura per fastidia. 
Pudoris intactum decus 
Honore partus crescere ? 



O quanta rerum gau- 

dia 
Alvus pudica ccntinet ! 
Ex qua novellum sascu- 

lum, 
Procedit et lux aurea. 



du tyran perfide ; et leur vie 
esclave s'engloutissait dans 
l'abîme ténébreux. 



Mais le Christ ne put souf- 
frir la chute des nations tom- 
bant sans vengeur , ni la 
ruine de l'œuvre de son 
Père. 



Il revêtit un corps mortel, 
afin qu'en ressuscitant ce 
corps, il brisât les chaînes 
de la mort et transportât 
l'homme au sein du Père. 



Sentez-vous , ô noble 
Vierge ! malgré de doulou- 
reux pressentiments, croître 
par un enfantement glorieux 
l'honneur intact de votre 
pudeur ? 

Oh ! quelles joies pour le 
monde sont contenues en ce 
sein très pur. d'où va partir 
une ère nouvelle, un autre 
âge d'or ! 



PRIERE DU SACRAMENTA1RE GALLICAN. 

[In Adventu Domini, Contestatio.j 

ère dignum et jus- 



VERE 
tum est, nos tibi hic 
et ubique semper gratias 
agere, omnipotens Deus, 
per Christum Dominum 



C'est une chose digne et 
juste que nous vous ren- 
des en tous temps et 
en tou.- lieux, ô vous. Dieu 
tout-puis>ant , par Jésus- 



Le Quatrième Vendredi de VA vent. 2gg 



Christ notre Seigneur, que 
Jean, le fidèle ami, précéda 
dans la naissance , précéda 
dans la prédication du dé- 
sert, précéda dans l'adminis- 
tration du Baptême, prépa- 
rant ainsi la voie à celui qui 
est en même temps Juge et 
Rédempteur. Jean convoqua 
les pécheurs à la pénitence, 
et gagnant un peuple au 
Sauveur, il baptisa dans le 
Jourdain ceux qui confes- 
saient leurs péchés. Il ne 
conférait pas cette grâce qui 
renouvelle l'homme pleine- 
ment ; il avertissait seule- 
ment d'attendre l'arrivée du 
Sauveur miséricordieux ; il 
ne remettait pas les péchés 
de ceux qui venaient à lui, 
mais il promettait cette 
rémission à ceux qui croi- 
raient , et qui , descendant 
dans les eaux de la Pénitence, 
espéreraient le remède du 
pardon de la part de celui 
qu'ils apprenaient devoir 
venir bientôt, tout rempli du 
don de la Vérité et de la 
Grâce, Jésus-Christ , notre 
Seigneur. 

La Vigile de Noël se trouve ci-après, au 
Propre des Saints, au 24 décembre. 



nostrum, quem Joannes 
fidelis amicus, praecessit 
nascendo , praecessit in 
desertis eremi prsedi- 
cando, prœcessit bapti- 
zando, viam quoque prae- 
parans Judici ac Redem- 
ptori. Convocavit pec- 
catores ad pœnitentiam ; 
et populum Salvatori ac- 
quirens , baptizavit in 
Jordane peccata propria 
confitentes : non homi- 
nis innovandi plenam 
conferens gratiam , sed 
piissimi^Salvatorisadmo- 
nens exspectare prae- 
sentiam : non remittens 
ipse peccata ad se ve- 
nientibus, sed remissio- 
nem peccatorum ad futu- 
rum pollicens esse cre- 
dentibus : ut descenden- 
tes in aquam pœniten- 
tiae ab illo sperarent re- 
medium indulgentiae , 
quem venturum audie- 
bant plénum dono Veri- 
tatis et Gratiae, Domi- 
num nostrum Jesum 
Christum. 







L'AVENT 



PROPRE DES SAINTS. 




ous donnons, dans cet ouvrage, 
le titre de Propre des Saints à 
la partie qui renferme les fêtes 
des Saints, et généralement 
tout ce qui, dans l'Office du 
temps de l'Avent, se trouve 
tomber à jour fixe, comme les Grandes 
Antiennes, la Vigile de Noël, etc. Cette divi- 
sion de Propre du Temps et de Propre des 
Saints est adoptée par l'Eglise dans le 
Bréviaire et le Missel, et elle est familière à 
toutes les personnes qui fréquentent le 
Service divin. 

Dans le Propre du Temps de l'Avent, nos 
lecteurs ont été à même de voir avec quel 
zèle la sainte Eglise s'occupe de la prépara- 
tion à la grande fête de la Nativité du Sauveur; 



3o2 UAvent. 



dans le Propre des Saints, ils verront cette 
même Eglise employer toutes les ressources 
de sa religion à fêter les Amis de Dieu dont 
la mémoire se rencontre dans le même temps. 
Nos frères séparés prétendent que le culte des 
Saints usurpe, dans la Liturgie Catholique, 
une place qui ne devrait être remplie que 
par Dieu seul ; mais ils sont victimes d'une 
déplorable erreur : d'abord, en ce qu'ils ne 
voient pas que l'hommage rendu au Seigneur 
dans ses Saints tourne, en dernier ressort, à 
la gloire de celui par lequel seul ils sont 
saints : en second lieu, parce qu'ils ne s'aper- 
çoivent pas qu'en outre des hommages que 
l'Eglise Catholique rend aux Saints, elle pra- 
tique envers la souveraine et incommunicable 
majesté de Dieu, dans le cours d'une seule 
semaine, plus d'actes religieux que le Pro- 
testantisme ne lui en peut offrir dans une 
année tout entière. 

Attachons-nous donc, enfants de l'Eglise, au 
culte des Saints, et comprenons que si Dieu 
réclame nos hommages, il veut aussi que 
nous l'honorions en ceux qu'il a couronnés. 
Or, le premier hommage que nous puissions 
rendre à Dieu dans ses Saints, c'est de tra- 
vailler à les connaître; et l'un des grands 
malheurs du temps où nous vivons, c'est que 
nous ne connaissons plus assez les Saints. 
Le rationalisme protestant, déguisé sous le 
nom de Critique, a battu en brèche, durant 
près de trois siècles, la foi des fidèles de France, 
à Fe'ndroit du culte des Saints ; et un catho- 
lique sincère a souvent lieu d'être surpris 
autant que choqué de l'ignorance et des 
préjugés qui régnent à ce" sujet chez des 



Propre des Saints. 3q3 



personnes zélées d'ailleurs pour les intérêts 
delà foi. Néanmoins, à voirie faveur avec 
laquelle de nombreuses monographies con- 
sacrées à des Sainrs et récemment publiées 
ont été accueillies, on serait tenté de croire 
que ces préjugés sont à la veille de disparaître, 
et que le moment est venu où l'hagiographie, 
et partant l'antique piété envers les Saints, 
vont se ranimer chez nous. 

C'est pour aider à ce mouvement régénéra- 
teur, que nous avons résolu, dans cet ouvrage, 
de marcher sur les traces de la sainte Eglise, 
en donnant une grande extension à tout ce 

aui tient à la religion envers les Saints, 
l'abord, il s'agissait de les faire connaître. 
Nous n'avons pu mieux faire, sans doute, que 
d'adopter pour cela la méthode de l'Eglise ; 
car elle aussi s'est occupée de faire connaître 
à ses enfants les héros que Dieu lui a donnés, 
et qui sont, avec l'incomparable Mère de Dieu 
et les Esprits bienheureux, l'objet de son 
espérance, après le Sauveur Jésus-Christ, le 
Roi et le Chef de tous les Saints. On doit donc 
savoir que la sainte Eglise tient un registre 
officiel des actions, des maximes, des vertus 
des Saints qui l'ont illustrée ; elle y/a consigné, 
siècle par siècle, les merveilles que Dieu a 
opérées en eux et par eux, les secours qu'elle 
a reçus de leur protection. Cet ensemble 
admirable est connu sous le nom de Légendes 
du Bréviaire, répertoire toujours croissant, et 
dont les véritables littérateurs admirent la 
diction grave et élégante, en même temps que 
les enfants de l'Eglise y trouvent, avec bon- 
heur, cette onction dont l'Eglise catholique 
seule a le secret. Nous n'avons pas à nous 



3o4 V Avenu 



occuper ici des déclamations de certains criti- 
ques sur la valeur historique de quelques faits, 
en petit nombre et sans importance, qui se 
rencontrent dans quelques-unes de ces 
Légendes. 

Nous publions donc dans cet ouvrage les 
Légendes romaines, dans l'ordre où elles se 
trouvent au Bréviaire, pensant donner déjà, 
par ce moyen, une idée de la vie des Saints et 
de leurs œuvres à ceux auxquels cette connais- 
sance manquerait totalement. Quant à ceux 
qui seraient déjà familiarisés en quelque 
chose avec l'hagiographie, parla lecture qu'ils 
auraient faite d'un ou plusieurs des recueils 
de Vies des Saints dont la littérature française 
s'est enrichie durant les derniers siècles, nous 
les avertissons qu'ils pourront bien trouver 
plus d'une fois, dans les récits de l'Eglise, 
une appréciation des œuvres des Saints assez 
différente de celle qu'en ont faite les hagio- 
graphies des xvn e et xvm e siècles, si quelque- 
fois même elle n'y est pas tant soit peu con- 
traire. Ils verront que, dans leur brièveté 
apparente, les Légendes du Bréviaire sont 
souvent plus complètes et plus tranchées que 
certaines Vies auxquelles on consacre des 
vingt et trente pages dans les recueils ordi- 
naires. Quant à la doctrine exposée à l'occa- 
sion de ces mêmes Vies, et quant à leur 
appréciation morale, tout catholique doit 
savoir que la parole de l'Eglise est en cela 
garantie par l'autorité même de Dieu. 

Après avoir reçu de l'Eglise même la 
connaissance des Saints, nous empruntons 
d'elle également la manière de les honorer. 
Nous insérons les prières que l'Eglise leur 



Propre des Saints. 3o5 

a consacrées dans l'antiquité, et celles ensuite 
qui leur ont été adressées dans les temps 
postérieurs; ce qui donnera à notre recueil 
la forme d'un répertoire assez complet des 
monuments de la piété catholique envers les 
Saints, d'abord en ce qui concerne les for- 
mules universelles dans l'Eglise, ensuite pour 
celles que nous fournissent les premiers 
siècles et le moyen âge des Eglises Latines, 
enfin pour les formules usitées dans les 
diverses Eglises de l'Orient. 

Pour unir dans un ensemble harmonieux 
toutes ces diverses parties, nous garderons la 
méthode que nous avons adoptée pour le 
Propre du Temps. Un commentaire simple et 
précis se continuera dans toute la longueur 
de l'ouvrage, et rendra raison des diverses 
intentions de l'Eglise, dans les prières et les 
usages que nous aurons à rapporter. Nous 
nous imposerons toutefois une réserve pour 
tout ce qui serait trop exclusivement du do- 
maine scientifique et archéologique ; ces dé- 
tails seront mieux à leur place dans un ou- 
vrage spécial. 

Pour retirer un fruit véritable de la dévo- 
tion envers les Saints, dans les diverses sai- 
sons de l'année, il est nécessaire de ne point 
séparer le culte qu'on leur rend de celui que, 
selon le mouvement de l'Année Chrétienne, 
nous avons à rendre aux Mystères de notre 
salut, qui sont la base du Propre du Temps, 
dans tout le cours du Cycle lui-même. Et 
ceci sera d'autant plus facile à pratiquer, que 
si nous voulons envisager avec les yeux de 
la foi le Calendrier Catholique, nous ne 
manquerons pas d'apercevoir les rapports se- 



20 



3o6 VA vent. 



crets qui unissent les Fêtes des Saints avec 
les diverses saisons spirituelles dans lesquel- 
les elles sont, pour ainsi dire, enchâssées. La 
fête d'un Saint se célèbre ordinairement au 
jour même de sa mort, en d'autres termes, au 
jour où il est enlré dans la gloire. Or, ce jour 
a nécessairement été choisi de manière à 
s'harmoniser dans l'ensembie surnaturel, par 
cette souveraine Sagesse qui nous a révélé 
que pas un cheveu ne tombe de nos têtes sans 
une permission divine. (Luc. xxi, 18.) Nous 
aurons donc à rechercher, dans toute cette 
Année Liturgique, les rapports que les Saints 
dont la fête y est célébrée présentent avec le 
temps auquel l'Eglise honore leur mémoire. 

Comme l'Office de l'Eglise, dans l'Avent, 
est loin d'offrir des Fêtes des Saints pour 
tous les jours, nous avons cru devoir rem- 
plir les intervalles, en plaçant à chaque 
jour, du i er Décembre à la Vigile de Noël, 
des considérations sur les faits qui précèdent 
le divin Mystère de la Naissance de Jésus- 
Christ, afin d'aider la piété des fidèles par la 
méditation, toujours si utile, de l'histoire sa- 
crée et des pieuses conjectures qui s'y ratta- 
chent. 

Enfin, nous avons fortifié cet ensemble par 
l'insertion aussi à chaque jour de quelques 
formules liturgiques empruntées encore aux 
Offices ecclésiastiques du temps de l'Avent; 
en sorte que, même dans cette seconde par- 
tie de notre travail, il ne reste pas, pour 
ainsi dire, une page qui ne demande le Mes- 
sie par la voix même de la sainte Eglise. 



Mfr 






c 




XXX NOVEMBRE. 




AI NT ANDRE, APOTRE. 

ous plaçons saint André à la tête 
de ce Propre des Saints de l'A- 
vent, parce cjue, bien que sa 
fête tombe fréquemment avant 
l'ouverture même de l'Avent, il 
arrive néanmoins de temps en 
temps que cette sainte carrière est déjà com- 
mencée, quand la mémoire d'un si grand 
Apôtre vient à être célébrée par l'Eglise. "Cette 
fête est donc destinée, chaque année, à clore 
majestueusement le Cycle catholique qui s'é- 
teint, ou à briller en tête du nouveau qui 
vient de s'ouvrir. Certes, il était juste que, dans 
l'Année Chrétienne, tout commençât et finît 
par la Croix, qui nous a mérité chacune des 
années qu'il plaît à la miséricorde divine de 
nous octroyer , et qui doit paraître au der- 
nier jour sur les nuées du ciel, comme un 
sceau mis sur les temps. 

Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit 
savoir que saint André est l'Apôtre de la 
Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la soli- 
dité de la Foi ; à Jean, la tendresse de l'Amour; 



3o8 L'Aveni. 



André a reçu la mission de représenter la 
Croix du divin Maître. Or, c'est à l'aide de 
ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que 
l'Eglise se rend digne de son Epoux : tout en 
elle retrace ce triple caractère. C'est donc 
pour cela qu'après les deux Apôtres que nous 
venons de nommer, saint André est l'objet 
d'une religion toute particulière dans la Li- 
turgie universelle. 

Mais lisons les gestes de l'héroïque pêcheur 
du lac de Génézareth, appelé à devenir plus 
tard le successeur du Christ lui-même, et le 
compagnon de Pierre sur l'arbre de la Croix. 
L'Eglise les a puisés dans les anciens Actes 
du Martyre du saint Apôtre, dressés par les 
prêtres de l'Eglise de Patras, qu'il avait fon- 
dée. L'authenticité de ce monument vénérable 
a été contestée par les Protestants, qui y trou- 
vent plusieurs choses qui les contrarient ; en 
quoi ils ont été imités par plusieurs critiques 
des xvn e et xvin e siècles, tant en France qu'à 
l'étranger. Néanmoins, ces Actes ont pour 
eux un bien plus grand nombre d'érudits 
catholiques, parmi fesquels nous nous plai- 
sons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, 
Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, 
etc. Toutes les Eglises de l'Orient et de l'Oc- 
cident, qui ont inséré ces Actes dans leurs 
divers Orhcesde saint André, sont bien aussi 
de quelque poids, ainsi que saint Bernard, 
qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons 
sur saint André. 



ANDREAS Apostolus, 
Bethsaidae natus , 
qui est Galilxrc vicus, 
frater Pétri, discipulus 



ANDRÉ. Apôtre, né à Beth- 
saïde, bourg de Galilée 
était frère de Pierre et dis- 
ciple de saint Jean. Ayant 



Saint André, Apôtre- 



3og 



entendu celui-ci dire du 
Christ : Voici l'Agneau 
de Dieu ! il suivit Jésus, et 
lui amena son frère. Plus 
tard, comme il péchait avec 
son frère dans la mer de Ga- 
lilée, tous deux furent appe- 
lés, avant tous les autres 
Apôtres, par le Seigneur, 
qui, passant près d'eux, leur 
dit : Suivez-moi : je vous 
ferai pêcheurs d'hommes. 
Eux aussitôt, quittant leurs 
filets, le suivirent. Après la 
passion et la résurrection, 
André alla prêcher la foi 
chrétienne dans la province 
qui lui était échue, la Scythie 
d'Europe ; puis il parcourut 
l'Epire et la Thrace, et par 
sa prédication et ses miracles, 
convertit à Jésus-Christ une 
foule innombrable. Parvenu 
à Patras, ville d'Achaïe, il 
y fit embrasser à beaucoup 
de monde la vérité de l'E- 
vangile, et ne craignit pas 
de reprendre généreusement 
le proconsul Egée, qui ré- 
sistait à la prédication évan- 
gélique, lui reprochant de 
vouloir être le juge des hom- 
mes, pendant que les démons 
le jouaient jusqu'à lui faire 
méconnaître le Christ Dieu, 



Joannis Baptista;, quum 
eum de Christo dicen- 
tem audisset : Ecce 
Agnus Dei, secutus Je- 
sum , fratrem quoque 
suum ad eumdem perdu- 
xit. Quum postea una 
cum fratre piscaretur in 
mari Galilseae, ambo a 
prastereunte Christo Do- 
mino ante alios Aposto- 
los vocati illis verbis : 
Venite post me, faciam 
vos fieri piscatores ho- 
minum : nullam inter- 
ponentes moram, et re- 
lictis retibus secuti sunt 
eum. Post cujus Passio- 
nem et Resurrectionem 
Andréas cum in Scy- 
thiam Europaî, quœ ei 
provincia ad Christi 
fidem disseminandam 
obtigerat , venisset , 
deinde Epirum ac Thra- 
ciam peragrasset, doc- 
trina et miraculis innu- 
merabiles homines ad 
Christum convertit. Post 
Patras Achaias profectus, 
et in ea urbe plurimis ad 
veritatem Evangelicam 
perductis , ^Egeam pro- 
consulem , prasdicationi 
Evangelicœ resistentem, 
liberrime increpavitquod 



Juge de tous les hommes 

qui judex hominum haberi vellet, Christum Deum om 

nium Judicem a dœmonibus elusus non agnosceret. 



Egée irrité lui dit: Cesse l'-puNC ^Egeas iratus : 
de vanter ton Christ, que I I Desine , inquit , 
de tels propos n'ont point j Christum jactare, cui 



3io 



L'A vent. 



similia verba nihil pro- 
fuerunt, quominus a Ju- 
daeis crucifigeretur. An- 
dream vero de Christo ni- 
hilominus libère prasdi- 
cantem, quod pro salute 
humani generissecrucifi- 
gendumobtuiisset. impia 
oratioDe interpellât, ac 
demum hortatur, ut sibi 
consulens, diis velit im- 
molare. Cui Andréas : 
Ego omnipotenti Deo, 
qui unus et verus est, im- 
mole» quotidie, non tau- 
çorum carne*, nec hirco- 
rum sanguinem, sed im- 
maculatum Agnum in 
ahari, cujus carneni pos- 
teaquam oir.nis populus 
credentium manducave- 
rit. Agnus qui sacrifica- 
tus est, intecer persévé- 
rât etvivus. Quamobrem 
ira accensus .Egeas jubet 
eum in carcerem detrudi : 
unde populus Andream 
facile liberasset, nisr ipse 
sedasset multitudinem ; 
vehementius rogans, ne 
se ad optatissimam mar- 
tyr ii coronam properan- 
tem impedirent. 

1GITLR paulo post in 
tribunal productum . 
cum jEgeas Crucis ex- 
tollentem mysteria, sibi- 
que suam impietattm 
exprobrantem diutius fer- 
re non posset. in crucem 
tolli, et Christi mortem 



; empêché d'être crucifie ; r 
I les Juifs. Et comme André 
néanmoins continuait de prê- 
cher intrépidement que Jé- 
sus-Christ s'était lui-même 
offert à la Croix pour le 
salut du genre humain. 
Egée l'interrompt par un 
discours impie, et le prévient 
de pourvoir à son salut, en 
sacrifiant aux dieux. André 
lui dit : Pour moi, il est 
un Dieu tout-puissant, seul 
et vrai Dieu , auquel je 
sacrifie tous les jours, non 
point les chairs des tau- 
reaux, ni le sang des boucs, 
mais l'Agneau sans tache 
immolé sur l'autel ; et tout 
le peuple participe à sa chair, 
et l'Agneau qui est sacrifié 
demeure entier et plein de 
vie. C'est pourquoi Egée, 
outré de colère, le fait jeter 
en prison. Le peuple en eut 
aisément retiré son Apôtre, 
si celui-ci n'eût apaisé la 
multitude, en la suppliant 
très ardemment de ne pas 
l'empêcher d'arriver à la 
couronne du martyre. 



PEU après, étant amené 
devant le tribunal, comme 
il exaltait le mystère de la 
Croix, et reprochait encore 
au Proconsul son impiété, 
Egée exaspéré commanda 
qu'on le mit en croix, pour 
lui faire imiter la mort du 



Saint André, Apôtre. 



1 1 



Christ. C'est alors qu'ar- 
rivé au lieu de son martyre, 
et voyant la croix, André 
s'écria' de loin : O bonne 
Croix, qui as tiré ta gloire 
des membres du Seigneur, 
Croix longtemps désirée, 
ardemment aimée, cherchée 
sans relâche, et enfin prépa- 
rée à mes ardents désirs, 
retire-moi d'entre les hommes 
et rends-moi à mon maître, 
afin que par toi me reçoive 
celui qui m'a racheté par toi. 
Il fut donc attaché à la 
croix, sur laquelle il resta 
deux jours sans cesser de vi- 
vre ni de prêcher la foi de 
Jésus-Christ, et passa ainsi 
à celui dont il avait souhaité 
d'imiter la mort. Les Prêtres 
et les Diacres d'Achaïe, qui 
ont écrit sa Passion, attestent 
qu'ils ont vu et entendu tou- 
tes ces choses ainsi qu'ils les 
ont racontées. Ses ossements 
furent transportés d'abord à 
Constantinople, au temps de 
l'empereur Constance , et 
ensuite à Amalfi. Son Chef, 
apporté à Rome sous le pon- 
tificat de Pie II, fut placé 
dans la Basilique de Saint- 
Pierre. 



imitari jussit. Adduc- 
tus Andréas ad locum 
martyrii, cum crucem vi- 
disset, longe exclamare 
ccepit : O bona Crux, 
qu£e decorem ex membris 
Domini suscepisti , diu 
desiderata, sollicite ama- 
ta, sine intermissione 
quaesita, et aliquandocu- 
pienti animo prseparata : 
accipe me ab hominibus, 
et redde me magistro 
meo ; ut per te me re- 
cipiat, qui per te me re- 
demit. Itaque cruci affi- 
xus est : in qua biduum 
vivus pendens, et Chris- 
ti fidem praedicare nun- 
quam intermittens, ad 
eum migravit, cujus mor- 
tis similitudinem concu- 
pierat. Qua? omnia Pres- 
byteri et Diaconi Achaias 
qui ejus Passionem scrip- 
serunt, se ita ut comme- 
morata sunt, audisse et 
vidisse testantur. Ejus 
ossa primum Constantino 
imperatore Constantino- 
polim, deinde Amalphim 
translata sunt. Caput, 
Pio Secundo Pontifice, 
Romam allatum, in Ba- 
silica sancti Pétri collo- 
catum est. 

Entendons maintenant la voix des diverses 
Eglises qui sont sous le ciel, célébrer tour à 
tour un si grand triomphe. La sainte Eglise 
Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les 
autres, ne trouve rien de plus expressif à la 



312 



L'A vent. 



*C 



louange de l'Apôtre de la Croix, que de faire 
retentir en son honneur, tantôt les paroles du 
saint Evangile sur la vocation du glorieux 
André, tantôt les passages les plus touchants 
des Actes rédigés par Tes Prêtres de Patras, 
en les entremêlant aux éloges que le sujet 
lui inspire. Nous citerons d'abord quelques- 
uns des Répons de Matines. 

■a Oum perambula- 

" v-* ret Dominus 
juxta mare Galilaeae, vi- 
dit Petrum et Andream 
retia mittentes in mare : 
et vocavit eos. dicens : * 
Venite post me. faciam 
vos fieri piscatores homi- 
num. Ï. Erant enim pis- 
catores; et ait illis : * Ve- 
nue post me, faciam vos 
fieri piscatores hominum. 

xyrox ut vocem 
K M Domini prae- 
dicantis audivit beatus 
Andréas, relictis retibus. 
quorum usu actuque vi- 
vebat, * /Eternae vitae se- 
cutus est praemia lar- 
gientem. f. Hic est qui 
pro amore Christi pe- 
pendit in cruce. et pro 
lege ejus sustinuit pas- 
sionem. * /Eternœ vitae 
secutus est praemia lar- 
gientem. 

T P\ OCTOR bonus , 

'" LJ et amicus Dei 

Andréas ducitur ad cru- 

cem ; quam a longe as- 

piciens dixit : Salve , 



omme le Seigneur 
marchait le long 
de la mer de Galilée, il vit 
Pierre et André qui jetaient 
leurs filets dans la mer, et il 
les appela, disant : * Venez 
après moi ; je vous ferai pé- 
cheurs d'hommes, f. Car ils 
étaient pécheurs. Et il leur 
dit : * Venez après moi ; je 
vous ferai pécheurs d'hom- 
mes. 

li r\^ s 3 ue ' e kienheu- 
L/ reux André eut en- 
tendu la voix du Seigneur 
qui l'appelait, ayant quitté 
les filets dont l'usage le fai- 
sait vivre.* Il suivit celui qui 
donne les récompenses de la 
vie éternelle, f. C'est cet 
homme qui pour l'amour du 
Christ tut attaché à la croix, 
et qui pour sa loi endura la 
Passion. * Et il suivit celui 
qui donne les récompenses de 
la vie éternelle. 

a r\OCTEUR plein de 

'" LJ bonté et ami de 

Dieu. André fut mené à la 

cr>>ix. I-a voyant Je l"in. il 

dit : Salut, ô Croix ! * Reçois 



Saint André, Apôtre. 



3i3 



le disciple de celui qui à toi 
fut attaché, le Christ, mon 
maître, y. O Croix, salut ! 
toi qui as été consacrée par le 
corps de Jésus-Christ, et or- 
née de ses membres, comme 
d'autant de perles précieuses.* 
Reçois le disciple de celui 
qui à toi fut attaché, le Christ, 
mon maître. 



K a NDRÉ.voyant la croix, 
'" x\ s'écria: OCroixad- 
mirable ! ô Croix désirable ! 
ô Croix qui brilles par tout 
l'univers ! * Reçois le disciple 
du Christ, et que par toi me 
reçoive celui qui m'a racheté 
en mourant sur toi. y. O 
bonne Croix, qui as reçu par 
les membres du Seigneur l'é- 
clat et la beauté, * Reçois le 
disciple du Christ, et que par 
toi me reçoive celui qui m'a 
racheté en mourant sur toi. 



^ QAINT André pria, en 
O^ regardant le ciel, et 
s'écria à haute voix : Vous 
qui êtes mon Dieu, vous que 
j'ai vu de mes yeux ; ne souf- 
frez pas que je sois détaché 
d'ici par un juge impie : * Car 
j'ai ressenti la vertu de la 
sainte Croix, y. Vous êtes le 
Christ mon maître, que j'ai 
aimé, que j'ai connu, que j'ai 
confessé : exaucez seulement 
cette prière que je vous fais. 



Crux ! * Suscipe disci- 
pulum ejus, qui pependit 
in te, magister meus 
Christus. f. Salve Crux, 
quœ in corpore Christi 
dedicata es ; et ex mem- 
bris ejus tanquam mar- 
garitis ornata. * Suscipe 
discipulum ejus qui pe- 
pendit in te , magistet 
meus Christus. 

3, \ riDENs crucem 
V Andréas excla- 
mavit, dicens . O Crux. 
admirabilis ! o Crux de- 
siderabilis ! o Crux qua? 
per totum mundum ruti- 
las ! * Suscipe discipu- 
lum Christi, ac per te me 
recipiat, qui per te mo- 
riens me redemit. y. O 
bona Crux, quœ deccrim 
et pulchritudinem de 
membris Domini susce- 
pisti. * Suscipe discipu- 
lum Christi, ac per te 
me recipiat, qui per te 
moriens me redemit. 

i" /~\ RAVIT sanctus 
N ° \~s Andréas, dum 
respiceret in cœlum, et 
voce magna clamavit et 
dixit : Tu es Deus meus, 
quem vidi : ne me patia- 
ris ab impio judice de- 
poni : * Quia virtutem 
snnctse Crucis agnovi. 
f. Tu es magister meus 
Christus , quem dilexi, 
quem cognovi, quem 
confessus sum : tantum- 



UAvent. 



modo in ista voce, exau- 
di me. * Quia virtutem 
sancta; Crucis agnovi. 



* Car j'ai ressenti la vertu de 
la sainte Croix. 



Les Antiennes des Vêpres forment un en- 
semble lyrique plein de grâce Ci d'onction. 



QALVE, Crux pretiosa ! 
O suscipe discipulum 
ejus qui pependit in te, 
magister meus Christus. 

BeatusAndreas orabar, 
dicens : Domine , Rex 
aeternse gloriae . suscipe 
me pendentem in pati- 
bulo. 

Andréas Christi famu- 
lus dignus Dei Aposto- 
lus, germanus Pétri, et 
in passione socius. 

Maximilla . Christo 
amabilis, tulit corpus 
Apostoli , optimo loco 
cum aromatibus sepeli- 
vit. 

Qui persequebantur 
justum, demersisti eos, 
Domine, in inferno, et 
in ligno Crucis dux jus- 
ti fuisti. 



ANTIENNES. 

SALUT, ô Croix précieuse! 
reçois le disciple de celui 
qui à toi fut attaché, le Christ 
mon maître. 

Le bienheureux André 
priait, et disait : Seigneur, 
Roi d'éternelle gloire, rece- 
vez moi qui suis suspendu à 
ce gibet. 

André , le serviteur du 
Christ, le digne Apôtre de 
Dieu, le frère de Pierre et le 
compagnon de son supplice. 

Maximille . femme aimée 
du Christ, enleva le corps de 
l'Apôtre, et l'ensevelit avec 
des parfums en un lieu hono- 
rable. 

Ceux qui persécutaient le 
juste, vous les avez précipi- 
tés, Seigneur, dans les enfers, 
et vous êtes l'appui du juste 
sur la Croix. 



L'Hymne suivante a été composée, à la 
louange du saint Apôtre, par le Pape saint 
Damase, l'ami de saint Jérôme : il y est fait 
allusion au nom d'André qui, entre plusieurs 
significations, a aussi celle de Beauté. 

HYMNE. 

nominis, I \/oi's dont le nom glorieux 

nomen V et sacré présageait la 

I vie, votre nom exprime aussi 



DEÇUS sacrati 
Yitamque 
exprimens, 



Saint André, Apôtre. 



3i5 



la Beauté dont la Croix 
bienheureuse vous a noble- 
ment couronné. 

André, Apôtre du Christ, 
votre nom seul est un signe 
qui vous distingue, un mys- 
tique emblème de votre beau- 
té. 

O vous que la Croix élève 
jusqu'aux cieux, vous que la 
Croix aime avec tendresse, 
vous à qui l'amertume de la 
Croix prépare les joies de la 
lumière future. 

En vous le mystère de la 
Croix brille doublement im- 
primé : vous triomphez de 
l'opprobre par la Croix, et 
vous prêchez le Sang divin 
qui arrosa la Croix. 

Désormais donc réchauffez 
nos langueurs, daignez veil- 
ler sur nous, afin que, par la 
victoire de la Croix, nous 
entrions dans la patrie du 
ciel. Amen. 



Hoc te Décorum prsedi- 

cat 
Crucis beatas gloria. 

Andréa, Christi Apo- 
stole, 
Hoc ipso jam vocabulo 
Signaris isto nomine, 
Decorus idem mystice. 

Quem Crux ad alta 
provehit, 
Crux quem beata diligit, 
Cui Crux amara prépa- 
rât 
Lucis futurs gaudia. 

In te Crucis mysterium 
Cluit gemello stigmate, 
Dum probra vincis per 

Crucem, 
Crucisque pandis san- 

euinem. 



Jam nos foveto langui- 
dos, 
Curamque nostri suscipe, 
Quo per Crucis Victo- 
ria m 
Cœli petamus patriam. 
Amen. 

Le moven âge consacra les deux Séquences 
que nous donnons ci-après à la gloire de 
l'Apôtre de la Croix. La première est du xi e 
siècle. Elle est sans mesure régulière, comme 
toutes les Séquences de cette époque. 

SÉQUENCE. 

Elle est sainte et sacrée, la [ Q acrosancta hodier- 
gloire de la fête qu'on ^ na; festivitatis prae- 
célèbre en ce jour. | conia 



3i6 



L'A vent. 



Digna laude universa 
categorizetEcclesia. 

Mitissimi sanctorum 
sanctissima extollenda 
mérita, 

Apostoli Andréa?, ad- 
miranda prœfulgentis 
gratia. 

Hic accepto a Joanne 
Baptista quod venisset 
qui tolleret peccata ; 

Mox ejus intrans hahi- 
tacula, audiebat eloquia. 

Inventoque fratre suo 
Barjona : Invenimus, ait 
ovans, Messiam. 

Et duxit eum ad dul- 
cifluam Salvatoris prae- 
sentiam. 

Hune perscrutantem 
maria , Cnristi vocavit 
clerr.entia, 

Artem piscandi com- 
mutans dignitate aposto- 
lica. 

Huius animam post 
clarafesti Paschalis gau- 
dia, 

Sancti Spiritus prae- 
clara perlustravit poten- 
tia : 

Ad praedicandum po- 

Êulis pœnitentiam , et 
lei Patris per Filium 
clementiam. 

Gratulare ergo tanto 
pâtre, Achaia ; 

Illustrata ejus salutari 
doctrina ; 



Que toute l'Eglise fasse 
entendre un chant digne du 
sujet. 

Qu'elle exalte les mérites 
très saints du Saint le plus 
débonnaire. 

De 1 Apôtre André, en qui 
reluit une merveilleuse grâce. 

Il apprend de Jean-Bap- 
tiste que celui-là était venu 
qui enlevait les péchés. 

Bientôt il entra dans la de- 
meure du Messie, et écouta 
ses paroles. 

Et rencontrant son frère 
Barjona : Nous avons trouvé 
le Messie . dit-il plein de 
joie ; 

Et il le mena à la très 
douce présence du Sauveur. 

André parcourait les mers, 
quand l'appela la clémence 
du Christ, 

Pour échanger l'art de pê- 
cheur contre la dignité de 
l'Apostolat. 

Son âme. après les joyeuses 
jubilations de la Pàque. 

Fut illuminée par la puis- 
sance glorieuse de l'Esprit- 
Saint : 

Pour prêcher aux peuples 
la pénitence et la clémence 
du Père, manifestée par le 
Fils. 

Réjouis-toi d'un si noble 
Père, ô Achaïe ! 

Eclairée par sa doctrine 
salutaire, 



Saint André, Apôtre. 



3i 7 



Illustrée par l'abondance 
variée de ses prodiges. 

Et toi, gérais et pleure , 
Egée, cruel bourreau 1 

A toi, l'infection infernale 
et l'éternelle mort. 

Pour André, la Croix lui 
prépare des joies pleines de 
bonheur. 

Déjà tu contemples ton 
Roi, André ! déjà tu apparais 
debout devant, lui. 

Déjà tu aspires l'odeur des 
parfums qu'exhale l'arôme du 
divin amour. 

Sois donc aussi pour nous 
une merveilleuse suavité, qui 
répande au fond des cœurs 
les senteurs balsamiques de 
la céleste vie. Amen. 

La seconde Séquence, dont la rime est ré- 
gulière et le mètre exact, est du pieux Adam 
de Saint-Victor, le plus grand poète lyrique 
du moyen âge. 



Honorata multimoda 
signorum frequentia. 

Et tu gemens plora, 
trux carnifex ^Egea. 

Te lues inferna et 
mors tenet œterna. 

Sed Andream felicia 
per Crucem manent gau- 
dia. 

Jam Regemtuum spec- 
tas, jam in ejus cons- 
pectu, Andréa, stas. 

Odorem suavitatis jam 
adspiras , quem divini 
amoris aroma dat. 

Sis ergo nobis inclyta 
dulcedo, spirans intima 
cœlestis vitae balsama. 

Amen. 



SEQUENCE. 



Tressaillons et rejouis- 
sons-nous, et savourons 
les louanges de l'Apôtre 
André. 

Sa foi, sa doctrine , ses 
mœurs, ses longs labeurs 
pour le Christ, il sied de les 
céiébrer. 

C'est lui qui mena Pierre à 
la foi, lui qui le premier vit 
briller la lumière, montrée 
par Jean-Baptiste. 



Exultemus et lœte- 
mur : 
Et Andréas delectemur 
Laudibus Apostoli. 

Hujus fidem, dogma, 
mores. 
EtproChristo tôt labores 
Digne decet recoli. 

Hic ad fidem Petrum 
duxit, 
Cui primum lux illuxit, 
Joannis indicio. 



L- 



3 18 



L'A vent. 



Secus mare Galila?a% 
Pétri jimul et Andreœ 
Sequitur electio. 

Ambo prius piscatores, 
Verbi fiunt assertores, 
Et forma justifia*. 



Rete laxant in captu- 
ram ; 
Vigilemque gerunt cu- 
ram 

NascentisEcclesiœ. 

A fratre dividitur, 
Et in partes mittitur 
Andréas Achaiae. 

In Andréa; retia 
Currit, Dei gratia, 
Magna pars provinciae. 

Fide , vita , verbo , 
signis, 
Doctor pius et insignis 
Cor informat populi. 



Ut jEgeas comperit 
Quid Andréas egerit, 
Iras surgunt stimuli. 

Mens secura , mens 
virilis, 
Cui prresens vita vilis, 
Viget patieniia. 

Blandimcntis aut tor- 
mentis 
Non énervât robur mentis 
Judicis in.-ania. 



Aux rives de la mer de- 
Galilée, Pierre et André sont 
choisis à la fois. 

Tous deux d'abord pé- 
cheurs, deviennent les hé- 
rauts du Verbe et les mo- 
dèles de la justice. 

Ils jettent le filet sur le 
monde, et leurs soins vigi- 
lants s'étendent sur toute 
l'Eglise naissante. 



Séparé de son frère, André 
est envoyé aux parages de 
l'Achaïe." 

Dans les filets d André 
tombe, par la grâce divine, la 
province presque tout entière. 

Sa foi, sa vie, sa parole, 
ses miracles, tout en fait un 
Docteur de piété, un Doc- 
teur illustre pour former le 
cœur du peuple. 

Egée apprend les œuvres 
d'André, et déjà s'agite sa 
fureur. 

Ame sereine, âme virile, 
dédaignant la vie présente , 
André s'arme de la patience. 



Ni les caresses, ni les tor- 
tures qu'emploie le juge in- 
sensé, n'amollissent son à me 
vigoureuse 



Saint André, Apôtre. 



3 1 g 



Il voit préparer la croix, il 
tres^alile, i impatient d'être un 
disciple semblable à son 
Maître. 

Il paie au Christ mort 
pour mort ; par lui la Croix 
est conquise, comme un tro- 
phée triomphal. 

Deux jours il vit sur la 
croix, pour vivre à jamais. Il 
résiste au vœu du peuple, et 
ne veut point être détaché 
de son gibet. 

Pendant une moitié d'heure. 
il est inondé de clarté ; et 
dans cette auréole et cette 
allégresse, il monte au palais 
de la lumière. 

O glorieux André , dont 
précieuse est la prière, la 
mort lumineuse, et suave la 
souvenance ; 

Du fond de ce val des lar- 
mes , tendre Pasteur des 
âmes, élevez-nous par votre 
faveur jusqu'à cette éclatante 
lumière. 

Amen. 



Crueem videns praepa- 
rari, 
Suo gestit conformari 
Magistro discipulus. 

Mors pro morte sol- 
vitur 
Et Crucis appetitur 
Triumphalis titulus. 

In cruce vixit biduum, 
Victurus in perpetuum : 
Nec vult volente populo 
Deponi de patibulo. 



Hora fere dimidia, 
Luce perfusus nimia, 
Cum luce. cum laetitia, 
Pergit ad lucis atria. 



O Andréa gloriose. 
Cujus preces pretiosa?. 
Cujus mortis luminosa; 
Dulcis et memoria, 

Ab hac valle lacryma- 

rum, 
Nos ad illud lumen cla- 

rum, 
Pie Pastor animarum, 
Tua transfer gratia. 

Amen. 



Les pièces que nous avons rapportées jus- 
qu'ici appartiennent à la Liturgie Romaine, 
étant tirées des livres de cette Mère des 
Eglises, ou de ceux des diverses Eglises de 
l'Occident qui gardent la forme de ses Offi- 
ces. Nous allons maintenant, à la louange de 



320 



L'A vent. 



notre saint Apôtre, produire ici queloues- 
unes des formules que les autres Liturgies 
anciennes lui ont consacrées; nous commen- 
cerons par le rite Ambrosien, auquel nous 
empruntons la belle préface qui suit. 



Vere dignum et jus- 
tum est, sqcum et 
salutare. nos tibi semper 
et ubique gratias agere, 
Domine sancte . Pater 
omnipotens.îeterne Deus. 
Adest enim nobis dies 
sacri votiva mysterii : 
qua beatus Andréas ger- 
manum se Pétri Apos- 
toli tam praîdicatione 
Christi tui, quam con- 
fessione monstravit : et 
apostolica? numerum di- 
gnitatis simul passione 
supplevit et gloria ; ut 
id, quo libéra prœdica- 
verat voce, aec pendens 
taceret in cruce : aucto- 
remque vitae perennis 
tara in hac vita sequi . 
quam in mortis génère 
meruit imitari : ut cujus 
praecepto terrena in se- 
metipso crucirixerat desi- 
deria. ejus exemplo ipse 
patibulo figeretur. Utri- 
que igitur germani pis- 
catores, ambo cruce ele- 
vantur ai coelum : ut , 
quos in hujus vitas cursu 
taa gratia lot vinculis 
pietatis cônstrinxerat . 
nos similis ia regno cœ- 



IL est vraiment digne et 
juste, équitable et salu- 
taire, que nous vous rendions 
grâces en tous temps et en 
tous lieux. Seigneur saint , 
Père tout-puissant, Dieu éter- 
nel : car voici le jour consa- 
cré à la mémoire d'un mys- 
tère auguste, le jour où le 
bienheureux André se fit re- 
connaître pour le frère de 
l'Apôtre Pierre, tant par son 
zèle à prêcher votre Christ 
que par son courage à ie con- 
fesser . jour dans lequel il 
compléta l'honneur de la 
dignité apostolique par les 
souffrances unies à la gloire; 
ne voulant pas taire sur la 
croix même ce qu'il avait 
prêché sur la terre d'une voix 
intrépide ; heureux de suivre 
l'auteur de la vie éternelle 
pendant les jours de cette vie, 
et de l'imiter ensuite dans le 
genre de sa mort. Fidèle au 
précepte du Sauveur, il avait 
crucihé en lui-même les dé- 
sirs terrestres : à son exem- 
ple il fut attache à la croix. 
Donc , les deux frères pé- 
- Bt tous deux élevés 
au ciel par la Croix, en sorte 
que ceux que votre grâce , 



Saint André, Apôtre. 



32 



lorum necteret et corona : 
et quibus erat una causa 
certaminis, ur.a retributio 
esset et praemii. 



Seigneur, avait enchaînés de 
tant de liens d'amour , une 
même couronne fut tressée 
pour eux et les réunit dans le 
royaume des cieux, et qu'a- 
près avoir livré un seul et I 
même combat, une seule et 
même récompense demeurât 
leur partage. 

La Liturgie Gallicane célébra aussi les gran- 
deurs de saint André. Dans le petit nombre 
de fragments qui nous sont restés des monu- 
ments'qui la composaient, aucune pièce mé- 
trique ne nous est parvenue; mais du moins 
la Préface que nous donnons ici sous son 
titre gallican de Contestation, montre que 
l'Eglise des Gaules, du iv e au vin" stècle, par- 
tageait l'enthousiasme des Eglises Romaine 
et Ambrosienne pour le glorieux Àpotre de 
la Croix. 



CONTESTATION. 



IL est digne et juste, équita- 
ble et raisonnable que 
nous rendions d'ineffables ac- 
tions de grâces à votre bonté, 
Dieu tout-puissant et éternel, 
et que nous célébrions avec 
une joie sans égale la passion 
de vos Saints , par Jésus- 
Christ notre Seigneur, qui 
donna au bienheureux André 
la foi, dès le moment de sa 
vocation, et plus tard lui oc- 
troya la victoire dans les 
souffrances. Le bienheureux 
André avait donc reçu ces 
deux faveurs; et c'est pour 
cela qu'il montrait la cons- 



Dignum et justumest; 
œquum et justum 
est : pietati tuas ineffa- 
biles gratias referre , 
omnipotens sempiterne 
Deus : et inœstimabili 
gaudio passionem tuo- 
rum praedicare Sancto- 
rum, per Christum Do- 
minum nostrum. Qui 
beato Andréas in prima 
vocatione dédit fîdem ; 
et in passione donavit 
victoriam. Acceperat hsec 
utraque beatus Andréas; 
ideo habebat et in prae- 
dicatione constantiam, et 



L AVEN T. 



in passione tolerantiam. 
Ou! post iniqua verbera, 
post carceris septa, alli- 
gatus suspendio se pu- 
rum sacrincium tibi ob- 
tulit Deo. Extendit mi- 
iissimus brachia ad cœ - 
tos ; amplectitur crucis 
vexillum ; defigit in os- 
culis ora ; Agni cognoscit 
arcana. Denique dum ad 
pc.tibulum duceretur, in 
cruce suspenderetur, car- 
ne patiebatur, et Spiritu 
loquebatur. Obliviscitur 
crucis tormenta ; dum de 
cruce Christum prœco- 
nat. Quantum enim cor- 
pus ejus in iigno exten- 
debatur ; tantum in lin- 
gua ejus Christus exal- 
tabatur ; quia pendens 
in ligno , sociari se ei 
gratulabatur. Absolvi se 
non patitur a cruce, ne 
tepescat certamen in 
tempore. Turba circum- 
spicit, et lamentât ; de- 
mitti a vinculo petit, 
quem reparatorem men- 
tis intelligit. Laxari pos- 
tulat justum, ne pereat 
populus hoc delicto. In- 
terea fundit Martyr spi- 
ritum, possessurus sem- 
piterni Judicis regnum. 
Prc cujus meritis con- 
cède nobis, omnipotens 
Deus : ut a malis omni- 
bus tuti atque defensi, 
tibi Domino nostro Deo 
Martyrum et Principi 



tance dans la prédication, la 
patience dans les supplices. 
Après des verges injustes, 
après l'étroite prison, enchaî- 
né au - gibet, il s'offrit à vous, 
ô Dieu '..comme une oblation 
pure. Plein de douceur, il 
étend ses bras vers le ciel, il 
embrasse l'étendard de la 
Croix, il y colle ses lèvres. 
il y pénètre les secrets de l'A- 
gneau. Enfin, comme on le 
conduisait au supplice, com- 
me on le suspendait à la 
croix, il souffrait dans la 
chair, mais l'Esprit parlait 
par sa bouche. Il oublie les 
douleurs de la croix, en prê- 
chant Jésus-Christ du haut de 
cette croix. Plus son corp-, 
était étendu sur le bois, plus s.i 
langue exaltait le Christ ;car. 
suspendu au bois, il se félici- 
tait d'être associé au Christ. 
Il ne souffre pas qu'on le 
descende de la croix, dans la 
crainte que l'ardeur du com- 
bat qu'il soutient ne s'attié- 
disse. La foule le considère 
et se lamente ; elle veut qu'on 
délie les liens de celui qu'elle 
saitètre le médecin des âmes ; 
elle demande qu'on dégage 
le juste, dans la crainte que 
le peuple lui-même ne pé- 
risse pour un si grand for- 
fait. Cependant, le martyr 
rend l'àme. et est admis en 

fossession du royaume de 
éternel juge. Par ses méri- 
tes . accordez-nous , Dieu 
tout-puissant, d'être délivrés 



Saint André, Apôtre. 



323 



Apostolorum , laudes 
semper et gratias refera- 
mus. 



et préservés de tous les maux, 
et de vous rendre d'éternelles 
louanges et actions de grâces, 
à vous, notre Seigneur, Dieu 
des Martyrs et Prince des 
Apôtres. 

La Liturgie Mozarabe est très abondante 
sur les louanges de saint André, tant au Mis- 
sel qu'au Bréviaire; nous nous bornons à lui 
emprunter la belle Oraison qui suit : 



O Christ, notre Seigneur, 
qui avez décoré le très 
heureux André de la grâce de 
l'Apostolat et de la couronne 
du Martyre, lui ayant fait 
l'honneur d'arriver lui-même 
au supplice de la Croix, après 
avoir prêché le mystère de 
cette même Croix: accordez- 
nous de devenir de très véri- 
tables amateurs de votre 
sainte Croix, et, nous renon- 
çant nous-mêmes, de prendre 
notre croix et de vous suivre ; 
afin que, participant en cette 
vie à vos souffrances, nous 
méritions de parvenir à la fé- 
licité de l'éternelle vie. 



CH r i s T e. Dominus 
noster. qui beatissi- 
mum Aniream. et Apos- 
tolatusgratia, et Martvrii 
decorasU corona ; hoc 
illi specialiter in munerc 
prasstans. ut Crucis pras- 
dicanjo mysterium, ad 
Crucis mereretur perve- 
nire patibulum: da no- 
bis, ut sanctse Crucis 
tuae verissimi amatores 
effecti, abnegantes nos- 
metipsos tollamus cru- 
cem nostram, et sequa- 
mur te : ut passionibus 
tuis in hac vita commu- 
nicantes, ad œternam vi- 
tam pervenire mereamur 
felices. 

L'Eglise Grecque ne le cède à aucune de 
celles de l'Occident pour le zèle à célébrer les 
prérogatives et les mérites de saint André. II 
lui est même d'autant plus cher, que Cons- 
tantinople le regarde comme son Apôtre 
tutélaire. Il serait difficile, peut-être, de jus- 
tifier par des arguments sérieux la prétention 



324 



L'A vent. 



des Grecs, qui attribuent à saint André la 
fondation de l'Eglise de Byzance ; mais il est 
certain que Constantinople fut, pendant plu- 
sieurs siècles, enrichie du précieux dépôt de 
ses reliques. Elles y furent transportées en 
357, par les soins de l'Empereur Constance, 
qui les déposa dans la Basilique des Apôtres 
bâtie par Constantin. Plus tard, vers le mi- 
lieu du vi e siècle, Justinien en fit une nou- 
velle translation, toujours dans la même 
Eglise. Nous empruntons aux Menées des 
Grecs les belles Hymnes qui suivent; la pre- 
mière se chante à Y Office du Soir, et la se- 
conde à l'Office du Matin. 

AU SOLENNEL OFFICE DU SOIR. 



LUCi antelucanœ assi- 
milatus, quem spJen- 
dorem hypostaticum Pa- 
ternœ gloriae dicimus, 
hominum genus per suam 
magnam misericordiam 
salvare cum voluisset , 
tune primus, gloriose, 
illi occurristi, illustratus 
interius perfectissima 
ejus Deitatis claritate : 
unde et prœco et Apos- 
tolus vocaris Christi 
Dei nostri ; quem depre- 
care salvare et illumi- 
nare animas nostras. 

Prascurrenti voce inso- 
nans, quando omnisanc- 
tum Verbum caro fac- 
tum est , quando nobis 
vitam donavit, saiutem- 
que in terris evangeli^a- 
vit, tune , sanctissime . 



Ouand celui que 1 on com- 
pare à l'astre avant-cou- 
reur du jour, et que nous ap- 
pelons la splendeur hyposta- 
tique de la gloire du Père, 
voulut, par sa grande misé- 
ricorde, sauver le genre hu- 
main, tu vins le premier, ô 
glorieux André, te présenter 
à lui, illuminé dans ton âme 
par la pure clarté de sa très 
parfaite Divinité; c'est pour- 
quoi, tu es appelé et le héraut 
et l'Apôtre de notre Dieu, 
lequel daigne prier de sauver 
nos âmes. 

Quand celui qu'avait pro- 
clamé la voix du Précurseur, 
le Verbe très saint, se Ht chair 
et nous donna la vie ; quand 
il apporta la bonne nouvelle 
du salut à la terre, tu vins te 
mettre à sa suite en t'oiVrant 



Saint André, Apôtre. 



325 



toi-même comme prémices, 
comme sacrifice, et première 
oblation à celui que tu fis 
ensuite connaître, et que tu 
désignas à ton frère comme 
étant notre Dieu, lequel dai- 
gne prier de sauver nos âmes. 



Quand celui qui se revêtit 
de notre chair dans un sein 
infécond, et pourtant floris- 
sant; quand le fils de la Vierge 
apparut, le maître de la pie- 
té, l'auteur de la pureté;alors, 
très ardent amateur de la 
vertu, ô André ! tu fus au 
comble de ton bonheur; dis- 
posant dans ton cœur de su- 
blimes élans, tu t'élevss de la 
gloire à la gloire ineffable du 
Seigneur notre Dieu, lequel 
daigne prier de sauver et d'é- 
clairer nos âmes. 

Tu abandonnes la pêche 
des poissons, ô grand Apôtre, 
pour pêcher les hommes avec 
la ligne de la prédication, 
leur jetant l'appât de la piété. 
et retiranttous les peuples de 
l'abîme de l'erreur, ô André, 
Apôtre, frère du Coryphée, 
glorieux, excellent et puissant 
Prince de la terre ; viens il- 
luminer par ta douce mémoire 
ceux qui sont dans les ténè- 
bres. 

Le premier appelé à l'A- 
postolat, l'imitateur de votre 
Passion, celui qui se rendit 
semblable à vous, Seigneur, 
c'est André, Apôtre, lequel se 



istud secutus es, etteip» 
sum primitias et sacrifi- 
cium quasi primam ipsi 
oblationem constituisti : 
quem cognoscere fecisti, 
fratrique tuo monstrasti 
Deum nostrum ; hune 
deprecare salvare ani- 
mas r.ostras. 

Qui carnem e sterili 
florescenti induit, quan- 
do Virginalis Filius ap- 
paruit, prœceptor pieta- 
tis puritatem demons- 
trans, tune tu, ardentis- 
sime virtutis amator , 
Andréa, beatus effectua 
es ; ascensiones in tuo 
corde disponens, a glc- 
riaingloriam sublimatus 
esinauditam Domini Dei 
nostri : quem deprecara 
salvare et illuminars 
animas nostras. 

Piscium piscationem 
derelinquens , homines 
carpis calamo prœdica- 
tionis , mittens hamum 
pietatis, et extrahens e 
profundo erroris omnes 
Gentes, Andréa Apos- 
tole, Coryphasi frater, et 
terrs dux celeberrime, 
excellens et non defi- 
ciens ; tenebrosos homi- 
nes illustra tua veneran- 
da memoria. 

Primovocatus discipu- 
lus et imitator passionis 
tuae , assimilatus tibi , 
Domine, Andréas Apos- 
tolus in abysso degentes 



326 



L'A vent. 



ignorante ohmque er- 
rantes, hamo tua; Cru- 
ciscum abstraxisset, tibi- 
metipsi adduxit : et ideo 
salvati fidèles ad te cla- 
mamus precibus illius, 
optime Domine . vitam 
nostrampacinca, et salva 
animas nostras. 



Ignis illuminans men- 
tes et comburer.s pecoata, 
in corde interius arri- 
piens Apostolus Christi 
discipulus fuîget mysticis 
radiis instructionum in 
Gentium tenebrosis cor- 
dibus. Urit autem ite- 
rum surculosas impio- 
rum fabula? ; 'gnis enim 
Spiritus tantam habet 
energiam ! O mirabiliter 
terribile ! Ccenosa lin— 
gua, fictilis natura, cor- 
pus pulverinum, intelle- 
ctualem et immaterialem 
praebuit Gnosim. Sed tu, 
o initiate rerum ineffa- 
bilium, et contemplator 
cœlestium, depre:are il- 
luminari animas nos- 
tras. 

Gaudeas. iisertumcce- 
lum, gloriam Dei passim 
enarrans.Pn mus Domino 
obediens ardenter effec- 
tus, ipsi immédiate adha^ 
rens. ab ipso sccensus, 
lumen apparuisti alte- 
rum. et degentes in te- 
nebris, fais illuminasti 



servant de vutre Croix^comme 
d'une ligne salutaire, retira 
de l'abîme de l'ignorance ceux 
qui y vivaient errants autre- 
fois, et vous les amena; c'est 
pourquoi, nous, fidèles qui 
avons été sauvés, nous crions 
vers vous, ô Seigneur de 
bonté : Pacifiez notre vie et 
sauvez nos âmes par son in- 
tercession ! 

L'Apôtre discipledu Christ 
est un feu qui illumine les 
intelligences , consume les 
péchés et pénètre jusqu'au 
fond des cœurs. Il brille par 
les mystiques rayons de ses 
préceptes dans les cœurs té- 
nébreux des Gentils. Il con- 
sume les vains rejetons des 
discours fabuleux des im- 
pies ; tant a d'énergie le feu 
de l'Esprit-Saint ! O éton- 
nante merveille ! une langue 
de limon, une nature d'argile, 
un corps de poussière a mon- 
tré àtous l'intellectuelle, l'im- 
matérielle Gnose. Et toi, ô 
initié des mystères ineffables! 
ô contemplateur des choses 
céle*tes ! daigne prier le Sei- 
gneur d'illuminer nos âmes. 

Réjouis-toi, 6 Ciel élo- 
quent ! qui racontes partout 
la gloire de notre Dieu. Le 
premier tu te soumis à l'o- 
béissance du Seigneur, tu 
t'attachas immédiatement à 
lui ; et nourri de ses divins 
feux, tu apparus comme une 
seconde lumière pouréclairer 



Saint André, Apôtre. 



32? 



de tes rayons ceux qui vi- 
vaient dans les ténèbres, imi- 
tant ainsi la bénignité du Sei- 
gneur; c'est pourquoi nous 
célébrons par nos louanges ta 
sainte mémoire, et nous bai- 
sons avec grande joie la châsse 
sacrée de tes Reliques, de la- 
quelle découle la santé et une 
grande miséricorde pour ceux 
qui t'invoquent. 

Par les filets de tes oracles, 
tu as retiré de l'abîme de l'i- 
gnorance les peuples qui ne 
connaissaient point Dieu. Tu 
as agité les ondes comme le 
coursier généreux du domi- 
nateur de la mer, ô digne de 
toute louange ! tu as desséché 
l'ordure de l'impiété , û sel 
vénérable, en y semant ta sa- 
gesse , laquelle , ô glorieux 
Apôtre, remplit de stupeur et 
d'étonnement ceux qu'enflait 
une vaine et nuisible sagesse, 
et qui ignoraient le Seigneur 
qui donne au monde sa grande 
miséricorde. 



radiis, hanc Domini be- 
nignitatem imitatus ; 
unde tuam omnisanctam 
perficimus laudem , et 
Reliquiarum thecam cum 
gaudio magno cieoscula- 
mur, ex qua scatu ritsalus 
petentibus et magna mi- 
sericordia. 



Gentes nescientes 
Deum quasi ex abysso 
ignorantiœ vivas carpsis- 
ti sagena tuorum oracu- 
lorum, salsaque commo-- 
ves œquora sapienter , 
equus optimus visus Do- 
minatons maris , cele- 
brande;qui siccasti pu- 
tredinem impietatis, sal 
honorandum , spargens 
sapientiam tuam : quam 
stupentes admirati sunt, 
Apostole gloriose , qui 
malesanam sapientiam 
inflati amplexi erant, 
ignorantes Dominum do- 
nantem mundo magnam 
misericordiam. 



A L OFFICE DU MATIN. 



TU es accouru, ô André! 
appelé non par la soif , 
mais de toi-même, comme le 
cerf, à la fontaine de vie. 
Appuyé sur la foi , tu as 
abreuvé aux sources incor- 
ruptibles les régions les plus 
éloignées , exténuées par la 
soif. 

Tu as reconnu les lois de la 



Accurristi siti non vo- 
catus, Andréa, sed 
voluntarie , sicut cervus 
ad fontem vitae. Fide 
innixus,de incorruptionis 
fontibus siti fatigatas ex- 
tremas usque regiones 
potasti. 

Cognovisti naturae le- 



328 



VA vent. 



ges. Andréa admirande. 
et comparticipem acce- 

f'isti fratrem, damans : 
nvenimus Desideratum", 
atque ei qui iter fecerat 
sc.jijdum carnis genera- 
tionem, accersisti Spiri- 
tus cognitionem. 

Ver bu m cun dixisset : 
Hic rétro met, Christum 
placer secutus est cum 
Andréa et Cephas g:ni- 
tori valedicentes, et na- 
vicul.^, et retibus. tan- 
quam fidei propugnccula. 
Deifica inexhaustaque 
potentis omnifactoris at- 
que flammantis Spiritus 
virtus in te, Andréa di- 
vine, inhabitans in igneœ 
linguae forma, ineffabi- 
lium te indi.avit praeco- 
nem. 

Non arma ad defensio- 
nem attulit carnea, et ad 
destructionem terribi- 
lium inimici propugna- 
culorum, Andréas hono- 
ratissimus ; sed ad Chris- 
tum loricatus, quas cap- 
tivitate redegerat Gen- 
tes, adduxit submissas. 

Tuam ineffabilem pul- 
chritudinem Andréas vi- 
dens primus. Jesu, fra- 
trem clara voce vocavit : 
Petre ardenter deside- 
rans, invenimus Messiam, 
qui in Lege et in Prophe- 
tis proclamatusest ; veni, 
verae Yitae agglutinemur. 



nature, ô André l'Admirable 1 
et tu as admis ton frère ea 
partage avec toi, en lui criant : 
S'ous avons trouvé le Désiré; 
et à celui qui marchait selon 
la voie de la chair, tu as pro- 
curé la connaissance de l"Es- 
prit. 

Quand le Verbe eut dit : 
Suivc;-7?ioi. Céphas aussi sui- 
vit le Christ avec André : tous 
deux disant adieu à leur père, 
à leur barque, à leurs fiiets, 
pour être les citadelles de la 
foi. 

La déifique et inépuisable 
vertu du puissant auteur de 
toutes choses et de l'Esprit 
sans cesse enflammé, habi- 
tant en toi, ô divin André ! 
sous la forme d'une langue 
de feu, te fit connaître comme 
le héraut des ineffables vérités. 

André, digne à jamais de 
tout honneur, n'apporta point 
des armes de chair pour sa 
défense et pour la destruction 
des remparts terribles de son 
ennemi; mais, couvert de la 
cuirasse, il amena soumises 
au Christ les nations que le 
Christ avait déjà rachetées 
de la captivité. 

André, voyant le premier 
votre ineffable beauté , ô 
Jésus ! appela son frère à 
haute voix : Pierre, dit-il, 
homme brûlant de désirs , 
nous avens trouvé le Messie 
prédit dans la Loi et les Pro- 
phète-* : viens, attachons-nous 
à la véritable Vie. 



Saint André, Apôtre. 



32 9 



l 



Tu as retrouvé, pour ta ré- 
compense, celui que tu dési- 
rais, ô Apôtre André ! celui 
avec lequel tu as lié les ger- 
bes de tes travaux, et tu les 
as dignement amassées ; c'est 
pourquoi nous te chantons un 
hymne de gloire. 

Tu as désiré le Maître et 
tu l'as suivi, marchant à la 
vie sur ses traces, imitant ses 
souffrances jusqu'à la mort, 
ô André ! digne de tout hon- 
neur. 

Tu as navigué tranquille- 
ment sur la mer spirituelle 
de la vie, ô Apôtre ! tu l'as 
parcourue avec la voile de 
l'Esprit, et la foi au Christ: 
c'est pourquoi tu es parvenu 
joyeux au port de vie pour 
les siècles des siècles. 

Le Soleil spirituel s'étant 
couché par sa volonté sur la 
Croix, André, le grand et 
brillant flambeau de l'Eglise, 
le glorieux reflet de ce divin 
soleil, voulant disparaître 
aussi et s'éteindre dans le 
Christ, a été suspendu au 
bois. 

Comme un disciple, le plus 
généreux de tous , de celui 
qui volontairement fut atta- 
ché à la Croix, tu as suivi 
ton Maître jusqu'à la mort, 
tu es monté avec joie sur les 
sommets de la Croix, nous 
traçant, ô bienheureux Apô- 
tre, la route qui mène aux 
cieux. 



Hune pro mercede re- 
cuperasti quem desidera- 
bas, Andréa Apostole, 
ligatis cum eo laborum 
manipulis. tuisque digne 
cum eo collectis : unde 
te hymnis glorificamus. 

Magistrum desideras- 
ti, et illum insecutus es, 
qui illius vestigiis ad 
vitam ambulasti, et illius 
passiones, vere honoran- 
de Andréa, usque ad 
mortem imitatus. 

Spiritualem vitas tran- 
quille navigatus abys- 
sum. Apostole, perambu- 
lasti cum vélo Spiritus, 
fide Christi : ideoque ad 
vit:e portum pervenisti 
gaudens in cuncta sœcu- 

Spiritali Sole in cruce 
occidente voluntate pro- 
pria, solis jubarcumillo 
quœrens dissolvi et occi- 
dere in Christum , in 
ligno suspensus est An- 
dréas, fax magna et ful- 
gida Ecclesiae. 

Velut discipulus om- 
nium optimus. illius qui 
voluntarie affixus est 
Cruci, magistrum tuum 
usque ad mortem secutUs, 
cum gaudio in altitudi- 
nem ascendisti Crucis , 
viam instruens ad ccelos, 
béate Apostole. 



33o 



L'A vent. 



Gaude nunc. Bethsai- 
da ; in te enim floruerunt 
e materno fonte nimis 
odorifera lilia, Petrus et 
Andréas, universo mun- 
do fidei praedicationis 
odorem ferentes gratia 
Christi, cujus passioni- 
bus communicaverunt. 

Te Patrum civitas pas- 
torem possidet, et divi- 
num praesidem, et peri- 
culorum omnium libera- 
torem, et custodem te. 
Andréa sapiens ; gra- 
tanter honoravit te: sed 
tu deprecare incessanter 
pro ea. ut servetur ab 
omni perditione. 



Réjouis-toi présentement , 
Bethsaïda : en toi , en ton 
sein maternel ont fleuri les 
deux lis odorants. Pierre et 
André, qui ont .-épandu dans 
tout l'univers comme une 
suave odeur la prédication 
de la foi, par la grâce du 
Christ dont ils ont partagé 
la Passion. 

La cité des Pères te pos- 
sède comme son pasteur et 
son divin gouverneur, comme 
son libérateur dans tous les 
dangers et sa sentinelle vigi- 
lante, ô André, plein de 
sagesse ! Elle t'offre des hom- 
mages reconnaissants; et toi, 
prie sans cesse pour elle, 
afin qu'elle soit préservée de 
toute calamité. 



L'Eglise de Constantinople, si jalouse de 
la gloire de saint André, ne garda pas tou- 
jours le précieux dépôt de sa dépouille mor- 
telle. Elle fut privée de ce trésor en 12 10, 
lors de la prise de cette ville par les Croisés. 
Le Cardinal Pierre de Capoue, Légat Apos- 
tolique, transporta le corps du saint Apô;re 
dans la Cathédrale d'Amalfi, au royaume de 
Naples, où il repose encore, illustre par des 
miracles sans nombre et environné des té- 
moignages de la vénération des peuples. On 
sait qu'à la même époque, les plus précieuses 
reliques de l'Eglise grecque passèrent, par 
un visible jugement de Dieu, entre les mains 
des Latins. Byzance méconnut ces redouta- 
bles avertissements, et persista dans l'orgueil 
de son schisme. Elle avait néanmoins con- 



Saint André, Apôtre. 33 1 

serve le Chef du saint Apôtre, sans doute 
parce que, dans les diverses Translations 
qui avaient eu lieu, il avait été réservé dans 
un reliquaire à part. Lors de la destruct ; on 
de l'Empire Byzantin par les Turcs, la Pro- 
vidence disposa les événements de manière à 
enrichir l'Eglise de Rome d'une si précieuse 
relique. En 1462, le Chef de saint André fut 
donc apporté de Grèce par le célèbre Car- 
dinal Bessarion, et le douze Avril de cette 
même année, Dimanche des Rameaux, l'hé- 
roïque Pape Pie II l'alla chercher en grande 
pompe jusqu'au Pont Milvius {Ponte Molle) 
et le déposa dans la Basilique de Saint-Pierre, 
au Vatican, où il est encore aujourd'hui, près 
de la Confession du Prince des Apôtres. A 
l'aspect de ce Chef vénérable, Pie II se sentit 
transporté d'un enthousiasme religieux, et 
avant de lever un si glorieux fardeau pour 
^introduire dans Rome, il prononça le ma- 
gnifique discours que nous allons rapporter 
ici, comme un complément des éloges litur- 
giques que les diverse s Eglises ont prodigués 
à saint André : 

« Vous voici donc arrivé, ô très saint et 
« très vénérable Chef du saint Apôtre ! La 
« fureur des Turcs vous a chasse de votre 
« asile, et vous venez demander un refuge à 
« votre frère le Prince des Apôtres. Non, ce 
c frère ne vous fera point défaut; et par la 
« volonté du Seigneur , on pourra dire un 
« jour à votre gloire : O heureux exil qui 
« trouve un pareil secours ! Cependant, vous 
« demeurerez avec votre frère, et vous parta- 
« gérez ses honneurs. 



332 L'A vent 



« Cette ville que vous voyez, c'est l'auguste 
« Rome consacrée par le sang précieux de 
« votre frère. Ce peuple qui vous entoure, 
« c'est celui que le bienheureux Apôtre, vo- 
« tre frère plein de tendresse, aidé par saint 
« Paul, le Vase d'élection, a régénéré en 
« Jésus-Christ. Fils de votre frère, ces Rô- 
ti mains sont vos neveux. Tous reconnaissent 
« en vous le frère d'un père, un second père; 
« tous vous vénèrent, vous honorent, vous 
« rendent hommage et s'appuient sur votre 
« patronage en la^présence du grand Dieu. 

« O très fortuné Apôtre André! prédicateur 
« de la vérité, défenseur de l'auguste Trinité, 
« de quelle joie vous nous remplissez en ce 
« moment où nous contemplons de nos yeux 
« votre tête sacrée et vénérable, qui mérita 
« qu'au jour de la Pentecôte, le saint Para- 
« clet se reposât visiblement sur elle, sous 
« l'apparence du feu ! 

« O vous, Chrétiens, qui allez à Jérusalem 
« pour honorer le Sauveur au lieu même où 
« ses pieds se sont posés, voici le Trône de 
« l'Esprit-Saint ! Ici s'arrêta l'Esprit du Sei- 
« gneur; ici a été vue la troisième personne 
« de la Trinité ; ici ont été des yeux qui 
« souvent ont contemplé le Seigneur dans la 
« chair. Cette bouche a fréquemment adressé 
« la parole au Christ; ces joues, il n'est pas 
« douteux qu'elles n'aient plus d'une fois reçu 
« les baisers de Jésus. 

t( O Sanctuaire ineffable! ô charité! ô 
« piété ! ô douceur de l'âme ! ô consolation 
« de l'esprit! qui ne sentirait, en une telle 
« présence, ses entrailles s'émouvoir? Quel 
a cœur ne s'embraserait ? Qui ne répandrait 



Saint André, Apôtre 333 

« des larmes de joie, à l'aspect des tant 
« vénérables et précieuses reliques de FA- 
« pôtre du Christ? Oui, nous nous réjouis- 
« sons, nous tressaillons, nous jubilons de 
« votre arrivée, 6 très divin Apôtre André ! car 
« nous ne doutons pas que vous ne soyez ici 
. « accompagnant votre Chef mortel, et que vous 
« ne fassiez avec lui votre entrée dans Rome. 

« Sans doute, nous haïssons les Turcs, en- 
ce nemis de la Religion chrétienne ; mais 
« nous ne les haïssons pas de ce qu'ils ont été 
« la cause de votre venue parmi nous. En 
« effet, que pouvait-il nous arriver de plus 
« fortune que de contempler votre très hono- 
« rable Chef, et d'être embaumés de son 
« très suave parfum? Une seule chose nous 
« attriste : c'est de ne pouvoir, à votre arri- 
u vée, vous rendre les honneurs dont vous 
« êtes digne, ni vous recevoir comme le 
« mérite votre excellente sainteté. Mais ac- 
« cueillez notre désir, compr :nez la sincérité 
« de notre cœur, et souffrez avec bonté que nos 
« mains indignes touchent vos ossements, et 
« que nous, pécheurs, vous fassions cortège 
« dans l'enceinte de la ville. 

« Pénétrez donc dans cette sainte Cité, et 
« soyez propice au peuple Romain. Qu'à 
« tout le monde chrétien votre arrivée soit 
« salutaire, votre entrée pacifique; votre se- 
rt jour au milieu de nous, heureux et for- 
« tuné. Soyez notre Avocat au ciel, et ensem- 
« ble avec les bienheureux Apôtres Pierre et 
« Paul, veillez paternellement sur tout le 
« peuple chrétien, afin que, par votre inter- 
« cession, les miséricordes de Dieu viennent 
« sur nous; et si nos péchés, qui sont nom- 



334 L'A vent. 



« breux, ont provoqué son indignation, 
« qu'elle retombe sur les Turcs impies et sur 
« les nations barbares qui déshonorent le 
« Seigneur Jésus-Christ. Amen. » 

C'est ainsi que la gloire de saint André est 
venue se confondre, dans Rome, avec celle 
de saint Pierre. Mais l'Apôtre de la Croix, 
dont la fête était autrefois décorée d'une 
Octave dans beaucoup d'Eglises, compte 
aussi parmi ses titres d'honneur celui d'avoir 
été choisi pour Patron de l'un des Royaumes 
de l'Occident : l'Ecosse, aux jours de l'unité 
Catholique, s'était placée sous sa protection. 
Puisse-t-il s'en souvenir du haut du ciel, et 
préparer le retour de cette contrée à la véri- 
table foi ! 

Prions maintenant, en union avec l'Eglise, 
ce saint Apôtre dont le nom et la mémoire 
font la gloire de ce jour; rendons-lui hon- 
neur, et demandons-lui le secours dont nous 
avons besoin. 

C'est vous, ô bienheureux André ! que nous 
rencontrons le premier dans ce chemin mys- 
tique de l'Avent où nous marchons, cherchant 
notre divin Sauveur Jésus-Christ, et nous 
remercions Dieu de ce qu'il a bien voulu 
nous ménager une telle rencontre. Quand 
Jésus, notre Messie, se révéla au monde, 
vous aviez déjà prêté une oreille docile au 
saint Précurseur qui annonçait son approche, 
et vous fûtes des premiers parmi les mortels 
à confesser, dans le hls de Marie, le Messie 
promis dans la Loi et les Prophètes. Mais 
vous ne voulûtes pas rester seul confident 
d'un si merveilleux secret, et bientôt vous 



Saint André, Apôtre. 335 

fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre 
frère, et vous l'amenâtes à Jésus. 

Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le 
Messie, le Sauveur de nos âmes; puisque vous 
l'avez trouvé, daignez donc aussi nous ame- 
ner à lui. Nous mettons sous votre protec- 
tion cette sainte carrière d'attente et de pré- 
paration qu'il nous reste à traverser, jusqu'au 
jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans 
le mystère de sa merveilleuse Naissance. 
Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir 
au milieu de cette nuit radieuse où il appa- 
raîtra. Le baptême de la pénitence vous pré- 
para à recevoir la grâce insigne de connaître 
îe Verbe dévie; obtenez-nous d'être vrai- 
ment pénitents et de purifier nos cœurs, du- 
rant ce saint temps, afin que nous puissions 
contempler de nos yeux celui qui a dit : Heu- 
reux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils 
verront Dieu. 

Vous êtes puissant pour introduire les 
âmes auprès du Seigneur Jésus, ô glorieux 
André! puisque celui-là même que le Sei- 
gneur devait établir Chef de tout le troupeau, 
fut présenté par vous à ce divin Messie. Nous 
ne doutons pas que le Seigneur n'ait voulu, 
en vous appelant à lui en ce jour, assurer 
votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de 
nouveau, chaque année, celui en lequel vous 
vivez à jamais, viennent vous demander la 
voie qui conduit à lui. 

Cette voie, vous nous l'enseignez, est la 
voie de la fidélité, de la fidélité jusqu'à la 
Croix. Vous y avez marché avec courage; et 
parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, 
vous avez aimé la Croix avec passion. Priez, 



336 VA vent. 



à saint Apôtre ! afin que nous comprenions 
cet amour de la Croix, afin que, l'ayant com- 
pris, nous le mettions en pratique. Votre frère 
nous dit dans son Epître : Puisque le Christ 
a souffert dans la chair, arme^-vous, mes 
frères, de cette pensée. (I Petr. iv, i.) Vous, 
6 bienheureux André ! vous nous présentez 
aujourd'hui le commentaire vivant de cette 
maxime. Parce que votre Maître a été cru- 
cifié, vous avez voulu l'être aussi. Du haut 
de ce trône où vous vous êtes élevé par la 
Croix, priez donc afin que la Croix soit pour 
nous l'expiation des péchés qui nous cou- 
vrent, l'extinction des flammes mondaines qui 
nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par 
l'amour à celui que son amour seul y a attaché. 

Mais, quelque importantes et précieuses 
que soient pour nous les leçons de la Croix, 
souvenez-vous, 6 grand Apôtre ! que la Croix 
est la consommation, et non le principe. C'est 
le Dieu enfant, c'est le Dieu de la crèche qu'il 
nous faut d'abord connaître et goûter ; c'est 
l'Agneau de Dieu que vous désigna saint 
Jean, c'est cet Agneau que nous avons soif de 
contempler. Le "temps présent est celui de 
l'Avent, et non celui de la dure Passion du 
Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour 
le jour du combat ; mais ouvrez-le en ce mo- 
ment à la componction et à la tendresse. 
Nous plaçons sous votre patronage le grand 
œuvre de notre préparation à l'Avènement 
du Christ en nos cœurs. 

Souvenez-vous aussi, bienheureux André, 
de la sainte Eglise dont vous êtes une des 
colonnes, et que vous avez arrosée de votre 
sang; levez vos mains puissantes pour elle, 



Saint André, Apôtre. 33 j 

en présence de celui pour lequel elle milite 
sans cesse. Demandez que la Croix qu'elle 
porte en traversant ce monde soit allégée, et 
priez aussi afin qu'elle aime cette Croix, et 
qu'elle y puise sa force et son véritable hon- 
neur. Souvenez-vous en particulier de la 
sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de 
toutes les autres, et lui obtenez la victoire et 
la paix par la Croix, à cause du tendre 
amour qu'elle vous porte. Visitez de nouveau, 
dans votre apostolat, l'Eglise de Constanti- 
nople, qui a perdu la vraie lumière avec 
l'unité, parce qu'elle n'a pas voulu rendre 
hommage à Pierre, votre frère, que vous 
avez honoré comme votre Chef, pour l'amour 
de votre commun Maître. Enfin, priez pour 
le royaume d'Ecosse, qui depuis quatre siècles 
a oublié votre douce tutelle , obtenez que les 
jours de l'erreur soient abrégés, et que cette 
moitié de l'Ile des Saints rentre bientôt, avec 
l'autre, sous la houlette de l'unique Pasteur. 

Nous terminerons cette journée par une 

Erière au Christ que nous attendons, célé- 
rant son Avènement prochain par cette 
Hymne antique et vénérable. 

HYMNE POUR LE TEMPS DE l'aVEN'T. 

{Bréviaire Mozarabe, dans V Hymnaire.) 



Réjouissez-vous, fleurs 
des Martyrs ! Et vous, 
familles des nations, salut ! 
élevez vos regards vers les 
cieux, votre espérance vers 
l'étoile de gloire. 

Les voix des prophètes re- 
tentissent ; elles annoncent 



Gaudete, flores Mar- 
tyrum ! 
Salvete, plèbes gentium, 
Visum per astra mittite, 
Sperate signum gloriae. 

Voces Prophetarura 
sonant, 



338 



L'A vent. 



Vertire Jesum nuntiant, 
Redemptionis praevia 
Qucc nos redemit gratia. 

Hicmane nostrum pro- 
micat, 
Et corda laeta exaestuant, 
Cum vox fidelis personat 
Praenuntiatrix gloriam. 

Tantœsalutis gaudium, 
Quo est redemptum sae- 

culum, 
Exceptionis inclytum 
Abhinc ciamuscanticum. 

Adventus hic primus 
fuit, 
Punire quo non saeculi 
Venit, sed ulcus tergere, 
Salvando quod perierat. 

At hune secundus prae- 

monet, 

Adesse Christum januis 

Sanctis coronas reddere, 

Cœlique régna pandere. 

iEterna lux promitti- 

tur, 
Sidusque salvans promi- 

tur ; 
Jam nos jubar praefulgi- 

dum 
Ad jus vocat ccelestium. 

Te, Christe , solum 
quaerimus 
Videre sicut es Deus, 
Ut lœta nos haec visio 
Evellat omni tartaru. 



que Jésus vient ; c'est le pré- 
lude de la Rédemption, de la 
grâce qui nous a rachetés. 

Déjà notre aurore étincelle, 
et tous les cœurs tressaillent 
d'allégresse, quand éclate la 
voix fidèle des hérauts de 
celui qui est notre gloire. 

Que la joie d'une si grandi 
délivrance, qui doit être la 
rédemption du monde, nous 
inspire le cantique solennel 
de la venue du Rédempteur. 

Au premier Avent, Jésus 
vient, non point punir le siè- 
cle de ses misères, mais le 
guérir en sauvant ce qui 
était perdu. 

Le second Avent nous mon- 
tre le Christ déjà à la porte, 
prêt à rendre aux Saints leurs 
couronnes, et à ouvrir les 
royaumes du ciel. 

L'éternelle lumière est pro- 
mise, l'astre du salut rayon- 
ne ; déjà son éblouissant éclat 
nous convie à prendre place 
au ciel. 



C'est vous seul, ô Christ ! 
que nous cherchons, vous, ô 
Dieu ! que nc.s voulons voir 
comme vous êtes ; et cette 
ravissante vision nous arra- 
chera aux terreur» de l'Enfer; 



Saint André, Apôtre. 



33g 



Afin qu'au jour où vous 
viendrez, ô Rédempteur ! es- 
corté des blanches légions 
des Martyrs, vous nous réu- 
nissiez à cette troupe pure et 
triomphante. 

A Dieu le Père soit la gloi- 
re, et à son Fils unique, avec 
l'Esprit Paraclet, et mainte- 
nant et à jamais. 



Quo dum Redemptor 

veneris, 
Cum candidato Marty- 

rum 
Globo, adunes ccelibi 
Nos tune beato ccetui. 

Deo Patri sit gloria, 
Ejusque soli Filio, 
Cum Spiritu Paraclito, 
Et nunc et in perpetuum. 



JÇÇ.J*** 3&S./J&& ^ ^^J&*^ J^G*&JÇ% 



PREMIER DECEMBRE. 

L'Eglise Romaine ne célèbre en ce jour la 
fête particulière d'aucun Saint; elle y fait 
simplement l'Office de la Férié, à moins que 
le premier Dimanche de l'Avent ne vienne à 
tomber précisément aujourd'hui. Dans ce cas, 
on devra recourir au Propre du Temps, où se 
trouve tout au long l'Office de ce Dimanche. 

Mais si le i" Décembre est une simple Fé- 
rié de l'Avent, on pourra commencer dès ce 
jour à considérer, dans un esprit de foi, les 
préludes de l'Avènement miséricordieux du 
Sauveur des hommes. 

Quatre mille ans d'attente ont précédé cet 
■Avènement, et ils sont figurés dans les quatre 
Semaines qu'il nous faut traverser avant 
d'arriver à la glorieuse Nativité de notre Sau- 
veur. Considérons la religieuse impatience 
dans laquelle ont vécu tous les Saints de l'an- 
cienne Alliance, qui se transmirent de géné- 
ration en génération une espérance dont ils 
ne pouvaient que saluer de loin le divin objet. 
Traversons par la pensée cette longue suite 
des témoins de la promesse : Adam et les pre- 
miers Patriarches antérieurs au déluge ; Noé, 
Abraham, Isaac, Jacob, et les douze Patriar- 
ches du peuple Hébreu; Moïse, Samuel, 
David et Salomon ; puis les Prophètes et les 
Machabées; et arrivons à Jean-Baptiste et à 
ses disciples, Ce sont là ces aïeux sacrés 
desquels le livre de l'Ecclésiastique nous 
dit : Louons nos pères, ces hommes pleins de 



Premier Décembre. 34 1 

gloire dont nous sommes les descendants (Eccli. 
xliv, i); et dont l'Apôtre dit aux Hébreux: 
Ce sont là ceux dont la foi a été éprouvée, 
mais qui n'ont cependant pas reçu l'objet des 
promesses ; Dieu ayant réservé pour nous so>i 
don excellent, et n'ayant pas voulu qu'ils arri- 
vassent sans nous à l'objet de leurs désirs. 
(Hebr. xi, 3g, 40.) 

Rendons hommage à leur foi, glorifions-les 
comme nos Pères véritables dans cette foi 
même par laquelle ils ont mérité que le Sei- 
gneur qui les a éprouvés se souvînt enfin de 
ses promesses; honorons-les aussi comme les 
ancêtres du Messie selon la chair. Entendons 
leur dernier cri sur la couche funèbre, cet 
appel si solennel qu'ils faisaient à celui qui 
seul pouvait détruire la mort : O Seigneur, je 
vais attendre votre Salut ! Salutare tiutm 
exspectabo, Domine ! C'est Jacob lui-même, à 
sa dernière heure, qui suspend un moment 
les Bénédictions prophétiques qu'il répand 
sur ses enfants, pour jeter vers Dieu cette 
exclamation : « Et ayant fini son discours, il 
a rapprocha ses pieds sur sa couche et mou- 
ce rut, et il fut réuni à son peuple », dit Moïse. 
{Gènes, xlix, 32.) 

Et tous ces saints hommes, en sortant de 
cette vie, allaient attendre, loin de la Lumière 
éternelle, celui qui devait paraître en son 
temps et rouvrir la porte du ciel. Contem- 
plons-les dans ce lieu d'attente, et rendons 
gloire et amour au Dieu qui nous a conduits 
à son admirable lumière, sans nous faire 
passer par ces ombres; mais prions ardem- 
ment pour la venue du Libérateur qui enfon- 
cera, avec sa croix, les portes de la prison, 



34'. 



VA vent. 



et l'illuminera des rayons de sa gloire; et 
puisque, dans ce saint temps, l'Eglise, par 
notre bouche, emprunte si souvent les expres- 
sions enflammées de ces Pères du peuple 
Chrétien pour appeler le Messie, adressons- 
nous aussi à eux pour être aidés de leur in- 
tercession dans le grand œuvre de la prépa- 
ration de nos cœurs à celui qui doit venir. 

Nous emprunterons pour cetelTet à l'Eçlise 
grecque le beau chant par lequel elle célèbre 
la mémoire de tous les Saints de l'ancienne 
Loi, au Dimanche qui précède immédiate- 
ment la fête de Noël. 



HYMNE POUR LA FETE DES SAINTS AÏEUX. 

(Tirée des Menées des Grecs.) 



. VORUM hodie, Fide- 
A. les, perficientes me- 
morias. rehymnificemus 
Christum Redemptorem, 
qui illos magnificavit in 
omnibus gentibus, et qui 
incredibilia in eis per 
fidem operatus est : Do- 
minum, utpote fortem et 
potentem ; et ex illis ma- 
nifestavit virgam poten- 
tias nobis. unicam virum 
nescientem et Deiparam, 
Mariam castam. ex qua 
nos prodiit. Christus 
germinans omnibus vi- 
tam, et salutem œternam. 
Tu es qui sanctos pue- 
ros ex igné liberasti. Do- 
mine, et ex ore leonum 
Daniel ; qui Abraham 
benedixisti, et Isaac ser- 



Célébrons, en ce jour, ô 
Fidèles, la mémoire des 
Aïeux, chantons un nouveau 
cantique au Christ Rédemp- 
teur qui les a glorifiés par- 
mi tous les peuples, et qui a 
opéré par leur foi d'incroya- 
bles prodiges, le Seigneur 
fort et puissant. Il nous a 
manifesté par eux le sceptre 
de sa puissance, la Femme 
unique, celle qui ne connut 

Êoint d'homme, la Mère de 
>ieu, la chaste Marie, de 
laquelle est sortie la divine 
fleur, le Christ qui donne à 
tous la vie et le salut éternel. 
C'est vous qui avez délivré 
les saints Enfants de la four- 
naise, ô Seigneur, et Daniel 
de la gueule des lions ; qui 
avez béni Abraham, Isaac 



votre serviteur, et son fils 
Jacob ; qui avez daigné naî- 
tre parmi nous de leur sang 
pour sauver nos aïeux déchus 
aux premiers jours ; qui avez 
été crucifié, enseveli ; qui 
avez rompu les liens de 
la mort, et avez ressuscité 
tous ceux qui adoraient, ô 
Christ, votre règne éternel. 



Vénérons, avant tous les 
autres, Adam honoré de la 
main de Dieu et notre pre- 
mier père à tous, habitant 
présentement dans les céles- 
tes tabernacles, reposant par- 
mi les saints Elus. 

Le Dieu et Seigneur de 
toutes choses a daigné ac- 
cueillir Abel, qui, d'un cœur 
généreux, lui offrait des pré- 
sents ; immolé autrefois par 
une main homicide, il a été 
reçu à la céleste lumière 
comme le divin Martyr. 

Seth est chanté dans tout 
l'univers pour son zèle ardent 
envers le Créateur, qui le 
sauva en récompense de sa 
vie irréprochable et de l'ad- 
mirable disposition de son 
âme ; et voilà qu'il s'écrie 
dans la région des vivants : 
Vous êtes Saint, ô Seigneur ! 

Enos, que ses entretiens et 
son âme divine ont fait sur- 
nommer l'admirable, espéra 
en esprit dans le Seigneur de 
toutes choses, et mourut 



vum tuum, et filium cjus 
Jacob ; qui dignatuc; es 
ex illorum semine nasci 
apud nos, ut prius lapsus 
salvares proavos nostros, 
crucifigi autem et sepe- 
liri ; et rupisti mortis 
vincula, et consurgere 
facis omnes qui a saeculo 
intermortuos erant, ado- 
rantes tuum. Christe, 
regnum sternum. 

Adam primum venere- 
mur, manu hcnoratum 
Creatoris et omnium no- 
strum proavum , jam 
nunc habitantem in cœ- 
iestibus tabernaculis , 
inter sanctos electos 
quiescentem. 

Abel donapfoferentem 
mente generosa, admisit 
omnium Deus et Domi- 
nus ; eumque homicida 
olim manu peremptum, 
in altum recepit ad lu- 
men, ut divinum Marty- 
rem. 

Canitur in mundo Seth 
pro suo erga Creatorem 
ardore : nam in irrepre- 
hensibili vita; ratione et 
animae dispositione illum 
vere sanavit ; et in regio- 
ne vivorum clamât : 
Sanctus es, Domine. 

Ore et lingua et corde 
Enos admirabilis cogno- 
minatus prophetice , in 
omnium Dominum spe- 
ravit in spiritu, et optirae 



— L 



34- 



L'Avent. 



vita in terris acta, glo- 
riosus decessit. 

Sacris eloquiis et ora- 
tionibus Henoch beatum 
prasdicerous ; qui, cum 
Deo placuisset, transla- 
tus est in gloriam, visus, 
ut fertur, mortem supe- 
rasse sicut Dei servus 
iidelissimus. 



Laudem proferamus 
Deo. honorantes melodiis 
Noe. qui fuit justus : in 
omnibus enim divinis 
mandatis ornatus, visus 
est Christo beneplacitus: 
cui canamus cum fide : 
Gloria virtuti tuae, Do- 
mine. 

Yidens tuam Deus no- 
bilem indolem et mentis 
tuae sinceritatem, et te 
in omnibus, Noe, perfec- 
tum, secundi munii du- 
cem te signât, salvantem 
ex omni génère contra 
diluvium, sensibile se- 
men, ut ipsemandaverat. 

Noe, Dei Iegem incor- 
ruptam servantem, jus- 
îumque inventum in ge- 
neratione sua, et qui 
iignea salvavit olim in 
arca irrationabilia mène- 
ra, ordinatione omnimo- 
da, beatum piis prcedice- 
raus hymnis. 



plein de gloire après une vie 
passée sur la terre en faisant 
ie bien. 

Célébrons par de sacres 
cantiques et de ferventes 
prières la bienheureuse mé- 
moire d'Enoch, lequel ayant 
plu au Seigneur, fut trans- 
porté dans la gloire, ayant 
paru supérieur à la mort, 
ainsi qu'il est écrit ; étant de 
Dieu le serviteur le plus 
fidèle. 

Rendons à Dieu nos louan- 
ges, et célébrons dans nos 
chants Noé qui fut juste et 
qui, honore en toutes choses 
des divins commandements, 
fut agréable au Christ, au- 
quel nous chanterons avec 
foi : Gloire à votre puis- 
sance, o Seigneur ! 

Dieu, voyant tes nobles 
qualités, et la sincérité de 
ton âme. et ta grande per- 
fection, ô Noé, te fait paraî- 
tre comme le Père d'un se- 
cond monde, toi qui sauvas 
du déluge les races des ani- 
maux divers, ainsi qu'il te 
l'avait commandé. 

Chantons par de pieux 
cantiques la bienheureuse 
mémoire de Noé, qui con- 
serva intacte la loi de Dieu, 
qui fut trouvé juste en sa 
génération, et qui par un 
merveilleux arrangement sut 
conserver autrefois dans une 
arche de bois les espèces dif- 
férentes des animaux privés 
de raison. 



Premier Décembre. 



345 



Ta joyeuse mémoire, 6 
bienheureux Noé, répand en 
nous, qui t'honorons à cette 
heure, le vin de la componc- 
tion , lequel réjouit et nos 
âmes et nos cœurs, pendant 
que nous exaltons avec sin- 
cérité l'admirable intégrité 
de tes mœurs et ta vie toute 
divine. 

Honorons encore de nos 
louanges Sem qui fit fructi- 
fier la bénédiction pater- 
nelle; dont la douceur fut 
agréable à Dieu , et qui , 
réuni aux chœurs des aïeux, 
repose plein de joie en la 
région des vivants. 

Abraham, l'ami de Dieu, 
mérita de voir le jour de son 
Créateur, et d'être rempli 
comme ses pères d'une céleste 
joie ; honorons-le en la sin- 
cérité de nos cœurs, disons- 
le tous bienheureux et fidèle 
serviteur de Dieu. 

Autant qu'il est permis à 
un homme Je la voir, tu as 
vu la Trinité, et lui as offert 
l'hospitalité : et tu en as été 
récompensé en devenant le 
Père dans la foi de nations 
innombrables. 

Tu fus, par un sage conseil 
de Dieu, le type du Christ 
souffrant, 6 bienheureux 
Isaac ! conduit par la foi 
simple de ton père, pour être 
offert en sacrifice ; c'est pour- 
quoi tu es devenu bienheu- 
reux et fidèle ami de Dieu, 



Yinum compunctionis 
nobis scaturire facit ho- 
norantibus te, Noe béate, 
memoria tua. lœtificans 
et animas et corda undi- 
que beatificantium sin- 
cère mores tuos hones- 
tos, et divinam agendi 
rationem. 

Laudibus honoretur 
Sem, qui fructificare fe- 
cit paternam benedictio- 
nem, et ante Deum pla- 
cidus demonstratus, et 
proavorum choris adscri- 
ptus, et in regione vivo- 
rum lastantissime requie- 
scens. 

Yidere meruit, tam- 
quam Dei amicus, Abra- 
ham diem Creatoris sui, 
plenus factus laetitiae pa- 
terne : hune ergo recto 
corde honorantes , bea- 
tum dicamus omnes, ut 
Dei fidelem servum. 

Vidisti, ut homini vi- 
dere fas est, Trinitatem, 
et illam hospitatus es : 
unde mercedem recepisti 
hospitalitatis, factus im- 
mensarum gentium in 
fide Pater. 

Typus Christi % passio- 
nis factus es sapienter, 
Isaac beatissime, patris 
bona fide ad immolan- 
dum adducte : ideoque 
beatus effectus es et ami- 
cus Dei visus es fidelissi- 
miis, et cum omnibus 



34à 



L'A vent. 



justis sedem con-secutus 
es. 

Visus est Jacob om- 
nium Dei servorum fide- 
lissimus : ideoque pugna- 
vit cum Angelo, in mente 
videns Deum, et nomen 
mutavit . dormiensque 
divinam contemplatus est 
scalam , cui insidebat 
Deus, carni in bonitate 
cua adhaerens. 

Patris obedientiam cum 
amore amplectens Joseph 
in puteum demissus . 
tamquam illius prototy- 
pus venditur qui immo- 
latus est. et in puteum 
demissus est Ckristus : 
et JEgypto frumenta dis- 
tribuens monstratus est, 
sapiens et justus effectus, 
rexque concupiscentia- 
rum verissimus. 

Légitime incessantium 
certamini tentationum lu- 
ctatus. celebratus est Job 
Dei servus verissimus . 
mitis. vir sine malitia. 
rectus, perfectus . îrre- 
preheiisibilis. damans-. 
Benedictus es, Deus. 



In fide Moysen Aaron- 
que et Hor honoremus. 
adhuc célébrantes Josue 
et Levi sanctissimum , 
Gedeonque et Samson. 
et clamemus : Deus Pa- 
trum, benedictus es. 



tu as mérité de siéger avec 
les justes en ses saints taber- 
nacles. 

Jacob fut le plus fidèle des 
serviteurs de Dieu ; c'est 
pourquoi il lutta avec l'Ange, 
vit Dieu en esprit, et changea 
de nom ; il vit en dormant 
la divine échelle au haut de 
laquelle était assis le Dieu 
qui. dans sa bonté, s'est ap- 
puyé sur notre chair. 

Joseph, suivant avec amour 
le précepte de son père, est 
jeté dans la citerne, et vendu 
comme le prototype de celui 
qui a été immolé et jeté dans 
la citerne, le Christ. Il fut 
le sauveur de l'Egypte et le 
sage distributeur des blés ; 
il fut juste et le vrai roi de 
ses passions. 



Job a reçu de justes éloges 
pour la lutte qu'il soutint 
contre la tentation incessante 
à laquelle il fut soumis ; il 
fut de Dieu le serviteur sin- 
cère, homme doux, sans nulle 
malice, d'une grande droi- 
ture et perfection nonpareille. 
et sans nul reproche : Vous 
éte> béni, o mon Dieu ! 

Honorons en la foi Moïse. 
Aaron et Hor, puis Josué et 
Lévi le très saint, Gédéon et 
Samson ; et disons à haute 
voix : Vous êtes béni, ô Dieu 
de nos Pères ! 



Premier Décembre. 



347 



Célébrons la phalange 
chère au Seigneur des divins 
Pères, Baruch, Nathan et 
Eléazar, Josias et David, 
Jehptc et Samuel qui lisait 
dans le passé et s'écriait : 
Que toute créature bénisse le 
Seigneur ! 

Louons encore dans nos 
chantsles Prophètes de Dieu: 
Osée, Michée, Sophonie, Ha- 
bacuc, Zacharie, Jonas, Ag- 
gée et Amos, Abdias, Mala- 
chie, Nahum, Isaïe, jérémie, 
Ezéchiel et Daniel, Elie et 
Elisée. 



Elles opérèrent aussi par 
votre vertu, Seigneur , des 
prodiges de courage , nos 
sœurs Anne, Judith, Debbo- 
ra, Olda, Jahel, Esther, Sara. 
Marie, sœur de Moïse, Ra- 
chel et Rébecca, et Ruth, 
femmes magnanimes. 

Venez tous, exaltons avec 
foi les louanges des anciens 
Pères, avant la loi : célébrons 
la mémoire d'Abraham et de 
tous ceuxqui l'accompagnent; 
honorons la tribu de Juda, 
et les jeunes hommes, image 
de la Trinité, qui, dans Ba- 
bylone, éteignirent les flam- 
mes de la fournaise ; célé- 
brons avec eux Daniel ; gar- 
dons religieusement les ora- 
cles des Prophètes ; crions à 



Phaîangem Deo gra- 
tam divinorum Patrum 
celebremus, Baruch et 
Nathan, et Eleazarum, 
Josiam et David, Jephte, 
Samuel qui anteacta vi- 
debat, et clamabat : Be- 
nedicat omnis creatura 
Dominum. 

Laudem melodiae Dei 
Prophetis feramus, célé- 
brantes Osée, Michaeam, 
Sophoniamet Habacum, 
Zachariam, Jonam, Ag- 
gasum et Amos, et curn 
Abdia, Malachùa, Na- 
hum , Isaiam, et Jere- 
miam, et Ezéchiel, et si- 
mul Daniel , Eliam et 
Elisasum. 

Fortitudine tua, Do- 
mine, virtutes operata; 
sunt sorores nostras, 
Anna. Judith et Debbo- 
ra, Olda, Jahelque, et 
Esther , Sara , Maria 
Moysis . et Rachel , et 
Rebecca, et Ruth, ma- 
gnanimes. 

Venite omnes, cutn fi- 
de panegyrim dicarnus 
Patribus ante Legem : 
Abrahae , et eorum qui 
cum illo sunt festivam 
memoriam celebremus ; 
Judae tribum digne ho- 
noremus ; Juvenes in 
Babylone qui flammam 
in camino extinxerunt, 
ut Trinitatis typum, cum 
Daniele celebremus ; 
Prophetarum vaticinia 



348 



L'A vent. 



tuto servante-, cu:n Isaia 
magna voce clamemus : 
Ecce Virgo in utero con- 
cipiet et pariet filium, 
Emmanuel , quod est , 
Nobiscum Deus. 



haute voix avec Isaïe : Voici 
qu'une Vierge concevra et 
enfantera un fils, l'Emma- 
nuel, c'est-à-dire , le Dieu 
avec nous. 



REPONS DE LAVENT. 



(Bréviaire romain, au I er Dimanche de VA vent, 
à Matines.} 



^ i DSPICIÏNS a 
l\ longe, ecce vi- 
deo potentiam Dei ve- 
nientem et nebulam to- 
tam terram tegentem : 
Ite obviam ei, et dicite : 
* Nuntia nobis si tu es 
ipse, * Qui regnaturus es 
in populo Israël. 

v. Quique terrigenae 
et filii hominum. simul 
in unum dives et pauper, 

* Ite obviam ei et di- 
cite : 

v Qui régis Israël in- 
tende, qui deducis velut 
ovem Joseph ; 

* Nuntia nobis si tu es 
ip«e. 

v. Tollite portas, 
principes, vestras. et ele- 
vamini. ports aeternales, 
et introibit Rex glorias, 

* Qui regnaturus es in 
populo Israël. 



f\ t^ortant au loin ma 
x " i vue, je vois la puis- 
sance de Dieu qui vient, et 
une nuée qui couvre toute la 
terre : * Allez au-devant 
de lui, et dites : * Apprenez- 
nous si c'est vous-même, * 
Qui devez régner sur le peu- 
ple d'Israël. 

,v. Vous, enfants de la ter- 
re, et vous, fils des hommes; 
vous tous ensemble, riches 
et pauvres. 

* Allez au-devant de lui 
et dites : 

f. Vous qui gouvernez 
Israël, écoutez-nous ; vous 
qui conduisez Joseph comme 
une brebis ; 

* Apprenez-nous, si c'est 
vous-même. 

f. O Princes, ouvrez vos 
portes ; élevez-vous, portes 
éternelles, et le Roi de gloire 
entrera : 

* Celui qui doit régner sur 
le peuple d Israël. 



II DÉCEMBRE. 

SAINTE BIBIANE, VIERGE et MARTYRE 

Au temps de l'Avent, l'Eglise célèbre entre 
autres la mémoire de cinq illustres 
. Vierges. La première, sainte Bibiane, que 
nous fêtons aujourd'hui , est romaine ; 
la seconde, sainte Barbe, est l'honneur des 
Eglises de l'Orient ; la troisième, sainte 
Eulalie de Mérida, est l'une des principales 
gloires de l'Eglise d'Espagne; la quatrième, 
sainte Lucie, appartient à l'heureuse Sicile ; 
la cinquième enfin, sainte Odile, est réclamée 
par la France. Ces cinq Vierges prudentes 
ont allumé leur lampe et ont veillé, attendant 
l'arrivée de l'Epoux ; et si grande a été leur 
constance et leur fidélité, que quatre d'entre 
elles ont versé leur sang pour l'amour de 
celui qu'elles attendaient. Fortifions-nous 
par un si grand exemple; et puisque, comme 
parle l'Apôtre, nous n'avons pas encore résisté 
jusqu'au sang, n'allons pas plaindre notre 
peine et nos fatigues durant les veilles du 
Seigneur, que nous poursuivons dans 
l'espoir de le voir bientôt ; mais instruisons- 
nous aujourd'hui par les glorieux exemples 
de la chaste et courageuse Bibiane. 

Bibiana, Virgo roma- 
na, nobili génère 
nata, Christiana fide no- 
bilior fuit. Ejus enim 
pater Flavianus sub 
Juliano Apostata impiis- 



BIBIANE, Vierge romaine, 
d'une illustre naissance, 
fut encore plus illustre par 
la foi chrétienne ; car, sous 
Julien l'Apostat, tyran très 
impie, Flavien, son père, qui 



35 o 



L'A vent. 



simo tyranno expraefec- 
tus, scrvilibusque notis 
compunctus, ad Aquas 
Taurinas deportatus, 
martyr occubuit. Mater 
Dafrosa, et filia; primum 
conclusse domi, ut ine- 
dia conficerentjr ; mox 
relegata mater extra Ur- 
bem capite plexa est. 
Mortuis autem piis pa- 
rentibus , Bitiana cum 
sorore sua Demetria bo- 
nis omnibus exspoliatur. 
Apronianus, Urbis Prse- 
tor, pecuniis inhians, so- 
rores persequitur, quas 
humana prorsus ope des- 
titutas, Deo mirabiliter 
qui dat escam esurienti- 
bus enutriente. quum vi- 
vaciores vegetioresque 
conspexisset , vehemen- 
ter est admiratus. 



Su ad et nihilominus 
Apronianus, ut vene- 
rentur deos Gentium ; 
amissas ideo opes, Impe- 
ratoris gra'.iam, praecla- 
rissimas nuptias conse- 
cuturœ. Si secus fecerint, 
minatur carceres, virgas. 
secures. At illae neque 
blanditiis, neque minis a 
recta fide déclinantes , 

f>arata; potius mori quam 
œdari moribus ethnico- 
rum, Praeturis impieta- 



avait été préfet, fut dégradé, 
marqué de la flétrissure des 
esclaves, et relégué aux Eaux 
Taurines , où il mourut 
martyr. Sa mère Dafrosa, 
condamnée d'abord à rester 
avec ses filles en sa demeure 
pour y mourir de faim, fut 
plus tard reléguée hors de 
Rome et décollée. Après la 
mort de ses pieux parents, 
Bibiane fut dépouillée de 
tous ses biens ; sa sœur Dé- 
métria éprouva le même sort. 
Apronianus, Préteur de la 
ville, qui convoitait leurs 
trésors, se mit à persécuter 
les deux sœurs, lesquelles 
ayant été enfermées dans un 
lieu où elles étaient dénuées 
de tout secours humain, fu- 
rent merveilleusement nour- 
ries par le Dieu qui donne 
l'alimenta ceux qui ont faim, 
et reparurent plus fortes et 
plus florissantes; ce qui éton- 
na grandement le Préteur. 

Cependant il essaya de les 
porter à honorer les 
dieux des Gentils.promettant 
de leur faire obtenir leurs ri- 
chesses perdues, la faveur de 
l'Empereur et de brillantes 
alliances; les menaçant, si 
elles refusaient, de la prison, 
des fouets et de la hache. Ni 
caresses ni menaces n'ébran- 
lèrent leur foi ; et, préférant 
mourir plutôt que de se 
souiller par les superstitions 
païennes, elles repoussèrent 



Sainte Bibiane, Vierge et Martyre. 35 1 



avec indignation et constance 
les propositions impies du 
Préteur. C'est pourquoi, Dé- 
métria, frappée sous les yeux 
de Bibiane, mourut et s'en- 
dormit dans le Seigneur. 
Bibiane fut livrée à une 
femme très habile dans l'art 
de séduire, nommée Rufina. 
Mais la vierge, instruite dès 
l'enfance à garder la loi chré- 
tienne, et à conserver sans 
tache la fleur de virginité, 
s'élevant au-dessus d'elle- 
même , triompha de cette 
femme artificieuse, et déjoua 
la perfidie du Préteur. 

AINSI ce fut en vain que 
Rufine, pour ébranler 
son généreux propos, em- 
ploya chaque jour avec les 
paroles caressantes la vio- 
lence des coups. Trompé 
dans son attente, le Préteur, 
irrité d'être vaincu par Bi- 
biane, commanda à ses lic- 
teurs de la dépouiller , de 
l'attacher à une colonne, les 
mains liées, et de la battre à 
coups de lanières plombées 
jusqu'à ce qu'elle expirât. Son 
corps sacré demeura deux 
jours sur la place du Tau- 
reau, abandonné aux chiens ; 
mais, divinement préservé, il 
ne reçut aucun outrage. Un 
prêtre nommé Jean ensevelit 
Bibiane pendant la nuit, à 
côté du tombeau de sa sœur 
et de sa mère, près du palais 
de Licinius, où est encore à 



tem constantissime ae- 
testantur. Quare Deme- 
tria ob oculos Bibianaj 
repente corruens, obdor- 
mivit in Domino : Bi- 
biana RufTna; mulieri va. 
ferrimœ seducenda tradi 
tur : quœ ab incunabulis 
edocta Christianas leges 
et illibatum servare vir-. 
ginitatis florem , seipss 
fortior, feminas supera- 
vit insidias, et Prœtoris 
astus delusit. 



VTihil autem profi- 
la dente Rufina, quas 
prœter dolosa verba , 
illam quotidie verberi- 
bus affligebat , ut de 
sancto proposito dimo- 
veret, spe sua frustratus 
Praetor , accensus ira , 
quod in Bibiana perdi- 
disset operam, a lictori- 
bus eam denudari, vin- 
ctisque manibus colum- 
nae alligari , eamque 
plumbatis caîdi jubet , 
donec efflaret animam. 
Gujus sacrum corpus 
o'ojectum canibus biduo 
jacuit in foro Tauri, il- 
laesum tamen, et divini- 
tus servatum ; quod 
deinde Joannes Presby- 
ter sepelivit ncctu juxta 
sepulcrum sororis et 
matris ad palatium Lici» 



352 



VA vent. 



présent une église consacrée 
à Dieu sous le nom de la 
Sainte. Urbain VIII la ré- 
para, y ayant découvert les 
corps des saintes Bibiane, 
Démétria et Dafrosa , qu'il 
plaça sous le grand autel. 



nianum, ubi usque in 
rraesens exstat ecclesia 
Dco sanctae Bibianœ no- 
mine dicata, quam Ur- 
banus Octavus instaura- 
vit, sanctarum Bibiana;, 
Demetriœ et Dafrosae 
corporibus in ea repertis. 
et sub ara maxima collo- 
catis. 

O vierge très prudente, Bibiane ! vous avez 
traversé sans faiblir la longue veille de cette 
vie ; et l'huile ne manquait pas à votre 
lampe, quand soudain l'Époux est arrivé. 
Vous voici maintenant, pour l'éternité, dans 
le séjour des noces éternelles, où le Bien- 
Aimé paît au milieu des lis. Du lieu de votre 
repos, souvenez-vous de ceux qui vivent 
encore dans l'attente de ce même Epoux 
dont les embrassements éternels vous sont 
réservés pour les siècles des siècles. Nous 
attendons la naissance du Sauveur du monde, 
qui doit être la fin du péché et le commen- 
cement de la justice ; nous attendons la 
venue de ce Sauveur dans nos âmes, afin 
qu'il les vivifie et qu'il se les unisse par son 
amour ; nous attendons enfin le Juge des 
vivants et des morts. Vierge très sage, fléchis- 
sez, par vos tendres prières, ce Sauveur, cet 
Epoux, ce Juge ; afin que sa triple visite, opérée 
successivement en nous, soit pour nous le 
principe et la consommation de cette union 
divine à laquelle nous devons tous aspirer. 
Priez aus?i. Vierge très fidèle, pour l'Église 
de la terre qui vous a enfantée à l'Eglise du 
ciel, et qui garde si religieusement vos pré- 
cieuses dépouilles. Obtenez-lui cette fidélité 



II Décembre. 353 



parfaite qui la rende toujours digne de celui 
qui est son Epoux aussi bien que le vôtre, et 
qui, l'ayant enrichie de ses dons les plus ma- 
gnifiques etfortifiée de ses promesses les plus 
inviolables, veut cependant qu'elle demande 
et que nous demandions pour elle les grâces 
qui doivent la conduire au terme glorieux 
vers lequel elle aspire. 



Considérons aujourd'hui l'état de la nature 
dans la saison de l'année où nous sommes 
arrivés. La terre s'est dépouillée de sa parure 
accoutumée, les fleurs ont péri, les fruits ne 
pendent plus aux arbres, le feuillage des 
forêts est dispersé par les vents, la froidure 
saisit toute âme vivante ; on dirait que la 
mort est à la porte. Si du moins le soleil con- 
servait son éclat, et traçait encore dans les 
airs sa course radieuse ! Mais, de jour en jour, 
il rétrécit sa marche. Après une longue nuit, 
les hommes ne l'aperçoivent que pour le voir 
bientôt retomber au couchant, à l'heure 
même où naguère ses feux brillaient encore 
d'un vif éclat; et chaque jour voit s'accélérer 
la rapide invasion des ténèbres. Le monde 
est-il destiné à voir s'éteindre pour jamais 
son flambeau ? Le^ genre humain est-il con- 
damné à finir dans la nuit ? Les païens le 
craignirent ; et c'est pourquoi, comptant 
avec terreur les jours de cette lutte effrayante 
de la lumière et des ténèbres, ils consa- 
crèrent au culte du Soleil le vingt-cinquième 
jour de Décembre, qui était le solstice d'hi- 
ver, jour après lequel cet astre, s'échappant 
des liens qui le retenaient, commence à re- 



354 L'A vent. 



monter et reprend graduellement cette ligne 
triomphante par laquelle naguère il divisait 
le ciel en deux parts. 

Nous chrétiens, illuminés des splendeurs 
de la foi, nous ne nous arrêterons point à 
ces terreurs humaines : nous cherchons un 
Soleil auprès duquel le soleil visible n'est 
que ténèbres. Avec lui, nous pourrions défier 
toutes les ombres matérielles ; sans lui, la 
lumière que nous croirions avoir ne peut 
que nous égarer et nous perdre. O Jésus ! 
lumière véritable qui éclaire^ tout homme 
venant en ce monde, vous avez choisi, pour 
naître au milieu de nous, l'instant où le 
soleil visible est près de s'éteindre, afin de 
nous faire comprendre, par cette figure si 
frappante, l'état où nous étions réduits quand 
vous vîntes nous sauver en nous éclairant. 
« La lumière du jour baissait, dit saint 
« Bernard dans son premier Sermon de 
« l'Avent ; le Soleil de justice avait presque 
« disparu ; sur la terre, à peine restait-il une 
<( faible lueur et une chaleur mourante. Car 
« la lumière de la divine connaissance était 
« presque éteinte ; et par l'abondance de 
« l'iniquité, la ferveur de la charité s'était 
« refroidie. L'Ange n'apparaissait plus ; le 
« Prophète ne se faisait plus entendre. L'un 
« et l'autre étaient comme découragés par 
« la dureté et l'obstination des hommes ; 
« mais, dit le Fils de Dieu, c'est alors que 
« j'ai dit : Me voici. » O Christ ! ô Soleil de 
justice ! donnez-nous de bien sentir ce qu'est 
le monde sans vous; ce que sont nos intelli- 
gences sans votre lumière, nos cœurs sans 
votre divine chaleur. Ouvrez les yeux de 



// Décembre. 



355 



notre foi ; et pendant que ceux de notre corps 
seront témoins de la décroissance journalière 
de la lumière visible, nous songerons aux 
ténèbres de l'âme que vous seul pouvez 
éclairer. Alors notre cri, du fond de l'abîme, 
s'élèvera vers vous qui devez paraître au 
jour marqué, et dissiper les ombres les plus 
épaisses, par votre victorieuse splendeur. 



PRIERE POUR LE TEMPS DE LAVENT. 

{Bréviaire Mozarabe . le Mercredi de la II e 
Semaine de l'Avent, Capitula.) 

Domine Jesu Christe, 
qui assumpto homi- 
ne. hominum susceptor 
effectus, in lucem gen- 
tium datus es ; aperi 
oculos cordium in te cre- 
dentium populorum. at- 
que abstrahe misericors 
de conclusione religatos 
adhuc vinculis diffiden- 
tiae : et quos in domo car- 
ceris detineri conspicis 
in tenebris ignorantia?. 
tuse, quaesumus , scientice 
irradies splendore. 



SEIGNEUR Jésus-Christ, qui, 
ayant pris la nature hu- 
maine et étant devenu le 
Sauveur des hommes, avez 
été donné pour être la lu- 
mière des nations, ouvrez les 
yeux du cœur des peuples qui 
croient en vous : dans votre 
miséricorde, tirez de la pri- 
son ceux que retiennent en- 
core les liens de la défiance, 
et daignez illuminer par la 
splendeur de votre connais- 
sance ceux que vous voyez 
encore retenus dans les ténè- 
bres de la captivité. 



œ&tmmmmmmm 



III DECEMBRE. 

S. FRANÇOIS XAVIER. APOTRE DES INDES 

Les Apôtres ayant été les hérauts de l'Avè- 
i nement du Christ, il convenait que le 
temps de l'Avent ne fût pas privé de la 
commémoration de quelqu'un d'entre eux. 
La divine Providence y a pourvu ; car, sans 
parler de saint André, dont la fête est sou- 
vent déjà passée quand s'ouvre la carrière de 
l'Avent, saint Thomas se rencontre infailli- 
blement chaque année aux approches de 
Noël. Nous dirons plus loin pourquoi il a 
obtenu ce poste, de préférence aux autres 
Apôtres ; ici nous voulons seulement insister 
sur la convenance qui semblait exiger que le 
Collège Apostolique fournît au moins un de 
ses membres pour annoncer, dans cette 
partie du Cycle catholique, la venue du 
Rédempteur. Mais Dieu n'a pas voulu que le 
premier apostolat fût le seul qui parût en tête 
du Calendrier liturgique ; grande est aussi, 
quoique inférieure, la gloire de ce second 
apostolat par lequel l'Epouse de Jésus-Christ 
multiplie encore ses enfants, dans sa 
vieillesse féconde, comme parle le Psalmiste. 
{Psalm. xci, i5.J 11 est encore présentement 
des Gentils à évangéliser ; la venue du 
Messie est loin d'avoir été annoncée à tous 
les peuples; mais, entre les vaillants messa- 
gers du Verbe divin qui, dans ces derniers 
siècles, ont fait éclater leur voix au milieu 



Saint François Xavier 



des nations infidèles, il n'en est point qui ait 
brillé d'une plus vive splendeur, qui ait opéré 
plus de prodiges, qui se soit montré plus 
semblable aux premiers Apôtres, que le récent 
Apôtre des Indes, saint François Xavier. 

Et certes, la vie et l'apostolat de cet homme 
merveilleux furent l'objet d'an grand triom- 
phe pour notre Mère la sainte Eglise catho- 
lique au temps où ils éclatèrent. L'hérésie, 
soutenue en toutes manières par la fausse 
science, par la politique, par la cupidité et 
toutes les mauvaises passions du cœur de 
l'homme, semblait toucher au moment de la 
victoire. Dans son audacieux langage, elle 
ne parlait plus qu'avec un profond mépris de 
cette antique Eglise appuyée sur les promesses 
de Jésus-Christ ; elle la dénonçait aux nations, 
et osait l'appeler la prostituée de Babylone, 
comme si les vices des enfants pouvaient 
obscurcir la pureté de leur mère. Dieu se 
montra enfin, et soudain le sol de l'Eglise 
apparut couvert des plus admirables fruits 
de sainteté. Les héros et les héroïnes se 
multiplièrent du sein même de cette stérilité 
qui n'était qu'apparente, et tandis que les 
prétendus réformateurs se montraient les 
plus vicieux des hommes, l'Italie et l'Espagne 
à elles seules brillèrent d'un éclat incompa- 
rable par les chefs-d'œuvre de sainteté qui 
se produisirent dans leur sein. 

Aujourd'hui c'est François Xavier; mais 
plus d'une fois sur le Cycle nous verrons 
briller les nobles compagnons, les illustres 
compagnes, que la grâce divine lui suscita : 
en sorte que le xvi e siècle n'eut rien à 
envier aux siècles les plus favorisés 



358 L' Avenu 



des merveilles de la sainteté. Certes, ils ne 
s'inquiétaient pas beaucoup du salut des 
infidèles, ces soi-disant réformateurs qui ne 
songeaient qu'à anéantir le vrai Christianisme- 
sous les ruines de ses temples ; et c'était à ce 
moment même qu'une société d'apôtres 
s'offrait au Pontife romain pour aller planter 
la foi chez les peuples les plus enfoncés dans 
les ombres de la mort. Mais, de tous ces 
apôtres, ainsi que nous venons de le dire, nul 
n'a réalisé le type primitif au même degré 
que le disciple d'Ignace. Rien ne lui a manqué, 
ni la vaste étendue des pays sillonnés par son 
zèle, ni les centaines de milliers d'infidèles 
qu'il baptisa de son bras infatigable, ni les 
prodiges de toute sorte qui le montrèrent aux 
infidèles comme marqué du sceau qu'avaient 
reçu ceux dont la sainte Liturgie nous dit : 
« Ce sont ceux-ci qui, vivant encore dans la 
« chair, ont été les planteurs de l'Eglise ». 
L'Orient a donc vu, au xvi« siècle, un \\pôtre 
venu de Rome toujours sainte, et dont le 
caractère et les œuvres rappelaient l'éclat 
dont brillèrent ceux que Jésus avait envoyés 
lui-même. Gloire soit donc au divin Epoux 
qui a vengé l'honneur de son Epouse, en 
suscitant François Xavier, et en nous donnant 
en lui une idée de ce que furent, au sein du 
monde païen, les hommes qu'il avait chargés 
de la promulgation de son Evangile. 

Lisons maintenant le détail abrégé des 
œuvres du nouvel apôtre dans le récit de la 
sainte Eglise. 

FRanciscus in Xaverio | T^RANÇOis, né à Xavier au 
diœcesis Pampelo- | T diocèse de Pampelune, 



Saint François Xavier, Confesseur. 35g 



de parents nobles, se fit à 
Paris le compagnon et le dis- 
ciple de saint Ignace. Sous 
un tel maître, il en vint bien- 
tôt à une contemplation si 
sublime des choses divines, 
que plus d'une fois on le vit 
élevé au-dessus de terre ; ce 
qui lui arriva à diverses re- 
prises, en présence d'une mul- 
titude de peuple, pendant qu'il 
célébrait le saint sacrifice. 11 
obtenait ces délices de l'âme 
par de grandes macérations de 
son corps ; car il s'interdisait 
non seulement l'usage de la 
chair et du vin, mais jusqu'au 
pain de froment, ne vivant 
que des plus vils aliments, et 
passant deux ou trois jours 
sans rien prendre. Il se fla- 
gellait si rudement avec des 
disciplines armées de fer, 
que souvent le sang coulait 
avec abondance ; il ne prenait 
qu'un sommeil très court, 
et encore sur la terre nue. 

L'austérité et la sainteté 
de sa vie l'avaient rendu 
mur pour les travaux aposto- 
liques, quand Jean III, roi de 
Portugal, ayant demandé à 
Paul III, pour les Indes, quel- 
ques membres de la Société 
naissante, le Pape, par l'avis 
de saint Ignace, choisit Fran- 
çois pour ce grand emploi, 
et lui donna les pouvoirs de 
Nonce Apostolique. A peine 
fut-il arrivé, qu'il apparut 
tout d'un coup miraculeuse- 



nensis nobilibus paren- 
tibus natus, Parisiis 
sancto Ignatio sese comi- 
tem et discipulum jun- 
xit. Ipso magistro, eo 
brevi devenii, ut in rerum 
divinarum contemplatio- 
ne defixus a terra aliquan- 
do sublimis elevaretur : 
quod illl sacrificanti co- 
ram populi multitudine 
aliquoties evenit. Has j 
animi delicias magnis 
sui corporis cruciatibus 
merebatur. Nam, inter- 
dicto sibi, non carnis so- 
lum el vini, sed panis 
quoque triticei usu, vili- 
bus cibis vesci solitus, 
per biduum subinde tri- 
duumque omni prorsus 
alimento abstinuit. Fer- 
reis in se flagellis ita sae- 
viit , ut sa?pe copioso 
cruore difflueret : som- 
num brevissimum humi 
jacens capiebat. 

Vite, austeritate ac 
sanctitate Apostoli- 
co muneri jam maturus, 
quum Joannes Tertius 
Lusitaniae rex aliquot 
nascentis Societatis vi- 
ros a Paulo Tertio pro 
Indiis postulasset, sancti 
Ignatii hortatu ab eodem 
Pontifice ad tantum opus 
cum Apostolici Nuncii 
potestate deligitur. Eo 
appulsus, illico variarum 
gentium difficillimis et 



36o 



L'Avent. 



variis linguis divinitus 
instructus apparuit.Quin 
eura quanduque unico 
i, idiomate ad diversas gen- 
r tes concionantem, una- 
k quaeque sua lingua lo- 
! quentem audivit. Provin- 
cias innumeras pedibus 
semper et sœpe nudis 
peragravit. Fidem Japo- 
niae et ses aliis regioni- 
bus invexit. Multa cen- 
tena hominum millia ad 
Christum in Indiis con- 
vertit : magnosque Prin- 
cipes, Regesque com- 
plures sacro fonte expia- 
vit. Et quum tam magna 
pro Deoageret,eaerat hu- 
militate, ut sancto Igna- 
tio tune Prasposito suo, 
flexis genibus scriberet. 

Hunc dilatandi Evan- 
gelii ardorem mul- 
titudineet excellentia mi- 
raculorum Dominus ro- 
boravit. Cseco visum red- 
didit. Tantum marinœ 
aquae signo crucis conver- 
tit in dulcem, quantum 
quingentis vectoribus, 
qui siti adigebantur ad 
mortem, diu suffecit. Qua 
in varias quoqueresiones 
asportata, agri plurimi 
subito curati sunt. Plu- 
res mortuos r«vocavit ad 
vkam, inter quos pridie 
sepultum erui jussum e 
tumulo suscitavit, duos- 
i que alios dum effereban- 



ment initié aux langues tres 
difficiles et très variées de ces 
diverses nations. Il arriva 
même quelquefois que, pré- 
chant en une seule langue de- 
vant des nations différentes, 
chacune l'entendait parler la 
sienne. Il parcourut, toujours 
à pied, et souvent sans 
chaussure , d'innombrables 
provinces. Il introduisit la foi 
au Japon et dans six autres 
contrées. Il convertit dans les 
Indes plusieurs centaines de 
milliers de personnes. Il pu- 
rifia dans le saint baptême de 
grands princes et nombre de 
rois. Et pendant qu'il faisait 
pour Dieu de si grandes cho- 
ses, telle était son humilité, 
qu'il n'écrivait qu'à genoux à 
saint Ignace, son Général. 

DIEU fortifia cette ardeur 
qu'il avait de propager 
l'Evangile, par de grands et 
nombreux miracles. François 
rendit la vue à un aveugle. 
Par un signe de croix il chan- 
gea en eau douce de l'eau de 
mer, autant qu'il en fallut 
poursubvenir longtemps l un 
équipage de cinq cents hom- 
mes qui mouraient de soif. 
Cette eau, portée depuis en 
diverses contrées, guérit su- 
bitement un grand nombre de 
malades. Il ressuscita plu- 
sieurs morts, dont un, en- 
terré de la veille, fut tiré de 
sa fosse ; et deux autres qu'il 
prit par la main pendant qu'on 



Saint François Xavier, Confesseur. 36 1 



les portait en terre, furent ren- 
dus vivants à leurs parents. 
Inspiré diverses fois par l'es- 
prit de prophétie, il révéla 
plusieurs événements éloi- 
gnés de temps et de lieu. Enfin 
il mourut dans l'île de San- 
cian, le second jour de décem- 
bre, plein de mérites et épuisé 
de travaux. Son cor^s, ense- 
veli à deux fois dans de la 
chaux vive, s'y conserva pen- 
dant plusieurs mois sans cor- 
ruption; il en sortit même 
du sang et une odeur suave. 
Transporté à Vlalaca, son ar- 
rivée arrêta sur-le-champ une 
peste très violente. Enfin de 
nouveaux et très grands mi- 
racles ayant éclaté dans toutes 
les parties du monde par l'in- 
tercession de François, Gré- 
§oire XV le mit au rang des 
aints. Il fut déclaré par 
Pie X Patron de l'Association 
comme de l'œuvre de la Pro- 
pagation de la foi. 



tur, apprehensa eorum 
manu, parentibus e fe- 
retro vivos restituit. 
Prophétise spiritu passim 
afflatus, plurima et loco 
et tempore remotissima 
enuntiavit. Demum in 
Sanciano Sinarum insu- 
la, die secunda Decem- 
bris obiit plenus meritis 
laboribusque confectus. 
Demortui cadaver viva 
calce per multos menses 
bis obrutum, sed penitus 
incorruptum, odore et 
sanguine manavit, et ubi 
Malacam delatum est, 
pestem sasvissimam con- 
festim extinxit. Denique 
ubique terrarum novis 
maximisque fulgentem 
miraculis, Gregonus De- 
cimus quintus Sanctis 
adscripsit. Pius autem 
Decimus ipsum sodali- 
taii et operi Propagandas 
fidei cœlestem patronum 
elegit atque constituit. 



Glorieux apôtre de Jésus-Christ, qui avez 
illuminé de sa lumière les nations assises 
dans les ombres de la mort, nous nous adres- 
sons à vous, nous Chrétiens indignes, aiin 
que par cette charité qui vous porta à tout 
sacrifier pour évangéliser les nations, vous 
daigniez préparer nos cœurs à recevoir la 
visite du Sauveur que notre foi attend et que 
notre amour désire. Vous fûtes le père des 
nations infidèles.; soyez le protecteur du 
peuple des croyants, dans les jours où nous 



362 L'A vent. 



sommes. Avant d'avoir encore contemplé de 
vos yeux le Seigneur Jésus, vous le fîtes 
connaître à des peuples innombrables ; main- 
tenant que vous le voyez face à face, obtenez 
que nous le puissions voir, quand il va paraî- 
tre, avec la foi simple et ardente de ces Mages 
de l'Orient, prémices glorieuses des nations que 
vous êtes allé initier à l'admirable lumière. 
(I Petr. ii, 9.) 

Souvenez-vous aussi, grand apôtre, de ces 
mûmes nations que vous avez évangélisées, 
et chez lesquelles la parole de vie, par un 
terrible jugement de Dieu, a cessé d'être 
féconde. Priez pour le vaste empire de la 
Chine que votre regard saluait en mourant, 
et auquel il ne fut pas donné d'entendre votre 
parole. Priez pour le Japon, plantation chérie 
que le sanglier dont parle le Psalmiste a si 
horriblement dévastée. Obtenez que le sang 
des Martyrs, qui y fut répandu comme l'eau, 
fertilise enfin cette terre. Bénissez aussi, 6 
Xavier, toutes les Missions que notre Mère la 
sainte Eglise 1 entreprises, dans les contrées 
où la Croix ne triomphe pas encore. Que les 
cœurs des infidèles s'ouvrent à la lumineuse 
simplicité de la foi; que la semence fructifie 
au centuple ; que le nombre des nouveaux 
apôtres, vos successeurs, aille toujours crois- 
sant ; que leur zèle et leur charité ne dé- 
faillent jamais ; que leurs sueurs deviennent 
fécondes, que la couronne de leur martyre 
soit non seulement la récompense, mais le 
complément et la dernière victoire de leur 
apostolat. Souvenez-vous, devant le Seigneur, 
des innombrables membres de cette associa- 
tion par laquelle Jésus-Christ est annoncé 



/// Décembre. 363 



dans toute la terre, et qui s'est placée sous 
votre patronage. Enfin priez d'un cœur filial 
pour la sainte Compagnie dont vous êtes la 
gloire et l'espérance. Qu'elle fleurisse de plus 
en plus sous le vent de la tribulation qui ne 
lui manqua jamais ; qu'elle se multiplie, afin 

Îue par elle soient multipliés les enfants de 
lieu; qu'elle ait toujours au service du peu- 
ple chrétien de nombreux Apôtres et de 
vigilants Docteurs ; qu'elle ne porte pas en 
vain le nom de Jésus. 

Considérons l'état misérable du genre 
humain, au moment où le Christ va paraître. 
La décroissance des vérités sur la terre est 
terriblement exprimée par la décadence de 
la lumière matérielle en ces jours. Les tradi- 
tions antiques vont de toutes parts s'éteignant; 
le Dieu créateur de toutes choses est méconnu 
dans l'œuvre même de ses mains ; tout est 
devenu Dieu, excepté le Dieu qui a tout fait. 
Ce hideux Panthéisme dévore la morale 
publique et privée. Tous les droits, hors 
celui du plus fort, sont oubliés; la volupté, la 
cupidité, le larcin, siègent sur les autels et 
reçoivent l'encens. La famille est anéantie 
par le divorce et l'infanticide ; l'espèce 
humaine est dégradée en masse par l'escla- 
vage ; les nations même périssent par les 
guerres d'extermination. Le genre humain 
n'en peut plus ; et si la main qui l'a créé ne 
lui est de nouveau appliquée, il doit infailli- 
blement succomber dans une dissolution 
honteuse et sanglante. Les justes qu'il contient 
encore, et qui luttent contre le torrent et la 
dégradation universelle, ne le sauveront 



364 



L'A vent. 



pas ; car ils sont méconnus des hommes, et 
leurs mérites ne sauraient, aux yeux de Dieu, 
pallier l'horrible lèpre qui dévore la terre. 
Plus criminelle encore qu'aux jours du déluge, 
toute chair a corrompu sa voie ; néanmoins, 
une seconde extermination ne servirait qu'à 
manifester la justice de Dieu; il est temps 
qu'un déluge miséricordieux s'épanche sur 
la terre, et que celui qui a fait le genre 
humain descende pour le guérir. Paraissez 
donc, 6 Fils éternel de Dieu"! Venez ranimer 
ce cadavre, guérir tant de plaies, laver tant 
de souillures, rendre surabondante la Grâce, 
là où le péché abonde ; et quand vous aurez 
converti le monde à votre sainte loi, c'est 
alors que vous aurez montré à tous les âges 
futurs que c'est vous-même, 6 Verbe du 
Père, qui êtes venu : car si un Dieu a pu 
seul créer le monde, il n'y avait non plus que 
la toute-puissance d'un Dieu qui pût, en 
l'arrachant à Satan et au péché, le rendre à 
la justice et à la sainteté. 

RÉPONS DE L'AVENT. 

{Bréviaire Romain. IV e Dimanche de l'A vent.) 



là TNTUEMIXI quantus 
1 sit iste. qui in- 
greditur ad salvandas 
gentes : ipse est Rex jus- 
titise. * Cujus generatio 
non habet finem. 

f. Prx-cursor pro no- 
bis ingreditur, secundum 
ordinem Mekhisedech 
Pontifex factus in ster- 
num : " Cujus generatio 
non habet finem. 



il t rOYEZ combien est 

V grand celui qui vient 

pour sauver les nations. C'est 

lui qui est le Roi de justice ; 

* Et sa génération est éter- 
nelle. 

t. Il marche devant nous 
pour notre salut, ayant été 
établi Pontife éternel selon 
l'ordre de Melchisédech : 

* Et sa génération est éter- 
nelle. 



IV DÉCEMBRE. 

SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE, 

ÉVÈQUE ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE. 

La même Providence divine qui n'a pas per- 
mis que l'Eglise, au saint temps de l'A- 
vent, fût privée de la consolation de fêter quel- 
ques-uns des Apôtres qui ont annoncé la venue 
du Verbe aux Gentils, a voulu aussi qu'à la 
même époque, les saints Docteurs qui ont dé- 
fendu la vraie Foi contre les hérétiques, fus- 
sent pareillement représentés dans cette im- 
portante fraction du Cycle catholique. Deux 
d'entre eux, saint Ambroise et saint Pierre 
Chrysologue, resplendissent au ciel de la 
sainte Eglise, en cette saison, comme deux 
astres éclatants. Il est digne de remarque que 
tous deux ont été les vengeurs du Fils de 
Dieu que nous attendons. Le premier a 
vaillamment combattu les Ariens, dont le 
dogme impie voudrait faire du Christ, objet 
de nos espérances, une créature et non un 
Dieu ; le second s'est opposé à Eutychès, 
dont le système sacrilège détruit toute la 
gloire de l'Incarnation du Fils de Dieu, osant 
enseigner que, dans ce mystère, la nature 
humaine a été absorbée par la divinité. 

C'est ce second Docteur, le pieux Pontife 
de Ravenne, que nous honorons aujourd'hui. 
Son éloquence pastorale lui acquit une haute 
réputation, et il nous est resté un grand 



36 (, L'A vent. 



nombre de ses Sermons. On y recueille une 
foule de traits de la plus exquise beauté, 
bien qu'on y sente quelquefois la décadence 
de la littérature au v° siècle. Le mystère de 
l'Incarnation y est souvent traité, et toujours 
avec une précision et un enthousiasme qui 
révèlent la science et la piété du saint 
évêque. Son admiration et son amour envers 
Marie Mère de Dieu qui avait, en ce siècle, 
triomphé de ses ennemis par le décret du 
concile d'Ephè c e, lui inspirent les plus beaux 
mouvements et les plus heureuses pensées. 
Nous citerons quelques lignes sur l'Annon- 
ciation : 

« A la Vierge Dieu envoie un messager 
« ailé. C'est lui qui sera le porteur de la 
u grâce; il présentera les arrhes et en recevra 
« le retour. C'est lui qui rapportera la foi 
« donnée, et qui, après avoir conféré la ré- 
« compense à une si haute vertu, remontera 
« en hâte porteur de la promesse virginale. 
« L'ardent messager s'élance d'un vol rapide 
« vers la Vierge; il vient suspendre les droits 
« de l'union humaine ; sans enlever la Vierge 
« à Joseph, il la restitue au Christ à qui elle 
« fut fiancée dès l'instant même où elle était 
« créée l . C'est donc son épouse que le Christ 
« reprend, et non celle d'un autre ; ce n'est 
« pas une séparation qu'il opère, c'est lui 
« qui se donne à sa créature en s'incarnant 
« en elle. 



i. On voit que saint Pierre Chrvsologue proclame ici 
le mystère de la Conception immaculée. Si Marie était 
engagée au Fils de Dieu dès, le moment même de sa créa- 
tion, comment le péché originel eut-il eu action sur elle ? 



Saint Pierre Chrysologue. 



36 7 



« Mais écoutons ce que le récit nous ra- 
« conte de l'Ange. Etant entré près d'elle, 
« il lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le 
« Seigneur est avec vous. De telles paroles 
« annoncent déjà le don céleste : elles n'ex- 
« priment pas un salut ordinaire. Salut ! c'est- 
« a-dire : recevez la grâce, ne tremblez pas, 
<i ne songez pas à la nature. Pleine de grâce, 
« c'est-à-dire : en d'autres réside la grâce, 
« mais en vous résidera la plénitude de la 
« grâce. Le Seigneur est avec vous : qu'est-ce 
« a dire ? sinon que le Seigneur n'entend pas 
« seulement vous visiter, mais qu'il descend 
« en vous, pour naître de vous par un mys- 
« tère tout nouveau. L'Ange ajoute : Vous 
« êtes bénie entre toutes les femmes : pourquoi ? 
« parce que celles dont Eve la maudite déchi- 
« rait les entrailles, ont maintenant Marie la 
« bénie qui se réjouit en elles, qui les 
a honore, qui devient leur type. Eve, par la 
« nature, n'était plus que la mère des mou- 
« rants ; Marie devient, parla grâce, la mère 
(l des vivants *. » 

Dans le discours suivant, le saint Docteur 
nous enseigne avec quelle profonde vénéra- 
tion nous' devons contempler Marie en ces 
jours où Dieu réside encore en elle. « Quand 
« il s'agit, dit-il, de l'appartement intime du 
« roi, de quel mystère, de quelle révérence, 
« de quels profonds égards ce lieu n'est-il 
« pas entouré ? L'accès en est interdit à tout 
« étranger, à tout immonde, à tout infi- 
« dèle. Les usages des cours disent assez 
« combien doivent être dignes et fidèles les 



i. Sermon cxi. 



308 



L'A vent. 



« services que l'on y rend ; l'homme vil, 
« l'homme indigne seraient-ils soufferts à se 
« rencontrer seulement aux portes du palais ? 
<• Lors donc qu'il s'agit du sanctuaire secret 
« de l'Epoux divin, qui pourrait être admis, 
« s'il n'est intime, si sa conscience n'est pure, 
« si sa renommée n'est honorable, si sa vie 
« n'est vertueuse ? Dans cet asile sacré, où un 
« Dieu possède la Vierge, la virginité sans 
« tache a seule le droit de pénétrer Vois donc, 
« 6 homme, ce que tu as, ce que tu peux valoir, 
« et demande-toi si tu pourrais sonder le 
« mystère de l'Incarnation du Seigneur, si tu 
« as mérité d'approcher de l'auguste asile où 
« repose encore en ce moment la majesté 
« tout entière du Roi suprême, de la Divinité 
« en personne. » 

Mais il nous faut étudier l'éloquent Docteur 
dans le récit que la sainte Eglise nous fait 
de ses œuvres saintes. 



Pet rus, qui ob au- 
ream ejus eloquen- 
tiam Chrysologi cogno- 
men adeptus est, Foro 
Cornelii in vEmilia ho- 
nestis parentibus natus, 
a prima aetate animum ad 
religionem adjiciens , 
Cornelio Romano. tune 
ejusdem urbis Corne- 
liensis Episcopo, operam 
dédit : a quo etiam scien- 
tia et vitœ sanctitate 
quum brevi profecisset, 
Diaconus creatus est. 
Postmodum contigit, ut 
Ravennates ob mortem 
Archipraesulis sui, alium 



Pierre, surnommé Chry- 
sologue. pour l'or de son 
éloquence, naquit à Forum 
Cornelii. dans l'Emilie, de 
parents honnêtes. Dès l'en- 
fance, tournant son esprit 
vers la religion, il s'attacha 
à l'Evêque de cette ville, 
Cornélius, romain, qui le 
forma rapidement à la scien- 
ce et à la sainteté de la vie, 
et l'ordonna Diacre. Peu 
après, l'Archevêque de Ra- 
veone étant mort, comme les 
habitants de cette ville en- 
voyèrent, selon l'usage, à 
Rome , le successeur qu'ils 
avaient élu solliciter du saint 



Saint Pierre Chrysoîogue. 



36 g 



Pape Sixte III la confirma- 
tion de cette élection, Cor- 
nélius se joignit aux députés 
deRavenne,et emmena avec 
lui son diacre. Cependant 
l'Apôtre saint Pierre et le 
Martyrsaint Apollinaire ap- 
parurent en songe au Pon- 
tife romain, ayant au milieu 
d'eux un jeune lévite, et lui 
ordonnant de ne pas placer 
un autre que lui sur le siège 
archiépiscopal de Ravenne. 
Le Pontife n'eut pas plus tôt 
vu Pierre, qu'il reconnut en 
lui l'élu du Seigneur. Reje- 
tant donc celui qu'on pré- 
sentait, il promut, l'an de 
Jésus-Christ 433, le jeune 
lévite au gouvernement de 
cette Eglise métropolitaine. 
Les députés de Ravenne, of- 
fensés d'abord, ayantappris la 
vision, se soumirent sanspeine 
à la volonté divine etaccep- 
tèrentavecle plus grand res- 
pect le nouvel Archevêque 



ut moris erat ab eis elec- 
tum, Romam ad sanc- 
tum Sixtuni Papam Ter- 
tium pro confirtnatione 
miserint una cum Lega- 
tis suis, et cum praedicio 
Cornelio, qui eumdem 
levitam secum perduxit. 
Intérim sanctus Petrus 
Apostolus, et Martyr 
Apollinaris, Summo 

l'ontifici in soumis ap- 
paruerunt, mediumque 
habentes hune juvenem 
jusserunt, ut illum et 
non alium, in Archie- 
piscopum Ravennacrea- 
ret, Hinc Pontifex, rr.ox 
ut vidit Petrum, cogno- 
vit eum a Domino L)eo 
prœelectum : propterea 
rejecto illo quem ipsi 
oflerebant, hiinc solum 
anno Christi quadrin- 
gentesimo trigesimo ter- 
tio, illi Metropolîtana; 
prae fecit Ecclesiae. Quod 



quumlegatiRavennatenses aegre ferrent, audita visione 
divinae voiuntati libenter acquiesc entes, novum Archie 
piscopum maxima cum reverentia susceperunt. 



A tnsi consacré Archevêque 
**■ contre son gré, Pierre 
fut conduit à Ravenne, où 
l'empereurValentinien, Gai- 
la Placidia sa mère, et tout 
le peuple, l'accueillirent 
avec les plus grandes réjouis- 
sances. Pour lui, il déclara 
qu'ayant consenti à porter 
un si lourd fardeau pour leur 
salut, il n'exigeait d'eux, en 



Petrus igitur.licet in- 
vitus, in Archiprae- 
suîem consecratus Ra- 
vennam deducitur s ubi 
a Valent iniano Impera- 
tore, et a Galla Placidia 
ejus matre, ac ab uni- 
verso populo maxima 
lastitia exceptus est. Et 
illeab eis id unum petere 
dixit, ut quando tantum 



5 4 



3jo 



L'A vent. 



du 



oneris pro ipsorum sa- 
lute subire non recusa- 
ret, studerent ipsi moni- 
tis suis obtemperare, di- 
vinisque prœceptis non 
obsistere. Duorum oanc- 
torum tune ibi defunc- 
torum corpora optimis 
unguentis condita sepe- 
livit ; Barbatiani videli- 
cet Presbyteri, et Ger- 
mani Antissiodorensis 
Episcopi , cujus etiam 
cucullam et cilicium sibi 
vindicavit in haeredita- 
tem. Projectum et Mar- 
cellinum Episcopos ordi- 
navit. In Classe fontem 
extruxit magnitudinis ve- 
re admirabilis, et templa 
quaedam magnifica œdifi- 
cavit, tum beato Andreœ 
Apostolo , tum aliis 
Sanctis. Ludos ab homi- 
nibus personatis cum va- 
riis saltationibus , Ka- 
lendis Januarii fieri so- 
litos, concione cohibuit 
acerrirr.a, ubi inter alia 
illud praîclare dixit : Qui 
jocari voluerit cum dia- 
bolo, non poterit gaudere 
cum Christo. Jussu san- 
cti Leonis Papa; Primi 
scripsit postea ad Chal- 
cedonense Concilium ad- 
versus hasresim Euiyche- 
tis. Respondit praeterea 
ad Eutychem ipsum et 
alia Episiola, quœ eidem 
Cbncilio in novis editionibu 
Ecclesiasticos relata fuit 



compensation, qu'une seule 
chose, qui était de les voir 
obéir à ses avis avec zèle, et 



>as résister aux précepte;- 
Seigneur. Il ensevelit, 
avoir embaumés 



après 

des parfums les plus excel- 
lents, les corps de deux saints 
morts en cette ville, le prêtre 
Barbatien. et aussi Germain, 
évêque d'Auxerre, dont il 
retint comme héritage la cu- 
culle et le cilice. Il ordonna 
Evêques Projectus et Mar- 
cellin. Il fit creuser à Classo 
une fontaine d'une merveil- 
leuse grandeur, et il bâtit 
quelques églises magnifiques 
au bienheureux Apôtre An- 
dré et à d'autres saints. On 
célébrait, aux kalendes de 
janvier, des jeux, accompa- 
gnés de représentations théâ- 
trales et de danses ; il les 
abolit par la force de ses 
exhortations. Il dit alors 
entre autres choses remar- 
quables: « Qui veut rire avec 
a le diable, ne se réjouira 
« pas avec le Christ. » Par 
l'ordre de saint Léon le 
Grand, il écrivit au Concile 
de Chalcédoine contre l'hé- 
résie d'Eutychès, et adressa 
à l'hérésiarque lui-même une 
autre lettre qu'on a jointe 
aux Actes du Concile dans 
les dernières éditions, et qui 
est consignée dans les Anna- 
les Ecclésiastiques. 

préfixa, et in Annales 



Saint Pierre Chrysologue. 3ji 



U 



ANS ses homélies à son 
peuple, son éloquence 
était si véhémente, que par- 
fois la parole lui manqua 
dans l'ardeur de sa prédica- 
tion, comme il arriva à son 
sermon sur l'Hémorrhoïsse ; 
et il y eut dans l'assemblée 
émue tant de larmes, d'accla- 
mations et de ferventes priè- 
res, que, depuis, le Saint 
rendait grâces à Dieu de ce 
que l'interruption de son dis- 
cours eût tourné au profit de 
la charité. Il gouvernait très 
saintement cette Eglise, de- 
puis environ dix-huit ans, 
lorsqu'ayant connu, par une 
lumière divine, que la fin de 
ses travaux approchait, il 
passa dans sa ville natale, se 
rendit à l'église de Saint- 
Cassien , et déposa sur le 
grand autel, en offrande, un 
grand diadème d'or enrichi 
de pierres précieuses, une 
coupe également d'or, et une 
patène d'argent qui donne à 
l'eau qu'on y répand, comme 
on l'a souvent éprouvé, la 
vertu de guérir les morsures 
de la rage et de calmer la 
fièvre. Cependant il renvoya 
à Ravenne ceux qui l'avaient 
suivi, en leur recommandant 
de veiller attentivement au 
choix d'un excellent pasteur. 
Puis, adressant d'humbles 
prières à Dieu, priant saint 
Cassien, son protecteur, de 
recevoir avec bonté son âme, 
il trépassa doucement, vers 



DU.M publiée sermones 
haberet ad populum, 
adeo vehemens erat in 
dicendo, ut prae nimio 
ardore yox illi interdum 
defecerit : sicut contigit 
in concione Hsemor- 
rhoissa?. Unde Ravenna- 
tes commoti, tôt lacrymis, 
clamoribus etorationibus 
locum repleverunt , ut 
postea ipse gratias age- 
ret Deo, quod in lucrum 
amoris verterit damnum 
ejusdem sermonis. Cum 
tandem annos circifer 
decem et octo eam Eccle- 
siamsanctissime rexisset, 
laborum suorum finem 
adesse divinitus praeno- 
scens, in patriam se con- 
tulit; ubi sancti Cassiani 
templum ingressus, ma- 
gnum diadema aureum, 
gemmis distinctum pre- 
tiosissimis offerens, su- 
per Altare majus posuit ; 
necnon aureum craterem 
et patenam argenteam, 
quam tum rabidi canïs 
morsus.tum febres sajiare 
saspius expertum est,aqua 
inde demissa. Ex tune 
Ravennates qui eumdem 
secuti fuerant dimisit, 
admonens, ut in eligendo 
optimo Pastore invigila- 
rent attente. Mox Deum 
humiliter precatus, et 
sanctum Cassianum pa- 
tronum, ut bénigne ani- 
mam ejus exciperet, ter- 



3 7 2 



L'Avent. 



l'an 45o, le trois des Nones 
de décembre. Son corps, qui 
fut enseveli avec pompe, au 
milieu des lai mes et des priè- 
res de toute la ville, auprès 
de celui du même saint (..as- 
sien, v est encore de nos 
jours religieusemem vénéré. 
L'un de ses bras enchâssé 
dans 1 or et les pierreries, a 
été transpoi té à Favenne, où 
on l'honore dans la basilique 
Ursienne, 



tio Nonas Decembris, 
placide ex hac vita mi- 
gravil, anno Domini cir- 
citer quadrin^entesimo 
quinquagesimo. Sacrum 
illius corpus communi to- 
tius civrtaiis rie;u ac p:e- 
tate prope corpus ejus- 
dem sancii Cassiani ho- 
norifice conditum,nostris 
etiam temporibus reli- 
giose colitur : cijus ta- 
niea brachium auro et 
tremmis omamm Raven- 
nam delatum in Ursiana 
aede vencratur. 

Saint Pontife, dont la bouche d'or s'est 
ouverte dans l'assemblée des fidèles, pour 
faire connaître Jésus-Christ, daignez consi- 
dérer d'un œil paternelle peuple chrétien qui 
veille dans l'attente de cet Homme-Dieu dont 
vous avez si hautement confessé la double 
nature. Obtenez-nous la grâce de le recevoir 
avec le souverain respect dû à un Dieu qui 
descend vers sa créature, et avec la tendre 
confiance que l'on doit à un frère qui vient 
s'offrir en sacrifice pour ses frères indignes. 
Fortifiez notre foi, 6 très saint Docteur ! car 
l'amour qu'il nous faut procède de la foi. 
Détruisez les hérésies qui dévastent le champ 
du Père de famille ; confondez surtout l'odieux 
Panthéisme, dont l'erreur d'Eutychès est une 
des plus funestes semences. Eteignez-le enfin 
dans ces nombreuses chrétientés "d'Orient qui 
ne connaissent l'ineffable mystère de l'In- 
carnation que pour le blasphémer, et pour- 
suivez aussi parmi nous ce système mons- 
trueux qui, sous une forme plus repoussante 



Saint Pierre Chrysologue. 3j3 

encore, menace de tout dévorer. Inspirez aux 
fidèles enfants de l'Eglise cette parfaite 
obéissance aux jugements du Siège Apos- 
tolique, dont vous donniez à l'hérésiarque 
Eutyckès, dans votre immortelle Epître, une 
si belle et si utile leçon, quand vous lui 
disiez: « Sur toutes choses, nous vous 
« exhortons, honorable frère, de recevoir 
« avec obéissance les choses qui ont été 
« écrites parle bienheureux Pape de la ville 
« de Rome; car saint Pierre, qui vit et préside 
« toujours sur son propre Siège, y manifeste 
« la vérité de la foi à tous ceux qui la lui 
« demandent. » 



CtiA ftlA CtiA fti* <V!A <tïA <t*A CtiA CtiA «tïA ftiA CtïA 



LE MEME JOUR. 

SAINTE BARBE, VIERGE ET MARTYRE 

I 'Eglise Romaine n'a consacré qu'une 
** simple Commémoration à sainte Barbe, 
dans l'Office de saint Pierre Chrysologue ; 
mais elle a approuvé un Office entier à 
l'usage des Eglises qui honorent spécialement 
la mémoire de cette illustre vierge. La Légende 
qui suit, quoique fort grave, n'a donc point 
l'autorité de celles qui sont promulguées 
pourtoute l'Eglise dans le Bréviaire Romain. 
Nous n'en devons pas moins rendre nos 
hommages fervents à cette glorieuse Martyre, 
si célèbre dans tout l'Orient, et dont l'Eglise 
Romaine a depuis longtemps adopté le culte. 
Ses actes, pour n'être pas de la première 
antiquité, n'ont rien que de glorieux à Dieu 
et d'honorable à la Sainte. Nous avons relevé 
ci-dessus l'importance liturgique de sainte 
Barbe au temps de l'Avent. Rendons hom- 
mage à la fidélité avec laquelle cette Vierge 
attendit l'Epoux, qui ne manqua pas à 
l'heure dite, et qui fut pour elle un Epoux 
de sang, comme parle l'Ecriture, parce qu'il 
avait reconnu la force de son amour. 



Barbara, Virgo Nice- 
mediensis, Dioscori 
nobilis sed superstitiosi 
hominis filia. per ea qua? 
visibilia facta sunt , ad 
invisibilia. divina opi- 



Barbe. Vierge de Nicomé- 
die, fille de Dioscore, no- 
ble personnage, mais attaché 
aux superstitions païennes, 
parvint, à l'aide de la grâce 
divine, à connaître les choses 



Sainte Barbe, Vierge et Martyre. 3 y 5 



invisibles par la vue de ce 
monde visible : c'est pour- 
quoi elle ne voulut plus s'oc- 
cuper que de Dieu seul et 
des choses divines. Son père, 
voulant , à cause du grand 
éclat de sa beauté, la sous- 
traire aux regards des hom- 
mes, l'enferma dans une tour, 
où la pieuse vierge vivait 
dans la prière et la médita- 
tion, ne pensant qu'à plaire 
à Dieu seul , qu'elle avait 
choisi pour époux. Dioscore, 
à diverses reprises, lui offrit 
de nobles alliances qu'elle 
dédaigna généreusement. 

Pensant alors qu'en se sépa- 
rant de sa fille, il pourrait 
plus facilement adoucir ses 
résistances, il fit construire 
un bain dans la tour qu'elle 
habitait, afin qu'elle eût tou- 
tes les commodités de la vie ; 
puis il partit pour une con- 
trée lointaine. 

Pendant l'absence de son 
père. Barbe fit ajouter 
aux deux fenêtres de sa tour, 
une troisième en l'honneur de 
la divine Trinité, et tracer 
l'image de la très sainte 
Croix sur le bord de la bai- 
gnoire. A son retour Dios- 
core, ayant vu ces nouveautés 
et connu leur motif, s'empor- 
ta contre sa fille au point de 
se jeter sur elle, l'épée nue à 
la main ; peu s'en fallut 
même qu'il ne la tuât dans 
sa fureur ; mais Dieu vint au 



tulante gratia, facile per- 
veni't. Quapropter soli 
Deo rebusque divinis va- 
care ccepit. Eam pater, 
utpote forma venustiori 
nitentem, a quocumque 
virorum occursu tutari 
cupiens, turri inclusit : 
ubipiavirgo meditatio- 
nibus et precibus addicta, 
soli Deo quem sibi > in 
sponsum elegerat, place- 
re studebat. Oblata a pâ- 
tre pluries nobiliumcon- 
nubia fortiter sprevit. 
Pâtre vero per sui absen- 
tiam filiae animum posse 
facilius emolliri confi- 
dcns, jussit primo bal- 
neum extrui, ne quid ei 
deesset ad commodita- 
tem ; deindc peregre in 
exteras regiones profec- 
tus est. 



Absente pâtre, jussit 
Barbara duabus fe- 
nestris quœ in turri erant, 
tertiam addi in honorem 
divina; Trinitatis, la- 
biumque balnei sacro- 
sancta; Crucis signo mu- 
niri : quod ubi rediens 
Dioscorus inspexit , au- 
dita novitatis causa, 
adeo in filiam excanduit 
ut stricto enseeam appe- 
tens, parum abfuerit ut 
eam dire confoderet ; sed 
prœsto adfuit Deus ; nam 



3 7 6 



/y A vent. 



fugienti Barbara; saxum 
ingens se patefaciens 
viam aperuit, per quam 
montis fastigium petere, 
et sic in specu latere po- 
tuit ; sed paulo post 
quum a nequissimo geni- 
tore reperta fuisset, ejus 
latera pedibus dorsum- 
que pugnis immaniter 

fiercussit, et crinibus per 
oca aspera difficilesque 
vias raptatam Ma/ciano 
Praesidi puniendam tra- 
didit. Itaque ab ipso om- 
nibus modis, sed incas- 
sum tentata, nudam ner- 
vis caedi et inflicta vul- 
nera testulis confricari, 
deinde in carcerem trahi 
praecepit : ubi immensa 
lucecircumdatus ei Chri- 
stus apparens, mirifice 
confortatam in passio- 
num tolerantia confirma- 
vit : quod animadvertens 
Juliana matrona, ad fi- 
dem conversa ejusdem 
palmae particeps effecta 
est. 

Barbar.e demum fer- 
reis unguibus mem- 
bra laniantur, facibus la- 
tera incenduntur, et mal- 
leoliscaput contunditur : 
quibus in cruciatibus 
consortem solabatur, et 
hortabatur ut ad finem 
usqueconstantercertaret. 
Praecisis tandem utrique 
uberibus, nudœ per loca 



secours de la vierge. Dans 
sa fuite précipitée, un énor- 
me rocher lui ouvrit un pas- 
sage, par ou elle parvint au 
sommet d'une montagne, et 
se cacha dans une grotte. 
Peu après, ce père dénaturé, 
l'ayant découverte, l'accabla 
de coups, la fouia sous ses 
pieds, la traina par les che- 
veux à travers des sentiers 
âpres et rocailleux, et la livra 
lui-même au gouverneur 
Marcien, pour être châtiée. 
Celui-ci employa, mais en 
vain, tous les moyens pour 
l'ébranler. Il la fil battre nue 
à coups de nerfs de bœuf, et 
déchirer ses blessures encore 
fraîches avec des débris de 
poterie, enfin jeter dans une 
prison. Là. le Christ lui ap- 
parut, environné d'une grande 
lumière, et la fortifia mer- 
veilleusement pour sa der- 
nière passion. Témoin de ce 
Îrodige, une dame, nommée 
uliana, se convertit à la ,foi 
et partagea la palme de cette 
vierge. 

Barbe eut encore les mem- 
bres déchirés par les on- 
gles de fer, les flancs brûlés 
avec des torches, la tête bat- 
tue à coups de maillets ; et, 
dans ces tourments, elle con- 
solait sa compagne et l'en- 
courageait à combattre, sans 
faiblir, jusqu'à la fin. Enfin, 
toutes les deux eurent les ma- 
melles coupées, furent traî- 



Sainte Barbe, Vierge et Martyre. 3 -7 



nées nues à travers les places 

fiubliques et décapitées. Ce 
ut un père abominable qui 
eut assez de barbarie pour 
trancher de ses mains la tète 
de sa fille. Mais cette affreuse 
cruauté ne fut pas longtemps 
impunie : à l'heure même et 
au même lieu, la foudre re- 
tendit mort. Le corps de cette 
bienheureuse vierge fut trans- 
porté d'abord, par les soins 
de l'Empereur Justin, de Ni- 
comédie à Constantinople ; 
puis, plus tard, les Vénitiens 
l'ayant obtenu des Empereurs 
Constantin et Basile, l'enle- 
vèrent de Constantinople, et 
le déposèrent solennellement 
dans la basilique de Saint- 
Marc. Enfin, en dernier lieu, 
sur les instantes prières de 
l'Evêque de Torcello et de sa 
sœur qui était Abbesse, on le 
transféra, l'an de notre salut 
1009, dans l'église des reli- 
gieuses de Saint-Jean-1'E- 
vangéliste , au diocèse de 
Torcello, où il fut honora- 
blement enseveli, et où il est 
présentement encore l'objet 
d'une constante vénération. 



publica tractae, filiasque 
cervicem ipse scelestis- 
simus pater humanitatis 
expers, propriis manibus 
amputavit : cujus fera 
crudelitas non diu inulta 
remansit ; nam statim eo 
ipso in loco fulmine per- 
cussus interiit. Corpus 
hujus beatissimae virgi- 
nis Justinus Imperator 
Nicomedia auferens.Con- 
stantinopolim primum 
transportavit. IUud idem, 
cum in progressu tempo- 
ris ab Imperatoribus 
Constantino et Basilio 
impetrassent Veneti, 

Constantinopoli deduc- 
tum in sancti Marci Ba- 
silica fuit deinde solem- 
niter collocatum. Pos- 
tremo et ultimo, suppli- 
cantibus Torcellano 

Episcopo ejusque sorore 
Abbatissa, ad Ecclesiam 
monialium Sancti Johan- 
nis Evangelistae Torcel- 
lanas diœcesis, anno sa- 
lutis millesimo nono de- 
fertur : ubi et honorifice 
conditum, perpetuo cultu 
ad praesens usque tempus 
summopere veneratur. 

Tel est le récit de la vie et du martyre de 
la courageuse vierge de Nicomédie. On l'in- 
voque dans l'Eglise contre la foudre, en mé- 
moire du châtiment que la justice divine 
infligea à son détestable père. Sa qualité 
de protectrice du peuple chrétien contre le 






37 8 



L'A vent. 



feu du ciel a fait donner son nom aux 
magasins de poudre sur les vaisseaux, et l'a 
fait assigner pour patronne aux artilleurs, 
aux mineurs, et généralement aux corpora- 
tions dans lesquelles on emploie la poudre à 
canon. On la prie aussi pour être préservé 
de la mort subite, tant a fait d'impression sur 
les fidèles la fin terrible de Dioscore ! 

Nous nous bornerons à extraire des livres 
liturgiques de nos églises cette gracieuse 
Antienne composée dans les temps chevale- 
resques : 



ANTIENNE. 



Odivin.e bonitatis 
immensa clementia, 
quœ Barbaram illustra- 
vitveroclaritatis lumine. 
ut terrena; dignitatis con- 
tempto splendore, divi- 
nitatis conscia effici me- 
reretur : haec \elut lilium 
inter spinas enituit, et 
lux in lenebris eluxit. 
Alléluia. 



O miséricorde immense 
de la divine bonté, qui a 
glorifié Barbe par la splen- 
deur de la seule véritable lu- 
mière, et l'a rendue digne de 
s'unir à la Divinité , après 
qu'elle eut méprisé les hon- 
neurs de la terre ! Elle a 
brillé comme un lis entre les 
épines; elle a lui comme la 
lumière dans les ténèbres. 
Alléluia. 

L'Eglise Grecque est abondante sur les 
louanges de sainte Barbe. Nous allons 
extraire de ses Menées quelques-unes des 
nombreuses strophes dans lesquelles est 
célébrée la gloire de la sainte martyre. 



HYMNE DE L EGLISE GRECQUE. 



Q' 



UANDO coram te. ve- 
neranda martyr 

Barbara , dulcis mors 
apparuit, gaudens et fes- 
tinans cursum eomple- 



Quand s'apparut à toi la 
douce mort, ô Barbe, ô 
martyre vénérable, joyeuse 
et triomphante, tu accomplis 
ta course ; tu fus immolée par 



Sainte Barbe, Vierge et Martyre. 3jg 



les mains iniques d'un père 
impie, c'est pourquoi, réunie 
aux chœurs des Vierges vrai- 
ment prudentes, tu contem- 
ples la splendeur ce ton 
Epoux. 



Votre jeune brebis , ô 
Jésus, s'écrie vers vous à 
haute voix : C'est vous, ô 
mon Epoux, que je désire ; 
c'est vous que je cherche en 
combattant ; je suis immolée 
et ensevelie en votre Bap- 
tême ; je souffre pour vous, 
afin de régner avec vous : je 
meurs pour vous, afin de ne 
vivre plus qu'en vous ; rece- 
vez en parfait sacrifice celle 
qui vous est offerte en sacri- 
fice d'amour. A sa prière, 
sauvez nos âmes, miséricor- 
dieux Seigneur ! 

Eclose sur un tronc épi- 
neux, ô rose sacrée qui em- 
baumes l'Eglise de tes par- 
fums ; toi qu'un généreux 
combat empourpra de ton 
sang, nous chantons aujour- 
d'hui dignement ta bienheu- 
reuse mémoire , ô Barbe , 
pleine de gloire ! 

Tu ne fus touchée, ni par 
l'attrait des délices, ni par la 
fleur de la beauté, ni par les 
plaisirs de la jeunesse , ô 
Barbe glorieuse, fiancée au 
Christ, vierge parée de toutes 
les grâces ! 

Durant ton combat, tous 



visti. implique genitons 
injustis manibus sacrifi- 
cata es, et Deo oblata es 
victima : unde vere pru- 
dentium Virginum con- 
juncta choris, tui Sponsi 
contemplaris splendo - 
rem. 

Agna tua, Jesu, magna 
voce clamât : Te, Spon- 
se mi, desidero, et quae- 
rens te pugno, et confixa 
sum et consepulta tuo 
baptismati , et patior 
propter te , ut regnem 
tecum ; et morior pro te, 
ut et vivant in te : igitur 
ut sacrificium irrépréhen- 
sible suscipe amanter 
sacrificatam tibi. Illius 
precibus. ut misericors, 
salva animas nostras. 



E spinosa exorta radi- 
ée , rosa sacratissima , 
Ecclesiam suaviter ino- 
dorans, te rubore prœlii 
per sanguinem purpura- 
tam, gloriosa Barbara, 
nunc dignissime beatam 
celebramus. 

Non deliciarum jucun- 
ditas, non pulchritudi- 
nis flos, neque divitiae, 
neque juventutis volup- 
tates te mulserunt. Bar- 
bara gloriosa, Christo 
desponsata. pulcherrima 
virgo. 

In certamine tuo om- 



3So 



VA vent. 



nés obstupefecisti ; nam 
tolerasti tyrannorum 

cruciatus. vincula. tor- 
menta , Barbara cele- 
berrima : quapropter et 
corona Deus te donavit 
quam desiderasti : cum 
animo cucurristi, et ille 
sanam te fecit. 

Sponsum tuurn Chris- 
tum adamata, lampadis 
tuae fulgore prœparato, 
virtutibus refulsisti, lau- 
de digna : unde ingressa 
es cum eo ad nuptias, ab 
eo recipiens certarainis 
coronam : sed a periculis 
libéra nos célébrantes, 
Barbara, tui memoriam. 



Tribus ostiolis lava- 
crum illustrari jubens, 
mvstice indicasti Bap- 
tisma. o Barbara. Trini- 
tatis lumine animabus 
splendidam suppetens 
purgationem. 

Furore terribili patris 
declinato. Barbaram sta- 
tim se scindens mons 
recepit, ut olim illus- 
trera Protomartyrem 
Theclam , miraculum 
opérante Christo. 

Gladio te, martyr Bar- 
bara , immolans pater . 
Abraham alter, sed dia- 
bolo favit. 

Apparuit Christus in 



furent saisis de stupeur, en te 
voyant affronter les coups 
des bourreaux, les liens, les 
tortures, la prison, ô Barbe 
très illustre ! C'est pourquoi. 
Dieu t'a récompensée de la 
couronne désirée ; tu as 
fourni la carrière avec cou- 
rage, et le Seigneur a cica- 
trisé tes plaies. 

Amante fidèle du Christ 
ton Epoux, tu as avec soin 
préparé ta lampe, jetant au- 
tour de toi l'éclat de tes ver- 
tus, ô digne de toutes louan- 
ges I C'est pourquoi , tu es 
entrée avec lui aux noces, 
recevant de sa main la cou- 
ronne du combat. Délivre- 
nous de tous maux, nous qui 
célébrons, ô Barbe, ta mé- 
moire. 

Tu fis éclairer le bain par 
trois ouvertures, pour expli- 
quer mystiquement le Bap- 
tême, qui procure aux âmes 
une éclatante purification , 
par la vive lumière de la 
Trinité. 

Pour la soustraire à la 
colère d'un père furieux, une 
montagne ouvre à Barbe ses 
flancs, comme il arriva autre- 
fois à Thècle l'illustre Pro- 
tomartyre, par la vertu mira- 
culeuse du Christ. 

Ton père, ô Barbe, illustre 
martyre . t'immole avec le 
glaive, comme un second 
Abraham ; mais c'est au culte 
du diable qu'il est voué. 

Le Christ, environné d'une 



Sainte Barbe, Vierge et Martyre. 38i 



inaccessible lumière, s'appa- 
rut à toi, ô Barbe, dans ta 
prison, pour ranimer ta con- 
fiance, cicatriser ta chair sil- 
lonnée par les coups et t'ap- 
porter la joie ; et l'amour ide 
ton Epoux te donna des ailes. 

Quand tu fus livrée pour 
le Christ à une honteuse 
nudité, un Ange de lumière 
te revêtit, ainsi qu'une Epou- 
se, d'une robe éclatante pour 
couvrir tes blessures ; et tu 
as été parée, ô martyre, du 
vêtement de gloire en lequel 
s'opère la transmutation. 

Votre prophétie, ô Christ, 
a été manifestement accom- 
plie : car voici le père qui 
traîne sa fille à la mort ; il se 
fait lui-même l'artisan d'un 
tel meurtre ; mais bientôt ce 
père dénaturé d'une martyre 
est miraculeusement consumé 
par le feu du ciel. 

Entrée dans la carrière des 
athlètes, tu as résisté à l'in- 
juste volonté de ton père, ô 
digne de tout honneur ! et, 
vierge sage, tu es sortie la 
lampe à la main, pour gagner 
le palais de ton Seigneur. 
Martyre généreuse, tu as reçu 
la grâce de guérir de la 
peste ; délivre-nous, par tes 
prières auprès de Dieu, de 
toutes douleurs en nos âmes, 
nous qui chantons des hym- 
nes en ton honneur. 



lumine inaccessibili tibi 
inclusse, o Barbara, in 
carcere, ut confidentem 
te incitans , et vibices 
sanans et laetitiam prae- 
bens : unde alas acce- 
pisti Sponsi tui amore. 

Angélus fulgidus ta, 
propter Christum denu- 
datam, veneranda Bar- 
bara, vestivit, ut spon- 
sam, veste splendida quas 
vulnera texit ; stolam 
enim induisti divinam 
afferentem mutationem. 

Demonstrata est evi- 
denter, Christe, prophe- 
tia tua adimpleta : pater 
namque filiam ad caedem 
tradit, ipse artifex jugu- 
lationis ; qui improbus 
genitor tuœ martyris 
stupendo modo e cœlo 
igné consumitur. 

Athleticam ingressa 
viam, paternam renuisti 
voluntatem, tota honora- 
bilis , et virgo quidem 
sapiens lampademferens, 
egressa es ad mansiones 
Domini tui ; et ut Mar- 
tyr generosa , gratiam 
accepisti sanandi carnis 
putidam pestilentiam : 
et nos hymnificantes te, 
spiritualibus doloribus 
libéra tuis ad Deum pre- 
cibus. 



Nous venons joindre notre faible voix à 
celle de tant d'Eglises, ô Vierge fidèle ! et 



382 L'A vettt. 



vous offrir à la fois nos louanges et nos 
prières. Voici que le Seigneur vient, et nous 
sommes dans la nuit : daignez donner à notre 
lampe et la lumière qui doit guider nos pas, 
et l'huile qui entretient la lumière. Vous 
savez que celui qui est venu pour vous, et 
avec qui vous êtes éternellement, s'approche 
pour nous visiter; obtenez que nul obstacle 
ne nous empêche d'aller au-devant de lui. 
Que notre vol vers lui soit courageux et 
rapide comme fut le vôtre ; et que, réunis à 
lui, nous ne nous en séparions plus: 
car celui qui vient est véritablement le centre 
de toute créature. Priez aussi, ô glorieuse 
Martvre, afin que la foi dans la divine Tri- 
nité brille en ce monde d'un éclat toujours 
croissant. Que Satan, notre ennemi, soit con- 
fondu, lorsque toute langue confessera la 
Triple lumière figurée par les fenêtres de 
votre tour, et la croix victorieuse qui a 
sanctifié les eaux. Souvenez-vous, Vierge 
chérie de l'Epoux, qu'en vos mains pacifiques 
a été remis le pouvoir, non de lancer la fou- 
dre, mais de la retenir et de la détourner. 
Protégez nos navires contre les feux du ciel 
et contre ceux de la guerre. Couvrez de votre 
protection les arsenaux qui renferment la 
défense de la patrie. Entendez la voix de tous 
ceux qui vous invoquent, soit qu'elle monte 
vers vous du sein de la tempête, soit qu'elle 
parte des entrailles de la terre ; et sauvez- 
nous tous du terrible châtiment de la mort 
subite. 



Considérons les nations répandues sur la 



IV Décembre. 383 

surface de la terre, divisées de mœurs, de 
langage et d'intérêts, - mais réunies dans 
l'attente du libérateur qui doit bientôt 
paraître. Ni la profonde corruption des peu- 
ples, ni tant de siècles écoulés depuis l'âge 
des traditions, n'ont pu effacer en eux cette 
espérance. En ce moment même où le 
monde va tomber en dissolution, un symp- 
tôme de vie se révèle ; un cri se fait entendre 
par toute la terre: le Roi universel est sur le 
point de paraître; un Empire nouveau, saint 
et éternel, va réunir à jamais les nations. 
C'est ainsi, ô Sauveur ! que sur son lit de 
mort, Jacob l'avait annoncé, lorsque, parlant 
de vous, il avait dit : // sera l'attente des 
nations. Les hommes ont bien pu se plonger 
dans toutes sortes de dégradations : ils n'ont 
pu faire mentir cet oracle. Les voilà forcés 
de confesser leur incurable misère, en expri- 
mant cette attente prophétique d'un sort 
meilleur. Venez donc, ô Fils de Dieu ! 
recueillir cette étincelle d'espérance ; c'est le 
dernier hommage que l'ancien monde vous 
offre en périssant. L'attente d'un Libérateur 
est le lien qui réunit en un seul tout les deux 
grandes fractions de la vie de Thumanite, 
avant et après votre Naissance. Mais, ô Jésus ! 
si le monde païen, du milieu de ses crimes 
et de ses erreurs, a eu encore un soupir vers 
vous, que ferons-nous, héritiers des promes- 
ses, en ces jours où vous vous apprêtez à 
venir prendre possession de nos âmes déjà 
initiées ? Faites que nos cœurs vous aiment 
déjà, ô Jésus, quand vous viendrez les visiter. 
Cultivez leur attente, nourrissez leur foi, et 
venez. 



38 4 



L'A vent. 



REPONS DE L A VENT. 



// er Dimanche de VA vent, à Matines.) 



«•S' 



ALVATOREM CX- 

spectamus Do- 
minum Jesum Christum ; 
* Qui reformabit corpus 
humilitatis nostrse con- 
figuratum corpori clari- 
tatissuse. f. Sobrie, juste 
et pie vivamus in hoc 
sœculo, exspectantes bea- 
tarn spem, et Adventum 
gloria? magni Dei, * Qui 
reformabit corpus humi- 
litatis nostrae configura- 
tum corpori claritatis 
suse. 



a \T ous attendons le Sau- 
^' IN veur, notre Seigneur 
Jésus-Christ : * Qui trans- 
formera notre corps vil et ab- 
ject, en le rendant conforme à 
son corps glorieux, f. Vivons 
dans le siècle présent avec 
tempérance, justice et piété, 
dans l'attente du bonheur que 
nous espérons, et de l'Avène- 
ment glorieux du grand Dieu, 
* Qui transformera notre 
corps vil et abject, en le ren- 
dant conforme à son corps 
glorieux. 



V DÉCEMBRE. 

MÉMOIRE DE SAINT SABBAS, ABBÉ. 

L'mffi? R ^° m , ain ^> se borne aujourd'hui à 
a- 1 Office de la Fene ; mais elle y joint 
la Commémoration de saint Sabbas, Âbbe de 
la fameuse Laure de Palestine, qui subsiste 
encore aujourd'hui sous son nom? Ce Saint 
gui mourut en 533, est le seul personnage dé 

ion Jn Z° na niï Ue d ,° nt rE S lise fasse Len- 
non en ses Offices dans tout le cours de 
Avent ; on pourrait même dire que parmi 
les simples Confesseurs, saint Sabbas est le 
seul dont on lise le nom au Calendrier litur- 
gique en cette partie de l'année, puisque le 
glorieux titre d'Apôtre des Indes semble 
? nar? n^ F / an ^ oh Xavier d ^s une classe 
A??ÏÀ- Nous D devo ] ls v °ir en ceci l'intention 
de la divine Providence qui, pour produire 
une plus salutaire impression sur Je peuple 
chrétien, s'est appliquée à choisir, d'une 
manière caractéristique, les Saints qui de- 
vaient être proposés à notre imitation dans 
ces jours de préparation à la venue du 
g^ur. Nous y trouvons des Apôtres, des 
Pontifes des Docteurs, des Vierges, glorieux 
cortège du Christ Dieu, Roi et Epoux il 
simple Confession n'y est représentée que 
par un seul homme, par l'Anachorète et 
Cénobite Sabbas, personnage qui, du moins, 
par sa profession monastique, se rattache à 
tlie et aux autres solitaires de l'ancienne 



lavent. , 



3S6 VA vent. 



Alliance, dont la chaîne mystique vient 
aboutir à Jean le Précurseur. Honorons donc 
ce grand Abbé, pour lequel l'Eglise grecque 
professe une vénération filiale, et sous l'invoca- 
tion duquel Rome a placé une de ses 
Eglises; et appuyons-nous de son suffrage 
auprès de Dieu, en disant avec la sainte 
Liturgie ' 



INTERCESSio nos, quœ- 
sumus Domine, beati 
Sabbœ Abbatis commen- 
det, ut quod nostris me- 
ritis non valemus, ejus 
patrocinio assequamur. 
Fer Christum Dominum 
nostrum. Amen. 



QUE l'intercession, Sei- 
gneur, du bienheureux 
Sabbas nous recommande , 
s'il vous plaît, auprès de vous ; 
afin que nous obtenions, par 
son patronage, ce que nous ne 
pouvons prétendre par nos 
mérites. Par Jésus - Christ 
notre Seigneur. Amen. 

Glorieux Sabbas, homme de désirs, qui, 
dans l'attente de celui qui a dit à ses servi- 
teurs de veiller jusqu'à sa venue, vous êtes 
retiré au désert, de peur que les bruits du 
monde ne vinssent vous distraire de vos 
espérances, ayez pitié de nous qui, au milieu 
du siècle et livrés à toutes ses préoccupations, 
avons cependant reçu, comme vous, l'aver- 
tissement de nous tenir prêts pour l'arrivée de 
celui que vous aimiez comme Sauveur, et 
que vous craigniez comme Juge. Priez, afin 
que nous soyons dignes d'aller" au-devant de 
lui , quand il va "paraître. Souvenez-vous 
aussi de l'Etat monastique, dont vous êtes 
l'un des principaux ornements : relevez ses 
ruines au milieu de nous; suscitez des hom- 
mes de prière et de foi comme aux anciens 
jours ; que votre esprit se repose sur eux, et 



V Décembre. 38j 



qu'ainsi l'Eglise, veuve d'une partie de sa 
gloire, la recouvre par votre intercession. 



Considérons encore la Prophétie du Patriar- 
che Jacob, qui n'annonce pas seulement que 
le Messie doit être V attente des nations, mais 
exprime aussi que le sceptre sera été de Juda, 
à l'époque où paraîtra le Libérateur promis. 
L'oracle est maintenant accompli. Les éten- 
dards de César Auguste flottent sur les rem- 
parts de Jérusalem; et si le Temple a été 
réservé jusqu'à ce jour, si l'abomination de 
la désolation n'a pas. encore été établie dans le 
lieu saint, si le sacrifice n'a pas encore été inter- 
rompu, c'est que le véritable Temple de Dieu, 
le Verbe incarné, n'a pas non plus été inau- 
guré ; la Synagogue n'a pas renié celui qu'elle 
attendait; l'Hostie qui doit remplacer toutes 
les autres n'a pas encore été immolée. Mais 
Juda n'a plus de chef de sa race, la monnaie 
de César circule dans toute la Palestine; et 
le jour est proche où les chefs du peuple juif 
confesseront, devant un gouverneur romain, 
qu'il ne leur est pas permis défaire mourir 
qui que ce soit. Il n'y a donc plus de Roi sur 
le trône de David et de Salomon, sur ce 
trône qui devait durer à jamais O Christ! 
Fils de David, Roi Pacifique, il est temps que 
vous paraissiez et veniez prendre ce sceptre 
arraché par la victoire aux mains de Juda, 
et dépose pour quelques jours en celles d'un 
Empereur. Venez ; car vous êtes Roi, et le 
Psalmiste, votre aïeul, a chanté de vous: 
« Ceignez votre épée sur votre cuisse, ô très 
« vaillant! Montrez votre beauté et votre 



388 L'A vent. 

« gloire; avancez-vous, et régnez; car la 
« vérité, la douceur, la justice sont en vous, 
« et la puissance de votre bras vous produira. 
« Lancées par ce bras vainqueur, vos flèches 
« perceront le cœur des ennemis de votre 
« Royauté, et feront tomber à vos pieds tous 
« les peuples. Votre trône sera éternel; le 
« sceptre de votre Empire sera un sceptre d'é- 
« quité; Dieu vous a sacré, Dieu vous-même, 
« d'une huile de joie gui coule plus abon- 
« damment sur vous, ô Christ! qui en tireç 
« votre nom, que sur tous ceux qui jamais 
« s'honorèrent du nom de Roi. » (Psalm. 
xliv.) O Messie ! quand vous serez venu, les 
hommes ne seront plus errants comme des 
brebis sans pasteur ; il n'y aura qu'un seul 
bercail où vous régnerez par l'amour et la 
justice ; car toute puissance vous sera donnée 
au ciel et sur la terre ; et quand, aux jours de 
votre Passion, vos ennemis vous demande- 
ront : Es-tu Roi? vous répondrez suivant la 
vérité: Oui, je suis Roi. O Roi ! venez régner 
sur nos cœurs ; venez régner sur ce monde 
qui est à vous parce que vous l'avez fait, et 
qui bientôt sera une fois de plus à vous, 
parce que vous l'aurez racheté. Oh! régnez 
donc sur ce monde, et n'attendez pas, pour y 
déployer votre royauté, le jour dont il est 
écrit: Vous briserej contre la terre la tête des 
Rois /'Psalm. cix) ; régnez dès à présent, et faites 
que tous les peuples soient à vos pieds dans 
un hommage universel d'amour et de sou- 
mission. 



_L 



V Décembre. 



3Sq 



SEQUENCE POUR LE TEMPS DE L AVENT. 

(Composée au xi e siècle, et tirée des anciens 
Missels Romains-Français .) 



' 



OUS qui seul, dans la force 
de votre bras, régnez sur 
tous les sceptres , 

Réveillez votre puissance 
■ et faites-la éclater sous les 
yeux de votre peuple ; 

Accordez-lui les dons du 
salut. 

Celui qu'ont annoncé les 
oracles prophétiques. 

Envoyez-le du radieux pa- 
lais d'en haut; 

Seigneur , envoyez Jésus 
sur notre terre. 

Amen. 



Q 



ui régis sceptra forti 
dextra solus cunc- 
ta,~ 

Tu plebi tuam osten- 
de magnam excitando 
potentiam ; 

Pra?sta illi dona salu- 
taria. 

Quem praedixerunt 
prophetica vaticinia. 

A clara poli regia, 

In nostra Jesum mitte, 
Domine, arva. 
Amen. 



TJv ?Jt 5Jt 3|t 7J* 3JC C^Ç 3JÇ 3JC 5JÇ 5JÇ ^P CJÇ yjt 75 Tjf ^p ^ 

VI DÉCEMBRE. 

SAINT NICOLAS, ÉVÊQUE DE MYRE. 

ET CONFESSEUR. 

■p^ouR faire honneur au Messie Pontife, \9 
P souveraine Sagesse a multiplié les Pon- 
tifes sur la route" qui conduit à lui. Deux 
Papes, saint Melchiade et saint Damase ; deux 
Docteurs , saint Pierre Chrysologue et 
saint Ambroise; deux Evêques, l'amour de 
leur troupeau, saint Nicolas et saint Eusèbe : 
tels sont les glorieux Pontifes qui ont reçu 
la charge de préparer, par leurs suffrages, la 
voie du peuple fidèle vers celui qui est le 
souverain Prêtre selon l'ordre de Melchisé- 
dech. Nous développerons successivement 
leurs titres à faire partie de cette noble 
cour. Aujourd'hui, l'Eglise célèbre avec joie 
la mémoire de l'insigne thaumaturge Nico- 
las, aussi fameux dans l'Orient quelle grand 
saint Martin l'est dans l'Occident, et honoré 
depuis près de mille ans par l'Eglise latine. 
Rendons hommage au souverain pouvoir 
que Dieu lui avait donné snr la nature ; 
mais félicitons-le surtout d'avoir été du 
nombre des trois cent dix-huit Evêques qui 
proclamèrent, à Nicée, le Verbe consubstan- 
tiel au Père. Il ne fut point scandalisé des 
abaissements du Fils de Dieu ; ni la bassesse 
de la chair que le souverain Seigneur de 
toutes choses revêtit au sein de la Vierge, a j 



Saint Nicolas, Evêque de Myre. 3g i 



l'humilité de la crèche, ne l'empêchèrent de 
proclamer Fils de Dieu, égal à Dieu, le fils 
de Marie; c'est pourquoi il a été élevé en 
gloire et a reçu la charge d'obtenir, chaque 
année, pour le peuple chrétien , la grâce 
d'aller, au-devant du Verbe de vie, avec une 
foi simple et un ardent amour. Ecoutons 
maintenant l'éloge que l'Eglise Romaine lui 
a consacré. 



NICOLAS naquit à Patare, 
ville de Lycie, d'une fa- 
mille illustre. Sa naissance 
fut accordée aux prières de 
ses parents. L'éminente sain- 
teté qu'il fit éclater dans son 
âge mûr apparut dès son ber- 
ceau. Encore enfant, on le vit, 
les mercredis et vendredis, ne 
prendre le lait de sa nourrice 
qu'une seule fois, et sur le soir, 
bien qu'il le fît fréquemment 
les autres jours : il conserva 
toute sa vie cette pratique de 
jeûne. Privé de ses parents 
dans son adolescence, il dis- 
tribua tous ses biens aux in- 
digents. On cite entre autres 
ce bel exemple de générosité 
chrétienne : un homme pau- 
vre, ne trouvant point à ma- 
rier trois filles nubiles qu'il 
avait, pensait à les abandon- 
ner à la prostitution. Nicolas 
l'ayant appris, jeta, la nuit, 
par la fenêtre . dans cette 
maison autant d'argent qu'il 
en fallait pour la dot d'une de 
ces jeunes filles ; ce qu'il fit 
une seconde et une troisième 
fois, en sorte que toutes trois 



NICOLAUM, illustri loco 
Patarae in Lycia na- 
tum, parentes a Deo pre- 
cibus impetrarunt. Cujus 
viri sanctitas , quanta 
futura esset, jam ab in- 
cunabulis apparuit. Nam 
infans , quum reliquos 
dies lac nutricis frequens 
sugeret, quarta et sexta 
feria semel duntaxat, id- 
que vesperi , sugebat : 
quam jejunii consuetudi- 
nem in reliqua vita sem- 
per tenuit. Adolescens 
parentibus orbatus, fa- 
cultates suas pauperibus 
distribuit. Cujus illud 
insigne est christianae 
benignitatis exemplum , 
quod quum ejus civis 
egens très filias jam nu- 
biles in matrimonio col- 
locare non posset , ea- 
rumque pudicitiam pros- 
tituere cogitaret : re co- 
gnita , Nicolaus noctu 
per fenestram tantum 
pecuniaî in ejus domum 
injecit , quantum unius 
virginis doti satis esset : 



3q2 



L'A vent. 



quod quum iterum et ter- 
tio fecisset, très illae vir- 
gines honestis viris in 
matrimonium data sunt. 

Quum vero se totum 
Deo dedisset, in Palœs- 
tinam profectus est, ut lo- 
ca sancta viseret. et prœ- 
sens veneraretur. Qua 
in peregrinatione na- 
vem conscendens sereno 
cœlo et trar.quillo mari, 
horribilem nautis tem- 
pestatem praedixit : mox- 
que ortam. quum essent 
omnes in summo peri- 
culo . orans mirabiliter 
sedavit. Unde quum do- 
mum reversus singularis 
sanctitatis omnibus do- 
cumenta praeberet , Dei 
admonitu Myram . quœ 
Lyciae metropolis eiat , 
venit : quo tempore ejus 
urbis episcopo mortuo, 
provinciales episcopi de 
successore deligendo 

consultaient. Itaque in 
ea deliberatione divinitus 
admoniti sunt , ut eura 
eligerent , qui postridie 
mane primus in eccle- 
siam ingrederetur. Nico- 
laus nomine. Qua obser- 
vatione adhibita, in ec- 
clesiae janua deprehensus 
est Nicolaus. et summo 
omnium consensu Myre 
Episcopus creatur. In 
episcopatu castitatem . 
quam semper coluerat , 



trouvèrent d'honorables par- 
tis. 



Cependant, le saint s'était 
donné à Dieu tout entier ; il 
partit pour la Palestine, afin 
de visiter les saints lieux. Dans 
ce pèlerinage qu'il fit par mer, 
il prédit aux matelots, par un 
ciel serein et une mer très cal- 
me, une horrible tempête ; elle 
s'éleva soudain, et tout l'équi- 
page fut en grand danger; mais 
à la prière de Nicolas, la mer 
se calma miraculeusement. Il 
revint de là dans sa patrie, 
donnant à tous des exemples 
de singulière sainteté. Par un 
avertissement de Dieu, il vint 
à Myre, métropole de la Ly- 
cie. qui venait de perdre son 
évèque, et au temps même où 
les évèques de la province 
étaient rassemblés pour élire 
un successeur. Pendant qu'ils 
délibéraient , ils eurent une 
révélation de choisir celui oui, 
le lendemain, entrerait le pre- 
mier dans l'église, et aurait 
nom Nicolas. Fidèles à cet 
avertissement , celui qu'ils 
trouvèrent à la porte de l'é- 
glise fut Nicolas lui-même, 
lequel lut, au grand applau- 
dissement de tous, créé évêque 
de .Myre. Durant son épisco- 
pat, on vit briller en lui sans 
relâche la chasteté qu'il garda 
toute sa vie, la gravité, l'as- 
siduité à la prière et aux veil- 



les, l'abstinence, la libéralité, 
l'hospitalité, la mansuétude 
dans les exhortations, la sévé- 
rité dans les réprimandes. 



Il prodigua toujours ses au- 
mônes, ses conseils et ses ser- 
vices à la veuve et à l'orphe- 
lin. Son zèle à soulager les 
opprimés alla jusqu'à ce point, 
que trois Tribuns, condam- 
nés sur une calomnie par 
l'Empereur Constantin, s'é- 
tant recommandés à ses priè- 
res, malgré la grande dis- 
tance des lieux et sur la ré- 
putation de ses miracles, il 
apparut de son vivant à ce 
prince avec un air menaçant, 
et les délivra. Comme il prê- 
chait à Mvre la vérité de la 
foi chrétienne, contrairement 
à l'édit de Dioclétien et de 
Maximien, il fut arrêté par 
les satellites des Empereurs. 
Entrainé au loin et jeté en 
prison, il y resta jusqu'à l'a- 
vènement de Constantin à 
l'empire. Délivré de captivité 

Sar ses ordres . il revint à 
lyre, assista au Concile de 
Nicée. et y condamna l'héré- 
sie Arienne avec les trois 
cent dix-huit Pères. De re- 
tour dans son évêché. il fut 
bientôt surpris par la mort : 
et levant les yeux au ciel, il 
vit les Anges qui lui venaient 



gravitatem. orationis as- 
siduitatem. vigilias, ab- 
stinentiam , liberalita- 
tem et hospitalitatem, in 
adhortando mansuetudi- 
nem, in reprehendendo 
severitatem , perpetuo 
adhibuit. 

Vidais et orphanis pe- 
cunia,consilio, opère non 
defuit : oppressos adeo 
sublevavit, ut etiam très 
Tribunos.per calumniam 
a Constantino Augusto 
condemnatos, qui se pro- 
pter famam ejus miraculo- 
rum, orationibus longis- 
sime absenti commenda- 
rant, adhuc vivens, quum 
Imperatori minaciter 

eum terrens apparuisset, 
liberaverit. Quum ver_> 
contra edictum Diocle- 
tiani et Maximiani Chri- 
stianae fidei veritatem 
Myrae praedicaret, ab Im- 
peratorum satellitibus 
comprehensus, et longis- 
sime abductus in carce- 
rem conjectus est ; ubi 
fuit usque ad Constan- 
tinum Imperatorem : cu- 
jus jussu ex custodia ere- 
ptus. Myram rediit. Mox 
ad Nicaenum Concilium 
se contulit : ubi cam tre- 
centis illis decem et octo 
Patribus Arianam hœre- 
sim condemnavit. Inde 
reversus ad episcopatum. 
non ita multo post ins- 



3 9 4 



L'A vent. 



tante morte, suspiciens 
in cœlum, quutn Ange- 
les sibi uccurrentes in- 
tueretur, illo Psalmo pro- 
nuntiato: In te. Domine, 
speravi. usque adeumlo- 
cum : In manus tuascom- 
mendospiritummeunv. ; n 
cœlestem patriam migra- 
vit. Ejus corpus Barîum 
in Apulia trans*atum, ibi- 
dem summa celebritate 
ac venerstione colitur. 



au-devant. Il récita alors le 
Psaume qui commence par 
les m ts: En vous, Seigneur- 
j'ai espéré, jusqu'à ces paro 
les : En vos mains je remets 
mon âme ; après quoi il s'en- 
vola vers la patrie. Son corps 
qui a été transporté a Biiri, 
dans la Pouille, est l'objet 
d'un grand concours et d'une 
grande vénération. 



Presque tous les Bréviaires de l'Eglise 
Latine, jusqu'au xvii c siècle, sont très abon- 
dants sur les vertus et les œuvres merveil- 
leuses de saint Nicolas, et contiennent le bel 
Office du saint Evoque, tel qu'il fut composé 
vers le xn e siècle. Nous avons parlé ailleurs 
de cet Office sous le rapport musical ; ici, 
nous nous bornerons à dire qu'il est tout 
entier puisé dans les Actes de saint Nicolas, 
et plus explicite sur certains faits que la 
légende du Bréviaire romain. Les pièces qui 
vont suivre insistent sur un fait dont cette 
Légende ne dit rien : nous voulons parler de 
j'huile miraculeuse qui, depuis tant de siècles 
écoulés, découle toujours du tombeau du 
saint Evéque, et au moyen de laquelle Dieu 
a souvent opéré des prodiges. Le Répons et 
l'Antienne que nous donnons tout d'abord, 
célèbrent le miracle de cette huile ; et ces 
deux pièces étaient autrefois si populaires, 
qu'au xm e siècle on en emprunta la mélodie, 
pour l'appliquer au Répons Unus partis et à 
l'Antienne O qnam suavis est, dans l'Office du 
Saint-Sacrement. 



Saint Nicolas, Évêqne de Myre. 3g5 



H T"\ E son tombeau de 
L/ marbre , découle 
une huile sacrée qui guérit 
les aveugles dont les yeux 
en sont oints. * Rend l'ouïe 
aux sourds, et remet en santé 
tous ceux qui sont débiles, f. 
Les peuples courent en foule, 
empressés de voiries merveil- 
les qui se font par l'entremi- 
se de Nicolas. * Cette huile 
rend l'ouïe aux sourds , et 
remet en santé tous ceux qui 
sont débiles. 



s rx ejus tumba 
^' C marmorea sa- 
crum resudat oleum, quo 
liniti sanantur caeci : * 
Surdis auditus redditur : 
et debilis quisque sospes 
regreditur. f. Caterva- 
tim ruunt populi cernere 
cupientes quae per eum 
fiunt mirabilia. * Surdis 
auditus redditur : et de- 
bilis quisque sospes re- 
greditur. 



ANTIENNE. 



O BONTÉ du Christ, digne 
d'être relevée par toutes 
sortes de louanges! C'est elle 
qui manifeste au loin les mé- 
rites de Nicolas son serviteur; 
car de la tombe de ce Saint 
découle une huile, et elle 
guérit tous ceux qui sont 
dans la langueur. 



Nous donnons ensuite les deux Hymnes 
qui se trouvent dans tous les Bréviaires 
Romains-Français. 



OCHRiSTipietasomni 
prosequenda laude ! 
Quae sui famuli Nicolai 
mérita longe lateque dé- 
clarât : nam ex tumba 
ejus oleum manat, cunc- 
tosque languidos sanat. 



1™ HYMNE. 



Chante, ô ma langue, les 
louanges du pontife Ni- 
colas : afin que le suprême 
Adonaï, Roi et Père de tous 
les êtres, nous fasse aborder 
par l'entremise de son divin 
Fils au port du salut. 



PANGE. lingua, Nicolai 
Praîsulis prseconium, 
Ut nos summus Adonai 
Rex et Pater omnium. 
Ad salutis portum trahi 
Faciat per Filium. 



3g6 



L'A vent. 



Dum penderet ad ma- 

miliam 
Matris. ab infantia, 
•^uarta semel bihit iliam, 
Atque sexta feria : 
Ne per lactis puer stillam, 
Solveret jejunia. 



Sublimatus ad hono- 
re m 
Nicolaus Praesulis, 
Pietatis ita rorem 
Cunctis pluit popuHs ; 
Ut vix parem aut majorem 
Habeat in saeculis. 

Auro dato, violari 
Virgines prohibuit; 
Far in famé, vas in mari, 
Servat et distribuit ; 
Qui timebant naufragari, 
Nautis opem tribuit. 



A defunctis suscitatur 
Furtum qui commiserat; 
j Et Judaeus baptizatur, 
Furtumque récupérât. 
Illi vita restauratur. 
Hic adfidem properat. 



Nicolae, sacerdotum 
Decus, honor, gloria, 
Plebem omnem, clerum 

totum. 
Mentes, manus, labia, 



A l'âge où Nicolas pendait 
encore aux mamelles de sa 
mère, jamais on ne le vit plus 
d'une fois le jour s'y désalté- 
rer, à la quatrième et sixième 
férié de la semaine : il crai- 
gnait, le pieux enfant , de 
rompre son jeûne par une 
goutte de lait. 

EJevé à l'honneur de Pré- 
lat, Nicolas fit pleuvoir si 
abondamment la rosée de la 
piété sur tous les peuples, 
qu'à peine a-t-il son pareil 
dans toute la série des siè- 
cles. 

Par l'usage qu'il fait de 
son or, il sauve trois vierges 
de la prostitution ; dans la 
famine il multiplie le blé et 
le distribue au peuple ; il 
retire un vase tombé dans la 
mer, et porte secours aux 
nautonniers qui craignaient 
le naufrage. 

Du milieu des morts est 
par lui ressuscité un homme 
qui avait commis un vol : par 
lui un Juif est haptisé et 
recouvre le bien qu'on lui 
avait dérobé ; l'un est rendu 
à la vie. l'autre s'élance dans 
la voie de la foi. 

Des Pontifes l'ornement, 

l'honneur et la gloire, Nico- 
las, que la grâce dont vous 
êtes enrichi vienne en aide 
au peuple et au clergé; qu'elle 



Saint Nicolas, Évêque de Myre. 3gy 



assiste nos âmes, nos mains 
et nos lèvres, et nous fasse 
rendre à Dieu nos vœux. 

Louange à la souveraine 
Trinité : à elle puissance et 
victoire ; qu'elle daigne nous 
accorder d'entrer après la vie, 
chargés de palmes, dans la 
patrie des cieux, en part des 
joies éternelles de Nicolas. 
Amen. 



Ad reddendum Deo vo- 

tum, 
Tua juvet gratia. 

Sit laus summae Tri- 
nitati, 
Virtus et Victoria, 
Quae det nobis ut beati 
Nicolai gaudia 
Assequamur laureati, 
Post vitam in patria, 

Amen. 



II e HYMNE. 



UE le clergé, déployant 
la voix et les chants de 
l'allégresse, exalte et pré- 
conise Nicolas, du clergé le 
père et le patron ! Que le 
cœur prompt et docile se di- 
late au son de la voix. 



Que tous, Grecs, Latins, 
langues, tribus. nations; 
étendue des terres, profon- 
deurs des mers ; sexes, con- 
ditions, hôtes , citoyens, 
étrangers; tous chantent avec 
un pareil enthousiasme. 



Il n'a cessé, ne cesse, ne 
cessera de nous combler tous 
de ses bienfaits , cet immortel 
Prélat, dont le nom ne s'é- 
chappera jamais de notre mé- 
moire. Par lui, tout homme 
qui sema dans la tristesse 
fleurira comme le lis. 



CLE 
tr 



leri patrem et pa- 
ronum 
Nicolaum prœdicet, 
Lsete promens vocis so- 

num 
Clerus, et magnificet: 
Se cor promptum, se cor 

pronum 
Sono vocis ampliet. 

Grascus omnis et Lati- 

nus, 
Lingua, tribus, natio : 
Orbis terrœ, maris sinus, 
Sexus et conditio ; 
Hospes, cives, peregri- 

nus, 
Pari psallat studio 

Semper dédit, dat et 

dabit 
Cunctis bénéficia 
Praesul, cujus nomen abit 
Nunquam e memoria ; 
Quisqu^ mœstus germi- 

nabit. 
Florens sicut lilia. 



3 9 S 



L'A vent. 



Hic in carne constitu- 
tus 
(Garnis spernens opéra, 
Xihil agens aut locutus, 
Nisi salutifera : 
Vinclis carnis absolutus, 
Tandem scandit auhera. 

Quae sit virtus charita- 
tis 
Hoc pra?senti saeculo, 
Oleum déclarât sati», 
Quod manat de tumulo ; 
Et dat munus sanitatis 
Imploranti populo. 

Sit laus summas Trini- 
tati, 
Virtus et victoria, 
Quœ det nobis ut beati 
Nicolai gaudia 
Assequamur laureati, 
Fost vitam in patria. 

Amen. 



Ce héros magnanime, re- 
vêtu de la chair, méprisa les 
œuvres de la chair, ne faisant, 
ne disant rien que de salu- 
taire ; délivré des liens du 
corps, il vole enfin au séjour 
éthéré. 

Quelle fut sa vertu de cha- 
rité, l'huile qui coule de son 
tombeau le déclare assez hau- 
tement jusqu'en ce siècle mê- 
me ; elle donne au peuple qui 
implore son assistance le 
bienfait de la santé. 

Louange à la souveraine 
Trinité : à elle puissance et 
victoire ; qu'elle daigne nous 
accorder d'entrer , après la 
vie, chargés de palmes, dans 
la patrie des cieux, en part 
des joies éternelles de Nicolas. 

Amen. 



Adam de Saint-Victor ne pouvait faire 
défaut à saint Nicolas: les Eglises du moyen 
âge lui durent la belle Séquence qui suit: 



SEQUENCE. 



GONGAUDENTES exulte- 
mus 
Vocali concordia, 
Ad beati Nicolai 
Festiva solemnia. 

Qui in cunis adhuc 
jacens 
Servando jejunia : 
A papillis cœpit sum- 
ma 
Promereri gaudia. 



Rejouissons-nous et tres- 
saillons, unis de bouche 
et de cœur, à cette solennelle 
fête du bienheureux Nicolas. 

Encore enfant au berceau, 
il observe les jeûnes ; 

Encore enfant à la ma- 
melle, déjà il mérite les joies 
suprêmes. 



Saint Nicolas, Évéque de Myre. 3gg 



Adolescent , il embrasse 
l'étude des lettres, 

Sans pécher, sans connaî- 
tre la licence de son âge. 

Bienheureux Confesseur , 
une voix \enue du ciel l'ap- 
pelle aux dignités. 

Promu par elle, il monte 
au faîte le plus élevé de la 
Prélature. 

Il avait dans le cœur une 
tendre miséricorde, et il pro- 
diguait ses bienfaits aux op- 
primés. 

Par ses trésors, des vierges 
sont sauvées de l'opprobre ; 
et la pauvreté de leur père 
est soulagée. 

Des matelots en mer lut- 
taient contre la furie des 
flots, sur une nef à demi 
brisée. 

Déjà désespérant de la vie, 
en ce danger si pressant, ils 
crient et disent tous d'une 
voix : 

« O bienheureux Nicolas ! 
ramenez-nous à un port de 
mer ; sauvez-nous de ce péril 
de mort. 

« Ramenez-nous à un port 
de mer, vous dont la com- 
passion généreuse est tant de 
fois venue en aide. » 

Pendant qu'ils criaient, et 
non sans fruit, voici quel- 
qu'un qui leur dit : « J'arrive 
à votre secours. » 

Soudain souffle un vent fa- 
vorable , et la tempête est 



Adolescens amplexatur 
Litterarum studia, 

Alienus et immunis 
Ab omni lascivia. 

Félix Confessor, 
Cujus fuit dignitatis 
Vox de ccelo nuntia. 

Per quam provectus, 
Praesulatus sublimalur 
Ad summa fastigia. 

Er'at in ejus animo 
Pietas eximia, 
Et oppressis impendebat 
Multa bénéficia. 

Auro per eum virginum 
Tollitur infamia, 
Atque patris earumdem 
Levatur inopia. 

Quidam nautae navi- 
gantes 
Et contra fluctuum 
Ssevitiam luctantes, 
Navi pêne dissoluta ; 

Jam de vita desperantes, 
In tanto positi 
Periculo, clamantes 
Voce dicunt omnes una : 

O Nicolae. 
Nos ad maris portum 

trahe 
De mortis angusiia. 

Trahe nos ad portum 
maris : 
Tu qui tôt auxiliaris 
Pietatis gralia. 

Dum clamarent, nec 
incassum. 
Ecce quidam, dicens: 

Ad su m 
Ad vestra praesidia. 

Statim aura datur 
grata : 



400 



L'A vent. 



Et tempestas fit sedata, 
Quieverunt maria. 

Ex ipsius tumba manat 
Unctionis copia : 

Quae infirmos omnes 
sanat 
Per ejus suffragia. 

Nos qui sumus in hoc 
murtdo 
Vitiorum in profundo 
Jam passi naufragia, 

Gloriose Nicolae, 
Ad salutis portum trahe, 
Ubi pax et gloria. 

Ipsam nobis unctionem 
Impetres a Domino, 
Prece pia : 

Qua; sanavit lssionem 
Multorum peccaminum 

In Maria. 

Hujus festum célé- 
brantes 
Gaudeant per saecula ; 

Et coronet eos Christus 
Post vitae curricula. 

Amen. 



apaisée, et les mers sont en 
repos. 

De sa tombe découle une 
huile abondante, 

Qui guérit tous les malades 
par l'intercession du Saint. 

Nous que voici en ce mon- 
de, naufragés déjà plus d'une 
fois dans l'abîme du vice, 

Glorieux Nicolas, menez- 
nous au port du salut où sont 
paix et gloire. 

Obtenez-nous du Seigneur, 
par vos secourables prières, 
l'onction qui sanctifie ; 

Cette onction qui a guéri 
les blessures d'innombrables 
iniquités dans Marie la pé- 
cheresse. 

Qu'à jamais soient dans la 
joie ceux qui célèbrent cette 
tête ; 

Et qu'après cette course de 
la vie. le Christ les couronne. 

Amen. 



La plus populaire de toutes les Séquences 
de saint Nicolas est néanmoins celle qui 
suit. On la trouve dans un grand nombre de 
Processionnaux jusqu'au xvn e siècle, et elle a 
servi de type à quantité d'autres qui, bien 
que consacrées à la louange de divers Patrons, 
gardent non seulement la mesure et la 
mélodie de la Séquence de saint Nicolas, 
mais retiennent encore, par un tour de force 
ingénieux, le fond même des expressions. 









Saint Nicolas, Ëvêque de Myre. 401 




SÉQUENCE. 




T ES malades sont rendus à 
■L la santé par l'huile mira- 


Oospitati dédit £egros 
*«3 Olei perfusio. 






culeuse. 






Au milieu du naufrage, 


Nicolaus naufragan- 




Nicolas est d'un puissant 


tum 




secours. 


Ad fuit praesidio. 




Il ressuscite du tombeau 


Relevavit a defunctis 




un mort étendu sur le che- 


Defunctum in bivio. 




min. 






Un Juif aperçoit de l'or, et 


Baptizatur auri viso 




demande le Baptême. 


Judasus indicio. 




Nicolas retire de l'eau le 


Vas in mari mersum, 




vase et l'enfant qu'il rend à 


patri 




son père. 


Redditur cum filio. 




Oh ! qu'il parut bien le 
Saint de Dieu, quand il mul- 


quam probat Sanc- 




tum Dei 




tiplia la farine dans la di- 


Farris augmentatio ! 




sette ! 






Qu'ainsi les louanges de 


Ergo laudes Nicolao 




Nicolas soient chantées en 


Concinat haec concio. 




cette assemblée ; 






Car quiconque le prie de 
cœur, met le vice en fuite, et 


Nam qui corde poscit 




illum, 




s'en retourne guéri. 


Propulsato vitio, 




Ainsi soit-il. 


Sospes regreditur. 
Amen. 




Mais aucune Eglise n'a marqué autant 




d'enthousiasme pour saint Nicolas, que l'E- 




glise grecque dans ses Menées. On voit que 




l'illustre Thaumaturge était une des plus 




fermes espérances de l'Empire Byzantin ; et 
cette confiance en saint Nicolas, Constanti- 






nople l'a transmise à la Russie qui la garde 




encore aujourd'hui. Nous allons, selon notre 




usage, extraire quelques strophes de la masse 




de ces chants sacrés que Sainte-Sophie répé- 




tait autrefois en langue grecque, et que les 




l'avknt. 


26 





402 



L'A vent. 



coupoles dorées des Sobors de Moscou enten- 
dent retentir encore chaque année dans l'i- 
diome Slavon. 



HYMNE DE SAINT NICOLAS. 

(Tirée des Menées des Grecs.) 



Mvr.e quidem habi- 
tasti. et myrum seu 
unguentum vere d;mons- 
trasti, unguento unctus 
spirituali. sancte Nico- 
lae, summe Christi Ar- 
chierarcha, et ungis fa- 
ciès illorum qui cum fide 
et amore tui celebrandam 
memoriam semper perfi- 
ciunt ; solvens eos ab 
omni necessitate, et peri- 
culo, et tribulatione, Pa- 
ter, in tuis ad Dominum 
precibus. 

Victoria populi vere 
noraine proprio demons- 
tratus es. in tentationibus 
potens. sancte Nicolae, 
summw' Christi Sacerdos ; 
nam passim invocatus, 
velociter praevenis eos 
qui cum amore ad tuum 
praesidium confugiunt ; 
tu enim die ac nocte cum 
fide visus, salvas eos a 
tentationibus et necessi- 
tatibus. 

Constantino Imperato- 
ri et Ablavio in somnis 
apparuisti, illisque ter- 
rorem injiciens, ad illos 
ut liberarent festinanter: 
Quos in carcere, aiebas, 



TTT as vraiment habité à 
1 Myre, exhalant un par- 
fum précieux ; parfumé toi- 
même d'un baume spirituel, 
ô bienheureux Nicolas, grand 
Hiérarque du Christ ; et tu 
parfumes la face de ceux qui, 
avec foi et amour, honorent 
ton illustre mémoire, les dé^ 
livrant de toutes nécessités 
et tribulations, ô Père saint, 
par tes prières auprès du 
Seigneur. 



Ton nom propre est vérita- 
blement : Victoire du peuple, 
bienheureux Nicolas, souve- 
rain prêtre du Christ ; car, 
invoqué en tous lieux, tu pré- 
viens aussitôt ceux qui avec 
amour requièrent ta protec- 
tion ; apparaissant nuit et 
jour à ceux qui t'invoquent 
avec foi, tu les délivres des 
nécessités et des tentations. 



Tu apparus à l'Empereui 
Constantin et à Ablavius, et 
leur inspiras une terrible fra- 
yeur par ces mots, afin de les 
engager à la clémence : a Les 
a innocents que vous retenez 



Saint Nicolas, Evêque de Myre. 40 3 



G. dans les fers ne méritent 
« point un injuste supplice ; 
« et si tu méprises mes paro- 
« les, ô Prince ! j'en porterai 
v contre toi ma plainte au 
« Seigneur. » 

Ton œil intrépide a pu 
fixer les sublimes hauteurs de 
la Gnose, et tu as sondé le 
profond abîme de la Sagesse, 
toi qui as enrichi le monde 
de tes enseignements, ô Père 
saint ! prie pour nous le 
Christ, ô grand Pontife Ni- 
colas 1 

Le Christ t'a fait voir à ton 
troupeau, comme la règle de 
la foi et l'image de la dou- 
ceur, ô grand Hiérarque Ni- 
colas ! car tu répands à Myre 
un précieux parfum, tout y 
resplendit de la gloire de tes 
œuvres, ô protecteur des 
veuves et des orphelins ! prie 
sans cesse le Seigneur de 
sauver nos âmes. 

Réjouis-toi, ô très sainte 
âme, demeure très pure de la 
Trinité, colonne de l'Eglise, 
soutien des fidèles, appui 
de ceux qui sont fatigués, 
astre rayonnant qui, par 
l'éclat de tes agréables priè- 
res, dissipes en tous lieux les 
ténèbres des tentations ; saint 
Pontife Nicolas, port tran- 
quille où trouve un abri qui- 
conque dans la fureur de la 
tempête réclame ton secours, 
prie le Christ qu'il daigne 



habetis vinctos, innocen- 
tes sunt ab illegitima 
jugulatione : quod si me 
audire neglexeris, pre- 
cem contra te, Princeps, 
ad Dominum obsecrans 
intentabo. 

Defixis acriter oculis, 
inspexisti in Gnoseos al- 
titudines, et caliginosum 
inspexisti Sapientiae a- 
byssum ; tu qui tuis do- 
cuments ditasti mun- 
dum, Pater, pro nobis 
Christum deprecare , 
summe sacerdos, Nicolae. 

Regulam fidei et dul- 
cedinis imaginem mons- 
travit te gregi tuo Chris- 
tus Deus, summe Sacer- 
dos, Hierarcha Nicolae : 
in Myranamque unguen- 
tum spargis, illucescunt 
tua praeclara facta, or- 
phanorum ac %'iduarum 
protector : ideoque de- 
precari ne cesses salvari 
animas nostras. 

Gaude , sacratissima 
mens, Trinitatis mansio 
purissima, Ecclesias co- 
lumna, fidelium stabili- 
mentum, fatigatorum au- 
xilium, Stella quas bene 
acceptarum precum ful- 
goribus, tentationum te- 
nebras undique depellis, 
sancte sacerdos Nicolae; 
portus placidissimus, in 
quo fug'entes tempesta- 
tibus circumventi sal- 
vantur, Christum depre- 



404 



L'A vent. 



care dari aniraabus nos- 
tris magnam misericor- 
diam. 

Gaude, o divino zelo 
accense, qui tua terribili 
nnimadversione et in 
somnis allocutione libe- 
rasti injuste caedendos. 
Fons fluens in Myra un- 
guenta ditissima, animas 
irrigans, fœtida cpidi- 
tatum expurgans, gladio 
zizania erroris ampu- 
tans ; expurgans venti- 
labro, dissipa Arii ace- 
rosa documenta ; et 
Christum deprecare dari 
animabus nostris ma- 
gnam miscricordiam. 



Alti6sime Rex regum, 
magnipotens . precibus 
sancti Pastoris, vitam, 
o Verbum , pacifica , 
quaesumus , cunctorum 
Christianorum ; ,'onans 
contra barbaros pio Régi 
victoriam et fortitudi- 
nem, ut omnes semper 
hymnificemus potentiam 
tuam, et extollamus us- 
que ad omnia saecula. 



accorder à nos âmes une 
grande miséricorde. 

Réjouis-toi. homme rempli 
d'un divin zèle, qui, par un 
terrible avertissement et par 
l'éclat de ta voix menaçante 
dans un songe , as délivré 
ceux que le glaive allait im- 
moler. Fontaine abondante, 
tu répands dans Myre la 
richesse de tes parfums ; tu 
verses dans les âmes une 
douce rosée, tu écartes les 
ordures des passions mau- 
vaises, tu coupes avec le 
glaive l'ivraie de l'erreur ; 
prends le van de ton zèle, 
dissipe les futiles enseigne- 
ments d'Arius, et prie le 
Christ d'accorder à nos âmes 
une grande miséricorde. 

Roi très haut de tous les 
rois, vous dont la puissance 
est infinie, à la prière de no- 
tre saint Pasteur, rendez pai- 
sible, ô Verbe, nous vous en 
conjurons, la vie de tous les 
Chrétiens. Donnez contre les 
barbares, à notre pieux Em- 
pereur, la force et la victoire ; 
afin que tous, et toujours, 
nous chantions votre puis- 
sance, et l'exaltions dans les 
siècles des siècles. 



Saint Pontife Nicolas, que votre gloire est 
grande dans l'Eglise de Dieu ! Vous avez 
confessé Jésus-Christ devant les Proconsuls, 
et enduré la persécution pour son nom ; 
vous avez ensuite été témoin des merveilles 



Saint Nicolas, Êvêque de Myre. 40 5 

du Seigneur, quand il rendit la paix à son 
Eglise ; et peu après, votre bouche s'ouvrait 
dans l'Assemblée des trois cent dix-huit Pères, 
pour confesser, avec une autorité irréfra- 
gable, la divinité du Sauveur Jésus-Christ, 
pour lequel tant de millions de Martyrs 
avaient répandu leur sang. Recevez les féli- 
citations du peuple chrétien qui, par toute 
la terre, tressaille de joie à votre doux sou- 
venir; et soyez-nous propice, en ces jours 
où nous attendons la venue de celui que 
vous avez proclamé Consubstantiel au Père. 
Daignez aider notre foi et seconder notre 
amour. Vous le voyez maintenant face à face, 
ce Verbe par qui toutes choses ont été faites 
et réparées ; demandez-lui qu'il daigne se 
laisser approcher par notre indignité. Soyez 
notre médiateur entre lui et nous. Vous 
l'avez fait connaître à notre intelligence , 
comme le Dieu souverain et éternel; révé- 
lez-le à notre cœur, comme le suprême bien- 
faiteur des fils d'Adam. C'est en lui, ô Pon- 
tife charitable, que vous aviez puisé cette 
compassion tendre pour toutes les misères, 
qui fait que tous vos miracles sont autant de 
bienfaits: continuez, du haut du ciel, de 
secourir le peuple chrétien. 

Ranimez et augmentez la foi des nations 
dans le Sauveur que Dieu leur a envoyé. 
Que, par l'effet de vos prières, le Verbe 
divin cesse d'être méconnu et oublié dans ce 
monde qu'il a racheté de son sang. Deman- 
dez, pour les Pasteurs de l'Eglise, l'esprit de 
charité qui brilla si excellemment en vous, 
cet esprit qui les rend imitateurs de Jésus- 
Christ, et leur gagne le cœur du troupeau. 



406 L'A vent. 



Souvenez-vous aussi , saint Pontife , de 
cette Eglise d'Orient qui vous garde encore 
une si vive tendresse. Votre pouvoir sur la 
terre s'étendait jusqu'à ressusciter les morts ; 
priez, afin que la véritable vie, celle qui est 
dans la Foi et l'Unité, revienne animer cet 
immense cadavre. Par vos instances auprès 
de Dieu, obtenez que le sacrifice de l'Agneau 
que nous attendons soit de nouveau et oien- 
tôt célébré sous les Dômes de Sainte-Sophie. 
Restituez à l'unité les Sanctuaires de Kiow 
et de Moscou, et après avoir soumis à la 
Croix l'orgueil du Croissant, abaissez devant 
les Clefs de saint Pierre la majesté des Tzars, 
afin qu'il n'y ait plus ni Scythe, ni Barbare, 
mais un seul pasteur. 



Considérons encore l'état du monde dans 
les jours qui précèdent l'arrivée du Messie. 
Tout atteste que les prophéties qui l'an- 
nonçaient ont reçu leur accomplissement. 
Non seulement le sceptre a été été de Juda, 
mais les Semaines de Daniel tirent à leur fin. 
Les autres prédictions de l'Ecriture, sur l'a- 
venir du monde, se sont successivement véri- 
fiées. Tour à tour sont tombés les Empires 
des Assyriens, des Mèdes, des Perses et des 
Grecs ; celui des Romains est parvenu à 
l'apogée de sa force ; il est temps qu'il cède 
la place à l'Empire éternel du Messie. Cette 
progression a été prédite, et maintenant 
l'heure sonne où le dernier coup va être 
frappé. Le Seigneur aussi a dit, par un de 
ses Prophètes: « Encore un peu de temps, et 
« je remuerai le ciel et la terre, et j'ébran- 



VI Décembre. 



407 



« lerai toutes les nations; puis viendra le 
« Désiré de tous les peuples. » (Aggée, ii, 7.) 
Ainsi donc , ô Verbe éternel , descendez. 
Tout est consommé. Les misères du monde 
sont parvenues à leur comble ; les crimes de 
l'humanité sont montés jusqu'au ciel ; le genre 
humain a été remué jusque dans ses fonde- 
ments; haletant, il n'a plus de ressource 
qu'en vous, qu'il appelle sans vous connaître. 
Venez donc : toutes les prédictions qui 
devaient retracer aux hommes les caractères 
du Rédempteur, sont émises et promulguées. 
Il n'y a plus de prophète dans Israël; les 
oracles de la Gentilité se taisent. Venez ac- 
complir toutes choses : car la plénitude des 
temps est arrivée. 



PRIERE POUR LE TEMPS DE L AVENT. 

[Bréviaire Mozarabe, I er Dimanche de l'Avent, 
Capitule.) 

Preces nostras ne des- 
pexeris, Domine : in- 
tende jam et exaudi cle- 
menter : ut qui voce ini- 
mici turbati dejicimur, 
Unigenjti tui Adventu 
sacratissimo consolemur: 
et fide pennigerati, velut 
columba, ad superna ten- 
damus. Elonga nos. Do- 
mine, a saeculo maligno, 
et a laqueo inimici cus- 
todi. Per Christum Do- 
minum nostrum. Amen. 



NE dédaignez pas nos priè- 
res, Seigneur ! regardez 
et exaucez dans votre clé- 
mence. La voix de notre en- 
nemi nous jette dans le trou- 
ble ; consolez-nous par l'A- 
vènement sacré de votre Fils 
unique ; que la foi nous don- 
ne des ailes, et, semblables à 
la colombe, nous nous élè- 
verons en haut. Seigneur, 
éloignez-nous d'un siècle 
pervers, et gardez-nous des 
filets de l'ennemi ; par Jésus- 
Christ notre Seigneur. Amen. 



*%*%^*§»?&*&n$^ 



VII DECEMBRE. 

SAINT AMBROISE, 

ÉVÉQUE ET DOCTEUR DE lIÉGLISE. 

Cet illustre Pontife figure dignement sur le 
Cycle catholique, a côté du grand Evo- 
que de Myre. Celui-ci a confessé, à Nicée, la 
divinité du Rédempteur des hommes ; 
celui-là, dans Milan, a été en butte à toute 
la fureur des Ariens, et par son courage 
invincible, il a triomphé des ennemis au 
Christ. Qu'il unisse donc sa voix de Docteur 
à celle de saint Pierre Chrysologue, et qu'il 
nous annonce les grandeurs et les abaisse- 
ments du Messie. Mais telle est en particu- 
lier la gloire d'Ambroise, comme Docteur, 
que si, entre les brillantes lumières de l'Eglise 
latine, quatre illustres Maîtres de la Doc- 
trine marchent en tète du cortège des divins 
interprètes de la Foi, le glorieux Pontife de 
Milan complète, avec Grégoire, Augustin et 
Jérôme, ce nombre mystique. 

Ambroise doit l'honneur d'occuper sur le 
Cycle une si noble place en ces jours, à l'an- 
tique coutume de l'Eglise qui, aux premiers 
siècles, excluait du Carême les tètes des 
Saints. Le jour de sa sortie de ce monde et 
de son entrée au ciel fut le quatre Avril; or, 
l'anniversaire de cet heureux trépas se ren- 
contre, la plupart du temps, dans le cours 
de la sainte Quarantaine: on fut donc con- 



Saint Ambroise, Év. et Doct. de l'Église. 40g 

traint de faire choix d'un autre jour dans 
l'année, et le sept Décembre, anniversaire de 
l'Ordination épiscopale d'Ambroise, se recom- 
mandait de lui-même pour recevoir la fête 
annuelle du saint Docteur. 

Au reste, le souvenir d'Ambroise est un 
des plus doux parfums dont pût être embau- 
mée la route qui conduit à Bethléhem. 
Quelle plus glorieuse, et en même temps 
quelle plus charmante mémoire que celle de 
ce saint et aimable Evéque, en qui la force 
du lion s'unit à la douceur de la colombe ? 
En vain les siècles ont passé sur cette mé- 
moire : ils n'ont fait que la rendre plus vive 
et plus chère. Comment pourrait-on oublier 
ce jeune gouverneur de la Ligurie et de 
l'Emilie, si sage, si lettré, qui fait son entrée 
à Milan, encore simple catéchumène, et se 
voit tout à coup élevé, aux acclamations du 
peuple fidèle, sur le trône épiscopal de cette 
grande ville ? Et ces beaux présages de son 
éloquence enchanteresse, dans l'essaim d'a- 
beilles qui, lorsqu'il dormait un jour, encore 
enfant, sur les gazons du jardin paternel, 
l'entoura et pénétra jusque dans sa bouche, 
comme pour annoncer la douceur de sa 
parole ! et cette gravité prophétique avec la- 
quelle l'aimable adolescent présentait sa 
main à baiser à sa mère et à sa sœur, parce 

3ue, disait-il, cette main serait un jour celle 
'un Evêque! 

Mais quels combats attendaient le néo- 
phyte de Milan, sitôt régénéré dans l'eau 
baptismale, sitôt consacré prêtre et pontife ! 
Il lui fallait se livrer sans retard à l'étude 
assidue des saintes lettres, pour accourir doc- 



4io L'Avent. 



teur à la défense de l'Eglise attaquée dans 
son dogme fondamental par la fausse science 
des Ariens ; et telle fut en peu de temps la 
plénitude et la sûreté de sa doctrine que 
non seulement elle opposa un mur d'airain 
au progrès de l'erreur contemporaine, mais 
encore'que les livres écrits par Ambroise 
mériteront d'être signalés par l'Eglise, jusqu'à 
la fin des siècles, comme l'un des arsenaux 
de la vérité. 

Mais l'arène de la controverse n'était pas 
la seule où dût descendre le nouveau docteur ; 
sa vie devait être menacée plus d'une fois 
par les sectateurs de l'hérésie qu'il avait 
confondue. Quel sublime spe.tacle que celui 
de cet Evêque bloqué dans son église par 
les troupes de l'impératrice Justine, et gardé 
au dedans, nuit et jour, par son peuple ! 
Quel pasteur ! Quel troupeau ! Une vie 
dépensée tout entière pour la cité et la pro- 
vince avait valu à Ambroise cette fidélité et 
cette confiance de la part de son peuple. Par 
son zèle, son dévouement, son constant oubli 
de lui-même, il était l'image du Christ qu'il 
annonçait. 

Aumilieu des périls qui l'environnent, sa 
grande âme demeure calme et tranquille. 
C'est ce moment même qu'il choisit pour 
instituer, dans l'Eglise de Milan, le chant 
alternatif des Psaumes. Jusqu'alors la voix 
seule du lecteur faisait entendre du haut 
d'un ambon le divin Cantique ; il n'a fallu 
qu'un moment pour organiser en deux 
chœurs l'assistance, ravie de pouvoir désor- 
mais prêter sa voix aux chants inspirés du 
royal Prophète. Née ainsi au fort de la tem- 



Saint Ambroise, Év. et Doct. de l'Église. 41 1 

pête, au milieu d'un siège héroïque, la psal- 
modie alternative est désormais acquise aux 
peuples fidèles de l'Occident. Rome adop- 
tera l'institution d'Ambroise, et cette insti- 
tution accompagnera l'Eglise jusqu'à la fin 
des siècles. Durant ces heures de lutte, le 
grand Evèque a encore un don à faire à ces 
fidèles catholiques qui lui ont fait un rem- 
part de leurs corps. Il est poète, et souvent il 
a chanté dans des vers pleins de douceur et de 
majesté les grandeurs du Dieu des chrétiens 
et les mystères du salut de l'homme. Il livre 
à son peuple dévoué ces nobles hymnes qui 
n'étaient pas destinées à un usage public, et 
bientôt les basiliques de Milan retentissent 
de leur mélodie. Elles s'étendront plus tard à 
l'Eglise latine tout entière ; à l'honneur du 
saint Evêque qui ouvrit ainsi une des plus 
riches sources de la sainte Liturgie , on 
appellera longtemps un Ambrosien ce que, 
dans la suite, on a désigné sous le nom 
d'Hymne, et l'Eglise romaine acceptera dans 
ses Offices ce nouveau mode de varier la 
louange divine, et de fournir à l'Epouse du 
Christ un moyen de plus d'épancher les sen- 
timents qui l'animent. 

Ainsi donc , notre chant alternatif des 
Psaumes , nos Hymnes elles-mêmes sont 
autant de trophées de la victoire d'Ambroise. 
Il avait été suscité de Dieu, non seulement 
pour son temps, mais pour les âges futurs. 
C'est ainsi que l'Esprit-Saint lui donna le 
sentiment du droit chrétien avec la mission 
de le soutenir, dès cette époque où le paga- 
nisme abattu respirait encore, où le césa- 
risme en décadence conservait encore trop 



4i2 VA vent. 



d'instincts de son passé. Ambroise veillait 
appuyé sur l'Evangile. Il n'entendait pas que 
l'autorité impériale pût à volonté livrer aux 
ariens, pour le bien de la paix, une basilique 
où s'étaient réunis les catholiques. Pour 
défendre l'héritage de l'Eglise, il était prêt à 
verser son sang. Des courtisans osèrent l'ac- 
cuser de tyrannie auprès du prince. Il 
répondit: « Non; les évêques ne sont pas 
« des tyrans , mais c'est de la part des 
« tyrans qu'ils ont eu souvent à souffrir. » 
L'eunuque Calligone, chambellan de Valen- 
tinien II, osa dire à Ambroise : « Comment, 
« moi vivant, tu oses mépriser Valentinien ! 
« Je te trancherai la tête. » — « Que Dieu te 
« le permette! répondit Ambroise: je souf- 
a frirai alors ce que souffrent les évêques ; et 
« toi tu auras fait ce que savent faire les 
« eunuques. » 

Cette noble constance dans la défense des 
droits de l'Eglise avait paru avec plus d'éclat 
encore, lorsque le Sénat romain, ou plutôt 
la minorité du Sénat restée païenne, tenta, à 
l'instigation du Préfet de Rome Symmaque, 
d'obtenir le rétablissement de l'autel de la 
Victoire au Capitole, sous le vain prétexte 
d'opposer un remède aux désastres de l'em- 
pire. Ambroise qui disait : « Je déteste la 
religion des Nérons », s'opposa comme un 
lion" à cette prétention du polythéisme aux 
abois. Dans d'éloquents mémoires à Valen- 
tinien, il protesta contre une tentative qui 
avait pour but d'amener un prince chrétien 
à reconnaître des droits à l'erreur, et de faire 
reculer les conquêtes du Christ, seul maître 
des peuples. Valentinien se rendit aux vigou- 



Saint Ambroise, Év. et Doct. de V Église. 41 3 

reuses remontrances de l'Evèque qui lui 
avait appris « qu'un empereur chrétien ne 
devait savoir respecter que l'autel du Christ », 
et ce prince répondit aux sénateurs païens 
qu'il aimait Rome comme sa mère, mais qu'il 
devait obéir à Dieu comme à l'auteur de son 
salut. 

On peut croire que si les décrets divins 
n'eussent irrévocablement condamné l'empire 
à périr, des influences comme celles d'Am- 
broise, exercées sur des princes d'un cœur 
droit , l'auraient préserve de la ruine. Sa 
maxime était ferme ; mais elle ne devait 
être appliquée que dans les sociétés nouvel- 
les qui surgirent après la chute de l'empire, 
et que le Christianisme constitua à son gré. 
Il disait donc : « Il n'est pas de titre plus 
« honorable pour un Empereur que celui de 
« Fils de l'Eglise. L'Empereur est dans l'E- 
« glise ; il n'est pas au-dessus d'elle. » 

Quoi de plus touchant que le patronage 
exercé avec tant de sollicitude par Ambroise 
sur le jeune Empereur Gratien, dont le tré- 
pas lui fit répandre tant de larmes! Et Théo- 
dose, cette sublime ébauche du prince chré- 
tien , Théodose , en faveur auquel Dieu 
retarda la chute de l'empire, accordant cons- 
tamment la victoire à ses armes, avec quelle 
tendresse ne fut-il pas aimé de l'évèque de 
Milan ? Un jour, il est vrai, le César païen 
sembla reparaître dans ce fils de l'Eglise ; 
mais Ambroise , par une sévérité aussi 
inflexible qu'était profond son attachement 
pour le coupable, rendit son Théodose à 
lui-même et à Dieu. « Oui, dit le saint 
«. Evêque, dans l'éloee funèbre d'un si grand 



414 



VAvent. 



« prince, j'ai aimé cet homme qui préféra à 
« ses flatteurs celui qui le réprimandait. Il 
« jeta à terre tous les insignes de la dignité 
« impériale, il pleura publiquement dans 
« l'Eglise le péché dans lequel on l'avait 
c perfidement entraîné, il en implora le 
« pardon avec larmes et gémissements. De 
« simples particuliers se laissent détourner 
« par la honte, et un Empereur n'a pas rougi 
« d'accomplir la pénitence publique ; et 
« désormais, pas un seul jour ne s'écoula 
« pour lui sans qu'il eût déploré sa faute. » 
Qu'ils sont beaux dans le même amour de la 
justice, ce César et cet Eveque ! le César sou- 
tient l'Empire prêt à crouler, et l'Evoque 
soutient le César. 

Mais que l'on ne croie pas qu'Ambroise 
n'aspire qu'aux choses élevées et retentis- 
santes. Il sait être le pasteur attentif aux 
moindres besoins des brebis de son trou- 
peau. Nous avons sa vie intime écrite par 
son diacre Paulin. Ce témoin nous révèle 
qu'Ambroise, lorsqu'il recevait la confession 
des pécheurs, versait tant de larmes qu'il 
entraînait à pleurer avec lui celui qui était 
venu découvrir sa faute. « il semblait, dit le 
« biographe, qu'il fût tombé lui-même avec 
« celui qui avait failli. » On sait avec quel 
touchant et paternel intérêt il accueillit 
Augustin captif encore dans les liens de l'er- 
reur et des passions; et qui voudra connaître 
Ambroise, peut lire dans les Confessions de 
l'évêque d'Hippone les épanchements de son 
admiration et de sa reconnaissane. Déjà 
Ambroise avait accueilli Monique, la mère 
affligée d'Augustin , il l'avait consolée et for- 



Saint Ambroise, Év. et Doct. de V Église. 41 5 

tifiée par l'espérance du retour de son fils. 
Le jour si ardemment désiré arriva ; et ce 
fut la main d'Ambroise qui plongea dans les 
eaux purifiantes du baptême celui qui devait 
être le prince des Docteurs. 

Un cœur aussi fidèle à ses affections ne 
pouvait manquer de se répandre sur ceux 
que les liens du sang lui avaient attachés. 
On sait l'amitié qui unit Ambroise à son 
frère Satyre, dont il a raconté les vertus avec 
l'accent d'une si émouvante tendresse dans 
le double éloge funèbre qu'il lui consacra. 
Marcelline sa sœur ne fut pas moins chère à 
Ambroise. Dès sa première jeunesse, la noble 
patricienne avait dédaigné le monde et ses 
pompes. Sous le voile de la virginité qu'elle 
avait reçu des mains du pape Libère, elle 
habitait Rome au sein de la famille. Mais 
l'affection d'Ambroise ne connaissait pas de 
distances ; ses lettres allaient chercher la 
servante de Dieu dans son mystérieux asile. 
Il n'ignorait pas quel zèle elle nourrissait 
pour l'Eglise, avec quelle ardeur elle s'asso- 
ciait à toutes les œuvres de son frère, et 
plusieurs des lettres qu'il lui adressait nous 
ont été conservées. On est ému en lisant seu- 
lement la suscription de ces épîtres : « Le 
« frère à la sœur, » ou encore : « A Marcel- 
« line ma sœur, plus chère à moi que mes 
« yeux et ma vie. » Le texte de la lettre 
vient ensuite, rapide, animé, comme les 
luttes qu'il retrace. Il en est une qui fut 
écrite dans les heures même où grondait 
l'orage, pendant que le courageux pontife 
était assiégé dans sa basilique par les troupes 
de Justine. Ses discours au peuple de Milan, 



4 1 6 L'A vent. 



ses succès comme ses épreuves, les senti- 
ments héroïques de son âme épiscopale, tout 
se peint dans ces fraternelles dépêches, tout 
y révèle la force et la sainteté du lien qui 
unit Ambroise et Marcelline. La basilique 
Ambrosienne garde encore le tombeau du 
frère et celui de la sœur; sur l'un et l'autre 
chaque jour le divin sacrifice est offert. 

Tel fut Ambroise, dont Théodose disait 
un jour : « Il n'y a qu'un évêque au monde ». 
Glorifions l'Esprit-Saint qui a daigné pro- 
duire un type aussi sublime dans l'Église, et 
demandons au saint Pontife qu'il daigne 
nous obtenir une part à cette foi vive, à^cet 
amour si ardent qu'il témoigne dans ses 
suaves et éloquents écrits envers le mystère 
de la divine Incarnation. En ces jours qui 
doivent aboutir à celui où le Verbe fait chair 
va paraître, Ambroise est l'un de nos plus puis- 
sants intercesseurs. 

Sa piété envers Marie nous apprend aussi 
quelle admiration et quel amour nous devons 
avoir pour la Vierge bénie. Avec saint Ephrem, 
l'évèque de Milan est celui des Pères du 
quatrième siècle qui a le plus vivement ex- 
primé les grandeurs du ministère et de la 
personne de Marie. Il a tout connu, tout 
ressenti, tout témoigné. Marie exempte par 
grâce de toute tache de péché, Marie au 
pied de la Croix s'unissant à son fils pour le 
salut du genre humain, Jésus ressuscité ap- 
paraissant d'abord à sa mère, et tant d'autres 
points sur lesquels Ambroise est l'écho de 
la croyance antérieure, lui donnent un des 
premiers rangs parmi les témoins de la 
tradition sur les mystères de la Mère de Dieu. 



Saint Ambroise, Êv. et Doct. de V Église. 41 y 

Cette tendre prédilection pour Marie ex- 
plique l'enthousiasme dont Ambroise est 
rempli pour la virginité chrétienne, dont il 
mérite d'être considéré comme le Docteur 
spécial. Aucun des Pères ne l'a égalé dans le 
charme et l'éloquence avec lesquels il a pro- 
clamé la dignité et la félicité des vierges. 
Quatre de ses écrits sont consacrés à glori- 
fier cet état sublime , dont le paganisme 
expirant essayait encore une dernière contre- 
façon dans ses vestales, recrutées au nombre 
de sept, comblées d'honneurs et de richesses, 
et déclarées libres après un temps. Ambroise 
leur oppose l'innombrable essaim des vierges 
chrétiennes, remplissant le monde entier du 
parfum de leur humilité, de leur constance 
et de leur désintéressement. Mais sur un tel 
sujet sa parole était plus attrayante encore 
que sa plume, et l'on sait, par les récits con- 
temporains, que, dans les villes qu'il visitait 
et où sa voix devait se faire entendre, les 
mères retenaient leurs filles à la maison, 
dans la crainte que les discours d'un si saint 
et si irrésistible séducteur ne leur eussent 
persuadé de n'aspirer plus qu'aux noces éter- 
nelles. 

Mais un culte filial pour l'Evêque de Milan 
nous a entraîné au delà des bornes; il est 
temps de lire le récit que l'Eglise elle-même 
consacre à ses vertus. 



AMBROISE, évêque de Mi- 
lan, eut pour père Am- 
broise, citoyen romain, pré- 
fet de la Gaule Cisalpine. On 
dit que. dans son enfance, 
un essaim d'abeilles se reposa 



AMBROSIUS EpisCOpUS j 
Mediolanensir, Am- 
brosiicivis romani filius, 
pâtre Galliae Praefecto 
natus est. In hujus infan- 
tis ore examen apum con- 



27 



■y^^ti' 



4lS 



L'A vent 



eedisse dicitur : quas res 
divinam viri eloquentiam 
prœmonstrabat. Romœ 
liberalibus disciplinis 
eruditus est. Post a Pro- 
bo Prasfecto Liguriae et 
jEmili^ praepositus : un- 
de postea ejusdem Probi 
jussu cum potestate M> 
diolanum venit : ubi, 
mortuo Auxentio, ariano 
Episcopo , populus de 
successore deligendo dis- 
sidebat. Quare Ambro- 
sius. pro officii sui mu- 
nere Ecclesiam ingres- 
sus, ut commotam sedi- 
tionem sedaret . quum 
multa de quiète et tran- 
quillitate reipublicœprae- 
clare dixisset, derepente 
puero Ambrosium Epis- 
copum exclamante, uni- 
versi populi vox erupit, 
Ambrosium Episcopum 
deposcentis. 



Récusante illoeteorum 
precibus resistente, ar- 
dens populi studium ad 
Valentinianum Impera- 
torem delatum est, cui 
gratissimum fuit a se de- 
lectos Judices ad sacer- 
dotium postulari. Fuit 
id etiam Probo Prrefec- 
to jucundum, qui Am- 

| brosio prohcisccnti quasi 
divinans dixerat : Yade, 

! âge, non ut Judex, sed 



sur ses lèvres : indice pro- 
phétique de sa divine élo- 
quence. Il fut instruit à Rome 
dans les arts libéraux, et peu 
après reçut du Préfet Pm- 
bus le gouvernement de la 
Ligurie et de l'Emilie. Plus 
tard, par l'ordre du même 
Promus, il se trouva présent, 
avec l'autorité de sa charge, 
dans la ville de Milan, au 
moment où le peuple, après 
la mort de l'évèque arien 
Auxence. était en dissension 
pour le choix d'un successeur. 
Ambroise se rendit donc à 
l'église pour y remplir son 
office et calmer la sédition 
qui s'élevait. Or après qu'il 
eut fait un discours éloquent, 
dans lequel il traitait lon- 
guement de la paix et de la 
tranquillité de la chose publi- 
que, soudain un enfant s'é- 
cria : Ambroise Evêque ! — 
Ambroise Evêque ! reprit 
tout d'une voix le peuple 
adoptant ce choix. 

Ambroise refusant cette 
dignité et résistant aux priè- 
res de l'assemblée, le vœu 
ardent du peuple fut déféré 
à l'empereur Valentinien, 
auquel il fut très agréable 
de voir appeler aux honneurs 
du sacerdoce les magistrats 
de son choix. Le Préfet Pro- 
bus n'en fut pas moins char- 
mé; lui qui, au départ J'Ara- 
broise, lui avait dit, comme 
dans un pressentiment pro- 



Saint Ambroise, Êv. et Doct. de V Église. 41 g 



phétique : « Allez et agissez, 
« non pas en Juge, mais en 
«Eyêque. » Ainsi, la volon- 
té impériale s'unissant au 
désir du peuple, Ambroise 
fut baptisé (car il était caté- 
chumène), reçut les ordres 
sacrés, passa par tous les de- 
grés prescrits par la disci- 
pline de l'Eglise; et huit jours 
après son élection, le sept des 
Ides de Décembre, il reçut la 
charge épiscopale. Devenu 
Evèque, il fut l'intrépide 
champion de la foi et de la 
discipline ecclésiastique, ra- 
mena à la vérité de la foi 
beaucoup d'Ariens et d'autres 
hérétiques, entre lesquels il 
enfanta à Jésus-Christ saint 
Augustin, le flambeau sacré 
de l'Eglise. 

Après la mort violente de 
l'empereur Gratien, il 
alla deux fois en députation 
auprès de Maxime, son meur- 
trier ; et, ne pouvant l'ame- 
ner à la pénitence, il se sépa- 
ra de sa communion. L'em- 
pereur Théodose s'étant ren- 
du coupable du massacre de 
Thessalonique. il lui refusa 
l'entrée de l'église; et comme 
le prince représentait que 
David, roi comme lui, avait 
été adultère et homicide : 
Vous l'avez imité dans sa 
« faute, repondit Ambroise, 
« imitez-le dans son repen- 
« tir. » C'est pourquoi Théo- 
dose se soumit humblement 



ut Episcopus. Itaque 
quum ad populi deside- 
rium Imperatoris volun- 
tas accederet, Ambrosius 
baptizatus ( erat enim ca- 
techumenus) sacrisque 
initiatus, ac servatis om- 
nibus ex instituto Eccle- 
sise Ordinum gradibus, 
octavo die, qui fuit sep- 
timo Idus Decembris, 
Episcopale onus susce- 
pit. Factus Episcopus , 
catholicam fidem et dis- 
ciplinant ecclesiasticam 
acerrime défendit : mul- 
tosque Arianos et alios 
hœreticos ad fidei verita- 
tem convertit, in quibus 
clarissimum Ecclesiae lu- 
men sanctum Augusti- 
num Jesu Christo peperit. 

Gratiano imperatore 
occiso, ad Maximum 
ejus interfectorem lega- 
tus iterum profectus est : 
eoque pœnitentiam agere 
récusante, se ab ejus com- 
munione semovit. Theo- 
dosiumlmperatorem pro- 
pter cœdem Thessaloni- 
cœ factam ingressu eccle- 
siae prohibuit. Cui, quum 
ille David quoque regem 
adulterum et homicidam 
fuisse dixisset, respondit 
Ambrosius : Qui secutus 
es errantem, sequere pce- 
nitentem.Quare Theodo- 
sius sibi ab eo imposi- 
tam publicam pœniten- 



420 



L'A vent. 



tiam humiliter egit. 
Ergo sanctus Episcopus 
pro Ecclesia Dei maxi- 
mis laboribus curisque 
perfunctus, muhis lihris 
etiam egregie conscriptis, 
antequam in morbum in- 
cideret, mortis sua; diem 
praedixit. Ad quem aegro- 
tum Honoratus Vercel- 
lensis Episcopus , Dei 
voce ter admonitus ac- 
currit, eique sanctum 
Doraini Corpus praebuit: 
quo ille sumpto, confor- 
raatis in crucis similitu- 
dinem manibus orans, 
animam Deo reddidit, 
pridie Nonas Apriiis, 
anno post Christum na- 
tum trecentesimo nona- 
gesimo septimo. 



à la pénitence publique que 
lui imposa Ambroise. Le 
saint Evèque , avant donc 
accompli pour l'Eglise de 
Dieu de grands travaux, en- 
couru beaucoup de fatigues, 
écrit beaucoup de livres ex- 
cellents, annonça le jour de 
sa mort avant d'entrer en 
maladie. Honorât, évêque de 
Verceil, trois fois averti par 
la voix de Dieu, accourut à 
son lit de souffrance, et lui 
donna le très saint Corps du 
Seigneur. Ambroise, l'ayant 
reçu, disposa ses mains en 
forme de croix, se mit en priè- 
res, et rendit son âme à Dieu, 
la veille des Nones d'Avril, 
l'an de l'incarnation de notre 
Seigneur, trois cent quatre- 
vingt-dix-sept. 



Saluons un si grand Docteur, en répétant 
ces paroles de la sainte Eglise, dans l'Office 
des Vêpres : 



O Docteur excellent ! lu- 
mière de la sainte Eglise, 
bienheureux Ambroise, ama- 
teur de la loi divine, priez 
pour nous le Fils de Dieu. 



ODocTORoptime. Ec- 
clesiœ sanctœ lumen, 
béate Ambrosi, divins 
legis amator, deprecare 
pro nobis Filium Dei. 

La Liturgie Ambrosienne est moins riche 
qu'on ne devait s'y attendre, sur les éloges 
de saint Ambroise. La Préface même de' la 
Messe est trop brève et trop générale pour 
que nous l'insérions ici. Nous nous conten- 
terons de donner deux des Répons de l'Of- 
fice de la Nuit, l'Hymne, et celle des Orai- 
sons qui nous a semblé la plus remarquable. 



Saint Ambroise, Êv. et Doct. de l'Église. 421 

Quant à l'Hymne, nous devons avertir qu'elle 
est presque* tout entière de composition 
récente, ayant été largement corrigée dans 
ces derniers temps, comme un grand nombre 
d'autres Hymnes du Bréviaire Ambrosien. 
L'ancienne commençait par ce vers : Mira- 
calum laudabile ; mais elle est d'une grande 
médiocrité de pensées et d'expression. 



«S 



UR qui me repose- 
rai-je, dit le Sei- 
gneur ? ce sera sur l'homme 
humble et doux, * Celui qui 
tremble à ma parole, p. J'ai 
trouvé David, mon serviteur; 
je l'ai oint de mon huile sain- 
te, * Celui qui tremble à ma 
parole. 

Rj. Cet homme illustre a 
été suscité pour détruire 
Arius : il est la splendeur de 
l'Eglise, l'éclat du Pontificat; 
* Pendant qu'il ceint la mitre 
de la terre, il obtient celle du 
Paradis, f. On lui avait dit, 
lorsqu'il partait pour Milan : 
Va, agis non en Juge, mais 
en Evéque. * Pendant qu'il 
ceint la mitre de la terre, il 
obtient celle du Paradis. 



'■S' 



uper quem re- 
quiescam, dicit 
Dominus, nisi super hu- 
mileni et mansuetum, * 
Trementem verba mea ? 
j^. Inveni David servum 
meum, oleo sancto meo 
unxi eum. * Trementem 
verba mea. 

R). Directus est vir in- 
clytus, ut Arium destrue- 
ret : splendor Ecclesiae, 
claritas Vatum; * Infulas 
dum gerit sasculi, acqui- 
sivit Paradisi. f. Dictum 
enim fuerat proficiscenti: 
Yade, âge non ut Judex, 
sed ut Ëpiscopus. * In- 
fulas dum gerit sseculi, 
acquisivit Paradisi. 



HYM.M 



HANTONS ensemble notre 
auguste Père, qui a re- 



poussé loin de nous les 
tumultueux du siècle. 



N 



ostrum parentem 
maximum 
Canamus omnes, turbi- 

das 
Qui fluctuantis sœculi 
Terris procellas expulit. 



422 



L'A vent. 



1L>- 



Puer quiescit 

reis 
Apes labellis insidcnt : 
Mellis magistrae , mel- 

leuro 
Signant ducem facun- 

diae. 



Parvam, futuri pra?s- 

cius, 
Dextram coli vu!t oscu- 

lis; 
Yixdum solutus fasciis, 
Quserit tiara; tasnias. 

Infans locutus , Insu- 

brum 
Arabrosio fert infulam ; 
Haie fugit: at semper 

fugam 
Honos fefellit obvius. 

Yelat sacrata denique 
Doctum tiara verticem : 
Ceu tectus ora casside, 
Bellum minatur Ario. 

Non sceptra concussus 
timet. 
Non imperantem fœmi- 

nam, 
Temploque, clausis pos- 

tibus, 
Arcet eru.ntum Cœsa- 
rem. 

Sordes fluentis abluit 
Aurelii cœlestibus : 
Fide coœquans Martyres, 
Invenit artus Martyrum. 



Enfant, il dort, et sur ses 
lèvres tendres comme la fleur, 
les abeilles se reposent : ha- 
biles à composer le miel , 
elles indiquent déjà celui qui 
régnera par une éloquence 
douce comme le miel. 



Pressentant sa destinée fu- 
ture, il veut qu'on baise avec 
respect sa main d'enfant ; à 
peine dégagé des langes du 
berceau, il se joue avec les 
bandelettes de la mitre. 

Un enfant parle et décerne 
à Ambroise l'insigne du Pon- 
tiikat milanais ; il fuit, et 
toujours l'honneur suprême 
l'atteint dans sa fuite. 



Enfin la mitre sacrée orne 
son docte front ; comme un 
guerrier couvert de son cas- 
que, il défie Arius au combat. 

Inébranlable, il ne redoute 
ni le sceptre, ni l'altière Im- 
pératrice ; et, fermant les 
portes du temple, il repousse 
un César couvert de sang. 



Il lave dans les eaux céles- 
tes les souillures d'Augus- 
tin ; égal aux Martyrs par sa 
foi, il découvre les ossements 
des Martyrs. 



Saint Ambroise, Év. et Doct. de l'Église. 423 



Et maintenant, saint Pon- 
tife, armé du fouet vengeur, 
chassez au loin le loup infer- 
nal, et protégez sans relâche 
le troupeau que votre main 
pastorale a conduit. 



A Dieu Père soit la gloire, 
et à son unique Fils, avec 
l'Esprit Paraclet, maintenant 
et par tous les siècles. Amen. 



Dieu tout-puissant et éter- 
nel, qui avez donné le bien- 
heureux Ambroise, Confes- 
seur de votre nom, pour Doc- 
teur non seulement à cette 
Eglise de Milan, mais à 
toutes les Eglises répandues 
dans le monde; faites que la 
doctrine qu'il nous a ensei- 
gnée par le souffle de l'Es- 
prit-Saint, s'affermisse à ja- 
mais dans nos cœurs, et que 
celui-là même que nous ai- 
mons avec tendresse comme 
le Patron que vous nous avez 
donné, soit aussi notre défen- 
seur en présence de votre mi- 
séricorde. Par Jésus- Christ 
notre Seigneur. Amen. 



Jam nunc furentem 

Tartari 
Lupum flagello submo- 

ve ; 
Quem Pastor olim re- 

xeris, 
Gregem tuere jugiter. 

Deo Patri sit gloria, 
Ejusque soli Filio, 
Cum Spiritu Paraclito, 
Nunc et per omne saecu- 
lum. Amen. 



jEterne omnipotens 
Deus, qui beatum Am- 
brosium , tui nominis 
Confessorem. non solum 
huic Ecclesiae, sed omni- 
bus per mundum diffu- 
sis Ecclesiis Doctorem 
dedisti ; prassta ut, quod 
ille divino afflatus Spi- 
ritu docuit, nostris jugi • 
ter stabiliatur in cordi- 
bus, et quem Patronum, 
te donante, amplectimur, 
eum apud tuam miseri- 
cordiam defensorem ha- 
beamus. Per Christum 
Dominum nostrum. A- 
men. 



La Liturgie Mozarabe n'a rien de propre 
sur saint Ambroise. Les Grecs, au contraire, 
honorent la mémoire du grand Evèque de 
Milan par des Hymnes remplies des plus 
magnifiques éloges. Nous leur empruntous les 
strophes principales. 




(Tirée des Menées des Grecs, vu Décembre.) 



DR-EFECTur.e thronum 
1 exornans virtute du- 
plici, divina inspirationé 
hiérarchise thronum uti- 
liter implevisti : ideo 
fidelis œconomus princi- 
patus in utroque factus. 
dupiicem coronam hxre- 
ditasti. 



In continentia, et la- 
boribus, et vigiliis mul- 
tis. et precibus intensis 
animam corpusque puri- 
ficasti ; Deisapiens, vas 
electionis Dei nostri , 
Apostolis similis de- 
moastratus , accepisti 
dona. 

Pium regem post pec- 
catum. ut olim David 
Nathan, audacter ani- 
madrenens . Ambrosi 
beatissime. sapienter ex- 
communicationi subje- 
cisti , et pœnitentiam 
is Deo digne . in 
grcg^m tuum revocasti. 

Sancte Pater, sacra- 
tissime Ambrosi, lyra 
resonans, salutare melos 
orthodoxorum dogma- 
tum, attrahens Fideiium 
animas, cancra divini 
Paracliti cithara : Dei 
magnum organum, lau- 
dandissima Ecclesiae tu- 



Toi, qui par une double 
vertu fus l'honneur du 
trône sur lequel tu siégeais 
en Préfet, l'inspiration di- 
vine te plaça bientôt, fidèle 
ministre, sur le trône de la 
Hiérarchie ; c'est pourquoi, 
intègre administrateur de la 
puissance, tu as mérité dans 
ces deux emplois une double 
couronne. 

Tu as purifié ton corps et 
ton âme par la continence, 
les travaux, les veilles et les 
prières continuelles : ô très 
prudent Pontife, vase d'élec- 
tion de notre Dieu, sembla- 
ble aux Apôtres, tu as reçu 
comme eux les dons de l'Es- 
prit-Saint. 

Comme Nathan reprit au- 
trefois David, tu repris le 
pieux Empereur après son 
péché ; tu le soumis avec 
sagesse à l'excommur 
et l'ayant exhorté à une pé- 
nitence digne de Dieu, tu le 
rappelas parmi ton troupeau. 

O Père très saint, ô divin 
Ambroise, Ivre résonnante, 
mélodie salutaire des vrais 
enseignements, tu attires au 
Seigneur les âmes des Fidè- 
les. Harpe harmonieuse du 
divin Paraclet, grand instru- 
ment de Dieu, tromp 
lèbre de l'Eglise, source très 



Saint Ambroise, Év. et Doct. de l'Église. 4 2 5 



limpide, fleuve qui purifie 
nos âmes de toute passion ; 
prie, supplie le Christ de 
donner à l'Eglise une paix 
unanime et une grande misé- 
ricorde. 

Imitant le prophète Elie 
et Jean-Baptiste, tu as repris 
avec courage les Princes qui 
se livraient à l'iniquité ; tu 
as orné le trône hiérarchique 
auquel tu fus divinement ap- 
pelé, et tu as enrichi le mon- 
de de la multitude de tes mi- 
racles ; tu as corroboré les 
fidèles, et converti les infidè- 
les par l'aliment des saintes 
Ecritures. Ambroise ! ô saint 
Pontife ! prie Dieu de nous 
accorder la rémission de nos 
péchés, à nous qui fêtons 
avec amour ta sainte mémoire. 

Tu as préservé ton trou- 
peau de tout dommage de la 
part des ennemis, ô Bienheu- 
reux ! et tu as dissipe l'erreur 
d'Arius par la splendeur de 
tes paroles. 

L'assemblée des Pontifes 
se réjouit en ta douce mé- 
moire ; les chœurs des fidè- 
les, mêlés aux esprits céles- 
tes, tressaillent d'allégresse : 
et l'Eglise se nourrit spiri- 
tuellement en ce jour de ta 
parole, ô Ambroise, auguste 
Père ! 

Tu es le laboureur habile, 
qui traces les sillons dans le 
champ ouvert à tous de la 



ba, fons limpidissimus, 
fluentum eluens libidi- 
num ; Christum ora. 
Christum deprecare dari 
Ecclesiae unanimem pa- 
cem et magnam miseri- 
cordiam. 

Eliam prophetam imi- 

tatus, Baptistamque si- 

militer, reges inique 

agentes animadvertisti 

viriliter ; hiérarchise 

thronum divinitus or- 

nasti . et miraculorum 

\ multitudine mundum di- 

! tasti. ideoque divinaî 

' Scripturœ alimonia fide- 

| les roborasti, et infidèles 

immutasti. Sacerdos Am- 

brosi, Christum Deum 

deprecare dare peccato- 

rum remissionem reco- 

lentibus cum amore tuam 

sanctam memoriam. 

Ab omni noxa adver- 
sariorum servasti gre- 
gem. Béate ; et Arii er- 
j rorem omnem delevisti 
splendore verborum tuo- 
rum. 

In divina tua memoria 
sacerdotum cœtus oblec- 
tatur, et Fidelium ebori 
cum Angelis incorc 1 - 
rati exsultant et delec- 
tantur, nutriturque hodie 
spiritualiter Ecclesia in 
verbis tuis, Ambrosi pa- 
ter. 

Agricola videris sul- 
cans fidei promptum 
agrum et doctrinae ; in- 



426 



L'A vent. 



seminans , Deisapiens . 
dogmata ; et spica multi- 
plicata, distribuis Eccle- 
sùe cœlestem Spiritus 
panem. 

Roma tua célébrât 
pYaeclara gesta ; fulgidus 
enim ut sidus undique 
miraculorum magnas fa- 
ces, sacerdos, cum fide 
immisisti, vere mir°.nde. 

Mane accedens ad 
Christum, splendoribus 
fulgebas ditanter : ideo 
divinum nactus lumen, 
illuminas honorantes te 
ubique cum fide. 



foi et de la doctrine ; tu y 
sèmes, ô très sage, tes divines 
leçons ; et l'épi s'étant mul- 
tiplié par tes soins, tu dis- 
tribues à l'Eglise le céleste 
pain de l'Esprit-Saint. 

Rome célèbre tes glorieuses 
œuvres ; car, ainsi qu'un 
astre radieux, tu répands par- 
tout les clartés de tes prodi- 
ges, ô grand Pontife, vrai- 
ment admirable ! 

T'approchant du Christ 
dès l'aurore, tu sortais d'au- 
près de lui richement irradié 
de ses splendeurs : c'est pour- 
quoi ayant puisé à la source 
de la divine lumière, tu illu- 
mines ceux qui avec foi t'ho- 
norent en tous lieux. 

Tu as consacre à Dieu ton 
corps et ton âme ; et ton 
cœur, ô Père, capable des 
célestes dons, tu l'as attaché 
au doux amour, t'y fixant 
avec ardeur. 

Ayant reçu, ô très prudent, 
le talent de la parole, ainsi 
qu'un serviteur fidèle, tu l'as 
fait valoir et multiplié ; et 
tu l'as apporté avec l'intérêt 
à ton Seigneur, o divin Am- 
broise ! 

Tu as illustré la tunique 
sacrée par tes grands tra- 
vaux, et tu fus. 6 très prudent, 
le pasteur d'un troupeau rai- 
sonnable, que tu guidais de- 
vant toi aux pâturages de la 
doctrine. 

Nous vous louerons aussi , tout indignes 



Corpus tuum et ani- 
mant Deo consecrasti : 
et capax donorum. pater, 
cor tuum conglutinasti 
dulci amori enixe inhœ- 
rens. 

Accepto, sapiens. Ver- 
bi talento, ut servus ri- 
delis ad mensam illud 
dedisti et multiplicasti, 
atque adsportasti inte- 
grum cum fructu Domino 
tuo. Ambrosi. 

".laram fecisti stolam 
sacram laboribus tuis. 
et visus es pastor ratio- 
nabilium alumnorum sa- 
piens, quos baculo tuo 
in doctrinae pa^cua ante- 
pellcbas. 



Saint Ambroise, Ev. et Doct. de l'Eglise. 42 7 

que nous en sommes, immortel Ambroise! 
Nous exalterons les dons magnifiques que le 
Seigneur a placés en vous. Vous êtes la 
Lumière de l'Eglise, le Sel de la terre, par 
votre doctrine céleste ; vous êtes le Pasteur 
vigilant, le Père tendre, le Pontife invincible : 
mais combien votre cœur aima le Seigneur 
Jésus que nous attendons ! Avec quel indomp- 
table courage vous sûtes, au péril de vos 
jours, vous opposer à ceux qui blasphémaient 
ce Verbe divin! Par là, vous avez mérité 
d'être choisi pour initier, chaque année, le 
peuple fidèle à la connaissance de celui qui 
est son Sauveur et son Chef. Faites donc 
pénétrer jusqu'à notre œil le rayon de la 
vérité qui vous éclairait ici-bas; faîtes goûter 
à notre bouche la saveur emmiellée de votre 
parole; touchez notre cœur d'un véritable 
amour pour Jésus qui s'approche d'heure en 
heure. Obtenez qu'à votre exemple, nous 
prenions avec force sa cause en main, contre 
les ennemis de la foi, contre les esprits de 
ténèbres, contre nous-mêmes. Que tout cède, 
que tout s'anéantisse, que tout genou ploie, 
que tout cœur s'avoue vaincu, en présence de 
Jésus-Christ, Verbe éternel du Père, Fils de 
Dieu et fils de Marie, notre Rédempteur, notre 
Juge, notre souverain bien. 

Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme 
vous avez abaissé Théodose ; relevez-nous 
contrits et changés, comme vous le relevâtes 
dans votre pastorale charité. Priez aussi pour 
le Sacerdoce catholique, dont vous serez à 
jamais l'une des plus nobles gloires. Deman- 
dez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes 
de l'Eglise, cette humble et inflexible vigueur 



428 L'A vent. 



avec laquelle ils doivent résister aux Puis- 
sances du siècle , quand elles abusent de 
l'autorité que Dieu a déposée entre leurs 
mains. Qite lew front, suivant la parole du 
Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu'ils 
sachent s'opposer comme un mur pour la 
maison d'Israël ; qu'ils estiment comme un 
souverain honneur, comme le plus heureux 
sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur 
repos, leur vie, pour la liberté de l'Epouse 
du Christ. 

Vaillant champion de la vérité, armez-vous 
de ce fouet vengeur que l'Eglise vous a donné 
pour attribut; "et chassez loin du troupeau 
de Jésus-Christ ces restes impurs de l'Aria- 
nisme qui. sous divers noms, se montrent 
encore jusqu'en nos temps. Que nos oreilles 
ne soient plus attristées par les blasphèmes 
de ces hommes vains qui osent mesurer à 
leur taille, juger, absoudre et condamner 
comme leur semblable, le Dieu redoutable 

3ui les a créés, et qui, par un pur motif de 
évouement à sa créature, a daigné descen- 
dre et se rapprocher de l'homme, au risque 
d'en être méconnu. 

Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces 
timides et imprudentes théories qui font 
oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi 
de ce monde, et les entraînent à penser 
qu'une loi humaine qui reconnaît des droits 
égaux à l'erreur et à la vérité, pourrait bien 
être le plus haut perfectionnement des 
sociétés. Obtenez qu'ils comprennent, à votre 
exemple, que si les droits du Fils de Dieu et 
de son Eglise peuvent être foulés aux pieds, 
ils n'en existent pas moins ; que la promis- 



Vil Décembre. 



42 g 



cuite de toutes les religions sous une protec- 
tion égale est le plus sanglant outrage envers 
celui c. à qui toute puissance a été donnée 
« au ciel et sur la terre » ; que les désastres 
périodiques de la société sont la réponse 
qu'il fait du haut du ciel aux contempteurs 
du Droit chrétien, de ce Droit qu'il a acquis 
en mourant sur la Croix pour les hommes ; 
qu'enfin s'il ne dépend pas de nous de rele- 
ver ce Droit sacré chez les nations qui ont eu 
le malheur de l'abjurer, notre devoir est de 
le confesser courageusement, sous peine d'être 
complices de ceux qui n'ont plus voulu que 
Jésus régnât sur eux. 

Enfin, au milieu de ces ombres qui s'appe- 
santissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, 
la sainte Eglise qui n'est plus qu'une étran- 
gère, une pèlerine à travers les nations dont 
elle fut la mère et qui l'ont reniée; qu'elle 
cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, 
les fleurs de la virginité ; qu'elle soit l'aimant 
des âmes élevées qui comprennent la dignité 
d'Epouse du Christ. S'il en fut ainsi aux glo- 
rieux temps des persécutions qui signalèrent 
le commencement de son ministère, à notre 
époque d'humiliations et de défections,. qu'il 
lui soit donné encore de consacrer à son 
Epoux une élite nombreuse de cœurs purs et 
généreux, afin que sa fécondité la venge de 
ceux qui l'ont repoussée comme une mère 
stérile, et qui sentiront un jour cruellement 
son absence. 



Considérons le dernier préparant* sensi'61e 
à la venue du Messie sur la terre : la paix 



4J10 L'A vent. 



universelle. Au bruit des armes le silence a 
tout à coup succédé, et le monde se recueille 
dans l'attente. « Or, nous dit saint Bonaven- 
« ture dans un de ses Sermons pour l'Avent, 
« nous devons compter trois silences : le pre- 
« mier, au temps de Noé, après que tous les 
« pécheurs furent submergés ; le second, 
« au temps de César Auguste, quand toutes 
« les nations furent soumises; enfin le troi- 
« sième qui aura lieu à la mort de l'Anté- 
b christ, quand les Juifs se seront convertis. » 
O Jésus ! Roi pacifique, vous voulez que le 
monde soit en paix, quand vous allez des- 
cendre. Vous l'avez annoncé par le Psal- 
miste, votre aïeul selon la chair, lorsqu'il a 
dit en parlant de vous : « Il fera cesser la 
« guerre dans tout l'univers ; il brisera l'arc, 
« il rompra les armes, il jettera au feu les 
« boucliers. » [Psaume xlv, io.) Qu'est-ce à 
dire tout ceci, ô Jésus ? C'est que vous aimez 
à trouver silencieux et attentifs les coeurs 
que vous visitez. C'est qu'avant de venir 
vous-même dans une âme, vous l'agitez 
dans votre miséricorde, comme fut agité le 
monde avant cette paix universelle, et'bien- 
tot vous l'établissez dans le calme, et vous 
venez ensuite en prendre possession. Oh ! 
venez promptement soumettre nos puissances 
rebelles, abattre les hauteurs de notre esprit, 
crucifier notre chair, réveiller la mollesse de 
notre volonté : afin que votre entrée en nous 
soit solennelle comme celle d'un conquérant 
dans une place forte qu'il a réduite après un 
long siège. O Jésus, Prince de la Paix, don- 
nez-nous la paix; établissez-vous en nos 
cœurs d'une manière durable, comme vous 



VII Décembi 



4B1 



vous êtes établi dans votre création, au sein 
de laquelle votre règne n'aura plus de fin. 

RÉPONS DE L'AVENT. 

(Au I er Dimanche de VA vent, à Matines.) 



e f E voyais dans une 
J vision de nuit, et 
voilà le Fils de l'homme qui 
venait sur les nuées du ciel : 
et il lui fut donné honneur 
et empire ; * Et tous les peu- 
ples, toutes les tribus et tou- 
tes les nations lui seront sou- 
mis, y. Sa puissance est une 
puissance éternelle qui ne lui 
sera point ôtée ; et son em- 
pire, un empire qui ne se dis- 
soudra pas. * Et tous les peu- 
ples, toutes les tribus et toutes 
les nations lui seront soumis. 



■5, \ spiciebam in 
'" -i*- visu noctis, et 
ecce innubibus cœli Fi- 
lius hominis veniebat : 
et datum est ei regnum 
et honor. * Et omnis po- 
pulus, tribus, et linguœ 
servient ei. f. Potestas 
ejus potestas £eterna,quœ 
non auferetur, et regnum 
ejus quod non corrum- 
petur. * Et omnis popu- 
lus, tribus et linguœ ser- 
vient ei. 





Z /"' •- "'.* sf^ 3 -->;<: 








VIII DECEMBRE. 

L'IMMACULÉE CONCEPTION 

DE LA TRÈS SAINTE VIERGE, 

nfin, l'aurore du Soleil tant dé- 
siré brille auxextrémitésduciel, 
tendre et radieuse. L'heureuse 
Mère du Messie devait naître 
avant le Messie lui-même; et ce 
jour est celui de la Conception 
de Marie. La terre possède déjà un premier 
gage des célestes miséricordes ; le Fils de 
l'homme est à la porte. Deux vrais Israélites , 
Joachim et Anne, nobles rejetons de la famille 
de David, voient enfin, après une longue stéri- 
lité, leur union rendue féconde par la toute- 
puissance divine. Gloire au Seigneur qui s'est 
souvenu de ses promesses, et qui daigne, du 
haut du ciel, annoncer la fin du déluge de 
l'iniquité, en envoyant à la terre la blanche et 
douce colombe qui porte la nouvelle de paix ! 
La fête de l'Immaculée Conception de la 
Sainte Vierge est la plus solennelle de toutes 
celles que l'Eglise célèbre au saint temps de 
l'Avcnt; et s'il était nécessaire que la pre- 
mière partie du Cycle présentât la comme- 



L'Immaculée Conception. 4%3 

moration de quelqu'un des Mystères de 
Marie, il n'en est aucun dont l'objet pût 
offrir de plus touchantes harmonies avec les 
pieuses préoccupations de l'Eglise en cette 
mystique saison de l'attente Célébrons donc 
avec joie cette solennité ;.car la Conception de 
Marie présage la prochaine Naissance de Jésus. 

L'intention de l'Eglise, dans cette fête, n'est 
pas seulement de célébrer l'anniversaire de 
l'instant fortuné auquel commença, au sein de 
la pieuse Anne, la vie de la très glorieuse 
Vierge Marie ; mais encore d'honorer le su- 
blime privilège en vertu duquel Marie a été 
préservée de la tache originelle que, par un 
décret souverain et universel, tous les enfants 
d'Adam contractent au moment même où ils 
sont conçus dans le sein de leurs mères. La foi 
de l'Eglise catholique que nous avons entendu 
solennellement reconnaître comme révélée de 
Dieu même, au jour à jamais mémorable du 
huit Décembre 1854, cette foi qu'a proclamée 
l'oracle apostolique, par la bouche de Pie IX, 
aux acclamations de la chrétienté tout entière, 
nous enseigne qu'au moment où Dieu a uni 
l'âme de Marie qu'il venait de créer au corps 
qu'elle devait animer, cette âme à jamais 
bénie, non seulement n'a pas contracté la 
souillure qui envahit à ce moment toute 
âme humaine, mais qu'elle a été remplie 
d'une grâce immense qui l'a rendue, dès ce 
moment, le miroir de la sainteté de Dieu 
même, autant qu'il est possible à un être créé. 

Une telle suspension de la loi portée par 
la justice divine contre toute la postérité de 
nos premiers parents était motivée par le res- 
pect que Dieu porte à sa propre sainteté. 



26 



434 VA vent. 



Les rapports que Marie devait avoir avec la 
divinité même, étant non seulement la Fille 
du Père céleste, mais appelée à devenir la 
propre Mère du Fils, et le Sanctuaire inef- 
fable de L'Esprit-Saint, ces rapports exigeaient 
que rien de souillé ne se rencontrât, même 
un seul instant, dans la créature prédestinée 
à de si étroites relations avec l'adorable Tri- 
nité ; qu'aucune ombre n'eût jamais obscurci 
en Marie la pureté parfaite que le Dieu sou- 
verainement saint veut trouver même dans 
les êtres qu'il appelle à jouir au ciel de sa 
simple vue ; en un mot, comme le dit le 
grand Docteur saint Anselme : t II était 
« juste qu'elle fût ornée d'une pureté 
« au-dessus de laquelle on n'en puisse conce- 
« voir de plus grande que celle de Dieu même, 
« cette Vierge à qui Dieu re Père devait 
« donner son Fils d'une manière si particu- 
« lière que ce Fils deviendrait par nature le 
« Fils commun et unique de Dieu et de la 
«. Vierge ; cette Vierge que le Fils devait 
« élire'" pour en faire substantiellement sa 
« Mère, et au sein de laquelle l'Esprit-Saint 
« voulait opérer la conception et la naissance 
« de celui dont il procédait lui-même. » 
(De Conceptu Virginali. Cap. xvin.) 

En même temps, les relations que le Fils 
de Dieu avait à contracter avec Marie, rela- 
tions ineffables de tendresse et de déférence 
filiales, ayant été éternellement présentes à 
sa pensée', elles obligent à conclure que le 
Verbe divin a ressenti pour cette Mère qu'il 
devait avoir dans le temps, un amour d'une 
nature infiniment supérieure à celui qu'il 
éprouvait pour tous les êtres créés par sa 



L'Immaculée Conception. 435 

puissance. L'honneur de Marie lui a été 
cher au-dessus de tout, parce qu'elle devait 
être sa Mère, qu'elle l'était même déjà dans 
ses éternels et miséricordieux desseins, 
L'amour du Fils a donc protégé la Mère; et 
si celle-ci, dans son humilité sublime, n'a 
repoussé aucune des conditions auxquelles 
sont soumises toutes les créatures de Dieu, 
aucune des exigences même de la loi de Moïse 
qui n'avait pas été portée pour elle, la main du 
Fils divin a abaissé pour elle l'humiliai te 
barrière qui arrête tout enfant d'Adam \e- 
nant en ce monde, et lui ferme le sentier de 
la lumière et de la grâce, jusqu'à ce qu'il ait 
étérégénéré dans une nouvelle naissance. 

Le Père céleste ne pouvait pas faire moins 
pour la nouvelle Eve qu'il n'avait fait pour 
l'ancienne, qui fut établie tout d'abord, ainsi 
que le premier homme, dans l'état de sain- 
teté originelle où elle ne sut pas se mainte- 
nir. Le Fils de Dieu ne devait pas souffrir 
que la femme à laquelle il emprunterait sa 
nature humaine eût à envier quelque chose 
à celle qui a été la mère de prévarication. 
L'Esprit-Saint, qui devait la couvrir de son 
ombre et la rendre féconde par sa divine 
opération, ne pouvait pas permettre que sa 
Bien-Aimée fût un seul instant maculée de la 
tache honteuse avec laquelle nous sommes 
conçus. La sentence est universelle ; mais 
une Mère de Dieu devait en être exempte. 
Dieu auteur de la loi, Dieu qui a posé libre- 
ment cette loi, n'était-il pas le maître d'en 
affranchir celle qu'il avait destinée à lui être 
unie en tant de manières? Ii le pouvait, il le 
devait : il l'a donc fait. 



436 L'Avait. 



Et n'était-ce pas cette glorieuse exception 
qu'il annonçait lui-même au moment où 
comparurent devant sa majesté offensée les 
deux prévaricateurs dont nous sommes tous 
issus ? La promesse miséricordieuse descen- 
dait sur nous dans l'anathème qui tombait 
sur le serpent. « J'établirai moi-même, disait 
a Jéhovah, une inimitié entre toi et la femme, 
« entre ta race et son fruit ; et elle-même 
« t'écrasera la tête. » Ainsi, le salut était 
annoncé à la famille humaine sous la forme 
d'une victoire contre Satan; et cette victoire, 
c'est la Femme qui la devait remporter pour 
nous tous. Et que l'on ne dise pas que ce sera 
le fils de la femme qui la remportera seul, 
cette victoire : le Seigneur nous dit que l'ini- 
mitié de la femme contre le serpent sera per- 
sonnelle, et que, de son pied vainqueur, elle 
brisera la tête de l'odieux reptile; en un mot, 
que la nouvelle Eve sera digne du nouvel 
Adam, triomphante comme lui ; que la race 
humaine un jour sera vengée, non seule- 
ment par le Dieu fait homme, mais aussi 
par la Femme miraculeusement soustraite à 
toute atteinte du péché; en sorte que la créa- 
tion primitive dans la sainteté et la justice 
(Ephes. iv, 24) reparaîtra en elle, comme si 
la faute primitive n'avait pas été commise. 

Relevez donc la tête, emants d'Adam, et 
secouez vos chaînes. Aujourd'hui, l'humilia- 
tion qui pesait sur vous est anéantie. Voici 
que Marie, qui est votre chair et votre sang, 
a vu reculer devant elle le torrent du péché 
qui entraîne toutes les générations : le 
souffle du dragon infernal s'est détourné 
pour ne pas la" flétrir ; la dignité première 



L'Immaculée Conception. 43j 

de votre origine est rétablie en elle. Saluez 
donc ce jour fortuné où la pureté première 
de votre sang est renouvelée : la nouvelle 
Eve est produite ; et de son sang qui est 
aussi le vôtre, moins le péché, elle va vous 
donner, sous peu d'heures, le Dieu-homme 
qui procède d'elle selon la chair, comme il 
sort de son Père par une génération éternelle. 
Et comment n'admirerions-nous pas la 
pureté incomparable de Marie dans sa con- 
ception immaculée, lorsque nous entendons, 
dans le divin Cantique, le Dieu même qui 
l'a ainsi préparée pour être sa Mère, lui dire 
avec l'accent d'une complaisance toute d'a- 
mour : « Vous êtes toute belle, ma bien- 
« aimée, et il n'y a en vous aucune tache ? » 
(Cant. iv, 7.) C'est le Dieu de toute sainteté 
qui parle ; son œil qui pénètre tout ne dé- 
couvre en Marie aucune trace, aucune cica- 
trice du péché; voilà pourquoi il se conjouit 
avec elle, et la félicite du don qu'il a daigné 
lui faire. Après cela, nous étonnerons-nous 
que Gabriel, descendu des cieux pour lui 
apporter le divin message, soit saisi d'admi- 
ration à la vue de cette pureté dont le point 
de départ a été si glorieux et les accroisse- 
ments sans limites ; qu'il s'incline profondé- 
ment devant une telle merveille, et qu'il 
dise : « Salut, ô Marie, pleine de grâce ! » 
Gabriel mène sa vie immortelle au centre de 
toutes les magnificences de la création, de 
toutes les richesses du ciel ; il est le frère des 
Chérubins et des Séraphins, des Trônes et 
des Dominations; son regard parcourt éter- 
nellement ces neuf hiérarchies angéliques où 
îa lumière et la sainteté resplendissent sou- 



438 VAvent. 



verainement, croissant toujours de degré en 
degré; mais voici qu'il a rencontré "sur la 
terre, dans une créature d'un rang inférieur 
aux Anges, la plénitude de la grâce, de cette 
grâce qui n'a été donnée qu'avec mesure aux 
Esprits célestes, et qui repose en Marie depuis 
le premier instant de sa création. C'est la 
future Mère de Dieu toujours sainte, toujours 
pure, toujours immaculée. 

Cette vérité révélée aux Apôtres par le 
divin Fils de Marie, recueillie dans l'Église, 
enseignée par les saints Docteurs, crue'avec 
une 'fidélité toujours plus grande par le 
peuple chrétien, était contenue dans la no- 
tion même d'une Mère de Dieu. Croire Marie 
Mère de Dieu, c'était déjà croire implicite- 
ment que celle en qui devait se réaliser ce 
titre sublime n'avait jamais rien eu de com- 
mun avec le péché, et que nulle exception 
n'avait pu coûtera Dieu pour l'en préserver. 
Mais désormais l'honneur de Marie est appuyé 
sur la sentence explicite qu'a dictée l'Esprit- 
Saint. Pierre a parlé par la bouche de 
Pie IX ; et lorsque Pierre a parlé, tout fidèle 
doit croire ; car le Fils de Dieu a dit : « J'ai 
« prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne dé- 
« faille jamais » (Luc. xxn. 32) ; et il a dit 
aussi : « Je vous enverrai l'Esprit de vérité 
« qui demeurera avec vous à ïamais, et vous 
« fera souvenir de tout ce que ie vous avais 
« enseigné. a Johan. xiv, 20.) 

Le symbole de notre foi a donc acquis, 
non une vérité nouvelle, mais une nouvelle 
lumière sur la vérité qui était auparavant 
l'objet de la croyance universelle. En ce 
jour, le serpent infernal a senti de nouveau 



L'Immaculée Conception. 43g 

la pression victorieuse du pied de la Vierge- 
mère, et le Seigneur a daigné nous donner 
le gage le plus signalé de ses miséricordes. Il 
aime encore cette terre coupable; car il a 
daigné l'éclairer tout entière d'un des plus 
beaux rayons de la gloire de sa Mère. N'a- 
t-elle pas'tressailli, cette terre ? N'a-t-elle pas 
ressenti à ce moment un enthousiasme que 
notre génération n'oubliera jamais? Quelque 
chose de grand s'accomplissait à cette moitié 
du siècle; et nous attendrons désormais les 
temps avec plus de confiance, puisque si 
l'Esprit-Saint nous avertit de craindre pour 
les jours où les vérités diminuent chez les 
enfants des hommes, il nous dit assez par 
là que nous devons regarder comme heu- 
reux les jours où les vérités croissent pour 
nous en lumière et en autorité. 

En attendant l'heure de la proclamation 
solennelle du grand dogme, la sainte Eglise 
le confessait cîiaque année, en célébrant la 
fête d'aujourd'hui. Cette fête n'était pas appe- 
lée, il est vrai, la Conception immaculée, 
mais simplement la Conception de Marie. 
Toutefois, le fait de son institution et de sa 
célébration exprimait déjà suffisamment la 
croyance de la chrétienté. Saint Bernard et 
l'Angélique Docteur saint Thomas . s'accor- 
dent à enseigner que l'Eglise ne peut pas 
célébrer la fête de ce qui n'est pas saint; la 
Conception de Marie fut donc sainte et 
immaculée, puisque l'Eglise, depuis tant de 
siècles, l'honore d'une fête spéciale. La Nati<- 
tivité de Marie est l'objet d'une solennité 
dans l'Eglise, parce que Marie naquit pleine 
de grâce; si donc le premier instant de son 



44° VA vent. 

existence eût été marqué par la flétrissure 
commune, sa Conception n'aurait pu être 
l'objet d'un culte. Or, il est peu de fêtes plus 
générales et mieux établies dans l'Eglise que 
celle que nous célébrons aujourd'hui. 

L'Eglise grecque, héritière plus prochaine 
des pieuses'traditionsde l'Orient, la célébrait 
déjà au vi e siècle, comme on le voit par le 
Type ou cérémonial de saint Sabbas. En 
Occident nous la trouvons établie dès le 
vm e siècle, dans l'Eglise gothique d'Espagne. 
Un célèbre calendrier gravé sur le marbre, 
au ix e siècle, pour l'usage de l'Eglise de 
Naples, nous la montre déjà instituée à cette 
époque. Paul Diacre, secrétaire de Charle- 
magne, puis moine au Mont-Cassin, célébrait 
le mvstère de l'Immaculée Conception dans 
une Hymne remarquable, que nous donne- 
rons tout à l'heure, d'après les manuscrits 
du Mont-Cassin, de Subiaco et de Bénévent. 
En 1066, la fête s'établissait en Angleterre à 
la suite d'un prodige opéré sur mer en faveur 
du pieux abbé HeTsin, et bientôt elle s'éten- 
dait dans cette île par les soins du grand 
saint Anselme , moine et archevêque de 
Cantorbéry ; de là elle passait en Normandie, 
et prenait possession du sol français. Nous la 
trouvons en Allemagne sanctionnée dans un 
concile présidé, en 1049. par saint Léon IX ; 
dans la Navarre, en 1090, à l'abbaye d'Irach ; 
en Belgique, à Liège, eh 1 142. C'est ainsi que 
toutes'les Églises de l'Occident rendaient 
tour à tour témoignage au mystère, en accep- 
tant la fête qui l'exprimait. 

Enfin, l'Eglise de Rome l'adopta elle-même, 
et par son concours vint rendre plus impo- 






jJ Immaculée Conception. 



44 1 



sant encore ce concert de toutes les Eglises, 
Ce fut Sixte IV qui, en 1476. rendit le 
décret qui instituait la fête de la Conception 
de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. 
Au siècle suivant, en 1 568 , saint Pie V 
publiait l'édition universelle du Bréviaire 
Romain; on y voyait cette fête inscrite au 
calendrier, comme l'une des solennités chré- 
tiennes qui doivent chaque année réunir Jes 
vœux des fidèles. Rome n'avait pas déterminé 
le mouvement de la piété catholique envers le 
mystère ; elle le sanctionnait de son autorité 
liturgique, comme elle l'a confirmé, dans ce 
derniers temps, de son autorités doctrinale. 

Les trois grands Etats de l'Europe catho- 
lique, l'Empire d'Allemagne, la France et 
l'Espagne , se signalèrent , chacun à sa 
manière, par les manifestations de leur piété 
envers Marie immaculée dans sa Conception. 
La- France, par l'entremise de Louis XIV, 
obtint de Clément IX que la fête serait célé- 
brée avec Octave dans le royaume : faveur qui 
fut bientôt étendue à l'Eglise universelle par 
Innocent XII. Déjà , depuis des siècles, la 
Faculté de théologie de Paris astreignait tous 
ses Docteurs à prêter serment de soutenir 
le privilège de Marie, et elle maintint cette 
pieuse pratique jusqu'à son dernier jour. 

L'empereur Ferdinand III , en 1647, ^ 
élever sur la grande place de Vienne une 
splendide colonne couverte d'emblèmes et 
de figures qui sont autant de symboles de la 
victoire que Marie a remportée sur le péché, 
et surmontée de la statue de notre Reine 
immaculée, avec cette pompeuse et catholi- 
que inscription : 



442 L'Avent. 



AU DIEU TRES BON ET TRES GRAND, 

MONARQUE DU CIEL ET DE LA TERRE, 

PAR QUI REGNENT LES ROIS; 

A LA VIERGE MERE DE DIEU, 

IMMACULÉE DANS SA CONCEPTION, 

PAR QUI LES PRINCES COMMANDENT, 

QUE L'AUTRICHE A CHOISIE AVEC AMOUR 

POUR SOUVERAINE ET PATRONNE j 

FERDINAND III AUGUSTE 

CONFIE, DONNE, CONSACRE SOI-MÊME, 

SES ENFANTS , SES PEUPLES , SES ARMÉES , 

SES PROVINCES, 

ENFIN TOUT CE QU IL POSSÈDE, 

ET ÉRIGE POUR ACCOMPLIR UN VŒU. 

CETTE STATUE, 

EN SOUVENIR ÉTERNEL l . 

L'Espagne dépassa tous les Etats catho- 
liques par son zèle pour le privilège de 
Marie. Dès l'année i3q8, Jean I er , roi d'Ara- 
gon , donnait une charte solennelle pour 
mettre sa personne et son royaume sous la 
protection de Marie conçue sans péché. Plus 
tard, les rois Philippe III et Philippe IV 
faisaient partir pour Rome des ambassades 
qui sollicitaient en leur nom la solennelle 
décision que le ciel, dans sa miséricorde, 
avait réservée pour nos temps. Charles III, 

I. D. O. M. supremo cœli ternxque imperatori, per 
quem reges régnant : Virgini Deiparç immaculata- 
concepts, per quam principes imperant, in peculiarem 
Dominam, Austriœ Patronam . singulari pietate sus- 
ceptaî, se. libères, populos, exercitus, provincias, om- 
nia denique confidit. donat, consecrat, et in perpetuam 
rei memoriam, statuam hanc ex veto ponit Ferdinan- 
dus III Augustus. 



L'Immaculée Conception. 4-l3 

au siècle dernier, obtenait de Clément XIII 
que la Conception immaculée devînt la fête 
patronale des Espagnes. Les habitants du 
royaume Catholique inscrivaient sur la porte 
ou sur la façade de leurs maisons la louange 
du privilège de Marie; ils se saluaient en le 
prononçant dans une formule touchante. 
Marie de Jésus, abbesse du monastère de 
rimmaculée-Conception d'Agréda, écrivait 
son livre de la Cité mystique de Dieu, dans 
lequel Murillo s'inspirait pour produire le 
chef-d'œuvre de la peinture espagnole. 

Mais il ne serait pas juste d'omettre, dans 
cette énumération des hommages rendus à 
Marie immaculée, la part immense qu'a eue 
l'Ordre Séraphique au triomphe terrestre de 
cette auguste Souveraine de la terre et des 
cieux. Le pieux et profond docteur Jean Duns 
Scot, qui le premier sut assigner au dogme 
de ia Conception immaculée le rang qu'il 
occupe dans la divine théorie de l'Incarna- 
tion du Verbe, ne mérite-t-il pas d'être 
nommé aujourd'hui, avec l'honneur qui lui 
est dû ? Et toute l'Eglise n'a-t-elle pas ap- 
plaudi à l'audience "sublime que reçut du 
Pontife la grande famille des Frères- 
Mineurs, au moment où toutes les pompes 
de la solennelle proclamation du dogme 
paraissant accomplies. Pie IX y mit le der- 
nier sceau en acceptant des mains de l'Ordre 
de Saint-François l'hommage touchant et les 
actions de grâces que lui offrait l'Ecole 
scotiste, après quatre siècles de savants tra- 
vaux en faveur du privilège de Marie ? 

En présence de cinquante-quatre Cardi- 
naux, de quarante-deux Archevêques et de 



444 UAvent. 



quatre-vingt-douze Evoques, sous les regards 
d'un peuple immense qui remplissait le plus 
vaste temple de l'univers, et avait joint sa voix 
pour implorer la présence de l'Esprit de 
vérité, le Vicaire du Christ venait de pronon- 
cer l'oracle attendu depuis des siècles; le di- 
vin Sacrifice avait été offert par lui sur la 
Confession de saint Pierre ; la main du Pon- 
tife avait orné d'un splendide diadème l'i- 
mage de la Reine immaculée ; porté sur son 
trône aérien et le front ceint de la triple 
couronne, il était arrivé près du portique de 
la basilique. Là, prosternés à ses pieds, les 
deux représentants du Patriarche Seraphique 
arrêtèrent sa marche triomphale. L'un pré- 
sentait une branche de lis en argent : c'était 
le Général des Frères-Mineurs de l'Obser- 
vance ; une tige de rosier chargée de ses 
fleurs, de même métal, brillait aux mains du 
second : c'était ie Général des Frères-Mi- 
neurs Conventuels. Lis et roses, fleurs de 
Marie, pureté et amour symbolisés dans-cette 
offrande que rehaussait la blancheur de l'ar- 
gent, pour rappeler le doux éclat de l'astre 
sur lequel se refléchit la lumière du soleil : 
car Marie « est belle comme la lune », nous 
dit le divin Cantique (vi, q). Le Pontife ému 
daigna accepter le don de îa famille Francis- 
caine, de qui l'on pouvait dire en ce jour, 
comme de l'étendard de notre héroïne fran- 
çaise, « qu'ayant été à la lutte, il était juste 
« qu'elle fût aussi au triomphe ». Et ainsi se 
terminèrent les pompes si imposantes de 
cette grande matinée du huit décembre 

MDCCCLIV. 

C'est ainsi que vous avez été glorifiée sur la 



L'Immaculée Conception. 445 

terre en votre Conception Immaculée, ô vous 
la plus humble des créatures ! Mais comment 
les hommes ne mettraient-ils pas toute leur 
joie à vous honorer, divine aurore du Soleil 
de justice ? Ne leur apportez-vous pas, en ces 
jours, la nouvelle de leur salut ? N'êtes-vous 
pas, 6 Marie, cette radieuse espérance qui 
vient tout d'un coup briller au sein même de 
l'abîme de la désolation ? Qu'allions-nous 
devenir sans le Christ qui vient nous sau- 
ver ? et vous êtes sa Mère à jamais chérie, la 
plus sainte des créatures de Dieu, la plus pure 
des vierges, la plus aimante des mères ! 

O Marie! que votre douce lumière réjouit 
délicieusement nos yeux fatigués ! De géné- 
ration en génération", les hommes se succé- 
daient sur la terre ; ils regardaient le ciel 
avec inquiétude, espérant a chaque instant 
voir poindre à l'horizon l'astre qui devait les 
arracher à l'horreur des ténèbres; mais la 
mort avait fermé leurs yeux, avant qu'ils 
eussent pu seulement entrevoir l'objet de 
leurs désirs. Il nous était réservé de voir vo- 
tre lever radieux, o brillante Etoile du ma- 
tin! vous dont les rayons bénis se réfléchis- 
sent sur les ondes de la mer, et lui apportent 
le calme après une nuit d'orages ! Oh ! pré- 
parez nos yeux à contempler l'éclat vain- 
queur du divin Soleil qui marche à votre 
suite Préparez nos cœurs; car c'est à nos 
cœurs qu'il veut se révéler. Mais, pour méri- 
ter de le voir, il est nécessaire que nos 
cœurs soient purs ; purifiez-les, 6 vous, l'Im- 
maculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes 
que l'Eglise a consacrées à votre honneur, la 
divine Sagesse a voulu que celle de votre 



44' ) L'A vent. 



Conception sans tache se célébrât dans ces 
jours de L'Avent, afin que les enfants de l'E- 
glise, songeant avec quelle divine jalousie le 
Seigneur a pris soin d'éloigner de vous tout 
contact du péché, par honneur pour celui 
dont vous deviez être la Mère, ils se préparas- 
sent eux-mêmes à le recevoir par le renonce- 
ment absolu à tout ce qui est péché et affec- 
tion au péché. Aidez-nous, 6 Marie ! à opérer 
ce grand changement. Détruisez en nous, par 
votre Conception Immaculée, les racines de 
la cupidité, éteignez les flammes de la vo- 
lupté, abaissez les hauteurs de la superbe. 
Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie 
pour son habitation, qu'afin de venir ensuite 
faire sa demeure en chacun de nous. 

O Marie ! Arche d'alliance, formée d'un 
bois incorruptible, revêtue de l'or le plus 
pur, aidez-nous à correspondre aux desseins 
ineffables du Dieu qui, après s'être glorifié 
dans votre pureté incomparable, veut main- 
tenant se glorifier dans notre indignité, et 
ne nous a arrachés au démon que pour faire 
de nous son temple et 5a demeure la plus 
chère. Venez à notre aide, ô vous qui, par la 
miséricorde de votre Fils , n'avez jamais 
connu le péché ! et recevez en ce jour nos 
hommages. Car vous êtes l'Arche de Salut 
qui surnage seule sur les eaux du déluge uni- 
versel; la blanche Toison rafraîchie par la 
rosée du ciel, pendant que la terre entière 
demeure dans la sécheresse; la Flamme que 
les grandes eaux n'ont pu éteindre; le Lis 
qui fleurit entre les épines; le Jardin fermé 
au serpent infernal ; la Fontaine scellée, dont 
la limpidité ne fut jamais troublée; la Maison 



L'Immaculée Conception. 



447 



du Seigneur, sur laquelle ses yeux sont ou- 
verts sans cesse, et dans laquelle rien de 
souillé ne doit jamais entrer ; la Cité mysti- 
que dont on raconte tant de merveilles. (Ps. 
lxxxvi.) Nous nous plaisons à redire vos 
titres d'honneur, ô Marie ! car nous vous 
aimons : et la gloire de la Mère est celle des 
enfants. Continuez de bénir et de protéger 
ceux qui honorent votre auguste privilège, 
vous qui êtes conçue en ce jour ; et bientôt 
naissez, concevez l'Emmanuel, enfantez-le et 
montrez-le à notre amour. 



AUX PREMIERES VÊPRES. 

Les cinq Psaumes que l'Eglise chante dans 
cet Office sent ceux avec lesquels elle 
a coutume de célébrer les Vêpres dans les 
solennités de Marie. 

Le premier rappelle la Royauté, le Sacer- 
doce et la suprême Judicature du Christ, 
Fils de Dieu et rlls de Marie : c'est annoncer 
déjà la haute dignité, l'incomparable pureté 
de celle qui doit le donner au monde. 



. \rous êtes toute 

ANT - V belle, ô Marie, et 

la tache originelle n'estpoint 

en vous. 



Axt. Tota pulchra 

1 es, Maria, et 

macula originalis non est 



PSAUME CIX. 



CELUI qui est le Seigneur 
a dit à son Fils, mon Sei- 
gneur : Asseyez-vous à ma 
droite, et régne~ avec moi, 

Jusqu'à ce que je fasse de 
vos ennemis l'escabeau de 
vos pieds. 



DrxiT Dominus Domi- 
no meo : * Sede a 
dextris meis, 

Donec ponam inimicos 
tuos : * scabellum pedum 
tuorum. 



448 



L'A vent. 



Yirgam virtutis lux 
émît te t Dominusex Sion: 

* dominare inmcdioini- 
micorum tuorum. 



Tecum principium in 
die virtutii tuae. in sp!en- 
doribus sanctorum : * Ex 
utero ante luciferum ge- 
nui te. 

Juravit Dominus , et 
nen pœnitebit eum : * Tu 
es Sacerdos in œternum 
secundum ordinem Mel- 
chisedech. 

Dominus a dextris tuis: 
* confregit in die ira; suae 
reges. 



Judicabit in nationi- 
bus, implebit ruinas : * 
conquassabit capita in 
terra multorum. 

De torrente in via bi- 
bet : * propterea exalta- 
bit caput. 



Ant. Tota pulchra es. 
Maria, et macula origi- 
nalis non est in te. 



Ant. 



ESTIMENTUM 

tuum can- 
didum quasi nix, et fa- 
ciès tua sicut sol. 



O Christ ! le Seigneur vo- 
tre Père fera sortir de Sion le 
sceptre de votre force : c'est 
Je là que vous partirez, pour 
dominer au milieu de vos 
ennemis. 

La principauté éclatera en 
vous, au jour de votre force, 
au milieu des splendeurs des 
saints : car le Père vous a dit : 
Je vous ai engendré de mon 
sein avant l'aurore. 

Le Seigneur l'a juré, et sa 
parole est sans repentir : il a 
dit en vous parlant : Dieu- 
homme, vous êtes Prêtre à ja- 
mais, selon l'ordre de Mel- 
chisédech. 

O Père ! le Seigneur votre 
Fils est donc à votre droite ; 
c'est lui qui au jour de 
sa colère viendra juger les 
rois. 

Il jugera aussi les nations : 
dans cet avènement terrible, 
il consommera la ruine du 
monde et brisera contre terre 
la tète de plusieurs. 

Maintenant, il vient dans 
l'humilité ; il s'abaissera pour 
boire l'eau du torrent des 
afflictions ; mais c'est pour 
cela même qu'un jour il élè- 
vera la tète. 

Ant. Vous êtes toute belle, 
6 .Marie, et la tache originel- 
le n'est point en vous. 



Ant. V 



OTRE vêtement est 
blanc comme la 
neige, et votre visage écla- 
tant comme le soleil. 



IS Immaculée Conception. 



440 



Le second Psaume célèbre la grandeur de 
2/ieu, et en même temps nous le montre 
attentif à considérer les cœurs humbles du 
haut du ciel. L'humilité de Marie l'a attiré 
rïi elle, et il l'a établie Reine de l'univers. 
Elle est demeurée vierge, et le Seigneur l'a 
faite mère d'une famille innombrable. 



PSAUME 

Serviteurs du Seigneur , 
faites entendre ses louan- 
ges : célébrez le Nom du 
Seigneur. 

Que le Nom du Seigneur 
soit béni, aujourd'hui et jus- 
que dans l'éternité. 

De l'aurore au couchant, 
le Nom du Seigneur doit être 
à jamais célébré. 

Le Seigneur est élevé au- 
dessus de toutes les nations; sa 
gloire est par delà les cieux. 

Qui est semblable au Sei- 
gneur notre Dieu , dont la 
demeure est dans les hau- 
teurs ? C'est de là qu'il abais- 
se ses regards sur les choses 
les plus humbles dans le ciel 
et sur la terre. 

C'est de là qu'il soulève de 
terre l'indigent, qu'il élève le 
pauvre de dessus le fumier, 
où il languissait ; 

Pour le placer avec les 
princes, avec les princes mê- 
me de son peuple. 

C'est lui qui fait habiter 
pleine de joie dans sa mai- 
son celle qui auparavant fut 
stérile, et qui maintenant est 
mère de nombreux enfants. 



CXII. 

Laudate. pueri, Domi- 
num : * laudate No- 
men Domini. 

Sit Nomen Domini be- 
nedictum : * ex hoc nunc 
et usque in saeculum. 

A solis ortu usque ad 
occasum : * laudabile 
Nomen Domini. 

Excelsus super omnes 
gentes Dominus : * et 
super ccelos gloria cjus. 

Quis sicut Dominus 
Deus noster qui in altis 
habitat : * et humilia res- 
picit in ccelo et in terra ? 



Suscitans a terra ino- 
pem : *et de stercore eri- 
gens pauperem. 

Ut collocet eura cum 
principibus : * cum prin- 
cipibus populi sui. 

Qui habitare facit ste- 
rilem in domo : * matrem 
filiorum laetantem. 



4>o 



L'A vent. 



Ant. Vestimentum 
tuum candidum quasi 
nix, et faciès tua sicut 
sol. 



Ant. 



lorij 



Jeru- 
tu Ix- 

titia Israël, tu honorifi- 
centia populi nostri. 



T u 3 

1 salem 



Ant. Votre vêterr.^ac est 
blanc comme la neige, et vo- 
tre visage éclatant comme le 
soleil. 



Ant. 

joie d'Israël 
notre peuple. 



Vous êtes la gloire 
de Jérusalem, la 



l'honneur de 



Le troisième Psaume chante la gloire de 
Jérusalem, Cite de Dieu: Marie, demeure du 
Très-Haut, était figurée par cette cité bénie. 
C'est en elle, en l'admiration que font naître 
ses grandeurs, en la confiance qu'inspire son 
inépuisable bonté , que se réunissent ^ les 
enfants de l'Eglise qui aussi est la Cité de 
Dieu. 



PSAUME CXXI. 



L.CTATUS sum in his 
quœ dicta sunt mihi : 

* In domum Domini ibi- 
mus. 

Stanteserant pedes no- 
stri : * inatriis tuis Jéru- 
salem. 

Jérusalem quae œdifi- 
catur ut civitas : * cujus 
participatio ejus in idip— 
sum. 

Illucenim ascenderunt 
tribus, tribus Domini : 

* testimonium Israël ad 
confitendum Nomini Do- 
mini. 

Quia illic sederunt se- 
des in judicio : 



JE me suis réjoui quand on 
m'a dit : Nous irons vers 
Marie, la maison du Sei- 
gneur. 

Nos pieds se sont fixés 
dans tes parvis, ô Jérusalem! 
notre cœur dans votre amour, 
.\farie .' 

M.irie. semblable à Jérusa- 
lem, est bâtie comme une Ci- 
té : tous ceux qui habitent 
dans son amour sont unis et 
liés ensemble. 

C'est en elle que se sont 
donné rendez-vous les tribus 
du Seigneur, selon l'ordre 
qu'il en a donné à Israël, 
pour y louer le Nom du Sei- 
gneur. 

Là, sont dressés les sièges 
de la justice, les trônes de la 



V Immactdcc Conception. 



4SI 



maison de David ; et Marie 
e;t la fille des Rois. 

Demandez à Dieu par Ma- 
rie la paix pour Jérusalem : 
que tous les biens soient pour 
ceux qui t'aiment, 6 Eglise ! 
Voix de Marie : Que la 
paix règne sur tes remparts, 
o nouvelle Sion ! et l'abon- 
dance dans tes forteresses. 

Moi, fille J'hr.iëi, je pro- 
nonce sur toi des paroles de 
paix, à cause de mes frères et 
de mes amis qui sont au mi- 
lieu de toi. 

Parce que tu es la maison 
du Seigneur notre Dieu, j'ai 
appelé sur toi tous les biens. 

Ant. Vous êtes la gloire 
de Jérusalem, la joie d'Israël, 
l'honneur de notre peuple. 



Ant. 



'OUS êtes bénie, 



Y Vierge Marie. 
par le Seigneur Dieu Très- 
Haut, plus que toute 
femmes de la terre. 



les 



super domum David. 

Rogate qua; ad paeem 
sunt Jérusalem : * et 
abundantia diligentibus 
te. 

Fiat pax in virtutetua; 
* et abundantia in turri- 
bus luis. 

Propter fratres meos 
et proximos meos : * lo- 
quebar pacem de te. 



Propter domum Domi- 
ni Dei nostri : * quaesi- 
vi bona tibi. 

Ant. Tu gloria Jéru- 
salem, tu laetitia Israël, 
tu honorificentia populi 
nostri. 



enedicta es 
tu . Virgo 



Ant. g 

Maria, a Domino Deo 
excelso , pras omnibus 
mulieribus super terram. 



Le Psaume suivant est employé dans l'Of- 
fice de la Sainte Vierge à cause de l'allusion 
qu'il fait à une Maison que Dieu même a 
bâtie, à une Cité dont il se fait le gardien. 
Marie est cette Maison que Dieu a construite 
pour lui-même, cette Cité qu'il a protégée 
contre toute insulte de l'ennemi. 



psaume cxxvi. 



SI le Seigneur ne bâtit la I x j isi 
Maison, en vain travail- IN a 



Dominus jedifi- 
caverit domum : ' 



432 



L'A vent. 



In vanum laboraverunt 
qui cedificant eam. 

Nisi Dominus custo- 
dierit civitatem : * frus- 
tra vigilat qui custodit 
eam. 

Vanum est vobis ante 
lucetn surgere : * surgite 
postquam sederitis, qui 
manducatls panem dolo- 
ris. 

Cum dederit dilectis 
suis somnnm : * ecce has- 
reditas Domini. filii : 
merces, fructus ventris. 



Sicut sagittas in manu 
potentis : * ita filii ex- 
cussorum. 

Beatus vir, qui imple- 
vit desiderium suum ex 
ipsis : * non confundetur 
cum loquetur inimicis 
suis in porta. 

Ant. Be-nedicta es tu, 
Virgo Maria, a Domino 
Deo excelso, pras omni- 
bus mulieribus super ter- 
rain. 



Ant. 



RAHE nos 

V 



1 virgoimma- 
culata . post te curremus 
in odorem unguentorum 
tuorum. 



lent ceux qui la bâtissent. 

Si le Seigneur ne garde la 
Cité, inutilement veilleront 
ses gardiens. 

En vain vous vous lèveriez 
avant le jour: mais levez-vous 
après le repos, vous qui man- 
gez le pain de la douleur. 

Le Seigneur donnera un 
sommeil tranquille à ceux 
qu'il aime : des fils, voilà 
l'héritage que le Seigneur 
leur destine ; le fruit des en- 
trailles, voilà leur récom- 
pense. 

Comme des flèches dans 
une main puissante, ainsi se- 
ront les fils de ceux que l'on 
opprime. 

Heureux l'homme qui en a 
rempli son désir ! il ne sera 
ras confondu, quand il par- 
lera à ses ennemis aux portes 
de la ville. 

Ant. Vous êtes bénie, ô 
Vierge Marie, par le Sei- 
gneur Dieu Très-Haut, plus 
que toutes les femmes de ka 
terre. 



A a TT IREZ-NO US, 

A Vierge immacu- 
lée ; nou5 courrons sur vos 
pas.à l'odeurde vos parfums. 



C'est encore Marie, Cité mystique de Dieu, 
que l'Eglise a en vue dans lé choix qu'elle a 
fait aujourd'hui du beau Psaume suivant. Le 



L'Immaculée Conception. 



453 



Seigneur, en ce jour, a fortifié les portes de 
sa Cité chérie ; l'ennemi n'a pu y pénétrer. 
Dieu devait ce secours à celle par qui il,a 
envoyé son Verbe à la terre. 



PSAUME CXLVII. 



Marie, vraie Jérusalem, 
chantez le Seigneur ■ 
Marie, sainte Sion, chantez 
votre Dieu. 

C'est lui qui fortifie contre 
le péché les serrures de vos 
portes ; il bénit les fils nés 
en votre sein. 

Il a placé la paix sur vas 
frontières ; il vous nourrit de 
la fleur du froment, Jésus, le 
Pain de vie. 

Il envoie par vous son Ver- 
be à la terre ; sa Parole par- 
court le monde avec rapi- 
dité. 

Il donne la neige comme 
des flocons de laine : il ré- 
pand les frimas comme la 
poussière. 

Il envoie le cristal de la 
glace semblable à un pain lé- 
ger : qui pourra résister de- 
vant le froid que son souffle 
répand? 

Mais bientôt il envoie son 
Verbe en Marie ; et cette 
glace si dure se fond à sa 
chaleur : l'Esprit de Dieu 
souffle, et les eaux reprennent 
leur cours. 

Il a donné son Verbe à Ja- 
cob, sa loi et ses jugements à 
Israël. 

Jusqu'aux jours oit nous 



Latjda, Jérusalem, Do- 
minum : * lauda 
Deum tuum, Sion. 

Quoniam confortavit 
seras portarum tuarum : 
* benedixit filiis tuis in 
te. 

Qui posuit fines tuos 
pacem ; * et adipe fru- 
menti satiat te. 

Qui emittit eloquium 
suum terne : * velociter 
currit sermo ejus. 

Qui dat nivem sicut la- 
nam : * nebulam sicut ci- 
nerem spargit. 

Mittit crystallumsuam 
sicut buccellas : * ante 
faciem frigoris ejus quis 
sustinebit ? 

Emittet verbum suum, 
et liquefaciet ea : * flabit 
spiritus ejus, et fluent 
aquas. 



Qui annuntiat verbum 
suum Jacob : * justitias, 
et judicia sua Israël. 

Non fecit taliter omni 



4$4 



L'A vent. 



natiuni : * et judicia sua 
non manifestavit eis. 



sommes, il n avait point trai- 
té de la sorte toutes les na- 
tions, et ne leur avait pas 



manifesté ses décrets. 

A.\ r. Attirez-nous, Vier- 
ge immaculée ; nous cour- 
rons sur vos pas, à l'odeur de 
vos parfums. 



Ant. Trahe nos. Yir- 
go immaculata : post te 
curremus in odorem un- 
guentorum tuorura. 

Le Capitule est un passage du livre des 
Proverbes de Salomon, dans lequel on entend 
la divine Sagesse, le Fils de Dieu, déclarer 
l'éternité du dessein de l'Incarnation. L'E- 
glise met aujourd'hui ces mêmes paroles 
dans la bouche de Marie, parce que cette 
créature privilégiée a été décrétée comme 
Mère de l'Homme-Dieu, avant tous les temps. 

{Prov. vin.) 

Le Seigneur m'a possédée 
dès le commencement de 
ses voies, avant qu'il créât 
aucune chose au commence- 
ment. J'ai été établie dès l'é- 
ternité, et de toute antiquité, 
avant que la terre fût créée. 
Les abimes n'étaient pas en- 
core, et déjà j'étais conçue. 



CAPITULE 

^OMIM'S possedi: me 

in initio viarumsua- 

rum , antequam quid- 



D° 



quam faceret a principio: 
ab asterno ordinata sum, 
et ex antiquis antequam 
terra fieret : nondum 
erant abyssi, et ego jarn 
concepta eram. 



L'Hymne est cet antique chant de la catho- 
licité, qui s'entend à toutes les fêtes de Marie : 
cantique de confiance et de tendresse et 
d'une incomparable fraîcheur, que les vierges 
sacrées aiment à faire retentir sous l'abri 
mystique du cloître, et le nautonnier chrétien 
au milieu des mugissements de la tempête. 



Ave. mans'stella, 
Dei 



Mater aima, 



SALUT astre des mers, 
.Mère de Dieu féconde 1 



L'Immaculée Conception. 



455 



Salut, ô toujours Vierge, 
Porte heureuse du ciel ! 

Vous qui de Gabriel 
Avez reçu l'Ave, 
Fondez-nous dans la paix, 
Changez le nom d'Eva. 

Délivrez les captifs, 
Eclairez les aveugles, 
Chassez loin tous nos maux, 
Demandez tous les bLens. 

Montrez en vous la Mère : 
Vous-même offrez nos vœux 
Au Dieu qui, né pour nous, 
Voulut naitre de vous. 



O Vierge incomparable, 
Vierge douce entre toutes; 
Affranchis du péché, 
Rendez-nous doux et chastes. 

Donnez vie innocente, 
Et sur pèlerinage, 
Pour qu'un jour soit Jésus 
Notre liesse à tous. 

Louange à Dieu le Père, 
Gloire au Christ souverain ; 
Louange au Saint-Esprit ; 
Aux trois un même honneur. 

Amen. 

f. C'est aujourd'hui la 
Conception immaculée de la 
sainte Vierge Marie, 

\\. Qui, de son pied virgi- 
nal, a brisé la tête du ser- 
pent. 



Atque semper Virgo, 
Félix cœli porta. 

Sumens illud Ave 
Gabrielis ore, 
Funda nos in pace, 
Mutans Evae nomen. 

Solve vincla reis, 
Profer lumen caecis, 
Ma!a nostra pelle, 
Bona cuncta posce. 

Monstra te esse Ma- 
trem, 
Sumat per te preces, 
Qui pro nobis natus, 
Tulit esse tuus. 

Virgo singularis, 
Inter omnes mitis, 
Nos culpis solutos 
Mites fac et castos. 

Vitam praesta puram, 
Iter para tutum ; 
Ut videntes Jesum, 
Semper collaetemur. 

Sit laus Deo Patri, 
Summo Christo decus, 
Spiritui Sancto, 
Tribus honor unus. 

Amen. 

f. Immaculata Con- 
ceptio est hodie sanctae 
Marias Virginis, 

^. Quaî serpentis ca- 
put Virgineo pede con- 
trivit. 



*56 



L'Avenî. 



antienne de Magnificat 



eatam medi- 
omnes 
generatione*, quia fecit 
mihi magna qui potens 
est. Alléluia. 



Toutes les géné- 
rations m'appel- 



Ant. 

leront bienheureuse ; car 
celui qui est puissant a fait 



en moi de 
Alléluia. 



grandes choses. 



as, qui pei 
culatam Yirginis Con- 
ceptionem digoum Filio 
tuo hahitaculum praepa- 
rasti : quœsumus, ut qui 
ex morte ejusdem Filii 
tui praevisa . eam ab 
omni labe praeservasti. 
nos quoque mundos ejus 
intercessione ad te per- 
venire concédas. Per 
eumdem Christum Do- 
minum nostrum. Amen. 



O Dieu, qui, par l'Imma- 
culée Conception de la Vier- 
ge, avez préparé une digne 
habitation à votre Fils, nous 
vous supplions, vous qui. en 
vue de la mort de ce même 
Fils, l'avez préservée de tou- 
te tache, de nous faire la 
grâce d'arriver jusqu'à vous 
purifiés par son intercession. 
Par le même Jésus-Christ 
notre Seigneur. Amen. 



On fait ensuite mémoire de l'Avent, par 
l'Antienne, le Verset et l'Oraison du temps. 



A LA MESSE. 

L'Introït est un chant d'actions de grâces 
emprunté à Isaie et à David. Marie 
célèbre les dons supérieurs dont Dieu l'a 
honorée et la victoire qu'il lui a donnée sur 
l'enter. 



Gaudens gaudebo in 
Dumino, et exsul- 



IE me réjouirai dans le Sei- 
gneur, et mon âme très- 



U Immaculée Conception. 



45? 



saillera en mon Dieu : car 
il m'a revêtue des vêtements 
du salut, et il m'a entourée 
d'une parure de sainteté 
comme une épouse ornée de 
ses joyaux. 

Ps. Je vous célébrerai, Sei- 
gneur, parce que vous m'a- 
vez protégée et que vous 
n'avez pas permis à mes 
ennemis de triompher de 
moi. Gloire au Père. Je me 
réjouirai. 

La Collecte présente l'application morale 
du mystère. Marie a été préservée de la tache 
originelle, parce qu'elle devait être l'habi- 
tation du Dieu trois fois Saint. Que cette 
pensée nous engage à recourir à la bonté 
divine pour en obtenir la purification de nos 
âmes. 

COLLECTE. 



tabit anima mea in Deo 
meo : quia induit meves- 
timentis salutis, et indu- 
mento justitiœ circum- 
dedit me. quasi sponsam 
ornatam monilibus suis. 
Ps. Exaltabo te, Do- 
mine, quoniam susce- 
pisti me : nec delectasti 
inimicos meos super me. 
Gloria Patri- Gaudens 
gaudebo. 



ODieu. qui. par l'Imma- 
culée Conception de la 
Vierge, avez préparé une 
digne habitation à votre Fils, 
nous vous supplions, vous 
qui. en vue de la mort de ce 
même Fils, l'avez préservée 
de toute tache, de nous faire 
!a grâce d'arriver jusqu'à 
vous purifiés par son inter- 
cession. Par le même Jésus- 
Christ notre Seigneur. 
Amen. 



DEUS, qui per imma- 
culatam Virginis 
Conceptionem dignum 
Filio tuo habitaculum 
praeparasti : quœsumus, 
ut qui ex morte ejusdem 
Filii tui praevisa, eam 
ab omni labe praeser- 
vasti. nos quoque mun- 
dos ejus intercessione ad 
te pervenire concédas. 
Per eumdem Christum 
Dominum nostrum. 
Amen. 



On fait ici la mémoire de l'Avent, par la 
Collecte du Dimanche précédent. 



45 S 



L'A vent. 



Lectio libri Sapientia?. 
Prov. Cap. VI II. 

Dominus possedit me 
in initio viarum sua- 
rum , antequam quid- 
quamfaceret a principio. 
Àb œterno ordinata sum. 
et ex antiquis, antequam 
terra fieret. Xondum 
erant abyssi, et ego jam 
concepta eram : necdu.n 
fontes aquarum era- 
perant ; necdum mon- 
tes gravi mole cons- 
titerant : ante colles ego 
parturiebar : adhuc ter- 
ra m non fecerat, et flu- 
mina, et cardines orbis 
terroe. Quando praepa- 
rabat cœlos , aderam : 
quando certa lege , et 
gyro vallabat abyssos : 
quando œihera firmabat 
sursum. et librabat fon- 
tes aquarum: quando 
circumdabat mari termi- 
nura suum. et legem po- 
nebat aquis, ne transi- 
rent fines suos : quando 
appendebat fundamenta 
terra: cum eo eram cuncta 
componens : et delecta- 
bar per singulos dies , 
ludens coram eo omni 
tempore. ludens in orbe 
terrarum : et deliciœ 
mes, esse cum filiis ho- 
minum. Nunc ergo, filii, 
audite me : Beati qui 
custodiunt vias meas. 



Lecture du livre de la Sa- 
gesse. Prov. Chap. VIII. 
LE Seigneur m'a possédée 
au commencement de ses 
voies, avant qu'il créât au- 
cune chose au commence- 
ment. J'ai été établie dès l'é- 
ternité et de toute antiquité, 
avant que la terre fût créée. 
Les abîmes n'étaient point 
encore, et déjà j'étais conçue; 
les fontaines n'avaient point 
encore répandu leurs eaux ; 
la pesante masse des mon- 
tagnes n'était pas encore 
formée : j'étais enfantée avant 
les collines : il n'avait point 
encore créé la terre, ni les 
fleuves , ni les pôles du 
monde. Lorsqu'il préparait 
les cieux. j'étais présente ; 
lorsqu'il environnait les abî- 
mes de cette circonférence 
qui a de si justes proportions ; 
lorsqu'il affermissait l'air au- 
dessus de ia terre, et qu'il 
pesait comme dans une 
balance les eaux des fontaines; 
lorsqu'il renfermait la mer 
- bornes et qu'il im- 
posait une loi aux eaux, afin 
qu'elles ne franchissent point 
leurs limites ; lorsqu'il fon- 
dait la terre sur son propre 
poids, j'étais avec lui et je 
réglais toutes choses. Je pre- 
nais plaisir chaque jour, me 
jouant sans cesse devant lui, 
me jouant dans l'univers : et 
mes délices sont d'être avec 



L'Immaculée Concepti 



459 



les enfants des hommes. Main- 
tenant donc, ô mes enfants ! 
écoutez-moi : Heureux ceux 
qui cardent mes voies ! Ecou- 
tez mes instructions , soyez 
sages, et ne les rejetez pas. 
Heureux celui qui m'écoute, 
qui veille tous les jours à 
l'entrée de ma maison, et qui 
se tient tout prêt à ma porte ! 
Celui qui m'aura trouvé trou- 
vera la vie, et il puisera le 
salut dans le Seigneur. 



Audite disciplinam, et 
estote sapientes, et no- 
lite abjicere eam. Beatus 
homo qui audit me, et 
qui vigilat ad fores meas 
quotidie, et observât ad 
postes ostii mei. Qui me 
invenerit, inveniet vitam; 
et hauriet salutem a 
Domino. 



L'Apôtre nous enseigne que Jésus, notre 
Emmanuel, est le premier-né de toute créa- 
ture. (Coloss. i, i5.) Ce mot profond signifie 
non seulement qu'il est, en tant que Dieu, 
éternellement engendré du Père ; mais il 
exprime encore que le Verbe divin, en tant 
qu'homme , est antérieur à tous les êtres 
créés. Cependant ce monde était sorti du 
néant, le genre humain habitait cette terre 
depuis déjà quatre mille ans, lorsque le Fils 
de Dieu s'unit à une nature créée. C'est donc 
dans l'intention éternelle de Dieu, et non 
dans l'ordre des temps, qu'il faut chercher 
cette antériorité de l'Homme-Dieu sur toute 
créature. Le Tout-Puissant a d'abord résolu 
de^ donner à son Fils éternel une nature 
créée, la nature humaine, et, par suite de 
cette résolution , de créer pour être le 
domaine de cet Homme-Dieu, tous les êtres 
spirituels et corporels. Voilà pourquoi la 
divine Sagesse, le Fils de Dieu, dans le pas- 
sage de l'Ecriture que l'Eglise nous propose 
aujourd'hui et que nous venons de lire, 
insiste sur sa préexistence à toutes les créa- 



460 L'A vent. 



turcs qui forment cet univers. Comme Dieu, 
il est engendré de toute éternité au sein de 
son Père; comme homme, il était dans la 
pensée de Dieu le type de toutes les créatu- 
res, avant qu'elles fussent sorties du néant. 
Mais le Fils de Dieu, pour être un homme 
de notre filiation , ainsi que l'exigeait le 
décret divin, devait naître dans le temps, et 
naître d'une Mère: cette Mère a donc été pré- 
sente éternellement à la pensée de Dieu 
comme le moyen par lequel le Verbe pren- 
drait la nature humaine ; le Fils et la Mère 
sont donc unis dans le même plan de l'In- 
carnation; Marie était donc présente comme 
Jésus dans le décret divin, avant que la 
création sortît du néant. Voilà pourquoi, 
dès les premiers siècles du christianisme, la 
sainte Église a reconnu la voix de la Mère 
unie à celle du Fils dans ce sublime passage 
du livre sacré, et a voulu qu'on le lût dans 
l'assemblée des fidèles, ainsi que les autres 
passages analogues de l'Ecriture , aux 
solennités de la Mère de Dieu. Mais si Marie 
importe à ce degré dans le plan éternel ; si, 
comme son 61s, elle est, en un sens, avant 
toute créature , Dieu pouvait-il permettre 
qu'elle fût sujette à la flétrissure originelle 
encourue par la race humaine ? Sans cloute, 
elle ne naîtrait qu'à son tour, ainsi que son 
fils, dans le temps marqué; mais la grâce 
détournerait le cours du torrent qui entraîne 
tous les hommes, afin qu'elle n'en fût pas 
même touchée , et qu'elle transmît à son 
fils qui devait être aussi le Fils de Dieu, 
l'être humain primitif qui fut créé dans la 
sainteté et dans la justice. 



V Immaculée Conception 



461 



Le Graduel est formé des éloges que les 
anciens de Béthulie adressèrent à Judith, 
après qu'elle eut frappé l'ennemi de son 
peuple. Judith est un des types de Marie qui 
a brisé la tète du serpent. 

Le Verset alléluiatique applique à Marie 
les paroles du divin Cantique où l'Epouse de 
Dieu est déclarée toute belle et sans tache. 



GRADUEL. 



Vous 
M 



arie, par le Seigneur 



rous êtes bénie, ô Vierge 
par le Si 
Dieu Très-Haut, plus que 
toutes les femmes qui son: 
sur la terre. 

j^. Vous êtes la gloire de 
Jérusalem, la joie d'Israël, 
l'honneur de notre peuple. 

Alléluia, alléluia. 

f. Vous êtes toute belle, ô 
Marie, et la tache originelle 
n'est point en vous. Alléluia. 



Ben'edicta es tu,Virgp 
Maria, a Domino 
Deo excelso pras omni- 
bus mulieribus super 
terram. 

f. Tu gloria Jérusalem, 

tu laetitia Israël, tuhono- 

rihcentia populi nostri. 

Alléluia, aileluia. 

$. Tota pulchra es, 

Maria, et macula origi- 

nalis non est in te. Alle- 

i luia. 



La suite du saint Evangile 
selon saint Luc. Chap. 1. 

EN ce temps-là, l'Ange Ga- 
briel fut envoyé de Dieu 
dans une ville de Galilée 
appelée Nazareth, à une 
\ ierge mariée à un homme 
de la maison de David, nommé 
Joseph, et le nom de la Vierge 
était Marie. Et l'Ange étant 
entre où elle était, lui dit : 
Salut, ô pleine de grâce I Le 
Seigneur est avec vous ; vous 



Sequentia sancti Evange- 
lii secundum Lucam. 
Cap. I. 

IN il lo tempore : Mis- 
sus est Angélus Ga- 
briel a Deo in civitatem 
Galila?a;.cui nomenXaza- 
reth, ad Virginem des- 
ponsatam viro, cui nomen 
erat Joseph, de domo 
David : et nomen Virgi- 
nis. Maria. Et ingressus 
Angélus ad eam, dixit : 
Ave.gratia plena; Domi- 



j.')2 L'A vent. 

nus tecum : benedicta tu ! êtes bénie entre les femmes, 
in mulieribus. 

Telle est la salutation qu'apporte à Marie 
l'Archange descendu du ciel. Tout y respire 
l'admiration et le plus humble respect. Le 
saint Evangile nous dit qu'à ces paroles la 
Vierge se sentit troublée, et qu'elle se deman- 
dait à elle-même ce que pouvait signifier une 
telle salutation. Les saintes Ecritures en re- 
produisent plusieurs autres, et, comme le 
remarquent les Pères, saint Ambroise, saint 
André de Crète, à la suite d'Origène, il n'en 
est pas une seule qui contienne de tels éloges. 
La Yierçe prudente dut donc s'étonner d'être 
le sujet cl'un langage si flatteur, et ainsi que le 
remarquent les "auteurs de l'antiquité, elle 
dut penser au colloque du jardin entre Eve 
et le serpent. Elle se retrancha donc dans le 
silence, et attendit, pour répondre, que l'Ar- 
change eût parlé une seconde fois. 

Néanmoins Gabriel avait parlé non seule- 
ment avec toute l'éloquence, mais avec toute 
la profondeur d'un Esprit céleste initié aux 
pensées divines ; et, dans son langage surhu- 
main, il annonçait que le moment était venu 
où Eve se transformait en Marie. Une femme 
était devant lui, destinée aux plus sublimes 
grandeurs, une future Mère de Dieu ; mais, à 
cet instant solennel, Marie n'était encore 
qu'une fille des hommes. Or, dans ce premier 
état, mesurez la sainteté de Marie telle que 
Gabriel la décrit ; vous comprendrez alors que 
l'oracle divin du paradis terrestre a déjà reçu 
en elle son accomplissement. 

L'Archange la procl une pleine de grâce. 



L'Immaculée Conception. 



46? 



Qu'est-ce à dire ? sinon que la seconde femme 
possède en elle l'élément dont le péché priva 
la première. Et remarquez qu'il ne die pas 
seulement que la grâce divine agit en elle, 
mais qu'elle en est remplie. ce Chez d'autres 
ce réside la grâce, dit notre saint Pierre Chrv- 
cc sologue, mais en Marie habite la plénitude 
0: de la grâce. » En elle tout est resplendis- 
sant de la pureté divine, et jamais le péché 
n'a répandu son ombre sur sa beauté. Vou- 
lez-vous connaître la portée de l'expression 
angélique ? Demandez-la à la langue même 
dont s'est servi le narrateur sacré d'une telle 
scène. Les grammairiens nous disent que le 
mot unique qu'il emploie dépasse encore ce 
que nous exprimons parce pleine de grâce ». 
Non seulement il rend l'état présent, mais 
encore le passé, mais une incorporation na- 
tive de la grâce, mais son attribution pleine 
et complète, mais sa permanence totale. Il a 
fallu affaiblir le terme en le traduisant. 

Que si nous cherchons un texte analogue 
dans les écritures, arin de pénétrer les termes 
de la traduction au moyen d'une confronta- 
tion, nous pouvons interroger l'Evangéliste 
saint Jean. Parlant de l'humanité du Verbe 
incarné, il la caractérise d'un seul mot : il dit 
qu'elle est ce pleine de grâce et de vérité ». 
Mais cette plénitude serait-elle réelle, si elle 
eût été précédée d'un moment où le péché 
tenait la place de la grâce ? Appellera-t-on 
plein de grâce, celui'qui aurait eu besoin 
d'être purifié ? Sans doute il faut tenir compte 
respectueusement de la distance qui sépare 
l'humanité du Verbe incarné de la personne 
de Marie au sein de laquelle le Fils de Dieu 



464 L'A vent. 



a puisé cette humanité ; mais le texte sacré 
nous oblige à confesser que la plénitude de la 
grâce a régné proportionnellement dans l'une 
et dans l'autre. 

Gabriel continue d'énumérer les richesses 
surnaturelles de Marie. « Le Seigneur est 
avec vous », lui dit-il. Qu'est-ce à dire ? 
sinon qu'avant même d'avoir conçu le Sei- 
gneur dans son chaste sein. Marie le possède 
déjà dans son âme. Or, ces paroles pourraient- 
elles subsister, s'il fallait entendre que cette 
société avec Dieu n'a pas été perpétuelle, 
qu'elle ne s'est établie qu'après l'expulsion 
du péché ? Qui oserait le dire ? Qui oserait 
le penser, lorsque le langage de l'Archange 
est d'une si haute gravité"? Qui ne sent ici I e 
contraste entre Eve que le Seigneur n'habite 
plus, et la seconde femme qui, l'ayant reçu 
en elle comme Eve, dès le premier moment 
de son existence, l'a conservé par sa fidélité, 
étant demeurée telle qu'elle* fut dès le com- 
mencement ? 

Pour mieux saisir encore l'intention du 
discours de Gabriel qui vient déclarer l'ac- 
complissement de l'oracle divin, et signale 
ici la femme promise pour être l'instrument 
de la victoire sur Satan, écoutons les der- 
nières paroles de la salutation. « Vous êtes 
bénie entre les femmes » ; qu'est-ce à dire ? 
sinon que depuis quatre mille ans toute 
femme ayant été sous la malédiction, condam- 
née à enfanter dans la douleur, voici main- 
tenant l'unique, celle qui a toujours été dans 
la bénédiction, qui a été l'ennemie constante 
du serpent, et qui donnera sans douleur le 
fruit de ses entrailles. 



J É 



L'Immaculée Conception. 465 

La Conception immaculée de Marie est donc 
exprimée dans la salutation que lui adresse 
Gabriel ; et nous comprenons maintenant le 
motif qui a porté la sainte Eglise à faire choix 
de ce passage de l'Evangile.'pour le faire lire 
aujourd'hui dans l'assemblée deshdèles. 

Après le chant triomphal du Symbole de 
la foi, le chœur entonne l'Offertoire; il est 
formé des paroles de la Salutation de l'Ange. 
Disons à Marie avec Gabriel- Vous êtes vé- 
ritablement pleine de toute grâce. 

OFFERTOIRE. 

Salut, ô Marie, pleine de I a ve. Maria, gratia 
grâce : le Seigneur est I -t\ plena : Dominus te- 
avec vous; vous êtes bénie cum, benedicta tu in 
entre les femmes. Alléluia. ! mulieribus. Alléluia. 

SECRÈTE. 

Recevez. Seigneur, l'hostie 
de notre salut que nous 
vous offrons dans la solennité 
de la Conception immaculée 
de la bienheureuse Vierge 
Marie ; et de même que nous 
confessons qu'elle a été 
exempte de toute tache par 
votre grâce prévenante, ainsi 
daignez, par son intercession, 
nous délivrer de tous nos pé- 
chés commis. Par Jésus- 
Christ notre Seigneur. 
Amen. 



Salutarem hostiam. 
quam in solemnitate 
immaculatae Conceptio- 
nis beatae Virginis Ma- 
ria; tibi, Domine, offeri- 
mus. suscipe et pra?sta : 
ut sicut illam. tua gratia 
praeveniente. ab omni 
labe immunem profite- 
mur : ita ejus interces- 
sione a culpis omnibus 
liberemur. Per Christum 
Dominum nostrum. 
Amen. 



On fait ici mémoire - de l'Avent, par la Se- 
crète du Dimanche précédent. 

PRÉFACE. 

Dans son enthousiasme, l'Eglise ne se con- 
tente pas de la forme ordinaire de l'Action 



3o 



466 



L'A vent. 



de Grâces; elle mêle aux accents de sa joie la 
mémoire glorieuse de la Mère de Dieu, dont 
la Conception est le principe de son espé- 
rance, et annonce le lever prochain de la 
Lumière éternelle. 



C'est une chose digne et 
juste, équitable et salu- 
taire, Seigneur saint. Père 
tout-puissant, Dieu éternel, 
de vous rendre grâces en tout 
temps et en tout lieu, spécia- 
lement de vous louer, de vous 
bénir, de vous célébrer, en la 
Conception immaculée de la 
bienheureuse .Marie, toujours 
vierge. C'est elle qui a conçu 
votre Fils unique par l'opéra- 
tion du Saint-Esprit, et qui, 
sans rien perdre de la gloire 
de sa virginité, a donné au 
monde la Lumière éternelle, 
Jésus-Christ notre Seigneur: 
par qui les Anges louent 
votre Majesté, les Domina- 
tions l'adorent, les Puissances 
la révèrent en tremblant, les 
Cieux et les Vertus des Cieux, 
et les heureux Séraphins la 
célèbrent avec transport. Dai- 
gnez permettre à nos voix de 
s'unir à leurs voix, afin que 
nous puissions dire dans une 
humble confession : Saint ! 
Saint ! Saint ! 



Vere dignum et justum 
est, aequum et salu- 
tare, nos tibi semper. et 
ubique gratias agere : 
Domine sancte, Pater 
omnipotens,aeterne Deus: 
Et te in Conceptione im- 
macuiata beatae Maris 
semper virginis collau- 
dare, bened'icere. et prae- 
dicare. Quœ et Unigeni- 
tum tuum Sancti Spiritus 
obumbratione concepit : 
et virginitatis gloria per- 
manente, Lumen œternum 
mundo effudk. Jesum 
Christum Dominum nos- 
trura. Perquem Majesta- 
tem tuam laudant Ange- 
li, adorant Domina- 
tiones, tremunt Potesta- 
tes. Cœli. cœlorumque 
Virtutes. ac beata Sera- 
phim, socia exsultatione 
concélébrant. Cum qui- 
bus et nostras voces, ut 
admitti jubeas depreca- 
mur.supplici confessione 
dicentes: Sanctus ! Sanc- 
tus ! Sanctus ! 

Pendant la Communion, l'Eglise s'unit à 
David qui proclame dans un saint enthou- 
siasme les gloires et les grandeurs de la Cite 
mystique de Dieu. 



L'Immaculée Conception. 



467 



COMMUNION. 



ON a dit de vous des choses 
glorieuses, ô Marie ; 
car celui qui est puissant a 
fait de grandes choses en votre 
faveur. 



Gloriosa dicta sunt 
de te, Maria, quia 
fecit tibi magna qui po- 
tens est. 



POSTCOMMUNION. 



Daignez faire, Seigneur 
notre Dieu, que les mys- 
tères auxquels nous venons 
de participer, guérissent en 
nous les blessures de ce péché 
dont vous avez si efficacement 
préservé la Conception imma- 
culée de la bienheureuse 
Marie. ParJésus-Christ notre 
Seigneur. Amen. 

On fait ici mémoire de l'Avent, par la 
Postcommunion du Dimanche précédent. 



SACRAMENTA qU3Ë SUm- 
psimus, Domine Deus 
noster,illius in nobis cul- 
pa? vulnera reparent ; a 
qua immaculatam beatae 
Maria; Conceptionem 
singulariter prasservasti. 
Per Christum Dominum 
nostrum. Amen. 



AUX SECONDES VEPRES. 

Les Antiennes, les Psaumes, le Capitule, 
l'Hymne et le Verset sont les mêmes qu'aux 
premières Vêpres, ^ag^s 447-455. 

antienne de Magnificat. 



AUJOURD hui un rameau 
est sorti du tronc de 
Jessé : aujourd'hui Marie a 
été conçue sans aucune tache : 
aujourd'hui la tète de Tancien 
serpent a été brisée par elle. 
AUeluia. 



HODIE egressa est vir- 
ga de radice Jesse : 
hodie sine ulla peccati 
labe concepta est Maria : 
hodie contritum est ab 
ea caput serpentis anti- 
qui. AUeluia. 



L'Oraison comme aux premières Vêpres, 
page 456. 



468 



L'A vent. 



Nous couronnerons cette journée par les 
poésies liturgiques que le mystère de l'Im- 
maculée Conception de Marie a inspirées. 
Au premier rang, nous devons placer les 
belles strophes que Prudence a consacrées, 
dans son Hymne Ante cibum, à célébrer le 
triomphe dé la femme sur le serpent. Dès le 
commencement du v e siècle, ce chantre di- 
vin glorifiait Marie d'avoir vaincu tous les 
poisons du dragon infernal, parce qu'à elle 
était réservé l'honneur de la Maternité di- 
vine. 



ECCE venit nova proge- 
nies, 
yEthere proditus alter 

homo, 
Non luteus , velut ille 

prior, 
Sed Deus ipse gerens 

hominem, 
Corporeisque carens vi- 

tiis. 

Fit caro vivida Sermo 

Patris, 
Numine quem rutilante 

gravis, 
Non thalamo, neque jure 

tori, 
Nec genialibus illece- 

bris, 
Intemerata puella parit. 

Hoc odium vêtus illud 
erat, 
Hoc erat aspidis, atque 
hominis 



UNE nouvelle race est au 
moment de naître ; c'est 
un autre homme venu du 
ciel, non du limon de la 
terre comme le premier ; 
c'est un Dieu même revêtu 
de la nature humaine, mais 
exempt des imperfections 
delà chair. 



Le Verbe du Père s'est fait 
chair vivante ; rendue 
féconde par l'action divine, 
et non par les lois ordinaires 
de l'union conjugale, une 
jeune fille l'a conçu sans 
souillure, et va l'enfanter. 



Une haine antique et vio- 
lente régnait entre le serpet 
et l'homme ; elle avait pour 
cause la victoire future de la 



L'Immaculée Conception. 



46 g 



femme. Aujourd'hui la pro- 
messe s'accomplit : sous le 
pied de la femme, la vipère 
se sent écrasée. 



La Vierge qui a été digne 
d'enfanter un Dieu triomphe 
de tous les poisons. Repliant 
sur lui-même avec rage sa 
croupe tortueuse, le serpent 
désarmé revomit son virus 
impuissant sur le gazon ver- 
dâtre comme ses impurs an- 
neaux. 



Comment notre ennemi ne 
tremblerait-il pas, effrayé de 
la faveur divine envers l'hum- 
ble troupeau ? Ce loup main- 
tenant parcourt avec tristesse 
les rangs des brebis rassui ées: 
oublieux du carnage, il con- 
tient désormais sa gueule 
fameuse par tant de ravages. 



Par un changement mer- 
veilleux, c'est désormais l'A- 
gneau qui commande aux 
lions ; et la Colombe du ciel, 
dans son vol vers la terre, 
met en fuite les aigles cruels, 
en traversant les nuages et 
les tempêtes. 



Digladiabile discidium, 
Quod modo cernua femi- 

neis 
Vipera proteritur pedi- 

bus. 

Edere namqve Deum 
mérita. 

Omnia Virgo venena 
domat. 

Tractibus anguis inex- 
plicitis 

Virus inerme piger re- 
vomit. 

Giamine concolor in 
vindi. 

Quae feritas modo non 

trépidât, 
Territa de grege can- 

didulo ? 
Impavidas lupus inter 

oves 
Tristis obambulat , et 

rabidum 
Sanguinis immemor os 

cohibet. 

Agnus enim vice mi- 

rifica 
Ecce leonibus imperitat, 
Exagitansque truces aqui- 

las 
Per vaga nubila, perque 

notos 
Sidère lapsa Columba 

fugat. 

L'Hymne suivante appartient au vm e siè- 
cle. Elle a pour auteur le célèbre Paul Dia- 
cre, d'abord secrétaire de Charlemagne, en- 
suite moine au Mont-Cassin. Nous y trouvons 



470 



L'A vent. 



aussi l'énergique expression de la croyance 
à la Conception immaculée. Le virus origi- 
nel, y est-il dit, a infecté la race humaine 
tout entière ; mais le Créateur a vu que le 
sein de Marie n'en avait pas été souillé, et il 
est descendu en elle. 



QUIS possit amplo fa- 
mine praepotens 
Digne fateri praemia 

Virginis, 
Per quam retenue sub 

laqueo necis 
Orbi retento reddita vi- 
ta est ? 

Haec Yirga Jesse, Virgo 

puerpera, 
Hortus superno germine 

consitus, 
Signatus alto munere 

fons sacer, 
Mundum beavit viscère 

cœlibi. 

Hausto maligni pri- 

mus ut occidit 
Virus chelydri terrige- 

num parens ; 
Hinc lapsa pestis per 

genus irrepens 
Cunctum profundo vul- 

nere perculit. 

Rerum misertus sed 

sator, inscia 
Cernens piaculi viscera 

\'irginis, 
Hic ferre mortis crimine 

languido 



01 jamais possédera un 
langage assez sublime 
pour célébrer dignement les 
grandeurs de la V ierge, par 
laquelle fut rendue la vie au 
monde qui languissait dans 
les liens de l'antique mort ? 



Elle est la branche de l'ar- 
bre de Jessé, la Vierge qui 
devait être Mère, le jardin 
qui recevra le germe céleste, 
la fontaine sncree sur laquelle 
le ciel a mis son sceau, cette 
femme dont la virginité a 
produit le bonheur du monde. 

Le père des humains tom- 
ba dans la mort, pour avoir 
aspiré les poisons du serpent 
ennemi ; le virus qui l'attei- 
gnit a infecté sa race tout 
entière, et l'a frappée d'une 
plaie profonde. 



Mais !e Créateur, plein de 
compassion pour son œuvre, 
et voyant du haut du ciel le 
sein de la Vierge exempt de 
cette souillure, veut s'en ser- 
vir pour donner au monde 



L'Immaculée Conception. 



47i 



Jemeni préparé ; le sein de la 
jeune fille , devenu vaste 



languissant sous le poids du 
péché, les joies du salut. 

Gabriel, envoyé des cieux, 
vient apporter à la chaste 
Vierge le message éternel- 
11 prépa 
fille, 
comme un ciel, contient tout 
à coup celui qui remplit le 
monde. 

Elle demeure vierge, elle 
devient mère ; le Créateur de 
la terre vient de naître sur la 
terre ; le pouvoir du redou- 
table ennemi de l'homme est 
brisé ; une lumière nouvelle 
éclaire tout 1 univers. 



Gloire, honneur, puissance 
à la royale Trinité, Dieu uni- 
que ! qu'elle règne à jamais 
dans les siècles des siècles ! 
Amen. 



Mandat salutis gaudia 
saeculo. 

Emissus astris Gabriel 

innubae, 
yEterna portât nuntia 

Virgini ; 
Verbo tumescit latior 

aethere, 
Alvus replentem saecula 

continens. 

Intacta mater, virgo- 

que fit parens. 
Orbis creator ortus in 

orbe est ; 
Hostis pavendi sceptra 

remota sunt. 
Toto refulsit lux nova 

saeculo. 

Sit Trinitati gloria 

unicae, 
Virtus. potes'as, summa 

potentia. 
Regnum retentans, quae 

Deus unus est, 
Per cunc ta semper saecula 

saeculi. Amen. 



La Prose suivante n'est pas un des moin- 
dres ornements des Missels dont se servaient 
nos Eglises, il y a trois siècles, au jour de la 
Conception de Marie. 



/"Vu'il soit fêté, ce jour, 
v^ dans lequel l'Eglisecélè- 
bre la Conception de Marie. 

Une Vierge Mère est en- 



DIES iste celebretur, 
Inquo pie recensetur 
Conceptio Maria. 

Yirgo Mater generatur, 



47* 



L'A vent. 



Cuncipitur et creatur 
Didcis vena veniae. 



Ads vêtus exilium. 
Et Joachim opprobrium. 
Hinc habet remedium. 

Hoc Prophetae praevi- 

derunt. 
Patriarcbse praesenserunt. 
Inspirante gratia. 

Virga prolera concep- 
tura, 
Stella solem paritura, 
Hodie concipitur. 

Flos de Virga proces- 
surus, 

Sol de Stella nasciturus, 
Christus intelligitur. 

O quam felix et prœ- 
clara. 
Nobis grata, Deo chara. 
Fuit hoec Conceptio ! 

Terminaturmiseria; 
Datur misericordia ; 
Luctus cedit gaudio. 

Nova mater novam pro- 
lem. 
Nova Stella novum solem. 
Nova profert gratia. 



Genitorem genitura, 
Creatorem creatura. 
Patrem parit filia. 



gendrée ; elle est conçue, elle 
est créée, la douce et féconde 
source de miséricorde. 

L'antique exil d'Adam et 
l'opprobre de Joachim ont ici 
leur terme heureux. 

Les Prophètes l'ont prévu : 
les Patriarches en ont tres- 
sailli, inspirés parla grâce. 



La Branche sur laquelle 
doit éclore un fruit, l'Etoile 
qui enfantera le Soleil, est 
conçue aujourd'hui. 

Dans la fleur qui doit sor- 
tir de la Branche, dans le 
Soleil qui naîtra de l'Etoile, 
déjà s'entrevoit le Christ. 

Oh! qu'elle fut heureuse et 
triomphale, ravissante pour 
nous et cbère à Dieu même, 
la Conception immaculée ! 

Notre misère a son terme ; 
miséricorde nous est faite ; 
au deuil succède la joie. 

C'est une Mère nouvelle 
qui enfantera un Fils nou- 
veau; une Etoile nouvelle d'où 
sortira un nouveau Soleil, par 
une grâce incomparable. 

Un enfant donne la vie à 
l'auteur de ses jours; de la 
créature naît le Créateur ; la 
tille engendre le Père. 



L'Immaculée Conception. 



47? 



O étonnante nouveauté ! 
nouveau privilège ! la concep- 
tion d'un fils ajoute à la vir- 
ginité de la mère. 



Réjouissez-vous, très glo- 
rieuse Vierge '. Branche em- 
bellie de sa rieur. Mère enno- 
blie de son Fils, vraiment 
pleine de joie ! 

Ce qui fut autrefois caché 
sous l'épais nuage des figures, 
la Vierge Immaculée, née 
d'une mère sainte, le mani- 
feste au grand jour : une rosée 
divine se répand sur elle ; et 
dans l'étonnement de la na- 
ture, les lois de l'enfantement 
sont suspendues. 



Eve, nom lugubre, se termi- 
nait en malédiction, vœ ! Eva, 
par un heureux changement, 
se transforme en cri de sa- 
lut, Ave ! Vous qui avez en- 
tendu dans votre demeure 
cette parole de bonheur et de 
suavité, Vierge Mère, soyez- 
nous favorable, et donnez- 
nous de jouir de votre faveur. 

Venez tous, ô hommes ! hâ- 
tez-vous ; qu'à plein.- voix 
éclatent ses louanges ; ren- 
dez-lui honneur et prière tout 
le jour, à toute heure ; que le 
cœur soit suppliant, la voix 
mélodieuse : ainsi faut-il 



O mirandam novita- 

tem, 
Novam quoque dieniîa- 

tem ! 
Ditat matris castitatem 
Filii concepfio. 

Gaude, Virgo graticsa. 
Virga Acre speciosa, 
Mater proie generosa, 
Vcre plena gaudio. 



Quod prœcessit in. fi- 
gura, 
Nube latens sub obs- 

cura, 
Hoc declc-rat g«nitura 
Piae matris : Virgo pura 
Pariendi vertit jura, 
Fusa, mirante natura, 
Deitatis pluvia. 



Triste fuit in Eva vœ! 

Sed ex Eva format ave, 
Versa vice, sed non 

prave ; 
Intus ferens in conclave 
Verbum bonum et suave ; 
Nobis. Mater Virgo, fave 
Tua frui gratia. 



Omnis homo, sine mo- 
ra, 
Laude plena solvens ora, 
Istam colas, ipsam ora : 
Omni die, omni hora, 
Sit mens supplex, vox 
sonora ; 



474 



L'A vent 



Sic Bupplica, sic implora 
Hujus patrocinia. 

Tu spcs certa misero- 

rum. 
Vere mater orphanorum, 
Tu levamen oppresso- 

rura. 
Medicamen infî^morum, 
Omnibus es omnia. 

Te rogamus voto pari, 
Laude Signa singulari, 
Ut errantes in hoc mari. 
Nos in portu salutari 
Tua sislat gratia. 

Amen. 



supplier, ainsi faut-il implo- 
rer son puissant patronage. 

Sûre espérance des mal- 
heureux, vraie mère des or- 
phelins, soulagement des op- 
primés, baume des infirmes ; 
vous êtes toute à tous. 



Nous vous prions d'un 
mime vœu, vous, digne de 
louaage singulière, afin 
qu'après avoir erré sur cette 
mer, votre bonté nous fixe au 
port de salut. 

Amen. 



IX DÉCEMBRE. 
DEUXIÈME JOUR DANS L'OCTAVE 

DE L'IMMACULÉE CONCEPTION 

Considérons Marie l'Immaculée venant 
au monde neuf mois après sa Concep- 
tion, et confirmant de jour en jour les espé- 
rances de la terre. Admirons la plénitude de 
grâce que Dieu avait mise en elle, et con- 
templons les saints Anges qui l'environnent 
de leur respect et de leur amour, comme la 
Mère future de celui qui doit être le chef de 
la nature angélique aussi bien que de la na- 
ture humaine. Suivons cette auguste Reine 
au temple de Jérusalem, où elle'est présen- 
tée par ses parents, saint Joachim et sainte 
Anne. Agée' seulement de trois ans, elle est 
déjà initiée aux secrets du divin amour. « Je 
« me levais toujours au milieu de la nuit, a- 
« t-elle dit elle-même dans une révélation à 
« sainte Elisabeth de Hongrie, et j'allais de- 
« vant l'Autel du Temple, "où je demandais à 
a Dieu d'observer tous les préceptes de sa 
« Loi, et je le suppliais de m'accorder les 
«. grâces dont j'avais besoin pour lui être 
« agréable. Je lui demandais surtout qu'il me 
oc fît voir le temps où vivrait cette Vierge 
« très sainte qui devait enfanter le Fils de 
ce Dieu. Je le priais de conserver mes yeux 
« pour la voir, ma langue pour la louer, 
a mes mains pour la servir, mes pieds pour 



47 à VA vent. 



« marcher à ses ordres, mes genoux pour 
« adorer le Fils de Dieu entre ses bras. » 

Cette Vierge à jamais digne de louanges, 
c'était vous-même, ô Marie ! Mais le Seigneur 
vous le cachait encore ; et votre céleste hu- 
milité ne vous eût jamais permis d'arrêter 
un instant la pensée sur une si haute dignité 
comme pouvant vous être réservée. D'ail- 
leurs, vous aviez engagé votre foi au Sei- 
gneur; dans la crainte que l'heureuse pré- 
rogative de Mère du Messie ne portât une 
atteinte, si légère qu'elle pût être, au vœu de 
virginité qui vous unissait à Dieu seul, vous 
aviez, la première et la seule entre les filles 
d'Israël, renoncé pour jamais à l'honneur de 
prétendre à une si haute faveur. Votre ma- 
riage avec le chaste Joseph fut donc un 
triomphe de plus pour votre incomparable 
virginité, en même temps qu'il était, dans 
les'décrets de la souveraine Sagesse, un inef- 
fable moyen de vous assurer un appui dans 
les sublimes nécessités que bientôt vous al- 
liez connaître. Nous vous suivons, ô épouse 
de Joseph, dans la maison de Nazareth où va 
s'écouler votre humble vie ; nous vous y 
contemplons comme la Femme forte de l'E- 
criture, vaquant à tous vos devoirs, et l'ob- 
jet des complaisances du grand Dieu et de 
ses Anges. Xousrecueillons^vos prières pour 
la venue du Messie, vos hommages à sa Mère 
future ; et vous suppliant de nous associer au 
mérite de vos désirs vers le divin Libérateur, 
nous osons vous saluer comme la Vierge 
prédite dans Isaie, à laquelle, et non à une 
autre, appartient louange et amour de la 
part de la Cité rachetée. 



2 e Jour dans VOct. de Vlmmac. Concept. 4jj 



SEQUENCE, 

{Tirée du Missel de Cluny de i523.) 



Vénérons la Vierge, la 
mère de la Grâce, la dou- 
ceur du Salut, la fontaine de 
Sapience. 

C'est la Cour du grand 
Roi, la Reine de prudence, la 
Vierge pleine de grâce, l'Au- 
rore de liesse. 

Elle est plus douce que le 
miel, vrai lis de chasteté : 

Plus brillante que le jaspe, 
allégement du cœur affligé. 

O fontaine admirable ! prin- 
cipe de notre foi ; ô Mère 
admirable ! précieux vase de 
vertu. 

Vous êtes du plus beau des 
rois la plus chaste des mères: 
parfum du nard le plus pur, 
rose très odorante. 

Arbre de vie digne de lou- 
ange, Etoile très éclatante, 
noble Mère, réjouissez-vous, 
ô la plus sainte des Vierges ! 

Remède des pécheurs,Reine 
de bon conseil, vous avez mis 
au jour la fleur des fleurs. 
Jésus, source de toute joie. 

Branche de Jessé, flambeau 
des Saints, secourable pro- 
tectrice , souvenez-vous 



Veneremur Virginem 
Genitricem gratiae, 
Salutis dulcedinem, 
Fontem Sapientias. 

Haec est aula regia, 
Regina prudentiae, 
Virgo plena gratia, 
Aurora laetitiae. 

Haec est melle dulcior, 
Castitatis lilium ; 
Jaspide splendidior, 
Mœroris solatium. 

O fons admirabilis, 
Fidei principium, 
Mater admirabilis, 
Vas virtutis pretium. 

Tu es régis speciosi 
Mater honestissima, 
Odornardi pretiosi. 
Rosa suavissima. 

Arborvitae dignalaude, 
Stella fulgentissima, 
Generosa Mater, gaude, 
Virginum sanctissima. 

Tu medela peccatorum, 
Regina consilii, 
Peperistî florem florum, 
Christum fontem gaudii. 

Virga Jesse, lux Sanc- 
torum, 
Donatrix auxilii, 



47* 



L'A vent. 



Memor esto miseroruin, 
In die Judicii. 

Tu es mundi gaudium, 
Charitatis régula, 
Victoris stipendium. 
Aromatum cellula. 

Sit tibi. flos omnium, 
Virgo sine macula, 
Honor et imperium, 
Per aeterna sscula. 

Amen. 



des malheureux, au jour du 
jugement. 

Vous êtes la joie du monde, 
la règle de l'amour, le salaire 
de la victoire, le trésor des 
parfums. 

A vous soient, ô fleur du 
monde. Vierge sans tache, et 
l'honneur et 1 empire, dans les 
siècles éternels. 

Amen. 



PRIERE DU SACRAMENTAIRE GREGORIEN. 

(Dans les Oraisons quotidiennes de VA vent.) 

Exultemus. quaesumus | traites, s'il vous plaît, Sei- 
Domine Deus noster, 
omnes recti corde in uni- 
tate fidei congregati : ut 
veniente Salvatore nos- 
tro Filio tuo. immaculati 
occurramus illi in ejus 
Sanctorum comitatu. 
Per Christum Dominum 
nostrum. Amen. 



f gneur notre Dieu, que 
nous soyons dans l'allégresse, 
nous tous qui sommes ras- 
semblés avec un cœur droit, 
dans l'unité de la foi ; afin 

fu'à l'Avènement de votre 
ils notre Sauveur, purifiés 
et réunis à la compagnie de 
ses Saints, nous allions au- 
devant de lui. Par Jésus- 
Christ notre Seigneur. Amen. 



X DÉCEMBRE. 
TROISIÈME JOUR DANS L'OCTAVE 

DE L'IMMACULÉE CONCEPTION 

Considérons la très pure Marie visitée par 
l'Ange Gabriel et concevant en ses chastes 
entrailles le Créateur de l'univers, le Ré- 
dempteur de la race humaine. Mais afin de 
mieux goûter le fruit d'un si grand Mystère, 
prêtons une oreille pieuse au séraphique 
saint Bonaventure, qui, dans ses ineffables 
Méditations sur la vie de Notre-Seigneur, ra- 
conte avec une onction que rien ne saurait 
imiter ces sublimes scènes de l'Evangile aux- 
quelles l'Esprit-Saint semble l'avoir fait as- 
sister. Nous empruntons ce fragment à la 
traduction de l'ouvrage entier par le R. P. 
Dom François Le Bannier, bénédictin de la 
Congrégation de France 1 : 

a. Or, après que fut venue la plénitude du 
temps auquel la souveraine Trinité avait ar- 
rêté de pourvoir, par l'Incarnation du Verbe, 
au salut du genre humain, à l'endroit du- 

j. L'auteur de la traduction a pensé que, pour ren- 
dre complètement la suave et humble diction de saint 
Bonaventure dans sa Vie du Christ, il était convenable 
de recourir anx formes naïves que la langue française 
conservait encore aux xv e et xvi e siècles. Il ne nous ap- 
partient pas de prononcer sur le mérite de ce travail de 
notre confrère : mais il nous est permis de convenir que 
cette œuvre délicate a trouvé grâce auprès des juges 
compétents. 



480 L'A vent. 



quel elle était éprise d'extrême charité; 
lors, d'une part, que la bienheureuse Vierge 
Marie fut revenue à Nazareth, ce Dieu tout- 
puissant, ému par sa miséricorde, et acquies- 
çant aux pressantes sollicitations de l'Esprit 
d'en-haut, appela l'Ange Gabriel, et lui dit: 
« Va trouver notre très aimée fille Marie, 
« épousée à Joseph, celle sur toute créature 
« qui nous est la plus chère, et dis à icelle 
< que mon Fils a convoité sa beauté et se 
« l'est choisie pour Mère, et prie-la d'accep- 
« ter icelui joyeusement, parce que par elle 
« ai décrété d^opérer le salut de tout le genre 
« humain, et veux oublier l'injure à moi 
« faite. 9 

« Se levant donc, Gabriel, joyeux et réjoui, 
s'envola des hauteurs, et sous l'humaine ap- 
parence, en un moment fut devant la Vierge 
Marie, qui lors était en la chambre à cou- 
cher de sa maisonnette. Mais il ne vola pas si 
vite qu'il ne fût prévenu par Dieu; et là il 
trouva la Trinité sainte qui prévint son mes- 
sage. Adoncques qu'il fut entré chez la Vier- 
ge\Marie, Gabriel, son fidèle Paranymphe, 
lui dit : « Salut, pleine de grâce ; le Seigneur 
« est avec vous : bénie ètes-vous entre toutes 
« les femmes. » Mais icelle, troublée, ne ré- 
pondit mot : non pas qu'elle fût troublée de 
trouble coupable, ni de la vision de l'Ange, 
d'autant qu'elle était accoutumée à souvent 
en voir ; ains, suivant les mots de l'Evangile, 
elle fut troublée en la parole d'icelui, pen- 
sant à la nouveauté d'une telle salutation ; 
car il n'avait point accoutumance de la sa- 
luer de la sorte. 

" Or donc, comme en ladite salutation elle 



3 e Jour dans VOct. de Vlmmac. Concept. 4X1 

se voyait complimentée de trois choses, elle 
ne pouvait, cette humble dame, ne se trou- 
bler point. De fait, on la complimentait pour 
ce qu'elle était pleine de grâce, que le Sei- 
gneur était en elle, et qu' elle était bénie par- 
dessus toutes les femmes : mais l'humble ne 
peut ouïr son éloge, sans rougir et se trou- 
bler. Par ainsi son trouble provint d'une 
vergogne honnête et vertueuse. Elle se prit 
aussi à craindre et à douter s'il en allait 
vraiment ainsi : non qu'elle crût l'Ange ca- 
pable de ne pas parler vrai ; mais c'est 
qu'il est propre aux humbles de n'examiner 
oncques leurs vertus, ains plutôt de ruminer 
leurs défauts, à celle fin de pouvoir toujours 
profiter, estimant petite ce qu'ils ont de 
grande vertu, et leurs plus chétifs défauts 
comme fort grands. Et ainsi donc qu'une 
femme prudente et avisée, timide et modeste, 
Notre-Dame rien ne répondit. Et d'effet qu'eût- 
elle répondu ? Apprends aussi toi-même, à 
son exemple, à observer le silence et aimer la 
taciturnité, pour ce que grande et moult 
utile est icelle vertu. Aussi écouta-t-elle 
deux fois premier que de répondre une seule ; 
d'autant que c'est une chose abominable pour 
une vierge d'être parleuse. 

« Adoncques connaissant l'Ange la cause 
de son doute, il lui dit : « Ne craignez point, 
« Marie, ni ne rougissez des louanges que je 
« vous ai dites ; parce qu'il en est ainsi : 
« voire même , non seulement vous êtes 
« pleine de grâce, ainsi encore vous l'avez 
« récupérée et retrouvée de par Dieu, pour tout 
« le genre humain. Car voici que vous con- 
« cevrez et enfanterez le Fils du Très-Haut. 



L A\ ÊNT. 



482 L'A vent. 



a Celui qui vous a élue pour être sa Mère, 
« sauvera toutes gens qui espéreront en 
g lui. » Pour lors icelle répondit, sans toute- 
fois confesser ou nier la justesse des com- 
pliments qu'on lui venait de faire : ains, 
il était un autre point dont icelle voulait 
être certifiée : sçavoir est pour le regard de 
sa virginité rjtie par-dessus tout elle crai- 
gnait de perdre : partant, elle s'enquit au- 
près de l'Ange de la manière de cette concep- 
tion, disant": g Comment cela se fera-t-il ? 
« car j'ai très fermement dévoué ma virginité 
« à mon Seigneur, pour qu'à tout Jamais je 
« ne connusse point l'homme. » Et l'Ange 
lui dit : « Cela se fera par l'opération du 
1 Saint-Esprit, lequel vous remplira d'une 
« façon singulière, et par la vertu d'icelui 
« vous concevrez, sauve pour vous votre vir- 
« ginité ; et c'est pourquoi votre fils sera 
« nommé le Fils de Dieu : car rien ne lui 
« est impossible. Voyez bien Elisabeth votre 
« cousine ; encore qu'elle fût moult âgée et 
a stérile, il y a déjà six mois qu'elle a conçu 
e un rils par la vertu de Dieu. » 

« Considère ici, pour Dieu, et médite 
comme quoi toute la Trinité est là, attendant 
la réponse et consentement de cette sienne 
Fille singulière, regardant avec amour et 
complaisance la modestie d'icelle, ses mœurs 
et ses paroles. Contemple Gabriel, se tenant 
incline et révérencieux devant sa Dame, avec 
un visage paisible et serein, exécutant fidè- 
lement son ambassade, et observant atten- 
tivement les paroles de sa très chère D 1 
à celle fin de lui pouvoir congruement ré- 
pondre, et sur cette œuvre merveilleuse, par- 



3 e Jour dans VOct. de l'Immac. Concept. 483 

faire la volonté du Seigneur. Considère 
comme Notre-Dame se tient timidement et 
humblement, la face couverte de pudeur, 
quand elle est ainsi prévenue par l'Ange, et 
à l'impourvu. Aux paroles d'icelui, elle ne 
s'élève, ni ne se répute. Voire même : comme 
elle entend dire de si grandes choses de soi, 
des choses telles que jamais oncques ne fu- 
rent dites, elle attribue le tout à la divine 
grâce. Apprends donc, à l'exemple d'icelle, 
à être modeste et humble : d'autant que sans 
cela la virginité vaut peu de chose. La voilà 
qui s'éjouit, la très prudente Vierge, et elle 
se consent aux paroles ouïes de la bouche 
de l'Ange. Lors, comme ainsi il est relaté en 
ses Révélations, elle se mit à genoux, avec 
profonde dévotion, et les mains" jointes, elle 
dit : « Voici la servante du Seigneur : me 
« soit fait suivant votre parole. »"Adoncques 
le Fils de Dieu entra aussitôt tout entier et 
sans retard au sein de la Vierge, et en prit 
chair, cependant que tout entfer il resta au 
sein de son Père. 

« Or, pour lors, Gabriel, avec sa Dame et 
Maîtresse, se mit à genoux ; et peu après se 
levant avec elle, puis inclinant derechef jus- 
qu'à terre et lui disant adieu, se disparut ; 
après quoi, de retour en sa patrie, il conta 
toute la chose ; et fut là une nouvelle liesse, 
et nouvelle fête et nouvelle exultation non- 
pareille. La Dame pour sa part, toute en- 
flammée, et plus que d'accoutumance em- 
brasée en l'amour de Dieu, se sentant avoir 
conçu, rendit grâces, à deux genoux, d'un si 
grand don, suppliant humbrement et dévo- 
tieusement le même Seigneur Dieu, qu'il la 



484 



VA vent. 



daignât instruire , de telle façon, qu'en tout 
ce "qui se présenterait à faire environ son 
fils, elle le pût faire sans défaut. » 

Ainsi a parlé le Docteur Séraphique. Ado- 
rons profondément notre Créateur, dans 
l'état où l'ont réduit son amour pour nous et 
le désir de subvenir à notre misère ; saluons 
aussi Marie, la Mère de Dieu et la nôtre. 



{Tirée du Missel de Cluny de i523.) 



INhonorem Marias Vir- 
ginis, 
Quae nos lavit a labe cri- 

minis, 
Celebretur hodie : 
Dies est laetitiae. 

De radice Jesse propa- 

ginis 
Hanc eduxit Sol veri lu- 

minis, 
Manu sapientiae, 
Templum suae gratiae. 

Stella nova noviter 
oritur, 
Cujus ortu mors nostra 

moritur : 
Evae lapsus jam restitui- 
tur 
In Maria. 

Et aurora surgens pro- 
greditur, 
Sicut luna pulchra des- 
cribitur ; 



A LA gloire de la Vierge 
Pi. Marie qui nous a lavés 
des souillures du crime, célé- 
brons ce jour; c'est un jour 
d'allégresse. 



Du tronc de Jessé, père de 
sa race, le Soleil de vraie lu- 
mière l'a fait sortir par la 
main de sa sagesse, pour en 
faire le temple de sa grâce. 



Au nouveau lever de cette 
étoile nouvelle, notre mort 
se meurt, et enfin de sa chute, 
Eve se relève en Marie. 



Elle monte, cette aurore 
naissante, elle resplendit 
comme la lune en sa beauté; 
et comme un soleil, au-Jes- 



3° Jour dans VOct. de Vlmmac. Concept. 4 85 



sus de toutes les créatures, 
s'élève la Vierge miséricor- 
dieuse. 

Vierge mère, Vierge uni- 
que, léger nuage de parfums, 
soleil de suavité, en vous se 
glorifie toute l'œuvre du ciel 
et du monde. 



Le Verbe du Père, au mi- 
lieu des temps, descend dans 
le secret de vos entrailles ; 
tout entier dans votre sein, 
au dehors il existait aussi tout 
entier. 



Fruitvigoureux d'un arbre 
desséché, le Christ, comme 
un géant, en sa force im- 
mense, a rompu nos chaînes 
et repris ses gages à l'enfer. 



Il a pris compassion de la 
race humaine, le fruit misé- 
ricordieux d'un sein virgi- 
nal ; levez-vous, jeunes et 
vieux, levez-vous à la louan- 
ge de la Vierge. 

Il pouvait nous faire ex- 
pier le péché de notre ancien 
père ; il a voulu se faire 
médiateur entre Dieu et 
l'homme. 

O Marie ! en votre sein cé- 
leste se traite une alliance 



Super cuncta ut sol eri- 
gitur 
Virgo pia. 

Virgo mater et Virgo 
unica, 
Virga fumi, sol aroma- 

tica, 
In te cœli, mundique fa- 
brica 
Gloriatur. 

Verbum Patris pro- 
cessu temporis 
Intra tui secretum cor- 

poris ; 
In te totum, et totum de- 
foris 
In te fuit. 

Fructus virens aren- 
tis arboris 
Christus, gigas immensi 

roboris, 
Nos a nexu funesti pi- 
gnons 
Eripuit. 

Condoluit humano ge- 

neri 

Virginalis filius uteri : 

Accingantur senes et 

pueri 

Ad laudem Virginis. 

Qui potutt de nobis 
conqueri 
Pro peccato parentis ve- 

teris, 
Mediator voluit fieri 
Dei et hominis. 

O Maria, dulce com- 
mercium 



486 



L'A Tcnt. 



Intrat tuum cœleste gre- 

mium, 
Quo salutis reis reme- 

dium 
Indulgetur. 

O spes vera et verum 
gaudium, 
Fac post vitae prœsentis 

stadium 
Ut optatum in cœlis bra- 
vium 
Nobis detur. Amen. 



pleine de charmes, qui oc- 
troie aux pécheurs le remède 
du salut. 



O espérance vraie, et vé- 
ritable joie ! faites qu'au sor- 
tir de l'arène de cette vie, la 
couronne désirée nous soit 
donnée dans les cieux. 

Anfen. 



LE MEME JOUR. 

SAINT MELCHIADE, PAPE ET MARTYR 



I. 



Eglise fait, en ce même jour, la Commé- 
moration du saint Pape Melchiade. Cet 
illustre Pontife, que saint Augustin appelle 
le véritable enfant de la paix de Jésus-Christ, 
le digne Père du peuple chrétien, monta sur 
le Saint-Siège en 3ii, pendant que le feu de 
la persécution était encore dans toute son 
activité : c'est pourquoi il est honoré de la 
qualité de Martyr, comme plusieurs de ses 
prédécesseurs qui, n'ayant pas, il est vrai, 
répandu leur sang pour le nom de Jésus- 
Christ, ont cependant eu part à la gloire 
des Martyrs, à cause des grandes traver- 
ses et persécutions qu'ils eurent à souf- 
frir avec toute l'Eglise ae leur temps. Mais 
le Pontificat de saint Melchiade présente ceci 
de remarquable, au'ayant eu ses racines 
dans la tempête, il s'est épanoui dans la 
paix. Dès l'année 3 12, Constantin rendit la 
liberté aux Eglises ; et Melchiade eut la 
gloire de voir s'ouvrir l'ère de la prospérité 
temporelle des enfants de Dieu. Maintenant 
son nom brille au Cycle liturgique, et nous 
annonce la Paix qui bientôt va descendre du 
ciel. 

Daignez donc, ô Père du peuple chrétien, 
sollictter pour nous le Prince de la Paix, afin 
que, venant en nous, il détruise toute agita- 
tion, calme toute résistance, et règne en 



4SS 



L'A vent. 



maître sur nos cœurs, sur nos esprits et sur 
nos sens. Demandez aussi la Paix pour la 
sainte Eglise Romaine, dont vous fûtes l'é- 
poux, et qui a gardé votre mémoire jus- 
qu'aujourd'hui ; conduisez-la toujours du 
haut du ciel et écoutez les vœux qu'elle vous 
adresse. 



INFIRMITATEM nostram 
respice, omnipotens 
Deus. et quia pondus 
propriae actionis gravât, 
beati Melchiadis Marty- 
ris tui atque Pontificis 
intercessio gloriosa nos 

Êrotegat. Per Christum 
•ominum nostrum. 

Amen. 



D 



IEU tout-puissant, regar- 
dez notre infirmité ; e 



parce que nous sommes ac- 
cablés sous le poids de nos 
péchés, faites que nous 
soyons fortifiés par la glo- 
rieuse intercession du bien- 
heureux Melchiade , votre 
Martyr et Pontife. Par Jé- 
sus-Christ notre Seigneur. 
Amen. 



LE MÊME JOUR 

LA TRANSLATION 

DE LA SAINTE MAISON DE LORETTE. 

Cette fête n'est pas inscrite sur le Calen- 
drier universel et obligatoire; mais elle 
se célèbre en ce jour, à Rome et dans tout 
l'Etat Pontifical, dans la Toscane, le Royaume 
de Naples, l'Espagne, la Belgique, dans de 
nombreux diocèses de la chrétienté, et aussi 
dans la plupart des Ordres Religieux. Elle a 
pour but de remercier Dieu du grand bien- 
fait dont il daigna gratiner la chrétienté 
occidentale, lorsque, pour compenser la perte 
du saint Sépulcre, il fit transporter mira- 
culeusement en terre catholique l'humble et 
auguste maison dans laquelle la Vierge Ma- 
rie reçut le message de l'Ange, et où, par le 
consentement de cette divine Mère de Dieu, 
le Verbe se fit chair et commença d'habiter 
avec nous. Tel est le résultat du triste ratio- 
nalisme auquel la piété française avait été 
asservie durant plus d'un siècle, qu'il n'est 
pas rare de rencontrer des personnes sincè- 
rement dévouées à la foi catholique, et pour 
lesquelles un si grand événement est presque 
comme s'il n'était pas. Pour venir à leur se- 
cours, au cas que ce livre leur tombât entre 
les mains, nous avons cru devoir placer ici le 
récit exact et succinct du prodige qui fait l'ob- 
jet de la Fête d'aujourd'hui ; et afin d'ac- 



40 <t L'A vent. 



çomplir cette tâche d'une manière qui puisse 
satisfaire toutes les susceptibilités, nous em- 
prunterons la narration qu'a publiée de cet 
événement merveilleux le savant et judi- 
cieux auteur de la Vie de M. Olier, dans les 
notes du premier livre de cette excellente 
biographie : 

«"Ce fut sous le Pontificat de Célestin V, en 
1291, et lorsque les Chrétiens avaient en- 
tièrement perdu les Saints-Lieux de la Pa- 
lestine, que la petite maison où s'est opéré 
le mystère de l'Incarnation dans le sein de 
Marie, fut transportée par les Anges, de 
Nazareth dans la Dalmatie ou l'Esclavonie, 
sur un petit mont appelé Tersato. Les mira- 
cles qui s'opéraient tous les jours dans cette 
sainte maison, l'enquête juridique que des 
députés du pays allèrent faire à Nazareth 
même, pour constater sa translation en Dal- 
matie, enfin la persuasion universelle des 
peuples qui venaient la vénérer de toutes 
parts, semblaient être des preuves incontes- 
tables de la vérité du prodige. Dieu voulut 
néanmoins en donner une nouvelle, qui eût 
en quelque sorte l'Italie et la Dalmatie pour 
témoins. 

« Après trois ans et sept mois, en 1204. la 
sainte maison fut transportée à travers la 
mer Adriatique au territoire de Recanati, 
dans une forêt appartenant à une Dame 
appelée Lorette; et cet événement jeta les 
peuples de la Dalmatie dans une telle désola- 
tion, qu'ils semblaient ne pouvoir y survivre. 
Pour se consoler, ils bâtirent, sur le même 
terrain, une église consacrée à la Mère de 
Dieu, qui fut desservie depuis par des Fran- 



La Translation de la Maison de Loreite. 4g i 

ciscàins, et sur la porte de laquelle on mit 
cette inscription : Hic est locus in qnofiiit sacra 
JDomus Na\arena quœ mine in Recineti parti- 
bus colitur. Il y eut même beaucoup d'habi- 
tants de la Dalmatie qui vinrent en Italie 
fixer leur demeure auprès de la sainte Mai- 
son, et qui y établirent la Compagnie du Cor- 
pus Domint, appelée pour cela des Esclavons, 
jusqu'au Pontificat de Paul III. 

« Cette nouvelle translation ht tant de bruit 
dans la Chrétienté, qu'il vint de presque 
toute l'Europe une multitude innombrable 
de pèlerins à Recanati, afin d'honorer la 
Maison dite depuis de Lorette. Pour constater 
de plus en plus la vérité de cet événement, 
les habitants de la province envoyèrent 
d'abord en Dalmatie, et ensuite à Nazareth, 
seize personnes des plus qualifiées, qui firent 
sur les lieux de nouvelles enquêtes. Mais 
Dieu daigna en montrer lui-même la certi- 
tude en renouvelant, deux fois coup sur coup, 
le prodige de la translation dans le territoire 
même de Recanati. Car, au bout de huit 
mois, la forêt de Lorette se trouvant infestée 
d'assassins qui arrêtaient les pèlerins, la Mai- 
son fut transportée à un mille plus avant, 
et se plaça sur une petite hauteur qui appar- 
tenait à deux frères de la famille des Antici ; 
et enfin ceux-ci ayant pris les armes l'un 
contre l'autre pour partager les offrandes des 
pèlerins, la Maison fut transférée, en 120,5, 
dans un endroit peu éloigné, et au milieu 
du chemin public où elle est restée, et où a 
été bâtie, depuis, la ville appelée Lorette. » 

Sous le point de vue de simple critique, ce 
prodige est attesté non seulement par les 



4g 2 L'Ave nt. 



annalistes de l'Eglise, et par les historiens 
particuliers de Lorette, tels que Tursellini 
et Martorelli, mais par des savants de pre- 
mier ordre, entre lesquels nous citerons Pape- 
brock, Noël Alexandre, Benoît XIV, Trom- 
belli, etc. Quel homme grave et impartial 
oserait avouer de vaines répugnances, en 
présence de ces oracles de la science criti- 
que, dont l'autorité est admise comme sou- 
veraine en toute autre matière ? 

Au point de vue de la piété catholique, on 
ne peut nier que ceux-là se rendraient cou- 
pables d'une insigne témérité, qui ne tien- 
draient aucun compte des prodiges sans 
nombre opérés dans la sainte Maison de 
Lorette ; comme si Dieu pouvait accréditer 
par des miracles ce qui ne serait que la plus 
grossière et la plus immorale des superche- 
ries. Ils ne mériteraient pas moins cette note, 
pour le mépris qu'ils reraient de l'autorité 
du Siège Apostolique qui s'est employé avec 
tant de zèle, depuis plus de six siècles, à 
reconnaître ce prodige, et à le proposer aux 
fidèles comme un puissant moyen de rendre 
gloire au Verbe incarné et à sa très sainte 
Mère. Nous citerons, comme actes explicites 
du Saint-Sièse sur le miracle de Lorette. les 
Bulles de Paul II, de Léon X, de Paul III, 
de Paul IV et de Sixte V ; le Décret d'Ur- 
bain VIII, en i632, pour en établir la Fête 
dans la Marche d'Ancône ; celui d'Inno- 
cent XII, en 1699, P ou r approuver l'Office ; 
enfin les indufts de Benoît XIII et de ses 
successeurs, pour étendre cette Fête à un 
grand nombre de provinces de la catholicité. 

Pour entrer dans l'esprit du Siège Apos- 



La Translation de la Maison de Lorette. 4g3 

tolique, qui encourage avec tant de zèle la 
pieuse confiance des fidèles en la sainte Mai- 
son de Nazareth, devenue, par la miséricorde 
divine, la Maison de Lorette, nous emprun- 
terons quelque chose à l'Office de sa miracu- 
leuse Translation. 

ANTIENNE. 



C'est ici le tabernacle de 
Dieu avec les hommes, 
et il a habité avec eux ; et 
ils seront son peuple, et le 
Dieu qui est avec eux sera 
leur Dieu. 

f. Nous entrerons dans 
son tabernacle. 

Vf. Nous adorerons au lieu 
où se sont reposés ses pieds. 



Ecce tabernaculum Dei 
cum hominibus, et 
habitavit cum eis ; et 
ipsi populus ejus erunt, 
et ipse Deus cum eis erit 
eorum Deus. 

f. Introibimus in ta- 
bernaculum ejus. 

R). Adorabimus in loco 
ubi steterunt pedes ejus. 



O Dieu, qui avez consacré 
dans votre miséricorde la 
Maison de la bienheureuse 
Vierge Marie par le mystère 
du Verbe incarné, et qui l'a- 
vez placée merveilleusement 
au sein de votre Eglise : 
faites que, séparés des de- 
meures des pécheurs, nous 
devenions dignes d'être les 
habitants de votre sainte 
maison. Par le même Jésus- 
Christ notre Seigneur. 
Amen. 



Deus, qui beatœ Ma- 
ria Virginis Dominum 
per incarnati Verbi mys- 
terium misericorditer 
consecrasti, eamque in 
sinu Ecclesiae tuae mira- 
biliter collocasti : con- 
cède, ut segregati a ta- 
bernaculis peccatorum, 
digni efficiamur habita- 
tores domus sanctas tua?. 
Per eumdem Christum 
Dominum nostrum. 

Amen. 



LE MÊME JOUR. 

SAINTE EULAL1E, VIERGE et MARTYRE 

t^nfin, l'Eglise crEspagne, la perle de la 
£ catholicité, célèbre aujourd'hui la mé- 
moire de l'illustre Martyre qui fait la gloire 
de Mérida, l'honneur de toute la péninsule 
Ibérienne, la joie de l'Eglise universelle. 
C'est la troisième de ces Vierges sages dont 
le culte est le plus solennel dans l'Église au 
temps de l'Avent ; la digne compagne de 
Bibiane. de Barbe et de cette héroïque Lucie, 
qui bientôt va recevoir nos hommages. Nous 
insérons ici en son entier l'admirable poème 
de Prudence sur la vie et le martyre d'Eu- 
lalie. Ce prince des poètes chrétiens n'a 
peut-être jamais fait entendre des accents 
plus suaves et plus mélodieux : c'est pour- 
quoi, dans son admiration, la Liturgie 
Mozarabe n'a fait qu'une seule Hymne des 
quarante-cinq strophes de ce délicieux can- 
tique. Sa forme historique nous dispensera 
d'emprunter au Propre des Eglises d'Espagne 
la Légende de la sainte Martyre. 



GERMINE n:bilis Eu- 
: lalia. 
Mortis et indole nobilior, 
Emcritam sacra virgo 

suam, 
Cujus ab ubere ; 

nita est. 
Ossibus ornât, amore : 
culi t. 



Eulalie, vierge sacrée, 
noble de race, plus noble 
encore dans son courageux 
trépas, favorise de sa protec- 
tion Mérida qui lui donna le 
jour, et qui garde son tora- 



Sainte Eulalie, Vierge et Martyre 49$ 



C'est aux régions ou le so- 
leil se couche qu'est située la 
ville qui a produit cette il- 
lustre héroïne ; cité puis- 
sante et habitée par un peu- 
ple nombreux, mais plus hère 
encore du sang de la martyre 
et du sépulcre de la vierge. 



La jeune fille ne comptait 
encore que douze années. 
lorsqu'on la vit effrayer par 
son courage les bourreaux 
tremblants, braver la flamme 
pétillante du bûcher et mettre 
sa joid dans le supplice. 



Déjà on l'avait vue prendre 
son essor vers la patrie ou 
règne le Père céleste; renon- 
çant à l'hymen terrestre, elle 
avait repoussé les joies et les 
amusements du jeune âge. 



Les parfums, les roses, les 
riches parures, n'obtinrent 
que son mépris ; grave dans 
ses traits, modeste dans sa 
démarche, dès l'âge le plus 
tendre on trouvait en elle 
cette sagesse que la vieillesse 
seule peut donner. 



Tout à coup une fureur 



Proximus occiduo lo- 

cus est, 
Qui tulit hoc decus egre- 

gium, 
Urbe potens, populis lo- 

cuples : 
Sed mage sanguine mar- 

tyr'ii, 
Virgineoque potens ti- 

tulo. 

Gurriculis tribus atque 

novem, 
Très hyemes quater at- 

tigerat, 
Quum crépitante pyra 

rrepidos 
Terruit aspera carnifices, 
Supplicium sibi dulce 

rata. 

Jam dederat prius in- 

dicium 
Tendere se Patris ad so- 

lium, 
Nec sua membra dicata 

toro, 
Ipsa crepundia repule- 

rat, 
Ludere nescia pusiola. 

Spernere succina. fla- 

rc rusas. 
Fulva monilia respuere : 
Ore severa, modesta gra- 

du, 
Moribus et nimium te- 

neris 
Canitiem meditata se- 

num. 

Ast ubi se furiata lues 



4 g 6 



L'A vent. 



Excitât in famulos Do- 
mini, 

Christicolasque cruenta 
jubet 

Thura cremare, jecur 
pecudis 

Mortiferis adolere deis ; 

Infremuit sacer Eula- 

lise 
Spiritus, ingeniique fe- 

rcx 
Turbida frangere bella 

parât, 
Et, rude pectus anhela 

Deo, 
Femina provocat arma 

virum. 

Sed pia cura parentis 

agit,. 
Virgo animosa domi ut 

lateat, 
Abdita rure, et ab urbe 

procul : 
Ne fera sanguinis in pre- 

tium : 
Mortis amore puella 

ruât. 

Illa perosa quietis 

opem 
Degeneri tolerare mora. 
Nocte fores sine teste 

movet, 
Septaque claustra fugax 

aperit. 
Inde per invia carpit 

iter. 

Ingreditur pedibus la- 
ceris 



impie s'anime contre les ser- 
viteurs de Dieu ; on ordonne 
aux chrétiens de brûler un 
sacrilège encens, avec le foie 
des victimes, devant desdieux 
qui ne donnent que la mort. 



L*àme sainte d'Eulalie en 
frémit ; sa noble fierté se pré- 
pare à repousser un tel as- 
saut : son cœur intrépide, 
épris de l'amour d'un Dieu, 
sollicite la jeune fille à bra- 
ver le glaive des tyrans. 



En vain la tendre sollici- 
tude d'une mère veille à re- 
tenir la vierge généreuse 
dans le secret de la maison, 
à la campagne et loin de la 
ville, de peur que l'amour 
d'un trépas glorieux ne l'en- 
traîne à sacrifier son sang. 



Elle, dédaignant un repos 
qui lui semble une lâcheté, 
fatiguée d'un retard qui la 
déshonore, force les portes, 
la nuit, sans témoins ; dans 
sa fuite, elle ouvre les bar- 
rières qui la retenaient, et 
bientôt elle prend des sen- 
tiers détournés. 

De ses pieds déchirés, elle 
franchit des lieux couverts de 



Sainte Eulalie, Vierge et Martyre. 4gj 




ronces et d'épines; mais un 


Per loca sema situ et 




chœur d'anges l'accompagne ; 


vepribus, 




la sombre nuit l'environne 


Angelico comitata choro: 




de son silence : mais une lu- 


Et licet horrida nox si- 




mière céleste la guide-. 


leat, 
Lucis habet tamen illa 
ducem. 




Telle on vit la troupe cou- 


Sic habuit generosa 




rageuse des Hébreux, nos 


patrum 




pères, marcher à la suite de 


Turba columniferum ra- 




la colonne lumineuse qui bri- 


dium : 




sait les ombres de la nuit, et 


Scindere qui tenebrosa 




traçant par ses feux une 


potens, 




voie éclatante, anéantissait 


Nocte viam face perspi- 




l'obscurité. 


cua 
Prœstitit,intereuntechao. 




Ainsi la vierge pieuse, sui- 


Non aliter pia virgo, 




vant sa voie durant la nuit, 


viam 




obtint du ciel la clarté du 


Nocte secuta, diem me- 




jour et n'eut point à lutter 


ruit. 




avec les ténèbres , à cette 


Nec tenebris adoperta 




heure où elle fuyait aussi 


fuit, 




l'Egypte, et commençait une 


Régna canopica quum 




route qui devait la conduire 


fugeret, 




bien au delà des astres. 


Et super astra pararet 
iter. 




D'un pas hardi et prompt. 


Illa gradu cita pervi- 




elle a su franchir plusieurs 


gili- 
Alillia multa prius pera- 




milles, avant que l'aurore 




vienne illuminer le ciel : dès 


git, 




le matin elle est rendue au 


Quarn plaga Ipandat eoa 




pied du tribunal, et, dans une 


polum : 




sainte fierté, elle vient se 


Mane superba tribunal 




placer au milieu des faisceaux. 


adit, 
Fascibus adstatet in me- 
diis. 




« Quelle fureur vous ani- 
« me? s'écrie-t-elle. Pour- 


Vociferans : Rogo, 




quis furor est 




L' a VENT 







4g 8 



L'A veut. 



Perdere praecipites ani- 
mas, 

Et maie prodiga corda 
sui 

Sternere rasilibus sco- 
pulis, 

Omnipatremque negare 
Deum ? 

Quaeritis, o miseranda 

manus. 
Christicolum genus ? En 

ego sum 
Daemonicis inimica sa- 

cris ; 
Idola protero sub pedi- 

bus : 
Pectore et ore Deum fa- 

teor. 

Isis,Apollo, Venus ni- 

hil est. 
Maximianus et ipse nihil: 
Ula nihil, quia facta 

manu ; 
Hic, manuum quia facta 

colit : 
Frivola utraque, et utra- 

que nihil. 

Maximianus opum do- 
minus, 

Et tamen ipse cliens lapi- 
dum. 

Prostituât, voveatque suis 

Numinibus caput ipse 
suum : 

Pectora cur generosa 
quatit ? 



« quoi perdre vos âmes im- 
« prudentes, en les abaissant 
« devant des pierres taillées 



par 



seau ? Pourquoi 



Dux bonus, 
egregius 



arbiter 



'( renier le Dieu père de tous 



c Infortunés, vous pour- 
'i suivez les chrétiens ; moi 
i aussi je suis une ennemie 
;< du culte des démons, je 
« foule sous mes pieds les 
•v idoles ; de mon cœur et de 
« ma bouche je confesse 
« Dieu. 



« Isis, Apollon, Vénus ne 
« sont rien : .Maximien aussi 
« n'est que néant : vos idoles, 
« parce qu'elles sont faites 
« de la main des hommes ; 
« lui, parce qu'il les adore : 
» tout cela est nul et doit être 
* compté pour rien. 



« Que Maximien, ce prince 
« opulent, et pourtant l'hum- 
• ble serviteur de ces pierres, 
« dévoue et sacrifie jusqu'à 
h sa tête à de telles divinités ; 
« mais pourquoi persécute- 
» t-il des cœurs généreux? 



« Cet empereur plein de 
bonté, ce maître excellent, 



Sainte Eulalie, Vierge et Martyre. 4g g 



« il lui faut du sang inno- 
« cent pour se nourrir. Dans 
« sa faim il déchire les corps 
« des saints et jusqu'à leurs 
« entrailles accoutumées au 
« jeûne ; son bonheur est de 
« torturer jusqu'à leur foi. 



« Allons, bourreau, em- 
«. ploie le fer et le feu ; divise 
« ces membres sortis du li- 
« mon de la terre ; il est aisé 
« de détruire une chose si 
« fragile ; mais au dedans vit 
« une àme que la douleur n'a- 
fl battra pas. » 



Un tel discours fait monter 
au comble la colère du Pré- 
teur : « Licteur, s'écrie-t-il, 
" saisis cette furieuse, et 
« dompte-la par les tortures. 
« Fais-lui sentir ce que c'est 
« que les dieux de la patrie, 
« et qu'on ne méprise pas en 
« vain les édits du prince. 

« Jeune fille égarée, plutôt 
C que de t'envoyer à la mort, 
« je voudrais, s'il est possible, 
« t'arracher à tes erreurs per- 
ce verses. Vois donc quel bon- 
di heur cette vie te destine, 
« quel honorable hymen t'est 
« préparé. 



« Ta famille dans les lar- 
« mes te recherche en ce mo- 



Sanguine pascitur inno- 

cuo : 
Corporibusque piis in- 

hians 
Viscera sobria dilacerat, 
Gaudet et excruciare 

fidem. 



Ergo âge, tortor, adu- 
re, seca, 

Divide membra coacta 
luto. 

Solvere rem fragilem fa- 
cile est : 

Nonpenetrabitur interior 

Exagitaute dolore ani- 
mus. 

Talibus excitus in fu- 

rias 
Prsetor, ait : Râpe prseci- 

pitem, 
Lictor, et obrue suppli- 

ciis : 
Sentiat esse deos patrios, 
Nec levé principis impe- 

rium. 

Quam cuperem tamen 

ante necem, 
Si potis est, revocare 

tuam, 
Torva puellula, nequi- 

tiam ! 
Respice gaudia quanta 

metas, 
Quse tibi fert genialis ho- 

nor. 

Te lacrymis labefacta 
, domus 



5oo 



L'A vent. 



Piosequitur, generisque 

tui 
Ingemit anxia nobili- 

tas, 
Flore quod occidis in te- 

nero. 
Proxima dotibus et tha- 

lamo. 

Non movet aures. pom- 
pa tori. 

Non pietas veneranda se- 
num. 

Quos temeraria débili- 
tas ? 

Ecce parata ministeria 

Excruciabilis exitii. 

Aut gladio feriere 

caput, 
Aut laniabere membra 

feris, 
Aut facibus data fumi- 

ficis, 
Flebiliterque ululanda 

tuis 
In cineres resoluta flues. 

Hœc. rogo, quis labor 

est fu ^ 
Si modicum salis eminu- 

lis 
Thuris et exiguum digitis 
Tangere. virgo, benigna 

velis. 
Pœna gravis procul ab- 

fuerit. 

Martyr ad ista nihil : 
sed enim 
Infremit. inque tyranni 



« ment ; cette famille d'un-: 
» si illustre noblesse se désoie 
« de te voir périr à la fleur de 
« tes ans, à la veille des pom- 
i pea nuptiales. 



« La splendeur d'un hymé- 
a née opulent n'est-elle donc 
u rien pour toi ? Dans ta pré- 
» somption, veux-tu donc 
«i ébranler la pieté filiale ? Eh 
( bien ! considère ces instru- 
« ments d un cruel trépas. 



« Ou ta tête tombera sous 
c le glaive, ou tes membres 
« seront déchirés par la dent 
« des bétes féroces, ou les 
i torches embrasées les ccn- 
<i sumeront à petit feu. ou ie 
a bûcher te réduira en cen- 
a dres. au milieu des cris et 
« des larmes de tes parents. 

« Et quel si gran. 
<r as-tu à faire pour éviter un 
« sort si affreux ? Da._ 

lement, jeune fille, toucher 
« du bout de tes doigts un 
« peu de sel et quelques grains 
a d'encens ; et ces supplices 
a terribles ne te regardent 
« plus. » 

La martyre garde le silence, 
mais elle frémit à un tel di>- 
C'iurs : dans son inJ:^ 
elle crache aux yeux du tyran, 



Sainte Eulalie. Vierge et Martyre. 5oi 



renverse d'un coup de pied les 
idoles, les gâteaux sacrés et 
l'encens. 



Aussitôt deux bourreaux dé- 
chirent la chair délicate de la 
vierge ; ses flancs sont sillon- 
nés jusqu'aux os par les ongles 
de fer ; Eulalie compte ses 
glorieuses blessures. 



« C'est votre nom. Sei- 
« gneur, que l'on trace sur 
« mon corps ; que j'aime a 
« lire ces caractères qui ra- 
« content vos victoires, ô 
« Christ! La pourpre de mon 
« sang sert à écrire votre 
« nom sacré. j> 



C'est ainsi qu'elle chantait 
dans sa joie, la vierge intré- 
pide ; pas une larme, pas un 
soupir ; de si crueiles souf- 
frances sont pour elle comme 
si elles n'étaient pas; et cepen- 
dant sesmembres sontarrosés 
à chaque instant par un nou- 
veau jet de son sang qui jail- 
lit tiède sous les ongles de fer. 

Mais ce n'est pas la dernière 
de ses tortures; il ne leur suf- 
fit pas d'avoir labouré tout 



Sputa jacit. Simulacra 

dehinc 
Dissipât, impositamque 

molam 
Thuribulis pede prosu- 

bigit. 

Nec mora, carnifices 

gemini 
Juncea pectora dilace- 

rant, 
Et latus ungula virgi- 

neum 
Puisât utrinque, et ad 

ossa secat, 
Eulalia numerante notas. 

Scriberis ecce mihi, 

Domine, 
Quam juvat hos apices 

légère, 
Qui tua. Christe, trophea 

notant ! 
Nomen et ipsa sacrum 

loquitur 
Purpura sanguinis eli- 

citi. 

Hase sine fletibus et 

gemitu 
Lœta canebat et intrepi- 

da. 
Dirus abest dolor ex ani- 

mo, 
Membraque picta cruore 

novo 
Fonte cutem recalente 

lavant. 

Ultima carnificina de- 
hinc, 
Non iaceratio vulnifica, 



L'A vent. 



Crate tenus nec arata cu- 
tis : 

Flamma sed undique 
lampadibus 

In latera, stomachumque 
furit. 

Crinis odorus et in ju- 

gulos 
Fluxerat, involitans hu- 

meris, 
Quo pudibunda pudici- 

tia, 
Virgineusque lateret ho- 

nos. 
Tegmine verticis oppo- 

sito. 

Flamma crepans volât 

in faciem, 
Perque comas vegetata, 

caput 
Occupât, exsuperatque 

apicem : 
Virgo, citum cupiens 

obitum. 
Appétit, et bibit ore ro- 

gum. 

Emicat inde columba 

repens, 
Martyris os nive candi- 

dior 
Visa relinquere, et astra 

sequi : 
Spiritus hic erat Eula- 

iœ 
Lacteolus, celer, inno- 

cuus. 



Colla fluunt, abeunte 
anima, 



son corps de sillons cruels : 
c'est maintenant le tour de la 
flamme ; des torches ardentes 
parcourent avec fureur ses 
flancs et sa poitrine. 



La chevelure embaumée 
d'Eulalie s'était détachée ; 
flottant sur les" épaules, elle 
était venue descendre comme 
un voile appelé à protéger la 
pudeur de la vierge. 



Mais la flamme pétillante 
des torches est montée jus- 
qu'au visage : en un instant, 
elle prend à la chevelure, elle 
parcourt la tète et s'élève au- 
dessus du visage. La vierge, 
avide de mourir, ouvre ses 
lèvres, et aspire ce feu qui l'en- 
vironne. 



On vit soudain une colombe 
plus blanche que la neige s'é- 
lancer de la bouche de la mar- 
tyre, et monter vers les cieux: 
c'était l'âme d'Eulalie. toute 
pure, toute vive, tout inno- 
cente. 



La tête s'incline au moment 
où l'âme b'est enfuie; le feu des 



Sainte Eulalie, Vierge et Martyre. 5o3 



torches s'éteint tout à coup; les 
membres endoloris ont cessé 
de souffrir; le souffle qui ani- 
mait la vierge, monte joyeux 
à travers les airs et se dirige, 
semblable à l'innocent oi- 
seau, vers les temples du ciel. 



Le bourreau l'a vu s'élancer 
de la bouche de la jeune fille ; 
saisi de terreur, il s'est enfui 
loin du théâtre de sa bar- 
barie; le licteur lui-même a 
disparu tremblant. 



Tout à coup une neige inat- 
tendue se forme dans l'air gla- 
cial et descend sur le forum ; 
comme un blanc linceul, elle 
vient couvrir le corps d'Eu- 
lalie qui demeurait exposé 
aux injures de la saison. 



Les larmes humaines ac- 
compagnent les funérailles 
d'un être chéri ; ici, ces té- 
moignages de regret sont dé- 
passés ; les éléments eux- 
mêmes, ô vierge, ont reçu de 
Dieu l'ordre d'accomplir 
envers toi les devoirs suprê- 
mes. 

Aujourd'hui, Mérida, ville 
célèbre de la Vettonie, s'ho- 
tiore de posséder son sépulcre ; 



Et rogus igneus emori- 

tur ; 
Pax daturartubus exani- 

mis, 
Flatus in asthere plaudit 

ovans, 
Templaque celsa petit 

volucer. 

Vidit et ipse satelles 

ave m 
Feminas ab ore meare 

palam, 
Obstupefactus et attoni- 

tus 
Prosilit et sua gesta fu- 

git, 
Lictor et ipse fugit pavi- 

dus. 

Ecce nivem glacialis 
hyems 

Ingerit, et tegit omne fo- 
rum : 

Membra tegit simul Eu- 
laliœ, 

Axe jacentia sub gelido, 

Pallioli vice linteoli. 

Cedat amor lacryman- 

tum hominum, 
Qui celebrare suprema 

soient, 
Flebile cedat et officium: 
Ipsa elementa, jubente 

Deo, 
Exequias tibi, virgo, fe- 

runt. 

Nunc locus Emerita est 
tumulo 
Clara colonia Vettonias : 



504 



L'A vent. 



Quam nemorabilisamnis 

Ana 
Prseterit. et viridante ra- 

pax 
Gurgite maenia pulchra 

lavit. 

Hic. ubi marmoreper- 

spicuo 
Atria luminat aima ni- 

tor 
Et peresrinus, et indi- 

gena, 
Relliquias, cineresque 

sacros 
Servat humus veneranda 

sinu. 

Tecta corusca super 
rutilant 

De laquearibus aureolis. 

Saxaque caesa solum va- 
riant, 

Floribus ut rosulenta 
putes 

Prata rubescere multimo- 
dis. 

Carpite purpureas vio- 
las. 

Sanguineosque crocos 
metite : 

Non caret his genialis 
hvems. 

Laxat et arva tepens gla- 
cies, 

Fforibus ut cumuletcala- 
thos. 

Ista cnmantibus e foliis 
Munera. virgo, puerque, 
date : 



- -]ue parcourt la 
fleuve Ana qui, dar.s - 
rapide et ombrage d'arbre 
toujours verts, vient baigner 
son élégante enceinte. 



C'est là que, dans un sanc- 
tuaire où la lumière est réflé- 
chie par l'éclat des marbres 
étrangers et indigènes, un 
tombeau digne de tout res- 
pect garde les cendres sacrées 
d E lalie. 



Au-dessus étincelle un lam- 
bris tout resplendissant d'or; 
le pavé du temple, formé de 
pierres délicatement taillées, 
semble un jardin émaillé de 
fleurs et des roses les plus ver- 
meilles. 



Cueillez la violette pour- 
prée, moissonnez des rieurs 
éclatantes; l'hiver, malgré sa 
rigueur, en produit encore ; 
le sol glacé qu'échauffe le 
soleil en fournira de quoi rem- 
plir vos corbeilles. 



Jeunes filles. jeunes homme-, 
en présentant cette offrande, 
n'oubliez pas de l'entourer d'un 



Sainte Euïalie. Vierge ci Martyre. 



épais feuillage; ma guirlande 
à moi sera ces vers dactyliques 
que j'offre pour les chœurs ; 
ils sont humbles, ils se ressen- 
tent de ma vieillesse : cepen- 
dant ils conviennent à la fête. 

C est ainsi que nous offri- 
rons nos hommages aux 
restes sacrés de la martyre. 
et à l'autel qui couvre son 
tombeau : du ciel où elle re- 
pose aux pieds de Dieu, elle 
agrée l'offrande, et, rendue 
propice par nos chants, elle 
répand sa protection sur un 
peuple qui est le sien. 



Ast ego serta choro in 

medio 
Texta feram pede dacty- 

lico. 
Vilia. marcida. festa ta- 



Sic venerarier ossa li- 

bet. 
Ossibus altar et imposi- 

tum : 
Illa Dei sita sub pedi- 

bus 
Prospicit hase, populos- 

que suos 
Carminé propitiata fo- 

vet. 



Nous regrettons de ne pouvoir donner ici 
qu'une faible idée des richesses liturgiques 
que nous offrent le Bréviaire et le Missel 
Mozarabes, sur sainte Eulalie. Rien n'est 
plus magnifique que les éloges consacrés à 
sa mémoire par l'ancienne Eglise d'Espagne. 
Nous prenons, presque au nasard, dans le 
Missel, les deux belles pièces qui suivent, 
que nous avons choisies sur vingt autres qui 
auraient presque un droit égal à être citées 
ici : 



Oue la virginité se ré- 
jouisse en vous . Sei- 
gneur, et que la continence, 
sœur de la virginité, prenne 
une part à sa joie. Voici une 
guerre dans laquelle il ne s'a- 
git plus du sexe, mais du cou- 
rage ; la défense a . 
dans le glaive, mais dans la 



L.ETETUR in te, Domi< 
ne. queeso, virgini- 
;as : et huic proxima 
congaudeat continentia. 
Non -ex.; m quœrunt hu- 
jus modi relia, sed an> 
mum. Xcn mucronisron- 
fidentiam, sed pudoris. 
Non etiam personas dis- 



5o6 



L'A vent. 



cussuras, sed causas. 
Impune inter armatas 
transit acies innocens 
conscientia : quae supe- 
ravit crimina. superat et 
metalla. Facile vincit 
alios quisquis se vicerit ; 
et cum laudabile sit viro 
fecisse virtutem, majoris 
tamen praeconii est fecis- 
se virgmem rem virilem. 
Prophanum sacra ingre- 
ditur puella concilium: 
et solum Deum in pecto- 
re gestaos infert violen- 
tiam passioni. Nec deest 
Lictor tam impudens 
quam crudelis : qui 
sponsam '.seccre dixe- 
rim) Christi, forniean- 
tium verberibus oculo- 
rum, supplicio libidi- 
nante torqueret : ut quae 
pœnas in adulterio non 
luebat . saltem pœnas 
adultéras sustineret. Du- 
dum quod gravius car- 
nifex putat , exspectan- 
tium oculii corpus ex- 
ponit et per divarica- 
tas viscerum partes, ic- 
tuum sulcos cursus fusi 
sanguinis antecedit. Per- 
iit tune tortoris iniqui 
commentum : -5ù!a pa- 
tiuntur tormenta ludi- 
hriura. Habet quidem 
virginem nostram nudi- 
tas. sed pudicam. Dis- 
cat ergo. discat uterque 
sexus ex vi rgine, non pul- 
chritudinjm colère, sed 



pudeur; le combat n'est pas 
entre les personnes, mais 
entre les causes. Une cons- 
cience innocente traverse, 
sans blessure, des bataillons 
armés; elle a vaincu l'ardeur 
des sens, elle triomphera du 
fer. Il vaincra facilement les 
autres, celui qui s'est vaincu 
lui-même ; mais si la vertu 
est louable dans l'homme, la 
vierge qui déploie un cou- 
rage viril est digne encore de 
plus grands éloges. Voici 
qu'une Vierge sacrée pé- 
nètre dans une assemblée 
profane, et, portant Dieu seul 
dans son cœur, elle triomphe 
des supplices. Cependant il 
y a là un licteur non moins 
impudent que cruel, qui, 
lançant les traits impudiques 
de ses regards, torture par 
un infâme supplice celle 
qu'on peut appeler l'épouse 
du Christ : en sorte que celle 
qui est étrangère à l'adul- 
tère ait du moins à subir une 
peine adultère. Bientôt le 
bourreau, pour la soumettre 
à une plus rude épreuve, ex- 
pose le corps de la Vierge 
aux yeux des spectateurs ; et 
le long de ses flancs déchirés 
le sang coule en ruisseaux, 
plus rapides que n'e>t la 
main du licteur à ouvrir de 
nouvelles blessures. L'inten- 
tion sacrilège du juge est 
confondue : il n'y a ici d'au- 
tre jouet que ses tourments. 
Sans doute notre Vu 



Sainte Enlalie, Vierge et Martyre. 5oj 



nue ; mais sa nudité est pu- 
dique. Que l'un et l'autre 
sexe apprennent donc de 
cette Vierge à rechercher non 
la beauté, mais la vertu, à ai- 
mer la foi, non les grâces du 
corps. Que celui qui veut 
plaire au Seigneur, s'attende 
à être jugé, non sur les agré- 
ments du visage, mais sur la 
pudeur . Maintenant , 6 
Christ ! puisque c'est par 
vous que cette Vierge a vain- 
cu, par vous qu'elle a mérité, 
par vous aussi qu'elle a ac- 
compli sa tâche (car nous ne 
saurions repousser les traits 
de nos ennemis, si nous n'é- 



virtutem: fidem amare, 
non formam. Placiturus 
Domino : non decoris 
expectare judicium, sed 
pudoris. Sed quia tuum 
est, Christe, totum quod 
meruit: tuum etiam quod 
peregit. Nec enim tela 
repellimus adversantium, 
nisi tua? divinitatis bene- 
ficio sublevemur. Nanc 
prœsta nobis, ut sicut 
hœc beatissima Martyr 
tua pugnando prœmium 
adepta est castitatis : ita 
nos commissorum nos- 
trorum ad te dimissis 
contagiis , adipiscamur 
praemia tuœ promissionis. 



tions soutenus par le secours 

de votre Divinité), daignez donc, de même que votre 
bienheureuse Martyre a gagné par son combat le prix de 
la chasteté, nous pardonner l'impureté de nos méfaits, 
nous faire obtenir la récompense que vous avez promise 



ILLATION. 

IL est digne et juste, Sei- 
gneur Dieu, que nous 
vous rendions grâces, à vous 
qui avez établi dans une 
■gloire sublime cette Vierge 
prudente, fidèle disciple de 
la foi ; à vous qui, ayant fait 
que Marie devînt mère, avez 
fait aussi qu'Eulalie fût mar- 
tyre : l'une heureuse d'enfan- 
ter, l'autre heureuse de mou- 
rir; l'une accomplissant le 
ministère de l'Incarnation du 
Verbe, l'autre s'appropriant 
l'imitation de ses souffrances. 
L'une crut à l'Ange, l'autre 



ILLATIO. 

Dignum et justum est. 
Domine Deus, qui 
tam prudentem virgi- 
nem fidei sociatam apice 
glorias consecrasti, tibi 
gratias agere : Ut per 
quem facta est mater 
Maria, fieret Martyr Eu- 
lalia : illa pariendi af- 
fectu felix, ista morien- 
di. Illa implens Incar- 
nations officium , ista 
rapiens passionis exem- 
plumtilla credidit An- 
gelo, ista resistit inimi- 
co. Illa electa per quam 



Christusnasceretur : ista 
as-umpta per quam dia- 
bolus vinceretur. Digna 
re Eulalia Martyr et\ ir- 
Macitura Domino 
suo : quoe. Spiritu Sancto 
protegente, tenero sexu 
bellum forte sudaverit ; 
et ultra opinionem hu- 
manœ virtutis ad tole- 
rantiam pœnarum zelo 
tui amoris se obtulerit : 
quum in specie pretiosi 
Unigeniti tui sanguinem 
suum sub testimonio bo- 
ns ccnfessionis effuderit: 
et incorrupta flammis 
viscera in odorem sua- 
vissimi thymiamatis ado- 
leverit. Yadit ad tribu- 
nal cruemi prxsidis. non 
quœsita. In qua tam so- 
lum fuitanimus inconti- 
nens ad secretum, quam 
locus competens ad tri- 
umphum. Lucratura 

regnum, contemptura 
supplicium , inventura 
quœsitum , visura con- 
fes<um. Non trépida de 
pcena, non ambigua de 
corona. non defessa de 
equuleo. non diffisa de 
praernio. Interrogatur , 
confitetur: occiditur, co- 
ronatur. Ingentique mi- 
raculo majestas tua exha- 
latum Virgiois spiritum. 
quam assumpsit per flam- 
mam . suscepit per co- 
lumham. Ut hoc prodi- 
gio in cœlis Martyr as- 



résista à l'ennemi ; l'une élue 
pour que le Christ naquit 
d'elle, l'autre choisie pour 
que le diable fût vaincu par 
elle. Elle fut vraiment digne 
de plaire à son Seigneur, 
Eulalie, la Martyre et la 
Vierge qui , protégée par 
l'Esprit- Saint , soutint un 
combat rude à la délicatesse 
de son sexe. On la vit. dépas- 
sant toutes les forces hu- 
maines, s'offrir aux tortures 
par le zèle de votre amour ; 
quand, pour l'honneur de 
votre cher Fils unique, elle 
versa son sang dans le témoi- 
gne confession géné- 
reuse, et livra aux flammes 
ses chastes flancs, comme un 
encens de très suave odeur. 
Sans être appelée, elle se 
présente au tribunal d'un 
gouverneur sanguinaire. Là, 
son âme se montre aussi in- 
capable de dissimulation que 
le lieu même était propre à 
un triomphe. Elle veut ga- 
gner un royaume, mépriser 
les supplices, trouver celui 
qu'elle cherche, voir enfin 
celui qu'elle aura confessé. 
La peine ne l'émeut pas : elle 
ne doute pas de sa couronne; 
!e chevalet ne l'a pas lassée ; 
elle est sans inquiétude sur 
la récompense. On l'interroge, 
elle confesse; on l'immole, 
elle est couronnée. Par un 

firodige étonnant, l'esprit de 
montant vers vous 
par la flamme, votre Majesté 



Sainte Eulalie, Vierge et Martyre. 5og 



cenderet, quo in terris 
Filium Pater ostenderat. 
Siquidem nec inhonorum 
patiuntur elementa cor- 
pusculum, quod deciduis 
nix aspersa velleribus , 
cr virtutis rigorem et 
vir^initatis tecta cando- 
rem eluceret . vestiret, 
absconderet. Superni ve- 
laminis operimento, cœ- 



quias, et per misericor- 
diam Redemptoris daret 
animse sedem. pro sepul- 
tura redderet dignitatem. 



le reçoit sous la forme d'une 
colombe ; en sorte que la 
Martyre s'élève au ciel sous 
le symbole merveilleux par 
lequel, Ô Père céleste ! vous 
avez désigné votre Fils à la 
terre. Mais les éléments eux- 
mêmes ne peuvent souffrir 
que le corps de la Martyre 
demeure plus longtemps sans 
honneur: une neige tombant 

du ciel comme une blanche lum funeri prœstat exe- 
toison vient embellir, cou- 
vrir et voiler ces restes dans 
lesquels respirent l'austérité 
de la vertu, la candeur de la 

virginité. Le ciel lui-même prête la pompe de son 
linceul à de si augustes funérailles; enfin, par la misé- 
ricorde du Rédempteur , l'àme de la Vierge est établie 
dans la demeure céleste, et les honneurs d'en haut com- 
pensent la sépulture terrestre dont son corps est privé. 

Laissez-nous, glorieuse Martyre, mêler 
notre admiration à celle de l'Eglise, notre 
voix aux cantiques sublimes qu'elle entonne 
en votre honneur. L'amour du Christ, o 
Vierge héroïque, avait transporté votre 
cœur, et vous ne sentiez plus les tourments ; 
ou plutôt la douleur était l'aliment de votre 
amour, en l'absence de cet Epoux qui, seul, 
pouvait répondre à vos désirs. Cependant, 
avec cette ardeur invincible, avec cette audace 
magnanime qui vous faisait affronter les ty- 
rans et la fureur du peuple, rien de plus 
doux que votre sourire, de plus tendre que 
vos paroles. Obtenez-nous, 6 Epouse du 
Christ ! une part à ce courage qui ne défaille 
jamais devant l'ennemi, à cette tendresse 
pour le Seigneur Jésus , qui seule sauve 



L'A vent. 



les âmes de la sécheresse et de l'orgueil. 
O vous, la gloire de l'Ibérie ! colombe paci- 
fique ! ayez pitié de cette terre catholique qui 
vous a nourrie pour le ciel. Ne soutirez pus 
que l'antique foi pâlisse dans une Eglise qui 
brilla si longtemps entre toutes les autres 
d'un éclat non pareil. Priez pour que les 
jours de la tribulation soient abrèges ; que 
Dieu, rléchi par vos prières, confonde la 
sacrilège audace des impies qui ont résolu 
d'anéantir le royaume de Dieu sur la terre; 
qu'il inspire au clergé la force et l'énergie 
des anciens jours ; qu'il rende fécond le sang 
des martyrs qui a déjà coulé ; qu'il arrête le 
scandale dont les simples et les faibles sont 
si aisément les victimes ; qu'il daigne enfin 
ne pas effacer l'Espagne du nombre des na- 
tions catholiques, et pardonner aux fils dé- 
générés, en souvenir de leurs pères ! 



PE! 
A 



% P 



REPONS DE LAVENT. 

( Au Bréviaire Ambrosien, IV e Dimanche de 
l'A vent.) 

Gahrieiis 
Angelios, nun- 
tiatum est Yirgini Ma- 
ria», et Verbum concepit 
e cœlo : * Et illum sus- 
cepit modicus utérus, cui 
parvus fuerat mundus. 
f. Spiritus Sanctus in te 
ingredietur. et virtusAl- 
tissimi obumbrabit tibi. " 
Et illum suscepit modi- 
cus utérus, cui parvus 
fuerat mundus. 



ar la bouche de 
l'Ange Gabriel, 
une nouvelle a été annoncée 
à Marie, et elle a conçu le 
Verbe descendu du ciel : * Et 
le sein d'une femme reçoit ce- 
lui pour qui le monde était 
petit, f. L'Esprit-Saint en- 
trera en vous, et la vertu du 
Très-Haut vous couvrira de 
son ombre. * Et le sein d'une 
femme reçoit celui pour qui 
le monde était petit. 



tarifa îir *£r & lir air air air air air air 

CZl/. CSA C^Ji CKXA ftiA CXlX CXlM «TT1A ttïA <tlA ctlÀ <TïA 
XI DÉCEMBRE. 

SAINT DAMASE, PAPE et CONFESSEUR. 

Ce grand Pontife apparaît au Cycle, non 
plus pour annoncer la Paix comme saint 
Melchiade, mais comme un des plus illustres 
défenseurs du grand Mystère de l'Incarna- 
tion. Il venge la foi des Eglises dans la divi- 
nité du Verbe, en condamnant, comme son 
prédécesseur Libère, les actes et les fauteurs 
du trop fameux Concile de Rimini ; il atteste 
par sa souveraine autorité l'Humanité com- 
plète du Fils de Dieu incarné, en proscrivant 
l'hérésie d'Apollinaire. Enfin, nous pouvons 
considérer comme un nouvel et éclatant 
témoignage de sa foi et de son amour envers 
l'Homme-Dieu, la charge qu'il donna à saint 
Jérôme de travailler à une nouvelle version 
du Nouveau Testament sur l'original grec, 
pour l'usage de l'Eglise Romaine. Honorons 
un si grand Pontife que le Concile de Chal- 
cédoine appelle l'ornement et la force de 
Rome par sa piété, et que son illustre ami et 
protégé saint Jérôme qualifie d'homme excel- 
lent, incomparable, savant dans les Ecritures, 
Docteur vierge d'une Eglise vierge. La 
Légende du Bréviaire nous raconte une partie 
de ses mérites : 

Damase, Espagnol, homme i t-\ amasus Hispanus, vir 
excellent et savant dans I \-J egregius et eruditus 
les Ecritures, ayant convoqué | in Scripturis, indicto 



primo Constantinopoli- 
tano Concilio, nefariam 
Eunomii et Macedonii 
hœresim extinxit. Idem 
Ariminensem conventum 
a Liberio jam ante rejec- 
tum, iterum condemna- 
vit : in quo, ut scribit 
sanctus Hieronymus. Ya- 
leatis potissimum ei Ur- 
sacii fraudibus damnatio 
Nicenae fidei conclamata 
fuit, et ingemiscens orbis 
terrarum se Arianum esse 
miratus est. 

P»asilicas duas aedifi- 
_ cavit : alteram sancti 
Laurentii nomine ad 
theatrum Pompeii, quam 
maximis muneribus 

auxit, eique domos, et 
prœdia attribuit : alteram 
via Ardeatina ad Cata- 
cumbas. Platoniam etiam, 
ubi corpora sanctorum 
Pétri et Pauli aliquan- 
diu jacuerunt. dedicavit. 
et exornavit ekgantibus 
versibus. Idemque prosa 
et versu scripsit de Yir- 
ginitate, multaque alia 
métro edidit. 

PSNAM talionis consti- 
tuit iis. qui alterum 
falsi criminis a: 
^ent. Statuit. ut quod 
pluribus jam locis erat in 
usu, Psalmi per omnes 
licclesias die noctuque ab 
alternis canerentur ; et 



le premier Concile de Cons- 
tantinople, étouffa la cri- 
minelle hérésie d'Eunomiu^ 
et de Macédonius. Il con- 
damna derechef l'assemblée 
de Rimini, déjà rejetée par 
Libère . et dans laquelle, 
comme l'écrit saint Jérôme. 
les artifices de Valens et d'Ur- 
sace firent proclamer la con- 
damnation de la foi de Nicee. 
en sorte que le monde gémis- 
sant s'étonna d'être Arien. 



Il édifia deux Basiliques: 
l'une sous le nom de Saint- 
Laurent, près le théâtre de 
Pompée, à laquelle il fit de 
très grands présents et donna 
des maisons et des terres ; 
l'autre sur la voie Ardeatine. 
aux Catacombes. Il dédia le 
lieu embelli de marbres où les 
corps de saint Pierre et de 
saint Paul avaient reposé 
quelque temps, et il l'orna de 
vers composis avec élégance. 
Il écrivit aussi sur la Virgi- 
nité en vers et en prose, et 
composa beaucoup d'autres 
poésies. 

IL établit la peine du talion 
pour ceux qui auraient ac- 
cusé quelqu'un faussement. 
Il ordonna que, selon l'usage 
déjà reçu en plusieurs lieux, 
on chanterait jour et nuit 
dans toutes les églises les 
Psaumes a deux chœurs, et 



Saint Damase, Pape et Confesseur. 5i3 



qu'on ajouterait à la fin de 
chaque Psaume : Gloire au 
Père, et au Fils, et au Saint- 
Esprit. Il chargea saint Jé- 
rôme de traduire le Nouveau 
Testament, selon la pureté 
du texte grec. Il gouverna 
l'Eglise dix-sept ans, deux 
mois et vingt-six jours, et fit 
cinq Ordinations au mois de 
Décembre, dans lesquelles il 
créa trente-un Prêtres, onze 
Diacres, et soixante-deux 
Evèques pour divers lieux. 
Après avoir éclaté en vertu, 
en science et en sagesse, il 
s^ndormit dans le Seigneur, 
sous l'empire du grand Théo- 
dose, étant presque octogé- 
naire, et il fut enseveli sur 
la voie Ardéatine, avec sa 
mère et sa sœur, dans la Ba- 
silique qu'il avait édifiée. Ses 
reliques ont été transportées 
depuis dans l'église de Saint- 
Laurent, qui s'appelle de son 
nom, in Damaso. 



in fine cujusque Psalmi 
diceretur : Gloria Patri, 
et Filio, et Spiritui San 
cto. Ejus jussu sanctus- 
Hieronymus novum Tes- 
tamentum Graecœ fidei 
reddidit. Quum Eccle- 
siam rexisset annos de- 
cem et septem. menses 
duos, dies vigintisex, et 
habuisset Ordinationes 
quinque mense Decem- 
bri, quibus creavit Pre- 
sbyteros triginta unum, 
Diaconos undecim, Epis- 
copos per diversa loca 
sexaginta duos ; virtute, 
doctrina, ac prudentia 
clarus. prope octogena- 
rius. Theodosio seniore 
imperante, obdormivit in 
Domino, et via Ardea- 
tina una cum matre et 
sorore sepultus est in 
Basilica quam ipse aedi- 
ficaverat. Illius reliquiae 
postea translata; sunt in 
ecclesiam sancti Lauren- 
tii. ab ejus nomine in 
Damaso vocatam. 



Saint Pontife Damase ! vous avez été durant 
votre vie ie flambeau des enfants de l'Eglise ; 
car vous leur avez fait connaître le Verbe 
incarné, et vous les avez prémunis contre les 
doctrines perfides au moyen desquelles 
l'Enfer cherchera toujours a dissoudre ce 
Symbole glorieux, dans lequel sont écrites 
la souveraine miséricorde d'un Dieu pour 
l'œuvre de ses mains, et la dignité sublima 



33 



5 14 L'A vent. 



de l'homme racheté. Du haut de la Chaire de 
Pierre, vous avez confirmé vos frères, et 
votre foi n'a point défailli ; car le Christ 
avait prié pour vous. Nous nous réjouissons 
de la récompense infinie que le Prince des 
Pasteurs a octroyée à votre intégrité, ô Doc- 
teur vierge de l'Eglise vierge !"Du haut du 
ciel, faites descendre jusqu'à nous un rayon 
de cette lumière dans laquelle le Seigneur 
Jésus se fait voir à vous en sa gloire ; afin 
que nous puissions aussi le voir, le recon- 
naître, le goûter dans l'humilité sous laquelle 
il va bientôt se montrer à nous. Obtenez- 
nous et l'intelligence des saintes Ecritures, 
dans la science desquelles vous fûtes un si 
grand Docteur, et la docilité aux enseigne- 
ments du Pontife romain, auquel il a été dit, 
en la personne du Prince des Apôtres : Duc 
in altum : avance^ dans la haute mer. 

Faites, ô puissant successeur de ce pécheur 
d'hommes, que tous les Chrétiens soient 
animés des mêmes sentiments que Jérôme, 
lorsque, s'adressant à votre Apostolat, dans 
une célèbre Epître, il disait : « C'est la 
« Chaire de Pierre que je veux consulter : je 
« veux que d'elle me vienne la foi, nourriture 
m de mon âme. La vaste étendue des mers, 
« la distance des terres, ne m'arrêteront point 
« dans la recherche de cette perle précieuse : 
« là où se trouve le corps, il est juste que 
« les aigles s'y rassemblent. C'est à l'Occi- 
« dent que maintenant se lève le Soleil de 
« justice : c'est pourquoi je demande au 
« Pontife la Victime du salut ; du Pasteur, 
«< moi brebis, j'implore le secours. Sur la 
« Chaire de Pierre est bâtie l'Eglise : 



XI Décembre. 5i5 



« quiconque mange l'Agneau hors de cette 

« Maison est un profane ; quiconque ne sera 
«pas dans l'Arche de Noé, périra dans les 

« eaux du déluge. Je ne connais pas Vital ; 

« je n'ai rien de commun avec Mélèce ; 

« Paulin m'est inconnu : quiconque ne 

<• recueille pas avec vous, 6 Damase, dissipe 

« ce qu'il a amassé ; car celui qui n'est pas 

« au Christ est à l'Antéchrist. » 



Considérons notre divin Sauveur au sein 
de la très pure Marie sa Mère ; et adorons, 
avec les saints Anges, le profond anéantisse- 
ment auquel il s'est réduit pour notre amour. 
Contemplons-le s'offrant à son Père pour la 
rédemption du genre humain, et commençant 
dès lors à remplir l'office de Médiateur dont 
il a daigné se charger. Admirons avec atten- 
drissement cet amour infini, qui n'est pas 
satisfait de ce premier acte d'abaissement 
dont le mérite est si grand qu'il eût suffi pour 
racheter des millions de mondes. Le Fils de 
Dieu veut accomplir, comme les autres 
enfants, le séjour de neuf mois au sein de sa 
Mère, naître ensuite dans l'humiliation, vivre 
dans le travail et la souffrance, et se faire 
obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la 
Croix. O Jésus ! soyez béni, soyez aimé pour 
un si grand amour. Vous voici donc descendu 
du ciel, pour être l'Hostie qui remplacera 
tant d'autres hosties stériles, par lesquelles 
n'a pu être effacée la faute de l'homme. La 
terre porte maintenant son Sauveur, bien 
qu'elle ne l'ait pas contemplé encore. Dieu 
ne la maudira pas, cette terre ingrate, enri- 



t 



5/6 



L'A vent. 



chie qu'elle est d'un tel trésor. Mais reposez 
encore, o Jésus, dans les chastes entrailles de 
Marie, dans cette Arche vivante, au sein de 
laquelle vous êtes la véritable Manne destinée 
à la nourriture des enfants de Dieu. Toute- 
fois, 6 Sauveur ! l'heure approche où il vous 
faudra sortir de ce sanctuaire. Au lieu de la 
tendresse de Marie, il vous faudra connaître 
la malice des hommes ; et cependant, nous 
vous en supplions, nous osons vous le rap- 
peler, il est nécessaire que vous naissiez au 
jour marqué : c'est la volonté de votre Père ; 
c'est l'attente du monde, c'est le salut de ceux 
qui vous auront aimé. 

PROSE EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

(Tirée du Missel de Cluny de i523.) 

Ave. mundi gloria. ! Q allt. gloire du monde, 

Virgo Mater Maria. O Vierge Mère, ô Mar 
Ave, benignissima. très débonnaire, salut 



Ave. plena gratia. 
Angelorum domina. 
Ave, praïclarissima. 

Ave. decus Yirginum, 
Ave. salus hominum, 
Ave, potentissima. 

Ave, Mater Domini, 

Genitrix Akissimi. 
Ave, prudentissima. 

Ave, mater gloriœ, 
Mater indulgentiaî, 
Ave, beatissima. 

Ave, vcna veniae, 



Salut, pleine de grâce, sou- 
veraine des Anges, très glo- 
rieuse, salut '. 

Salut, honneur des Vierges; 
salut, protectrice des hommes; 
très puissante, salut ! 

Salut, Mère du Seigneur, 
qui avez enfanté le Très- 
Haut ; salut, 6 très prudente 1 

Salut, mère de gloire, mère 
de clémence ; salut, ô très 
heureuse ! 

Salut, source de pardon, 



XI Décembre. 



fontaine de miséricorde ; sa- 
lut, ô très clémente ! 

. Salut, mère de lumière ; sa- 
lut, honneur du firmament ! 
salut, porte du ciel ; salut, à 
très sereine ! 

Salut, blanc lis; salut, par- 
fum balsamique ; salut, flocon 
léger d'encens ; salut, ô très 
resplendissante ! 

Salut, ô pacifique ! salut, 6 
douce ! salut, ô miséricordieu- 
se ! salut, ô gracieuse ! salut, ô 
très lumineuse ! 



Salut, porte céleste 
verge prophétique 



salut, 
salut, 
salut, 

toison mystique ; salut, o très 

fortunée ! 



buisson enflammé 



Salut, radieuse perle des 
cieux ; salut, féconde demeure 
du Christ ; salut, ô très belle ! 

Salut, branche nouvelle de 
Jessé ; salut, échelle qui touche 
au ciel ; salut, ô très noble ! 

Salut, fille de race géné- 
reuse; salut, mère au glorieux 
Fils ; salut, sein fécond en joie; 
salut, ô très excellente ! 

Salut, Vierge singulière ; 
salut, aimable source de bon- 
heur; salut, ô digne d'admira- 
tion ; salut, ô très admirable! 



Fons misericordiae, 
Ave, clementissima. 

Ave, mater luminis, 
Ave, honor œtheris. 
Ave, porta cœlica. 
Ave, serenissima. 

Ave, candens lilium, 
Ave, opobalsamum, 
Ave, fumi virgula. 
Ave, spîendidissima. 

Ave. mitis, 
Ave, dulcis, 
Ave, pia, 
Ave, !a?ta. 
Ave, lucidissima. 

Ave, porta, 
Ave, virga, 
Ave, rubuc, 
Ave, vellus, 
Ave, felicissima. 

Ave, clara cœli gemma, 
Ave, aima Christi cella, 
Ave, venustissima. 

Ave, virga Jesse data, 
Ave. scala cœli facta, 
Ave, nobilissima. 

Ave, stirpe generosa, 
Ave, proie gloriosa, 
Ave, feetu gaudiosa, 
Ave, excellentissima. 

Ave. Virgo singularis, 
Ave, dulce salutaris, 
Ave, digna admirari, 
Ave. admirandissima. 



5 / S 



L'Averti. 



Ave, turtur, tu qua; 
munda 
Castitate, sed fœcunda 
Charitate. tu columba, 

Ave. pudicissima. 

Ave.mundi iniperatrix, 
Ave, nostra mediatrix. 
Ave.mundi sublevatrix. 
Ave, nostrum gsudium. 

Amen. 



Salut, o tourterelle pure en 
î, mais féconde en cha- 
rité : colombe très pudique. 

salut ! 



Salut, impératrice du mon- 
de ; salut, notre médiatrice ; 
salut, protectrice du monde ; 
salut, ô notre joie ! 

Amen. 



PRIERE POUR LE TEMPS DE LAVENT. 

(Bréviaire Mozarabe, Lundi de la i' e Semaine 
de l'A vent.) 



•JVTUNTIATAM ecce vocem 
iN jucunditatis et laeti- 
tiae.quam de tua, Christe. 
Incarnati<>ne audivimus : 
ut in nobis dulciori effi- 
ciamur charitate fruen- 
tiores. imploramus tuae 
magnitudinis expectantes 
potentiam : ut ita in no- 
bis vocis hujus effectus 
usquequaque prœpolleat, 
ut non confundamur in 
ea, quum manifestata 
nobis fuerit gloria tua. 
Amen. 



La joyeuse et agréable nou- 
velle de votre Incarna- 
tion, ô Christ, frappe nos 
oreilles ; daignez, nous vous 
en supplions, nous remplir 
avec abondance des douceurs 
de la charité, nous qui virons 
dans l'attente de la manifes- 
tation de votre puissance et 
de votre grandeur; afin que 
l'heureux effet de cette nou- 
velle se reproduisant en nous 
et s'y développant, H 
soyons point confondus, au 
jour où apparaîtra votre 
Amen. 



à,à>& J &&à J ckà>$ià J à;$Là J à>â>à>à>à>$Là>à>àj 



XII DECEMBRE. 
CINQUIÈME JOUR DANS L'OCTAVE 

DE L'IMMACULÉE CONCEPTION. 

Considérons la très pure Marie ayant conçu 
dans son sein le Verbe de Vie, et toute 
remplie des sentiments que lui inspirent sa 
religion profonde envers le souverain Sei- 
gneur, et son ineffable tendresse de mère en- 
vers un tel fils. Admirons une si haute di' 
gnité, rendons-lui hommage, et glorifions la 
Mère d'un Dieu. En elle s'accomplissent et 
la prophétie d'Isaïe : Une Vierge concevra et 
enfantera un Fils ; et celle de Jérémie : Le 
Seigneur a créé quelque chose de nvuveau sur 
la terre : une Femme environnera un Homme ; 
oracles que les Gentils eux-mêmes avaient 
mystérieusement recueillis : en sorte que la 
gloire de la cité des Carnutes d'avoir dédié 
un autel à la Vierge qui devait enfanter, Vir- 
gini pariturœ, loin d'être douteuse, comme 
elle le parut aux yeux d'un siècle plus igno- 
rant encore que rationaliste, doit être égale- 
ment attribuée à plusieurs autres villes de 
l'Occident. Mais qui pourrait raconter la di- 
gnité de cette Vierge qui porte en ses flancs 
bénis le Salut du Monde ? Si Moïse, sortant 
d'un simple entretien avec Dieu, reparut aux 
yeux du peuple d'Israël la tête encore envi- 
ronnée des rayons de la majesté de Jéhovah, 
quelle auréolé devait entourer Marie, renier- 



520 L'A voit. 



mant en elle, comme un ciel vivant, le souve- 
rain Seigneur lui-même ? Mais la divine Sa- 
gesse tempérait cet éclat aux yeux des hom- 
mes, afin que l'humilité que le Fils de Dieu 
avait choisie comme le moyen de se ma- 
nifester à eux, ne fût pas dès' l'abord anéan- 
tie par la gloire prématurée qui eût éclaté 
dans sa Mère. 

Les sentiments du Cœur de Marie durant 
ces neuf mois de son union ineffable avec 
le Verbe divin, nous sont retracés au sacré 
Cantique , lorsque l'Epouse dit dans son 
ivresse : « Me voici établie à l'ombre de ce- 
« lui que je désirais, et son fruit est doux à 
<( ma bouche ; si je dors, mon cœur veille. 
■ Mon àme se fond au bruit de la voix de 
« mon Bien-Aimé ; je suis à lui et il est à 
« moi, celui qui paît entre les lis de ma vir- 
« ginité, jusqu'à ce que le jour de sa Nati- 
« vite se lève, et que les ombres du péché 
a disparaissent enhn. » Mais souvent aussi, 
trop faible dans sa mortalité pour soutenir 
l'amour qui l'oppresse, elle s'écrie aux âmes 
pieuses, sescompagnes: «Ofillesde Jérusalem! 
« couvrez-moi de fleurs, environnez-moi de 
« fruits odorants ; car je languis d'amour. » — 
« Cette douce parole, dit le vénérable Pierre 
« de Celles dans son Sermon pour la Vigile 
« de Noël, cette douce parole est celle" de 
a l'Epouse qui habite dans les jardins, et qui 
c voit approcher le temps de son enfantement 
« divin. Quoi de plus aimable entre toutes 
« les créatures que cette Vierge, l'amante du 
« Seigneur, mais premièrement aimée de lui ? 
« C'est elle qui, dans le Cantique, est appelée 
a la biche à jamais chérie. Quoi de plus ai- 



5 e Jour dans VOct de Vlmmac. Concept. 52 i 

« mable aussi que ce Fils de Dieu, ne éter- 
« nellement, et éternellement aimé ; formé, 
« comme dit l'Apôtre, à la lin des temps, au 
« sein de la bien-aimée, et devenu, suivant 
ce l'expression du Cantique, le faon, objet de 
ce sa tendresse ? Cueillons donc, et prépa- 
« rons nos fleurs, pour les offrir au fils et à 
« la mère. Mais voici les rieurs que nous prê- 
te senterons en particulier à Notre-Dame. 
« Purifions et renouvelons nos corps par Jé- 
« sus, qui dit être la Fleur des champs et le 
« Lis des vallons, et efforçons-nous d'appro- 
« cher de lui par la chasteté. Puis, défendons 
« la fleur de pureté de tout contact étranger; 
« car elle se fane, et s'effeuille en un instant, 
« si on l'expose au moindre souffle. Lavons 
« nos mains pour l'offrir dans l'innocence ; et 
« d'un cœur pur, d'un corps chaste, d'une 
« bouche sanctifiée, d'une âme intacte, cueil- 
« Ions au jardin du Seigneur les fleurs nou- 
« velles, pour la nouvelle Nativité du nou- 
« veau Roi ; environnons de ces fleurs la 
« Sainte des Saintes, la Vierge des Vierges, 
« la Reine des Reines, la Dame des Dames, 
« pour mériter d'avoir notre part en son En- 
te lanternent. » 

SÉQUENCE EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

(Tirée des anciens Missels Romains-Fran- 
çais.) 

Salut, Vierge gracieuse, 
Vierge-Mère glorieuse, 
Mère du Roi de gloire I 



Salut, perle éclatante, par 



Ave, Virgo gratiosa, 
Virgo Mater glo- 
riosa, 
Mater Régis gloria;. 

Ave, fulgens margarita 



5 2 2 



L'A vent. 



Per quam venit mundi 

vita. 
Christus sol justitix. 

O oliva fructifera. 
Tu pietatis viscera 
Nulli claudis hominum. 



Nos ercules lœtifiea-. 
Ut vins, dum frucTificat 

Salvatorem Dominum. 



Ave, Virgo Mater Dei. 
Tu superni Sol diei, 
Et mundi noctis Luna. 



Clementior prae csete- 
ris, 
Suecurre nobis miseris. 
Mortalium spes unica. 



Ave, decus virginale, 
Templum Dei spéciale ! 
Per te fiât veniale 
Omne quod committi- 
mus. 

Tu nobis es singularis : 
Tu nos ducas, Stella ma- 
ris : 
Tu nos semper tuearis : 
En ad te confugimus. 

Ad te. pia, suspiramus. 
Si non ducis, deviamus : 
Ergo doce quid aga- 

" mus . 



qui nous vint la vie du mon- 
de, le Christ, Soleil de jus- 
tice 1 

Branche d'olivier chargée 
de fruits ! les entrailles de 
votre tendresse ne sont fer- 
mées à aucun mortel. 

Dans notre exil, vous nous 
réjouissez, lorsque, vigne fé- 
conde, vous produisez pour 
fruit le Sauveur, le Sei- 
gneur. 

Salut. Vierge Mère d'un 
Dieu ! Soleil du jour céleste, 
Lune dans la nuit de ce 
monde ! 

Clémente par-dessus toutes 
les mères, secourez-nous, 
malheureux que nous som- 
mes, ô unique espérance des 

mortels ! 

Salut, honneur de virgini- 
té, temple à Dieu seul réser- 
ve ! rendez pardonnables 
toutes nos offenses. 



Vous êtes toute à nous ; 
guidez-nous, Etoile de la 
mer ! et nous protégez tou- 
jours : nous voici dans vos 
bras. 

Vers vous, clémente, nous 
soupirons : si vous ne nous 
conduisez, nous non 

nseignez-nous 



5 e Jour dans VOct. de Vlmmac. Concept. 523 



ce qu'il faut faire, pour vivre. 
au terme de ces jours, éter- 
nellement avec les Saints. 

Jésus-Christ. Fils de Dieu, 
tout le fondement de notre 
espérance, par la médiation 
de votre Mère, donnez-nous 
part, avec l'assemblée des 
Anges, à l'éternelle réjouis- 
sance. 

Amen. 



Post hune finem ut vi- 

vamus 
Cum Sanctis perenniter. 

Jesu Christe, Fili Dei, 
Tota salus nostras spei ; 
Tuœ Matris interventu, 
Angelorum nos conventu 
Fac gaudere jugiter. 

Amen. 



PRIERE POUR LE TEMPS DE L 



(Bréviaire Mozarabe, au I 
VAvent.) 



"EN" 



r Dimanche de 



Nous avons appris, o 
Christ, nous confessons 
et nous croyons que, sortant 
du sein du Père, vous vien- 
drez revêtir le voile de notre 
chair, pour délivrer, par le 
mystère de l'Incarnation, ce 
qui avait péri par la conta- 
gion d'une nature viciée. 
Faites que nous recevions, 
avec une ardente et vigilante 
dévotion, la nouvelle joyeuse 
de votre Avènement ; afin 
que, parti du sein mystérieux 
de votre Père, vous paraissiez 
au dehors sous la forme hu- 
maine, pour sauver les hom- 
mes ; nous, sortant enfin de 
l'ombre de nos péchés, nous 
nous hâtions d'accourir, pu- 
rifiés, à la rencontre de votre 
Divinité. Alors, la fin de 



AUDIVIMUS, Christe ; 
confuemur, et credi- 
mus, quod de sinu Patris 
egrediens veneris, ut car- 
nis nostrœ vestibulo cin- 
gereris, liberaturus, sci- 
licet susceptœ Incarna- 
tionis mysterio, quod pe- 
rierat naturte vitiatœcon- 
tagio. Fac nos, pra?nun- 
tiata Adventus tui gau- 
dia, promptissima surrec- 
tionis devotione excipere: 
ut, quia tu e loco patrio 
secretoque progrediens, 
salvaturus homines, hu- 
manitus properasti ad 
publicum ; nos e loco 
criminis exeuntes. mun- 
ditiores concitum Divin:- 
tatis tuœ prospectemus 
excursum : ut extrema 



5 24 



L'A vent. 



vita- nostrœ, nullius dis- 
criminis conculcatione 
involvens ; sic provoces 
terrore justitioe, ut solita 
justifiées pietate. Amen. 



notre vie ne sera point en 
butte à votre colère, et la ter- 
reur de votre justice nous 
aura mis à même d'être jus- 
tifies par cette incessante mi- 
séricorde qui est en vous. 
Amen. 



XIII DÉCEMBRE. 

SAINTE LUCIE, VIERGE ET MARTYRE. 

Voici la quatrième de nos Vierges sages, la 
vaillante Lucie. Son nom glorieux" étin- 
celle au sacré Diptyque du Canon de la Messe, 
à côté de ceux d'Agathe, d'Agnès et de Cécile; 
mais, dans les jours de l'Avent, le nom de 
Lucie annonce la Lumière qui approche, et 
console merveilleusement l'Eglise. Lucie est 
aussi une des trois gloires de la Sicile chré- 
tienne; elle triomphe à Syracuse, comme 
Agathe brille à Catane, comme Rosalie em- 
baume Palerme de ses parfums. Fêtons-la donc 
avec amour, afin qu'elle nous soit en aide en ce 
saint temps, et nous introduise auprès de ce- 
lui dont l'amour l'a rendue victorieuse du 
monde. Comprenons encore que si le Seigneur 
a voulu que le berceau de son Fils "parût 
ainsi entouré d'une élite de Vierges, et s'il ne 
s'est pas contenté d'y faire paraître des Apô- 
tres, des Martyrs et des Pontifes, c'est afin 
qu'au milieu de la joie d'un tel Avènement, 
les enfants de l'Eglise n'oublient pas d'ap- 
porter à la crèche du Messie, avec la foi qui 
l'honore comme le souverain Seigneur, cette 
pureté du cœur et des sens que rien ne sau- 
rait remplacer dans ceux qui veulent appro- 
cher de Dieu. Lisons maintenant les Actes 
glorieux de la Vierge Lucie. 

Lucie, Vierge de Syra- I » ucia, Virgo Syracu- 
cuse, illustre par sa nais- I L sana, génère et chris- 



tiana fide ab infantia no- 
bilis, una cum matre 
Eutychia, quœ sangainis 
fluxu laborabat, Catanam 
ad venerandum corpus 
beatae Agathx venit.Qus 
ad ejus sepulcrum quum 
suppliciter orasset, Aga- 
thae intercessione, matri 
sanitatem impetravit. 
Statim vero matrem exo- 
ravit, ut quam dotem 
sibi datura esset. Christi 
pauperibus tribui pate- 
retur. Ut igitur Syracu- 
sas rediit, omnem pecu- 
niarn, quam ex faculta- 
tibus vendais redegerat, 
pauperibus distribuit. 

QUOD ubi rescivisset 
is cui eam parentes 
contra Virginis volun- 
tatern desponderant,apud 
Paschasium Praefectum. 
Luciam, qucd christiana 
esset accusavit. Quam 
ille cum nec precibus, 
nec minis ad cultum ido- 
lorum posset perducere ; 
immo tantomagis incen- 
sam videret ad celebran- 
das christiana; fidei lau- 
des, quanto magis ipse 
eam a sententia avertere 
conabatui : Ces-abunt, 
inquit, verba, quum ven- 
tum erit ad verbera. Cui 
Vit go Dei strrisverba de- 
pusaunt, quibus 
a Christo Domino dictum 
est : Quum steteritis ante 



sance et parla foi chrétienne 
qu'elle professa dès l'enfance, 
vint à Catane. avec sa mère 
Eutychia malade d'un flux de 
sang, pour vénérer le corps 
de sainte Agathe. Ayant fait 
«es prières au tombeau de la 
Sainte, elle obtint, par son 
intercession, la santé de sa 
mère. Aussitôt elle supplia 
celle-ci de souffrir qu'elle 
distribuât aux pauvre- de 
Jésus-Christ la dot qu'elle 
lui préparait. C'est pourquoi 
Lucie, étant de retour à Syra- 
cuse, vendit tous ses biens, 
et en distribua l'argent aux 
pauvres. 



CELUI a qui ses parents 
l'avaient fiancée contre 
sa volonté ayant appris ceci, 
alla trouver le Préfet Pas- 
chasius, et accusa Lucie d'être 
chrétienne. Ce magistrat ne 
pouvant, ni par prières, ni 
par menaces, amener Lucie 
au culte des idoles, vovant 
au contraire que plus il s'ef- 
forçait de lui faire changer 
de sentiments, plus elle sem- 
blait enflammée à célébrer 
les louanges de la foi chré- 
tienne : Tu ne parleras plus 
autant, lui dit-il, quand on 
en sera venu aux coups. La 
parole ne peut manquer aux 
serviteurs de Dieu, reprit la 
puisque le Seigneur 
Chri-t a dit : Quand vous 
serez devant les rois et les 



Sainte Lucie, Vierge et Martyre. 52j 



gouverneurs, ne vous mettez 
pas en peine de la manière 
dont vous parlerez, ou de ce 
que vous direz ; car ce que 
vous aurez à dire vous sera 
donné à l'heure même ; parce 
que ce n'est pas vous qui 
parlez, mais l'Esprit-Saint 
qui parle en vous. 

PASCHASius lui ayant dit 
sur cela: Le Saint-Esprit 
est-il donc en toi ? Elle 
répondit : Ceux qui vivent 
avec chasteté et piété sont le 
temple de l'Esprit-Saint. Le 
Préfet repartit : Je vais donc 
te faire conduire en un lieu 
de prostitution, afin que le 
Saint-Esprit t'abandonne. La 
Vierge répondit : Si on me 
fait violence malgré moi. 
j'aurai double couronne de 
chasteté. A ces mots Pascha- 
sius, enflammé de colère^ 
ordonna qu'on minât Lucie 
dans un lieu où on lui fit 
perdre sa virginité ; mais il 
arriva, par la puissance di- 
vine, que la Vierge demeura 
immobile au même lieu, sans 
qu'aucune violence l'en pût 
arracher. C'est pourquoi le 
gouverneur, l'ayant fait envi- 
ronner de poix, de résine et 
d'huile bouillante, commanda 
qu'on allumât du feu autour 
d'elle; mais comme la flamme 
ne lui faisait aucun mal. après 
qu'on l'eut tourmentée en plu- 
sieurs manières, on lui perça 
la gorge d'un coup d'éDée. 



reges et praesides, nolite 
cogitare quomodo aut 
quid loquamini ; dabitur 
enim vobis in illa hora 
quid loquamini ; non 
enim vos estis qui loqui- 
mini. sed Spiritus Sanc- 
tus qui loquitur in vobis. 



QUAM quum Pascha- 
sius interrogasset : 
Estne in te Spiritus San- 
ctus ? Respondit : Caste 
et pie viventes templum 
sunt Spiritus Sancti. At 
ille : Jubebo te ad lupa- 
nar duci, ut te Spiritus 
Sanctus deserat. Cui 
Virgo : Si invitam jus- 
seris violari, castitas 
mihi duplicabitur ad 
coronam.Quare Pascha- 
sius ira inflammatus Lu- 
ciam eo trahi jussit, ubi 
ejus virginitas violare- 
tur : sed divinitus fac- 
tum est, ut firma Virgo 
ita consisteret, ut nulla 
vi de loco dimoveri pos- 
set. Quamobrem Praefec- 
tus circum ipsam pice. 
résina, ac ferventi oleo 
perfusam, ignem accendi 
imperavit ; sed quum ne 
flamma quidem eam lae- 
deret, multis tormentis 
excruciatae guttur gladio 
transfigitur. Quo vul- 
nere accepto, Lucia prae- 
dicens Ecclesiœ tranquil- 
litatem. quœ futura erat 



52 8 



L'A vent. 



Lucie, ayant reçu le coup, 
prédit la tranquillité dont 
l'Eglise devait jouir après la 
mort de Dioclétien et de 
Maximien, et rendit son esprit 
à Dieu, aux Ides de Décem- 
bre. Son corps,enseveli à Sy- 
racuse, fut ensuite transféré 
à Constantinople, et enfin à 
Venise. 

Nous prenons dans l'Office de la Sainte 
quelques Antiennes, dont l'ensemble forme 
une œuvre lyrique pleine de grâce et de fraî- 
cheur : 



Diocletiano et Maximia- 
no mortuis. Idibus De- 
cembris, spiritum Deo 
reddidit. Cujus corpus 
Syracusis sepultum, 

deinde Constantinopo- 
lim, postremo Yenetias 
translatum est. 



Orante sancta Lucia. 
apparuit ei beata Aga- 
tha, et c-.nsolabatur an- 
cillam Christi. 

Lucia Virgo. quid a 
me petis.quod ipsa pote- 
ris praestare continuo 
matri tuas ? 

Per te, Lucia Virgo, 
civitas Syracusana deco- 
rabitur a Domino Jesu 
Christo. 

Benedico te, Pater 
Domini mei Jesu Chris- 
ti. quia per Filiumtuum 
ignis extinctus est a la- 
tere meo. 

In tua patientia posse- 
disti animam tuam, Lucia 
sponsa Christi : odisti 
quae in mundo sunt, et 
coruscas cum Angelis : 
sanguine proprio inimi- 
cum vicisti. 



Sainte Lucie étant en 
prières, la bienheureuse 
Agathe lui apparut, et con- 
solait la servante du Christ. 

Vierge Lucie, lui dit-elle, 
pourquoi me demandes-tu 
pour ta mère un secours que 
toi-même lui peux procurer ? 

A cause de toi. Vierge 
Lucie, la ville de Syracuse 
sera comblée de gloire par le 
Seigneur Jésus-Christ. 

Voix de Lucie : Je vous 
bénis, ô Père de mon Seigneur 
Jésus-Christ, de ce que. par 
votre Fils, le feu qui m'envi- 
ronnalt a été éteint. 

Dans ta patience, tuas pos- 
sède ton aine. 6 Lucie, Epouse 
du Christ ! tu as haï les choses 
du monde, et tu brilles avec 
les Anges : par ton propre 
sans:, tu as vaincu l'ennemi. 



Nous nous adressons à vous, o Vierge Lucie, 



Sainte Lucie, Vierge et Martyre. 52q 



pour obtenir la grâce de voir dans son humi- 
lité celui que vous contemplez présentement 
dans la gloire : daignez nous accepter sous 
votre puissant patronage. Le nom que vous 
avez reçu signifie Lumière* soyez notre flam- 
beau dans la nuit qui nous' environne. O 
Lampe toujours brillante de la splendeur de 
virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les 
blessures que leur a faites la concupiscence, 
afin qu'ils s'élèvent, au-dessus de la créature, 
jusqu'à cette Lumière véritable qui luit dans 
les ténèbres, et que les ténèbres ne com- 
prennent point. Obtenez que notre œil purifié 
voie et connaisse, dans l'Enfant qui va naître, 
l'Homme nouveau, le second Adam, l'exem- 
plaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous 
aussi, Vierge Lucie, de la sainte Eglise Ro- 
maine et de toutes celles qui empruntent 
d'elle la forme du Sacrifice : car elles pro- 
noncent chaque jour votre doux nom à l'autel, 
en présence de l'Agneau votre Epoux, à qui 
il est agréable de l'entendre. Répandez vos 
bénédictions particulières sur l'île fortunée 
qui vous donna le jour terrestre et la palme 
de l'éternité. Maintenez-y l'intégrité de la foi, 
la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, 
et guérissez les maux que vous connaissez. 



LE MÊME JOUR. 

SAINTE ODILE, VIERGE ET ABBESSE. 

Odile est la cinquième des Vierges sages 
qui nous conduiront, à la lueur de leurs 
lampes, au berceau de l'Agneau, leur Epoux. 
Elle n'a pas donné son sang pour lui, comme 
Bibiane, Barbe, -Eulalie et Lucie ; elle ne lui 
a offert que ses larmes et son amour ; mais la 
i blancheur de sa couronne de lis se marie 
: agréablement à la pourpre des roses qui 
! ceignent le front de ses compagnes. Son nom 
i est grand dans la France orientale : au delà 
! du Rhin, sa mémoire est demeurée chère au 
1 peuple fidèle ; et douze siècles écoulés sur son 
I glorieux tombeau n'ont point attiédi la tendre 
, vénération dont il est l'objet, ni diminué le 
! nombre des pieux pèlerins qui, chaque an- 
née, se pressent sur les sommets de' la sainte 
montagne où il repose. Le sang illustre de 
cette vierge est celui même de la race des 
Capétiens, 1 celui de la famille impériale des 
Habsbourg ; tant de rois et d'empereurs sont 
les descendants du vaillant duc d'Alsace Adal- 
ric, ou Eutichon, père de la douce Odile. 

Elle vint en ce monde privée de la lumière 
des yeux. Le T'ère repoussa loin de lui cette 
enfant que la nature sembla n'avoir disgraciée 
que pour faire éclater plus merveilleusement 
en elle le pouvoir de la grâce divine. Un 
cloître reçut la petite exilée que l'on avait 
arrachée des bras de sa mère ; mais Dieu, qui 
voulait signaler en elle la vertu du divin sacre- 



Sainte Odile, Vierge et Abbesse. 53 1 

ment de la régénération, permit que le bap- 
tême lui fût différé jusqu'à l'âge de treize ans. 
Le moment enfin arriva où Odile allait rece- 
voir le sceau des enfants de Dieu. Mais, 6 
merveille ! la jeune fille obtint tout à coup la 
vue du corps, au sortir de la fontaine baptis- 
male ; et ce don n'était qu'une faible image de 
la lumière que la foi avait à ce moment allu- 
mée dans son âme. Ce prodige rendit Odile à 
son père et au monde ; elle dut alors soutenir 
mille combats pour protéger sa virginité 
qu'elle avait vouée à l'Epoux céleste. Les 
grâces de sa personne et la puissance de son 
père attirèrent autour d'elle les plus illustres 
prétendants. Elle triompha ; et l'on vit Adal- 
ric lui-même élever, sur les rochers de Ho- 
henbourg, le monastère où Odile devait servir 
le Seigneur, présider un nombreux essaim de 
vierges sacrées, et soulager toutes les misères 
humaines. 

Apr.ès une longue vie consacrée tout entière 
à la prière, à la pénitence et aux œuvres de 
miséricorde, la vierge arriva au moment de 
cueillir la palme. C'était aujourd'hui même, 
treize Décembre, en la fête de la vierge Lucie. 
Les sœurs de Hohenbourg se pressaient au- 
tour de leur sainte Abbesse, avides de re- 
cueillir ses dernières paroles. Une extase 
l'avait enlevée au sentiment des choses d'ici- 
bas. Craignant qu'elle n'allât à son Epoux 
céleste avant d'avoir reçu le divin Viatique 
qui doit nous introduire dans la possession de 
celui qui est notre dernière fin, les filles cru- 
rent devoir enlever leur mère à ce sommeil 
mystique qui semblait la rendre insensible 
aux devoirs du moment. Odile revint à elle, 



532 



L'A vent. 



et leur dit avec tendresse : « Chères mères et 
i chères sœurs, pourquoi m'avez-vous trou- 
o blée ? pourquoi imposer de nouveau à mon 
o àme le poids du corps qu'elle avait quitté ? 
« Par la faveur divine, j'étais en la compagnie 
« de la vierge Lucie, et les délices dont je 
« jouissais étaient si grandes que ni la langue 
« ne les saurait raconter, ni l'oreille les 
« entendre, ni l'œil humain les contempler. » 
On se hâta de donner à la compagne de Lucie 
le pain de vie et le breuvage sacré. Aussitôt 
qu'elle les eut reçus, elle" s'envola vers sa 
céleste sœur; et le treize Décembre réunit 
pour jamais la mémoire de l'Abbesse de 
Hohenbourgà celle de la Martyre de Syracuse. 
L'Eglise de Strasbourg, dont Odile est une 
des premières gloires, "lui Consacre le récit 
suivant dans le Propre diocésain. En insérant 
ici cette Légende, nous faisons nos réserves 
sur ce qu'etle contient au sujet de la Règle 
qui fut suivie dans le monastère de Hohen- 
bourg. Mabillon, qui revendique sainte Odile 
pourra Règle de saint Benoît, observe avec 
raison qu'il n'existait pas alors de Règle qui 
fût désignée sous le nom de Règle canoniale. 



Odilia. suas decus et 
praesidium patriae. 
Attici Alsatiœ ducis et 
Beresindae primogenita 
soboles fuit; sed quod 
caecis oculis nata esset. a 
pâtre repudiatam, mater 
humanior clam nutrici 
alendam tradidit. Post 
in Balmensi parthenio 
haud procul Vesontione 
educata, divinisque eru- 



Odile, rhonneur et la pro- 
tection de sa patrie, fut 
le premier enfant d'Adalric, 
duc d'Alsace, et de Bérésinde 
son épouse. Comme elle était 
venue au monde privée de la 
vue, son père la repoussa ; 
mais sa mère, dans un senti- 
ment plus tendre, la confia 
secrètement à une nourrice. 
Elle fut ensuite élevée dans 
le monastère de Baume, non 



Sainte Odile, Vierge et Abbesse. 533 



loin de Besançon. On lui en- 
seigna dans cet asile les 
saintes lettres, et elle crois- 
sait en âge et en sagesse. Dé- 
jà elle était arrivée à l'âge 
adulte, quand elle fut bapti- 
sée par le bienheureux évé- 
que Erhard ; et, à ce mo- 
ment, elle recouvra miracu- 
leusement la vue. Quelques 
années après, elle rentra dans 
la maison et dans les bonnes 
grâces de son père. Dans ce 
palais, on la vit mépriser 
tout ce que le monde re- 
cherche, cultiver l'amour de 
la pauvreté au milieu de l'o- 
pulence, garder la solitude 
d'une anachorète au sein 
même d'une cour bruyante. 
Elle repoussa avec constance 
les alliances qui lui furent 
offertes, et ce ne fut qu'a- 
près de longs et rudes com- 
bats qu'elle obtint enfin de 
son père la permission de se 
consacrer à Dieu avec d'au- 



dita litteris, crevit anate 
et sapientia. Jam adulta, 
dum a Beato Erhardo 
Praesule baptizatur, vi- 
sum miraculo accepit. 
Interjectis aliquot annis, 
paternam in domum et 
gratiam reducitur. Ibi 
quidquid mundus amat 
despiciens, inter amplis- 
simas opes paupertatis 
amorem, in medio aulae 
tumultu solitudinem 

anachoretarum retinebat; 
nuptiasque coustanter 
aversata, post longum et 
acre certamen a pâtre 
obtinuit, ut sibi liceret 
cum aliis virginibus Deo 
se in perpetuum conse- 
crare. Quare Atticus in 
vertice excelsi montis 
sacram sedem et monas- 
terium œre suo excitavit, 
latos eidem fundos et 
prsedia concessit, Odi- 
liamque ei regendo pras- 
posui 



très vierges. Adalric fit bâ 

tira ses frais sur le sommet d'une haute montagne une 
église et un monastère auquel il attacha de riches do- 
maines, et il y installa Odile pour le gouverner. 



CET asile de sainteté était 
à peine ouvert que l'on 
Vit un grand nombre de 
vierges y affluer : la tradi- 
tion en porte le nombre à 
cent trente. Elles vécurent 
d'abord en ce lieu sans au- 
cune règle déterminée; imi- 
ter Odile était toute leur loi. 
Plus tard, les sœurs délibé- 



Vixdum patuerat hoc 
sanctitatis asylum, 
quum ingens eo affluxit 
virginum multitudo ; cen- 
tum triginta fuisse tra- 
ditum est. Hœ primum 
nullis religiosae vitaa le- 
gibus adscriptœ erant; 
Odiliam imitari pro le- 
gibus habebatur. Deli- 



534 



L'Avait. 



berantibus postmodo 

cuinam se recuire addi- 
cerent, monastica? an ca- 
nonicce 1 , sapientissima 
prajses, suadente loci na- 
tura, hanc alteri prastulit. 



rèrent sur le choix qu'elles 
avaient à faire entre la règle 
monastique et la règle cano- 
niale: la très sage Abbesse 
décida la question en faveur 
de cette dernière, étant mue 
à cette résolution par les 
conditions particulières du 
lieu. 



CM vero esset in om- 
nes lenis. se solam 
durius arctabat ■ pane 
hordeaceo et aqua, su- 
binde modico legumine, 
tolerabat vitam. In re- 
rum divinarum contem- 
platione defixa. vigilabat 
majorem noctis partem : 
quod supererat. quieti 
datum pellis hirsutapro 
lecto, saxum pro pulvi- 
nari erat. 



1NTER ha?c, materno er- 
ga pauperes et infir- 
mos amore, aliud mo- 
nasterium amplumque 
senodochium in infimo 
divo exstruxit, quo faci- 
jius affîictas sua; fortunae 

Ferfugium invenirent. 
llic non solum sacras 
virgines collocavit, qua? 
operam suam navarent 
miseris; sed etiani ipsa 
quotidie eos invisebat, 
cibis, solatiis refocilla- 
bat. neque pavebat le- 
prosorum ulcéra suis 
manibus fovere. Tandem 



Indulgente envers toutes, 
Odile n'était dure qu'à 
l'égard d'elle-même. Du 
pain d'orge et de l'eau, avec 
quelques légumes. c'était 
toute la sustentation de sa 
vie. La contemplation des 
chdses divines l'attirait con- 
tinuellement ; elle y consa- 
crait la plus grande partie 
de la nuit ; le reste était 
donné au sommeil. Une peau 
d'ours lui servait de lit, une 
pierre d'oreiller. 

Animée d'une tendresse 
maternelle envers les 
pauvres et les malades, elle 
construisit un second monas- 
tère et un vaste hospice vers 
le bas de la montagne, afin 
d'v ménager à leur misère un 
asile plus commode. Et non 
seulement elle établit en cet 
endroit une communauté de 
Bacrées qui devaient 
donner leurs soins à ces in- 
fortunés ; mais elle-même les 
visitait chaque jour, leur ser- 
vait à manger et leur prodi- 
guait ses consolations, pan- 
sant même, sans dégoût. Je 



Sainte Odile, Vierge et Abbesse. 535 



ses propres mains, les ul- 
cères des lépreux. Enfin , 
pleine de mérites et d'années, 
et sentant sa mort appro- 
cher, elle convoqua ses reli- 
gieuses dans la chapelle de 
saint Jean-Baptiste , et les 
exhorta à demeurer fidèles à 
leurs saints engagements, et 
à ne jamais abandonner la 
voie qui conduit au ciel. En- 
fin, ayant reçu dans ce saint 
lieu le Viatique du corps et 
du sang de Jésus-Christ, elle . 
sortit de cette vie, le jour des 
Ides de Décembre, et, selon 
le calcul le plus probable, en 
l'année sept-cent-vingt. Le 
corps de la Vierge fut ense- 
veli dans cette même cha- 
pelle ; et dès lors son tom- 
beau commença d'être en- 
touré de la plus grande vé- 
nération, et resplendit de 
l'éclat des miracles. 

Les voies du Seigneur furent admirables 
sur vous, ô Odile, et il daigna montrer en 
votre personne toute la richesse des moyens 
de sa grâce. En vous privant de la vue du corps 
qu'il devait plus tard vous rendre, il accou- 
tuma l'œil de votre âme à ne s'attacher qu'aux 
beautés divines; et lorsque la lumière sen- 
sible vous fut donnée, déjà vous aviez fait 
choix de la meilleure part. La dureté d'un 
père vous refusa les innocentes douceurs de 
la famille ; mais vous étiez appelée à devenir 
la mère spirituelle de tant de nobles filles qui, 
à votre exemple, foulèrent aux pieds le monde 
et ses grandeurs. Votre vie fut humble, parce 



mentis annisque gravis, 
quum se morti vicinam 
intelligeret , suas soda- 
les in sacellum sancti 
Joannis Baptista; con- 
vocat : hortatur, ut pii 
propositi tenaces arctio- 
rem cœli viam nunquam 
deserant. Accepto dein- 
de ibidem corporis et 
sanguinis Christi Via- 
tico, vita cessit Idibus 
Decembris, anno, ut pro- 
babilius traditur, sep- 
tingentesimo vigesimo. 
Corpus Virginis in eo- 
dem Sacello conditum 
est, statimque sepul- 
crum ejus maxima ve- 
neratione coli ac miracu- 
lis clarere cœpit. 



536 V Avent. 



que vous aviez compris les abaissements de 
votre Epoux céleste ; votre amour pour les 
pauvres et les infirmes vous rendit semblable 
à notre divin Libérateur, qui vient prendre 
sur lui toutes nos misères. Ne vous vit-on pas 
retracer les traits sous lesquels il va bientôt 
se montrer à nous, lorsqu'un pauvre lépreux 
repoussé de tous fut accueilli par vous avec 
une si touchante compassion? On vous vit le 
serrer dans vos bras, porter avec le courage 
d'une mère la nourriture à sa bouche déri- 

furée ; n'est-ce pas Là ce que vient faire ici- 
as notre Emmanuel, descendu pour guérir 
nos plaies dans ses fraternels embrassements, 
pour nous faire part de la nourriture divine 
qu'il nous prépare à Bethléhem ? Pendant 
qu'il recevait les caresses de votre charité, le 
lépreux tout à coup sentit disparaître l'affreuse 
maladie qui le séquestrait du reste des hu- 
mains. À la place de cette horrible puanteur 
qu'il exhalait, une odeur délicieuse s'échappe 
de ses membres renouvelés : n'est-ce pas là 
encore ce que Jésus vient opérer à notre égard ? 
La lèpre du péché nous couvrait; elle se dis- 
sout par la grâce qu'il nous apporte, et 
l'homme régénéré répand autour de lui la 
bonne odeur de Jesus-Christ. 

Au sein des joies que vous partagez avec 
Lucie, souvenez-vous de nous, ô Odile ! Nous 
savons combien votre cœur est compatissant. 
Nous n'avons point oublié la puissance de 
ces larmes qui retirèrent votre père du lieu 
des expiations, et ouvrirent les portes de la 
patrie céleste à celui qui vous avait exilée de 
la famille terrestre. Maintenant vous n'avez 
plus de larmes à répandre; vos yeux ouverts 



XIII Décembre. 



à la lumière du Ciel contemplent l'Epoux 
dans sa gloire, et vous êtes plus puissante 
encore sur son cœur. Souvenez-vous de nous 
qui sommes pauvres et infirmes ; obtenez la 
guérison de nos maladies. L'Emmanuel qui 
vient à nous se présente comme le médecin de 
nos âmes. Il nous rassure en nous disant que 
sa « mission n'est pas pour ceux qui se portent 
« bien, mais pour ceux qui sont malades ». 
Priez-le de nous affranchir de la lèpre du 
péché, et de nous rendre semblables à lui. O 
vous dont le sang illustre a coulé dans les 
veines de tant de rois et d'empereurs, jetez 
un regard sur la France, et protégez-la; aidez- 
la à recouvrer avec l'antique foi sa grandeur 
Êremière. Veillez sur les débris du Saint 
mpire romain ; l'hérésie a dispersé les 
membres de ce grand corps ; mais il revivra, 
si le Seigneur, rlechi par vos prières, daigne 
ramener dans la Germanie l'unité de croyance 
et la soumission à la sainte Eglise. Priez afin 
que ces merveilles s'opèrent à la gloire de 
votre Epoux, et que les peuples, las enfin de 
l'erreur et de la division, s'unissent pour pro- 
clamer le rèsne de Dieu sur la terre. 



Considérons la très pure Vierge sortant 
de son humble retraite pour aller visiter 
sainte Elisabeth, sa cousine. L'Eglise honore 
ce Mystère le Vendredi des Quatre-Temps 
de l'Avent, ainsi qu'on peut le voir ci-dessus, 
à ce jour, dans le Propre du Temps. Nous 
emprunterons encore à saint Bonaventure 
le récit de cette scène sublime, persuadé que 
rien ne sera plus agréable à nos lecteurs, que 



538 LA vent 



d'entendre de nouveau la voix du Docteur 
Séraphique, à qui il appartient mieux qu'à 
nous de révéler aux âmes pieuses ces admira- 
bles préludes à la Naissance du Sauveur. 

« Par après, Notre-Dame repensant aux 
« paroles de l'Ange, lesquelles il lui a dites 
« concernant sa "cousine Elisabeth, propose 
« de l'aller visiter pour la congratuler, et 
« d'abondant servir à icelle. Elle partit donc 
« de Nazareth, et s'en fut de compagnie avec 
« Joseph son époux , à la maison de cette 
« pieuse Dame, qui demeurait à distance de 
« quatorze ou quinze milles, ou environ, 
« d'Hiérusalem. Ni l'âpreté, ni la longueur 
« du chemin, rien ne la retarde; mais elle 
« s'en va grand train, parce qu'elle ne voulait 
« paraîtredongtemps en public ; et par ainsi 
« n'était-elle aucunement aggravée par suite 
« de la conception de son Fifs, comme il échet 
« aux autres femmes ; d'autant que le Sei- 
« gneur Jésus ne fut oncques onéreux à sa 
Mère. Considérez comme elle va seule avec 
« son époux, la Reine de ciel et terre; étant 
« non point à cheval, ains à pied. Point ne 
« mène escorte de soldats ou barons; point ne 
« se fait accompagner de camérières, ni da- 
« moiselles d'honneur; mais avec icelle mai - 
« chent la pauvreté, l'humilité, la modestie, 
« et ensemble l'honnêteté de toutes vertus. 
« Elle a davantage quant et soi le Seigneur, 
« lequel a pour son cortège une grande et 
« honorable compagnie, mais non la vaine et 
(( pompeuse du siècle. 

« Or, comme elle fut entrée dans la maison 
« d'Elisabeth, elle salua cette sainte Dame, 
«disant : Salut, ma sœur Elisabeth.' Lors 



XIII Décembre. 53g 

« icelle tressautant de joie et toute transportée 
« d'allégresse, et embrasée de l'Esprit-Saint, 
« se lève et embrasse Notre-Dame moult ten- 
« drement; puis après, exclamant en l'excès 
« de sa liesse, elle dit : Bénie êies-vous entre 
« toutes les femmes, et béni le fruit de votre 
« ventre ! Et d'où me vient cette chance que 
« la Mère de mon Seigneur vienne à moi? 
« C'est que du moment que la Vierge eut 
« salué Elisabeth, Jehan fut, au sein de sa 
« mère, rempli du Saint-Esprit, et que, par 
« ensemble, sa mère en fut aussi remplie. La 
« mère n'est pas plutôt comblée de cette cé- 
« leste infusion que le fils, mais oui bien le 
« fils enrichi de ce don suprême en communi- 
« que la plénitude à sa mère; non toutefois 
« effectuant chose aucune en l'âme de cette- 
« cy; ains en méritant, par l'Esprit-Saint, 
« qu'il opère quelque chose en icelle, d'au- 
« tant que c'était en lui-même que reluisait 
« avec plus d'affluence la grâce de l'Esprit- 
« Saint, et qu'il fut le premier qui ressentit 
« cette grâce. Tout ainsi comme la cousine 
« sentit la venue de Marie, mêmement le petit 
« sentit la venue du Seigneur. Et partant il 
« bondit; et elle de parler prophétiquement. 
« Vois combien grande est la vertu des paro- 
« les de Notre-Dame ; puisqu'à leur prononcé 
« est conféré l'Esprit-Saint. Et, de vrai, tant 
« abondamment en était-elle pleine, que des 
« mérites d'icelle l'Esprit-Saint remplissait 
« encore les autres. Or, Marie répondit à 
« Elisabeth, disant : Mon âme magnifie le 
« Seigneur, et mon esprit tressaille en Dieu 
« mon Sauveur! » 



L'A vent. 



SEQUENCE EN L HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

(Tirée des anciens Missels Romains- 
Français.) 



HODIERN.E luxdiei I ^>ETTE 

Celebris in Matris 
Dei 
A^itur memoria. 



Decantemu? in bac die 
Semper Virginis Marice 
Laudes et prseconia. 

Omnis homo , omni 

hora. 
Ipsam ora et implora 
Ejus patrocinia. 

Psalle, psalle, nisu 
toto, 
Cordis. oris. voce, voto : 
Ave, plena gratia ! 

Ave. Domina ccelorum, 
Inexperta viri torum, 
Parens paris nescia. 



Fœcundata sine viro, 
Genuisti more miro 
Genitorem filia. 



Florens hortus Austro 
riante. 
Porta clausa post et ante. 



journée est solen- 
V^ nelle ; on y célèbre la mé- 
tnoire de la ^lère de Dieu. 



En ce jour, chantons les 
louanges et les gloires de 
Marie toujours Vierge. 

Tous, à toute heure, invo- 
quez-la, et implorez son pa- 
tronage. 



Chantez, chantez de tout 
effort, de cœur, de bouche, 
de la voix et par tous les 
vœux : Salut, pleine de grâce ! 

Salut. Dame des cieux ! 
^ans connaître d'alliance hu- 
maine, incomparable Mère, 
vous enfantez le Sauveur. 

Féconde sans le concours de 
l'homme, vous avez engen- 
dre, ô prodige ! votre père, 
vous sa fille. 



Via vi 



ris învia. 



Fusa cœli rore tellus, 
Fusum Gedeonis vellus 
Deitatis pluvia. 



Jardin fleuri sous le soaffle 
de l'Auster : porte close avant 
et depuis : voie inaccessible ' 
l'homme. 



• 



Terre 
baignée de la rosée divine 



baignée des ondes 
Toison de Gédéofl 



XIII Décembre. 



5 4 i 



Splendeur du firmament, 
salut ! illuminez d'en haut les 
ténébreuse--, profondeurs de 
notre âme. 

Etoile de la mer, calmez 
ses flots ; que l'orage ne nous 
enlève pas, ni la tempête qui 
s'approche. Amen. 



Salve, splendor firma- 
menti : 
Tu caliginosa? menti 
Desuper irradia. 

Plaça mare, maris 
Stella, 
Ne involvat nos procella 
Et tempestas obvia. 

Amen. 



INTROÏT DE L AVENT. 

(Missel Ambrosien, au VI e Dimanche, 
Ingressa. 1 



PEUPLE, voyez-vous Elisa- 
beth dans sa dispute d'hu- 
milité avec Marie Mère de 
Dieu : Pourquoi êtes-vous 
venue à moi, ô mère de mon 
Seigneur ? Certes, si je 
l'eusse connu, je serais venue 
à votre rencontre. Car vous 
portez le Roi, et moi le Pro- 
phète : le Législateur, et moi 
celui qui reçoit la Loi : le 
Verbe, et moi seulement la 
Voix qui proclame l'Avène- 
ment du Sauveur. 



Videsne Elisabeth cura 
Dei Génitrice Maria 
disputantem : Quid ad 
me venisti. Mater Domini 
mei ? Si enim scirem. in 
tuum venirem occursum. 
Tu enim Regnatorem 
portas, et ego Prophe- 
tam : tu legem dantem, 
et ego legem accipien- 
tem : tu Verbum, et ego 
Vocem proclamantis Ad- 
ventum Salvatoris. 



XIV DECEMBRE. 
SEPTIÈME JOUR DANS L'OCTAVE 

DE L'IMMACULÉE CONCEPTION. 

Considérons la très pure Marie , dans la 
maison de sainte Elisabeth, rendant avec 
une ineffable charité toute sorte de service à 
sa bienheureuse cousine, la favorisant de ses 
doux entretiens, assistant à la glorieuse Nati- 
vité de saint Jean-Baptiste, et enfin retour- 
nant, après son ministère rempli, dans son 
humble demeure de Nazareth. Mais pour 
mieux pénétrer tous ces divins mystères, 
empruntons encore le secours du Docteur 
Séraphique : 

« Adoncques, son terme arrivant, Elisabeth 
« accoucha d'un fils, lequel Notre-Dame leva 
« de terre et apprêta soigneusement, pour 
« autant qu'il était expédient. Or, le petit re- 
« gardait icelle, comme s'il eût eu jà de l'en- 
« tendement; et quand elle voulait le don- 
« ner à sa mère, il se détournait la tète devers 
« notredite Dame, et ne se plaisait que sur 
« elle ; et elle, de son côté, se jouait gaiement 
« avecque lui. l'embrassait et baisait joyeuse- 
« ment. Considérez la magnificence de Jehan : 
« jamais oncques nul poupon n'eut telle por- 
te teuse. L'on compta maints autres privilèges 
« d'icelui, sur lesquels je n'insiste pas pour 
« le présent. 

« Or, le jour huitième, fut circoncis l'enfant, 
« et fut nommé Jehan. Pour lors, fut ouverte 



7 e Jour dans VOct. de l'hnmac. Concept. 543 

« la bouche de Zacharie, et il prophétisa, di- 
« sant : Béni le Seigneur Dieu d'Israël! et 
« c'est ainsi qu'en icelle maison furent faits 
« ces deux très beaux Cantiques ; à savoir, le 
« Magnificat et le Benedictus. Cependant No- 
e tre-Dame se tenant derrière une courtine, 
« à ce qu'elle ne fût /ue des hommes qui 
« s'étaient assemblés pour la circoncision de 
« Jehan, écoutait attentivement le présent 
« Cantique, en lequel était mention de son 
« Fils, et recueillait toutes choses en son 
« coeur, moult sagement. Finalement, disant 
« adieu à Elisabeth, à Zacharie, et puis, bé- 
« nissant Jehan, elle s'en retourna avecque 
« son époux à la maison de son habitation, 
« en Nazareth. En cette présente réversion, 
« rappelle en ton esprit la pauvreté d'icelle. 
" Elle s'en retourne, en effet, vers une maison 
« où elle ne va trouver ni pain, ni vin, ni 
« autres nécessaires; joint à cela, qu'elle n'a- 
<-( vait ni chevance, ni pécune. Or, elle a 
« demeuré ces trois mois durant chez les hon- 
« nêtes personnes que nous venons de dire, 
o lesquelles, peut-être bien, étaient riches: 
a mais à cette heure la voilà qui revient à sa 
« pauvreté, et qui, pour se procurer le vivre, 
« s'en va travailler de ses propres mains. 
« Compatis à icelle, enfiamme-toi en l'amour 
« de pauvreté. » 

SÉQUENCE EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

{Tirée des anciens Missels Romains-Français.) 

SAI.UT, Vierge glorieuse, 
reflet du Ciel, Rose du 
monde, Lis de virginité 1 



Ave, Virgo gloriosa, 
Cœli jubar, mundi 



rosa, 
Cœlibatus lilium. 



■U4 



L'Aven! 



Ave, «emraa pretiosa, 
-ûL-m speciosa, 
Virginale gaudium. 

Spes reorum. o Maria, 
Redemptoris Mater pia, 
Redemptorum gloria. 



Finis lethi, vit» via ; 
Tibi triplex Hierarchia 
Digna dat praeconia. 

Virga Jesse florida, 
Steila^maris lucida, 
Sidus verae lucis. 

Fructura vitae profe- 
rens. 
Et ad portum transferens 
Salutis, quod ducis. 

Florens hortus, cegris 
gratus, 
Puritatis fons signntus, 
Dans fluenta gratis. 

Thronus veri Salomo- 

nis, 
Quem prasclaris cœli do- 

nis 
Crnavit Rex gloriae. 

O regina pietatis. 
Et totius sanctitatis 
Flumen indeficiens. 

In te salva confidentes, 
Salutari sitientes 
Potu nos reficiens. 



Salut, Perle précieu:-e. 
plus splendide que le soleil ; 
joie des cœurs purs ! 

Vous êtes l'espoir des pé- 
cheurs, Marie ! la tendre Mère 
du Rédempteur, la gloire des 
âmes rache: . 

A vous finit la mort, com- 
mence la vie : à vous, les 
trois Hiérarchies offrent de 
dignes hommeges. 

Branche fleurie de Jessé, ra- 
dieuse Etoile de la mer, astre 
de vraie lumière ! 

Vous portez le Fruit de 
vie; et tout ce que votre main 
conduit, arrive au port du 
salut. 

Jardin fleuri, doux aux ma- 
lades, Fontaine de pureté 
toujours scellée, d'où jaillis- 
sent les eaux de la grâce ! 

Trône du vrai Salomott, 
que le Roi de gloire a enrichi 
des plus magnifioues dons du 
ciel 1 ! 



O reine de piété et de toute 
sainteté; fleuve intarissable ! 



Sauvez ceux qui se con- 
fient en vous, et du breu- 
^lut étanchez notre 



7 e Jour dans VOct. de VImmac. Concept. 545 



Vers vous, pleurant, nous 
soupirons ; guidez nos âmes, 
nous vous supplions, nous, 
malheureux enfants d'Eve. 

Considérez avec clémence, 
de l'œil de votre bonté, l'état 
de notre misère. 



Vase embaumé de tous les 
parfums ; Trésor de toutes les 
grâces du salut ! 



Exhalez en nous vos suavi- 
tés, et répandez sur nous la 
grâce qui vous enrichit. 



Bonne Mère du doux Jésus, 
Salut du monde, Dame aes 
célestes habitants! 



Donnez-nous une paix sans 
fin, et transportez-nous dans 
les clartés d'en haut après ce 
sombre exil. Amen. 



Ad te fientes suspira- 
mus, 
Rege mentes, invocamus, 
Eva; proies misera. 

Statum nostrse pauper- 
tatis, 
Vultu tua; bonitatis,'" 
Clementer considéra. 

Cella fragrans aroma- 
tum, 
Apotheca eharismatum 
Salutaris. 

Tuam nobis fragran- 
tiam 
Spirans, infunde gratiam I 
Qua ditaris. 

Dulcis Jesu Mater bo- 
na, 
Mundi salus, et Matrona 
Supernorum civium. 

Pacem confer sempiter- 
nam, 
Et ad lucem nos supernam 
Transfer post exilium. 

Amen. 



PRIERE POUR LE TEMPS DE LAVENT. 

(Bréviaire Mozarabe, au Vendredi de la II e 
semaine de ï A vent, Capitula.) 

ROI désirable, Seigneur 
Jésus-Christ , purifiez- 
nous, comme un feu ardent, 
des scories de nos péchés ; 
rendez-nous comme un or 
épuré, comme un argent dé- 



Dominator desidera- 
bilis, Domine Jesu 
Christe, quasi ignis con- 
flans ab scoriis peccami- 
num nos absterge : et 
quasi aurum purum ar- 



35 



540 



VA vent. 



gentumque purgatum. 
nos effice ; tuoque inspi- 
ramine, ad quaerendum te 
jugiter, corda nostra suc- 
cende : ut ad te ardenter 
nostra desideria anhelent, 
tibique conjungi tota avi- 
ditate festinenL Amen. 



gagé de tout alliage ; par 
vos inspirations, enflammez 
nos cœurs à vous chercher 
sans cesso, afin que nos désirs 
s'élèvent vers vous avec ar- 
deur, et que nos âmes soient 
avides d'être unies à vous. 
Amen. 



XV DÉCEMBRE. 

OCTAVE de L'IMMACULÉE CONCEPTION 

DE LA SAINTE VIERGE. 

Ge jour qui est le huitième à partir de celui 
où nous avons célébré l'Immaculée Con- 
ception de Marie, s'appelle proprement l'Oc- 
tave ; tandis que les jours précédents étaient 
désignés simplement sous le nom de jours 
dans VOctave. L'usage de célébrer durant une 
semaine entière les principales Fêtes est du 
nombre de ceux qui ont passé de la Syna- 
gogue dans l'Eglise chrétienne. Le Seigneur 
avait dit dans le Lévitique : « Le premier 
« jour de la fête sera le plus solennel et le 
« plus saint ; vous n'y ferez aucune œuvre 
« servile. Le huitième jour sera aussi très so- 
« lennel et très saint ; vous y offrirez un holo- 
« causte au Seigneur; ce sera un jour d'assem- 
« blée, et vous n'y ferez point non plus d'œu- 
« vre servile. » Nous lisons pareillement 
dans les Livres des Rois, que Salomon ayant 
convoqué tout Israël à Jérusalem, pour la 
Dédicace du Temple, ne renvoya le peuple 
qu'au huitième jour. 

Les livres du Nouveau Testament nous 
apprennent que cette coutume était encore 
observée au temps de notre Seigneur, qui 
autorisa par son exemple ce genre de solen- 
nité. En effet, il est dit dans saint Jean que 
Jésus vint une fois prendre part à quel- 



54 S VA vent. 



qu'une des Fêtes de la Loi, seulement au mi- 
lieu de VOctave ; et le même Evangéliste 
remarque, en un autre endroit, que lorsqu'on 
entendit le Sauveur, dans la Fête de Pâques, 
crier au peuple : Qjie celui qui a soif vienne 
à moi, et il se désaltérera, ce jour était le der- 
nier jour de la fête, le jour de VOctave. 

Dans l'Eglise chrétienne, on solennise deux 
sortes d'Octaves : les Octaves privilégiées, et 
les Octaves non privilégiées. Les premières 
sont si solennelles, qu'il n'est pas permis d'y 
célébrer les Fêtes des Saints qui viendraient 
à s'y rencontrer ; on en fait une simple mé- 
moire, ou on les transfère après VOctave. 
Il est défendu pareillement d'y dire la 
Messe des Morts, si ce n'est en présence du 
corps d'un défunt qu'il faut inhumer. Les 
Octaves non privilégiées admettent les fêtes 
qui se rencontrent, pourvu qu'elles soient du 
degré semi-double et au-dessus ; mais, dans ce 
cas, on fait toujours mémoire de l'Octave dans 
l'Office et à la Messe de la Fête qui s'est trou- 
vée l'emporter sur l'Octave, à moins que la 
Fête ne fût elle-même d'un degré tout à fait 
supérieur. 

L'Octave de l'Immaculée Conception, la 
première des Octaves qui se rencontre sur le 
Cycle, n'est pas privilégiée. Elle cède, non 
seulement au Dimanche, mais aux fêtes de 
saint Damase et de sainte Lucie, et aux diver- 
ses fêtes locales du même degré. 

Saluons encore une fois le haut Mystère de 
Marie conçue sans péché ; notre Emmanuel 
aime à voir glorifier sa Mère. N'est-ce pas pour 
lui qu'elle a été créée, pour lui que le lever 
radieux de cet astre si pur a été préparé de 



L'Octave de V Immaculée Conception. 54g 

toute éternité ? Quand nous exaltons la Con- 
ception immaculée de Marie, nous rendons 
honneur à la divine Incarnation. Jésus et 
Marie sont inséparables ; Isaïe nous l'a dit : 
elle est la branche, il est la fleur. 

Grâces vous soient donc rendues, ô Emma- 
nuel, qui avez daigné placer notre existence 
dans les jours où fut proclamé, sur la terre, 
le privilège dont vous avez embelli le pre- 
mier instant de la vie de celle à qui vous 
deviez emprunter la nature humaine ! Votre 
sainteté infinie a brillé d'un nouvel éclat à 
nos regards ; et nous avons mieux compris 
l'harmonie de vos mystères. En même temps, 
nous avons senti qu'appelés nous-mêmes à 
contracter avec vous les liens les plus intimes 
en cette vie, et à vous contempler en l'autre 
face à face, nous devions tendre à nous puri- 
fier de plus en plus de nos moindres taches. 
Vous avez dit : « Heureux ceux dont le cœur 
« est pur ; car ils verront Dieu » ; la Concep- 
tion immaculée de votre Mère nous révèle à 
son tour les exigences de votre souveraine 
sainteté. Daignez, ô Emmanuel, par l'amour 
qui vous a porté à la préserver du souffle de 
l'ennemi, prendre en pitié ceux dont elle est 
aussi la mère. Voici que vous venez à eux ; 
dans quelques jours ils oseront aborder votre 
berceau. Les suites du péché d'origine sont 
encore visibles en eux, et pour comble de 
malheur, ils ont ajouté leurs propres fautes à 
la prévarication de leur premier père ; puri- 
fiez, 6 Jésus, leurs cœurs et leurs sens, afin 
qu'ils puissent paraître devant vous. Ils savent 
que nulle créature n'atteindra jamais à la 
sainteté de votre mère : mais ils vous deman- 



55 o L'A vent. 



dent le pardon, le retour ae votre grâce, l'a« 
version pour le monde et pour ses maximes, 
la persévérance dans votre amour. 

O vous qui êtes le Miroir créé de ca Justice 
divine, plus pure que les Chérubins et les 
Séraphins, en retour des hommages que notre 
génération vous a offerts au jourïortuné où la 
gloire de votre Conception immaculée a été 
proclamée aux applaudissements de toute la 
terre, daignez épancher sur nous ce trésor de 
tendresseef de protection que vous teniez en 
réserve pour cette heure si longtemps atten- 
due. Le' monde ébranlé jusqu'en ses fonde- 
ments appelle, pour se raffermir, le secours de 
votre main maternelle. L'enfer a déchaîné sur 
la race humaine les plus redoutables de ces 
esprits de malice qui ne respirent que blas- 
phème et destruction ; mais en même temps 
l'Eglise de votre fils ressent en elle une jeu- 
nesse nouvelle, et la semence de la parole 
divine se répand et germe en mille endroits. 
Une lutte formidable est ouverte ; et souvent 
nous serions tentés de nous demander qui i 
devra l'emporter, et si le dernier jour du 
monde n'est pas sur le point de se lever ! 

O Reine des hommes, l'astre de votre Con-j 
ception immaculée n'aurait-il brillé au ciel 
que pour éclairer des ruines ? Le signe an- 
nonce par Jean le Bien-Aimé, la Femme qui 
paraît au ciel revêtue du soleil, le front ceint 
d'un diadème de douze étoiles, et foulant le 
croissant sous ses pieds, ce signe n'a-t-il pas 
plus d'éclat, plus de puissance, que l'arc qui 
se dessina sur le ciel pour annoncer l'apaise- 
ment de la colère divine, aux jours du déluge ? 
C'est une Mère qui luit sur nous, qui descend 



L'Octave de V Immaculée Conception. 55 1 



vers nous pour consoler et pour guérir. C'est 
le sourire du ciel miséricordieux à la terre 
malheureuse et coupable. Nous avons mérité 
le châtiment ; la divine justice nous a éprou- 
vés, elle a le droit d'exiger d'autres expiations 
encore ; mais elle se laissera fléchir. La nou- 
velle effusion de grâces que le Seigneur a 
répandue sur le monde, au grand jour dont 
nous célébrons la mémoire, ne demeurera 
pas stérile ; nous entrons dès lors dans une 
autre période, Marie, que l'hérésie blasphé- 
mait depuis plus de trois siècles, descend vers 
nous pour régner ; elle vient porter le der- 
nier coup aux erreurs dont les nations ont été 
trop longtemps séduites ; elle fera sentir son 
pied vainqueur au dragon qui s'agite avec 
tant de rage, et le divin Soleil de justice dont 
elle est revêtue versera sur le monde renou- 
velé les flots d'une lumière plus brillante et 
plus pure que jamais. Nos yeux ne verront 
pas encore ce jour ; mais déjà nous en pouvons 
saluer l'aurore. 

* Il y a deux siècles, un serviteur de Dieu que 
l'Eglise a depuis placé sur les autels, votre 
dévot serviteur, ô Marie, Léonard de Port- 
Maurice semble avoir désigné l'époque de 
votre triomphe futur comme celle où le monde 
devait recouvrer la paix. Les agitations au 
milieu desquelles s'écoule notre existence 
sont, nous voudrions le croire, le prélude de 
cette heureuse paix, au sein de laquelle la 
divine parole pourra parcourir le monde 
sans entraves, et l'Eglise de la terre cueillir 
sa moisson pour l'Eglise du ciel. O Mère de 
Dieu, le monde fut agité aussi dans les temps 
qui précédèrent votre enfantement divin ; 



\ 552 



L'A vent. 



mais la paix régnait par toute la terre, 
lorsque, dans Bethléhem, vous lui donnâtes 
son Sauveur. En attendant l'heure où vous 
déploierez la force d-s votre bras, assistez- 
nous, dans les touchants anniversaires qui se 
préparent ; rendez-nous purs et sans aucune 
tacne, en cette nuit glorieuse au sein de 
laquelle va sortir de vous Jésus-Christ, Fils 
de Dieu, Lumière éternelle. 

PROSE EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE. 

(Tirée des anciens Missels Romains-Français.) 



Cor devotum elevetur. 
Ut dévote celebre- 
tur 
Virginis Conceptio. 

Mens amore inflamme- 
tur, 
Et amori copuletur 
Laus et jubilatio. 

Haec concepta miro 
more 
Est ut rosa cum nitore, 
Est ut candens lilium. 



Ut fructus exit a flore, 
Est producta cum pudo- 

re, 
Praeventa per Filium. 

Sicut ros non corrum- 

pitur, 
Quando in terra gigni- 

tur, 
Elementi rubigine ; 



Elevez- vous, cœurs pieux, 
pour célébrer dévote- 
ment la Conception de la 
Vierge. 

Que d'amour l'âme s'em- 
brase, et qu'à i'amour s'u- 
nissent louange et jubila- 
tion. 

En sa merveilleuse Con- 
ception, elle est comme jla 
rose en son éclat ; elle est 
comme le lis en sa blan- 
cheur. 

Comme le fruit sort de la 
fleur, elle apparaît avec pu- 
deur; son Fils l'a devancée 
de sa grâce. 

Comme de la terre s'élève 
la rosée, sans être souillée 
parla poudre grossière; 



L'Octave de V Immaculée Conception. 553 



Ainsi, dans le sein mater- 
nel , la Vierge est conçue 
sans être flétrie de l'originelle 
souillure. 



Donc , en des hymnes 
suaves, chantons, en cette 
Vierge, une Conception sans 
nuage. 

Formée comme les autres 
mortels, mais pure dès son 
origine, chœurs, chantez-la 
dans votre joie; 



Afin qu'émue de nos doux 
accents, elle nous garde, en 
ce siècle, exempts de tout 
péché ; 

Et qu'à l'article du trépas, 
elle nous délivre du péril et 
des gouffres de l'enfer. 

Amen. 



Sic Virgo non infici- 

tur, 
Quum in matre concipi- 

tur. 
Originali crimine. 

Nos ergo dulci car- 
mine, 

Laudemus in hac Virgi- 
ne 

Conceptum sine nubilo. 

Hanc conceptam ex se- 
mine, 
Et mundam 'ab origine, 
I Laudet chorus cum jubi- 
le 

Ut mota dulci modulo, 
Nos servet in hoc sasculo 
Mundos ab omni cri- 
mine. 

Et in mortis articulo, 
Liberet a periculo 
Et inferni voragine. 

Amen. 



PRIERE POUR LE TEMPS DE L AVE.NT. 

(Bréviaire Mozarabe, IV e Dimanche de 
VA vent, Oraison.) 



SEIGNEUR, la parole du 
Prophète a fait entendre 
au monde des choses nou- 
velles et inouïes : elle a an- 
noncé que le salut des créa- 
tures aurait lieu au moyen 
du prodigieux enfantement 
d'une Vierge. Maintenant 
donc que l'Eglise, remplie 



Nova et inaudita sunt, 
Domine, quae pro- 
pheticus sermo intonuit 
mundo : quod novo "\ 'ir- 
ginis partu salvatio exo- 
rietur creaturarum ; cu- 
jus admirabile incarna- 
noms mysterium quia 
devota cordium suscep- 



554 



L'A vent. 



tione Ecclesia suscipit 
laetabunda : quaesumus, 
ut in laudem ejus'.et no- 
va illi cantica déférât et 
accepta : ut cujus laus ab 
extremis terrae concini- 
tur. ejus voluntas in toto 
mundo a fidelibus im- 
pleatur. Amen. 



de joie, s'apprête à recevoir 
dans la dévotion de son cœur 
l'admirable mystère de 1 In- 
carnation, nous vous prions 
de lui faire la grâce de célé- 
brer la louange du Verbe 
incarné dans un cantique 
nouveau: et qui soit accepté ; 
afin que celui dont la gloire 
est chantée jusqu 'aux extré- 
mités de la terre, voie aussi 
sa volonté accomplie par les 
fidèles, dans le monde entier. 
Amen. 



XVI DÉCEMBRE. 

SAINT EUSÈBE, ÉVÊQUE DE VERGEIL. 

ET MARTYR. 

Aux glorieux noms des défenseurs de la di- 
vinité du Verbe dont l'Eglise honore la 
mémoire au temps de l'Avent, vient s'associer 
de lui-même le nom de l'intrépide Eusèbe de 
Verceil. La foi catholique, ébranlée dans ses 
fondements au iv e siècle par l'hérésie arienne, 
se maintint debout par les travaux de quatre 
souverains Pontifes : Silvestre, qui confirma 
le Concile de Nicée; Jules, qui fut l'appui de 
saint Athanase; Libère, dont la foi ne défaillit 
pas, et qui, rendu à la liberté, confondit les 
ariens; et Damase, qui acheva de ruiner leurs 
espérances. L'un de ces quatre Pontifes brille 
sur le Cycle, au temps de l'Avent : c'est Damase, 
dont nous venons de célébrer la mémoire. A 
côté des Pontifes romains, combattent pour la 
divinité du Verbe quatre grands Evéques, 
desquels on peut affirmer que leur cause 
personnelle était en même temps celle du Fils 
de Dieu Consubstantiel : en sorte que leur 
dire anathème était dire anathème au Christ 
lui-même; tous quatre puissants en œuvres 
et en paroles, la lumière des Eglises, l'amour 
du peuple fidèle, les invincibles témoins du 
Christ. Le premier et le .plus grand des quatre 
est l'Evêque du second Siège cle l'Eglise, saint 
Athanase, Patriarche d'Afexandrie ; le deu- 
xième est saint Ambroise de Milan, que nous 



556 



L'Avent. 



avons fêté il y a peu de jours; le troisième est 
la gloire des Gaules, saint Hilaire, Evêque 
de Poitiers; le quatrième est l'ornement de 
l'Italie, saint Eusèbe, Evèque de Verceil. C'est 
ce dernier que nous avons à honorer aujour- 
d'hui. Hilaire aura son tour et confessera 
bientôt le Verbe éternel auprès de son ber- 
ceau; pour Athanase, il paraîtra en son temps, 
et célébrera dans sa Résurrection triom- 
phante, celui qu'il proclama avec un courage 
magnanime, en ces jours de ténèbres où la 
sagesse humaine eût espéré volontiers que le 
royaume du Christ, après avoir triomphé de 
trois siècles de persécutions, ne survivrait pas 
à cinquante années de paix. Saint Eusèbe a 
donc été élu par la souveraine Providence de 
Dieu pour conduire le peuple fidèle à la 
Crèche, et lui révéler le Verbe divin sous les 
traits de notre faible mortalité. Les souffran- 
ces qu'il a endurées pour la divinité du Christ 
ont été si grandes, que l'Eglise lui a décerné 
les honneurs du Martyre, quoiqu'il n'ait pas 
répandu son sang dans les supplices. Lisons 
maintenant ses mérites dans l'admirab 



-able récit 



que leur a consacré la sainte Eglise 



EUSEBIUS, natione Sar- 
dus, Romanas urbis 
Lector, post Vercellen- 
sis Episcopus, ad hanc 
regendam Ecclesiam me- 
rito est creditus divino 
electus judicio: nam 
quem nunquam ante con- 
stitua electores cognove- 
rant , post habitis civi- 
bus, simul ut viderunt, 
et pordaverunt, tantum- 



EusÈbê, né en Sardaigne, 
Lecteur de l'Eglise Ro- 
maine, puis évêque de Ver- 
ceil, fut manifestement ap- 
pelé par le jugement de Dieu 
à gouverner cette Eglise; car 
les électeurs, sans l'avoir ja- 
mais connu, à l'exclusion de 
tous leurs concitoyens, le 
choisirent aussitôt qu'ils 
l'eurent vu ; et il ne leur fal- 
lut pas plus de temps pour 



Samt Easèbe, Evêque de Verceil. 55' 



l'apprécier que pour le voir. 
Eusèbe fut le premier de tous 
les évêques d'Occident qui 
établit 'dans son Eglise des 
Moines faisant les fonctions 
de Clercs, afin de réunir 
dans les mêmes hommes le 
détachement des richesses et 
la tenue propre aux Lévites. 
C'était l'époque où les impié- 
tés ariennes envahissaient de 
toutes parts l'Occident. Eu- 
sèbe les attaqua avec vi- 
gueur ; et son invincible foi 
consola le Pape Libère, jus- 
qu'à lui faire supporter la 
vie. Ce Pontife, reconnais- 
sant en lui la ferveur de l'Es- 
prit de Dieu, le chargea d'al- 
ler avec ses Légats plaider 
devant l'empereur la cause de 
la foi. Eusèbe parvint avec 
eux auprès de Constance, et 
à force de zèle, il en obtint 
tout ce qu'on se proposait 
dans cette légation, savoir la 
célébration d'un concile. 



CE concile fut réuni à Milan 
l'année suivante ; Eusèbe 
y fut invité par Constance ; 
et les Légats de Libère dési- 
rèrent également et récla- 
Smèrent sa présence. Bien loin 
de céder aux trames de la 
synagogue arienne et de se 
rendre complice de ses fu- 
reurs contre saint Athanase, 



que interfuit ut probare- 
tur, quantum ut videre- 
tur. Primus in Occiden- 
tis partibus in eadem 
Ecclesia eosdem Mona- 
chos instituit esse quos 
Clericos, ut esset in ip- 
sis viris et contemptus re- 
rum, et accuratio Levi- 
tarum. Arianis impieta- 
tibus ea tempestate per 
Occidentem longe late- 
que traductis, adversus 
eas viriliter sic dimica- 
vit, ut ejus invicta fides 
Liberium, summum Pon- 
tificem. ad vitae sola- 
tium erigeret. Quare hic 
sciens in ipso fervere 
Spiritum Dei, quum ei 
significasset ut pênes Im- 
peratorem, una cum suis 
legatis patrocinium Fi- 
dei susciperet, mox cum 
illis profectus est ad 
Constantium , apud 

quem enixius agens, 
quidquid legatione pete- 
batur obtinuit, ut Epis- 
coporum nempe ccetus 
celebraretur. 

Collectum est Medio- 
lani anno sequenti 
concilium, ad quod a 
Constantio invitatum 
Eusebium, concupitum- 
que ac vocatum a Libe- 
rii legatis, tantum abest 
ut malignantium syna- 
goga arianorum contra 
sanctum Athanasium fu- 



558 



UA vent. 



rentium in suas partes 
adduceret. ut potius di- 
serte statim ipse decla- 
rans, e prresentibus quos- 
darn sibi compertos hce- 
retica labe pollutos, Ni- 
ca?nam imo Fidem pro- 
posuerit iis subscriben- 
dam, antequam ca?tera 
tractarentur. Quod aria- 
nis acerbe iratis negan- 
tibus, nedum in Athana- 
siurn recusavit ipse sus- 
cribere : quin sancti Dio- 
nysii Martyris, qui de- 
ceptus ab ipsis subscri- 
pserat, captivatam sim- 

filicitatem ingeniosissime 
iberavit. Quamobrem 
illi graviter indignantes, 
post multas illatas inju- 
rias, exilio ilium mul- 
ctarunt ; sed sanctus vir 
excusso pulvere, nec Cae- 
saris minas veritus. nec 
enses obstrictos, exilium 
veluti su: ministerii offi- 
cium accepit, missusque 
Scythopolim, famem, si- 
tim, verbera, diversaque 
supplicia perpessus, pro 
fide strenue vitam con- 
tempsit. mortem non 
metuit. corpus carnifici- 
bus tradidit. 

Quanta in eum tune 
arianorum crudeli- 
tas fuerit ac effrons inve- 
recundia, ostendunt gra- 
ves litterae plenœroboris. 
pietatis ac religionis, 



dès l'abord il déclara haute- 
ment que plusieurs des mem- 
bres du concile lui étaien. 
connus pour hérétiques, et 
proposa de leur faire sous- 
crire la Foi de Xieée, avant 
de passer outre. Les ariens 
furieux s'y étant refusés, il 
refusa pareillement de sous- 
crire^ contre saint Athanase, 
et même il parvint à dégager 
avec adresse la simplicité de 
saint Denys le Martyr, qui, 
trompé par les hérétiques, 
avait sonscrit cette condam- 
nation. C'est pourquoi les 
ariens, vivement irrités contre 
Eusèbe, après un grand nom- 
bre de mauvais traitements, 
le firent condamner à l'exil ; 
mais le saint Evêque. se- 
couant la poussière dî ses 
pieds, sans craindre ni les 
menaces de César, ni le tran- 
chant du glaive, accepta l'exil 
comme une fonction de son 
ministère. Envoyé à Scytho- 
polis, il y souffrit la faim, la 
soif, les coups et divers sup- 
plices, dédaigna courageuse- 
ment sa propre vie pour la 
foi, brava la mort, et livra 
son corps aux bourreaux. 



Quelle fut envers lui la 
cruauté et l'insolence 
effrénée des ariens, c'est ce 
que font voir les lettres im- 
portantes, pleines de force, 
de piété et de religion, qu'il 



Saint Eusèbe, Evêque de Verceil. 55g 



écrivit de Scythopolis au 
clergé et au peuple de Ver- 
ceil, et à quelques personnes 
du voisinage. Cn y voit en- 
core que les hérétiques ne 
purent jamais ni l'abattre par 
les menaces et les traite- 
ments barbares, ni l'attirer à 
leur parti au moyen de leurs 
séduisantes et fallacieuses 
subtilités. Déporté ensuite en 
Cappadoce, et enfin dans la 
Thébaïde de laHaute-Egypte, 
en punition de sa fermeté, il 
supporta les rigueurs de l'exil 
jusqu'à la mort de Constance. 
Il lui fut alors permis de 
retourner à son troupeau; 
mais il ne voulut partir 
qu'après avoir assisté au con- 
cile assemblé à Alexandrie 
pour réparer les pertes de 
la foi. Il parcourut ensuite les 
provinces de l'Orient pour 
rendre à une santé parfaite, 
comme un habile médecin, 
ceux qui étaient infirmes 
dans la foi. les instruisant 
dans la doctrine de l'Eglise. 
Poursuivant cette mission 
salutaire, il passa en Illyrie. 
et repassa enfin dans l'Italie 
qui, à son retour, dépouilla 
ses vêtements de deuil. Ce 
fut là qu'il publia, après les 
avoir expurgés, les commen- 
taires d'Origène et d'Eusèbe 
de Césarée sur les Psaumes, 
qu'il avait traduits du grec 
en latin. Enfin, illustré par 
tant d'actions excellentes, il 
mourut à Verceil, sous Va- 



quas e Scythopoli scrip- 
sit ad Vercellensem cle- 
rum et populum, aliosque 
finitimos; equibusetiam 
est exploratum, ipsorum 
nec minis inhumanaque 
saevitia potuisse unquam 
eum deterreri, nec ser- 
pentina blanda subtili- 
tate ad eorum societatem 
perduci. Hinc in Cappa- 
dociam, postremoque ad 
superiores ^Egypti The- 
baidas pro constantiasua 
deportatus, exilii rigores 
tulit ad mortem usque 
Constantii; post quam 
ad gregem suum reverti 
permissus, non prius re- 
dire voluit, quam repa- 
randis fidei jacturis ad 
Alexandrinam Synodum 
sese conferret ; postque, 
medici praestantis instar 
peragrans Orientis pro- 
vincias, in fide infirmos 
ad integram valetudinem 
restitueret, eos instituens 
in Ecclesiae doctrina. 
Inde salubritate pari di- 
gresso in Illyricum, tan- 
demque inltaliamdelato, 
ad ejusreditum, lugubres 
vestes Italia mutavit ; ubi 
postquam Psalmorum 
omnium expurgatos a se 
commentarios Origenis 
edidit. Eusebiique Cœsa- 
reensis, quos verterat de 
Graeco in Latinum : de- 
mum tôt egregie factis 
illustris ad immarcesci- 



56o 



VA vent. 



bilem gloriae coronam 
tantis aerumnis promeri- 
tam, sub Valentiniano 
et Valente, Vercellis mi- 
gravit. 



lentinien et Valens, et alla 
recevoir l'inflétrissable cou- 
ronne de gloire que tant de 
tribulations lui avaient ac- 
quise. 



Athlète invincible du Christ que nous atten- 
dons, Eusèbe, Martyr et Pontife, que vos fati- 
gues et vos souffrances pour la cause de ce 
divin Messie ont été grandes ! Elles vous ont 
cependant paru légères, en comparaison de 
ce qui est dû à ce Verbe éternel du Père, que 
son amour a porté à devenir, par l'Incarna- 
tion, le serviteur de sa créature. Nous avons, 
envers ce divin Sauveur, les mêmes obliga- 
tions que vous. C'est pour nous qu'il va naître 
d'une Vierge aussi bien que pour vous; priez 
donc, afin que notre cœur lui soit toujours 
fidèle dans la guerre comme dans la paix, en 
face de nos tentations et de nos penchants, 
comme s'il s'agissait de le confesser devant les 
puissances du monde. Fortifiez les Pontifes de 
la sainte Eglise, afin que nulle erreur ne 
puisse tromper leur vigilance, nulle persécu- 
tion lasser leur courage. Qu'ils soient fidèles 
imitateurs du souverain Pasteur qui donne sa 
vie pour ses brebis, et qu'ils paissent toujours 
le troupeau dans l'unité et la charité de Jésus- 
Christ. 



Considérons la très pure Marie de retour 
dans sa maison de Nazareth, et se réjouissant 
de sentir vivre en elle celui qui donne la vie 
à toute créature, et dont l'amour inonde tou- 
jours son cœur. Joseph, le fidèle gardien de 
sa virginité, met toutes ses complaisances, 



XVI Décembre. 



56t 



après Dieu, dans celle qui lui a été donnée 
pour épouse, et bénit le Seigneur pour un si 
riche présent. Les saints Anges se pressent 
dans cette heureuse maison qu'habitent leur 
souverain Seigneur et celle qu'il a choisie 
pour Mère. Rien n'égale la félicité d'un tel 
séjour : toutefois, le Seigneur a résolu de le 
visiter par la tribulation, afin d'y faire briller 
d'un nouveau lustre la patience de celle qu'il 
a glorifiée par-dessus toutes les femmes, et 
l'admirable discrétion de son saint époux. 
Nous placerons ici un dernier fragment des 
Méditations de saint Bonaventure, dans le- 
quel le Séraphique auteur nous initie, avec 
sa lumière ordinaire, à toute la plénitude 
du récit évangélique : 

« Or, comme Notre-Dame et le sien époux 
« Joseph habitaient par ensemble, à même 
« temps que Jésus croissait dans le sein de 
« sa mère, ledit Joseph se vint à considérer 
« qu'elle était enceinte, dont il se chagrina 
« outre mesure. Prêtes-y bien de l'attention, 
« d'autant que tu y ' pourras apprendre 
« maintes belles choses. Si tu doutes po\;r- 
« quoi Notre-Seigneur a voulu que sa mère 
« eût un homme, pour bien qu'il la voulût 
« toujours être vierge ; à cela l'on te répond, 
« pour trois causes, savoir : premièrement, 
« de peur qu'étant enceinte, elle ne fût diffa- 
d mée ; deuxièmement, afin qu'elle jouît du 
« service et de la société d'un homme ; tier- 
« cernent, à celle fin que l'enfantement du 
« Fils de Dieu fût caché au diable. 

« Joseph donc, considérant à une et plu- 
« sieurs fois sa conjointe, il se chagrinait et 
« était troublé ; partant, il lui montrait un 



35 



562 



L'A vent. 



,« visage troublé, et détournait les yeux d'elle, 
< comme d'une méchante, la soupçonnant 
« d'avoir conçu par adultère. Tu vois comme 
« Dieu permet que les siens soient vexés par 
« les tribulations, et toutes pour leur cou- 
rt ronne. Or, il cuidait la congédier en secret. 
« Véritablement, l'on peut cTire d'icelui que 
« sa louange est en l'Evangile, d'autant qu'il 
« y est dit qu'il était homme juste : et par le 
« Fait, il était d'une grande vertu. Car. non- 
« obstant que l'on dise communément que 
« l'adultère de l'épouse est pour son homme 
« quasi le comble de la vergogne, douleur et 
« fureur, néanmoins il se modérait, et ne 
« voulait pas accuser icelle. Il passait pa- 
« tiemment par-dessus cette grande injure, 
« ne se vengeant point ; voire même , vou- 
« lant céder, vaincu qu'il était par sa piété 
« conjugale, il la voulait renvoyer sous main. 
« Notre-Dame, pour sa part, ne passa pas 
« outre sans tribulation, d'autant qu'elle 
« considérait et voyait troublé icelui dont elle 
« était quant et quant émoyée. Ce néan- 
« moins, elle gardait humble silence et ca- 
« cnait le don de Dieu. Elle aimait mieux 
« être réputée vile, que de dévoiler les mys- 
« tères de Dieu même , et dire de soi la 
« moindre chose qui eût l'air d'appartenir à 
« jactance. Si est-ce qu'elle priait le Sei- 
« gneur, qu'il daignât par lui-même apporter 
« remède, et ôter de dessus elle et son mari 
« la présente tribulation. Tu vois comme 
« preignante tribulation et angoisse leur 
« était; mais le Seigneur prit soin de ces 
« deux saintes gens. 
« Adoncques, il dépêcha son Ange, qui dit 



XVI Décembre. 



563 



« à Joseph en songe, que la sienne épouse 
« d'icelui avait conçu de l'Esprit-Saint, et 
« qu'il eût à demeurer en toute confiance et 
« liesse avec icelle. Par quoi, la tribulation 
« cessant, une grande consolation s'en revint 
« les éjouir. Mêmement nous échéerait-il à 
o nous-mêmes, si en nos tribulations nous 
« savions prendre patience ; vu que Dieu 
« après la tempête ramène le calme. D'a- 
ce bondant, tu ne dois pas douter que jamais 
« oneques il ne permet à icelle de s'en venir 
« frapper les siens, sinon pour leur utilité. 
« Or est-il que Joseph s'enquit des merveilles 
« de ladite Conception, lesquelles Notre- 
« Dame lui raconta de point en point. Joseph 
« reste donc et demeure, bien content qu'il 
« est, avec sa conjointe bénie. Davantage il 
« la chérit, par delà tout ce qu'on pourrait 
« dire, d'un chaste amour, et prend fidèle- 
« ment soin d'icelle. Notre-Dame, pour sa 
« part, demeure confidemment avec lui; 
« bref, ils vivent gaiement en leur pau- 
« vreté. » 



PRIERE POUR LE TEMPS DE L AVENT. 

{Bréviaire Mozarabe, Mercredi de la I re Se- 
maine de VAvent, Capitula.) 

ODieu! dont la terre tout 
entière fait entendre les 
louanges avec jubilation ; dont 
les Psaumes proclament la 
gloire avec mélodie, et con- 
fessent la redoutable puis- 
sance : manifestez à nos 
yeux le Sauveur que vous 
nous préparez. Révélez votre 



Deus, cui omnis terra 
prxconans jubilât 
laudem ; cujus gloriam 
canora Psalmi concla- 
mant voce ; cujusque 
terribilem in tuis operi- 
bus fatentur virtutem : 
notum facito Salutare 
tuum in conspectu om- 



564 



L'Avenu 



nium nostrum. Révéla 
justitiam tuam, qua pos- 
simus te nostrum agnos- 
cere creatorem : et esto 
memor misericordiae tua?, 
qua nostrorum criminum 
mereamur invenire re- 
missionem : ut videntes 
Salutare tuum, jubilemus 
tibi hymnum,cantemus in 
exsultatione Psalmum, 
et perfrui mereamur tuae 
beatitudinis praemio. 

Amen. 



justice, afin que nous puis- 
sions vous reconnaître pour 
notre créateur, et souvenez- 
vous de votre miséricorde qui 
peut nous faire mériter la 
rémission de nos crimes. 
Alors, voyant celui qui est 
! notre Sauveur, nous vous 
| chanterons une hymne d'allé- 
i gresse ; dans notre joie, nous 
ferons résonner le Psaume, 
et nous deviendrons dignes 
de jouir de la récompense que 
l'on goûte au sein de votre 
béatitude. Amen. 






XVII DECEMBRE, 
COMMENCEMENT 

DES GRANDES ANTIENNES. 

Eglise ouvre aujourd'hui la 
série septénaire des jours qui 
précèdent la Vigile de Noël , 
et qui sont célèbres dans la 
Liturgie sous le nom de Fériés 
majeures. L'Office ordinaire de 
l'Avent prend plus de solennité ; les An- 
tiennes des Psaumes, à Laudes et aux Heures 
du jour, sont propres au temps et ont un 
rapport direct avec le grand Avènement. 
Tous les jours, à Vêpres, on chante une 
Antienne solennelle qui est un cri vers le 
Messie, et dans laquelle on lui donne chaque 
jour quelqu'un des titres qui lui sont attri- 
bués dans l'Ecriture. 

Le nombre de ces Antiennes, qu'on ap- 
pelle vulgairement les O de l'Avent, parce 
qu'elles commencent toutes par cette excla- 
mation, est de sept dans l'Eglise romaine, 
une pour chacune des sept Fériés majeures, 
et elles s'adressent toutes à Jésus-Christ. 



566 L'A vent. 



D'autres Eglises, au moyen âge, en ajoutè- 
rent deux autres : une à la Sainte Vierge, O 
Virgo Virginuml et une à l'Ange Gabriel, O 
Gabriel ! ou encore à saint Thomas, dont la 
fête tombe dans le cours des Fériés majeures. 
Cette dernière commence ainsi : O Thomas 
Didyme > / Il y eut même des Eglises qui 
portèrent jusqu'à douze le nombre des gran- 
des Antiennes, en ajoutant aux neuf dont 
nous venons de parler, trois autres, savoir: 
une au Christ, O Rex pacifiée! une seconde 
à la Sainte Vierge, O mundi Domina/ et enfin 
une dernière en manière d'apostrophe à Jé- 
rusalem, O Hierusalem! 

L'instant choisi pour faire entendre ce su- 
blime appel à la charité du Fils de Dieu, est 
l'heure des Vêpres, parce que c'est sur le 
Soir du monde, vergente mundi vespere, que 
le Messie est venu. On les chante à Magnifi- 
cat, pour marquer que le Sauveur que nous 
attendons nous viendra par Marie. On les 
chante deux fois, avant et après ie Cantique, 
comme dans les fêtes Doubles, en signe de 
plus grande solennité ; et même l'usage anti- 
que de plusieurs Eglises était de les chanter 
trois fois, savoir : avant le Cantique lui^ 
même, avant Gloria Patri, et après Sicut erat. 
Enfin, ces admirables Antiennes, qui con- 
tiennent toute la moelle de la Liturgie de 
l'Ayent, sont ornées d'un chant plein de gra- 
vité et de mélodie ; et les diverses Eglises 
ont retenu l'usage de les accompagner d'une 

I. Elle est plus moderne ; mais à partir du xm" siè- 
cle, elle remplaça presque universellement -celle : O 
Gabriel.' 



XVII Décembre. 



5à7 



pompe toute particulière, dont les démons- 
trations toujours expressives varient suivant 
les lieux. Entrons dans l'esprit de l'Eglise et 
recueillons-nous, afin de nous unir, dans 
toute la plénitude de notre cœur, à la sainte 
Eglise, lorsqu'elle fait entendre à son Epoux 
ces dernières et tendres invitations, auxquel- 
les il se rend enfin. 



PREMIERE ANTIENNE. 



O Sagesse, qui êtes sor- 
tie de la bouche du 
Très-Haut, qui atteignez 
d'une extrémité à l'autre, et 
disposez toutes choses avec 
force et douceur : venez nous 
apprendre les voies de la 
prudence. 



OSapientia, quae ex 
ore Altissimi pro- 
diisti, attingensa fine 
usque ad fincm fortiter, 
suaviterque disponens 
omnia : veni ad docen- 
dum nos viam pruden- 
tiae. 



O Sagesse incréce qui bientôt allez vous 
rendre visible au monde, qu'il apparaît bien 
en ce moment que vous disposez toutes cho- 
ses ! Voici que, par votre divine permission, 
vient d'émaner un Edit de l'empereur Au- 
guste pour opérer le dénombrement de l'uni- 
vers. Chacun des citoyens de l'Empire doit 
se faire enregistrer dans sa ville d'origine. Le 
prince croit dans son orgueil avoir "ébranlé 
a son profit l'espèce humaine tout entière. 
Les hommes s'agitent par millions sur 
ie globe, et traversent en tous sens Fim- 
mense monde romain ; ils pensent obéir à un 
homme, et c'est à Dieu qu'ils obéissent. Toute 
cette grande agitation n'a qu'un but : c'est 
d'amener à Bethléhem un homme et une 



568 



L'A vent. 



femme qui ont leur humble demeure dam: 
Nazareth de Galilée ; afin que cette femme- 
inconnue des hommes et chérie du ciel, étant 
arrivée au terme du neuvième mois depuis la 
conception de son fils, enfante à Bethléhem 
ce fils dont le Prophète a dit : « Sa sortie est 
« dès les jours de l'éternité ; 6 Bethléhem ! 
« tu n'es pas la moindre entre les mille cités 
« de Juda ; car il sortira aussi de toi. » O Sa- 
gesse divine ! que vous êtes forte, pour arri- 
ver ainsi à vos fins d'une manière invincible 
quoique cachée aux hommes ! que vous êtes 
douce, pour ne faire néanmoins aucune vio- 
lence à leur liberté ! mais aussi, que vous 
êtes paternelle dans votre prévoyance pour 
nos besoins ! Vous choisissez Bethléhem pour 
y naître, parce que Bethléhem signifie la 
Maison du pain. Vous nous montrez par là 
que vous voulez être notre Pain, notre nour- 
riture, notre aliment de vie. Nourris d'un 
Dieu, nous ne mourrons plus désormais. O 
Sagesse du Père, Pain vivant descendu du 
ciel, venez bientôt en nous, afin que nous 
approchions de vous et que nous soyons illu- 
minés de votre éclat ; et donnez-nous cette 
prudence qui conduit au salut. 

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L'AVENT. 

(Bréviaire Mozarabe, IV e Dimanche de VA- 
vent, Oraison. ) 



CHRISTE. Dei Filius. 
qui in mundo per 
Virginem natus, Nativi- 
tatis tuas terrore et régna 
concutis, et reges admi- 



O Christ. Fils 'de Dieu, 
né d'une Vierge en ce 
monde, vous qui ébranlez les 
royaumes par la terreur de 

votre Nativité, et contrai- 



XVII Décembre. 



56g 



gnez les rois à l'admiration : 
donnez-nous votre crainte qui 
est le commencement de la 
sagesse ; afin que nous y 
puissions fructifier et vous 
présenter en hommage un 
fruit de paix. Vous qui, pour 
appeler les nations, êtes 
arrivé avec la rapidité d'un 
fleuve, venant naître sur la 
terre pour la conversion 
des pécheurs, montrez-nous 
le don de votre grâce, afin 
que toute frayeur étant ban- 
nie, nous vous suivions tou- 
jours dans le chaste amour 
d'une intime charité. Amen. 



rari compellis, prasbe 
nobis initium Sapientiae, 
quod est timor tuus ; ut 
in eo fructificemur, in eo 
etiam proficientes, fruc- 
tum tibi pacatissimum 
offeramus : ut, qui ad 
gentium vocationem, 
quasi fluvius violentus, 
accessisti ; nasciturus in 
terris ad conversionem 
peccantium, manifesta 
tua* gratia» dona ostendas: 
quo, repulso terrore for- 
midinis, casto te semper 
sequamur amore intima; 
charitatis. Amen. 



XVIII DÉCEMBRE. 
II e ANTIENNE. 

o 



Adonai, et dux do- 
mus Israël, qui 
Moysi in igné flammae 
rubi apparuisti. et ei in 
Sina legem dedisti : 
veni ad redimendum nos 
in brachio extento. 



OAdonaï. Seigneur, chef 
de la maison d'Israël, 
qui avez apparu à Moïse, 
dans la flamme du buisson 
ardent, et lui avez donné la 
loi sur le Sinaï ; venez nous 
racheter dans la force de 
votre bras. 



O Seigneur suprême ! Adonai /venez nous 
racheter, non plus dans votre puissance, 
mais dans votre humilité. Autrefois vous 
vous manifestâtes à Moïse, votre serviteur, 
au milieu d'une flamme divine; vous don- 
nâtes la Loi à votre peuple du sein des fou- 
dres et des éclairs : maintenant il ne s'agit 
plus d'effrayer, mais de sauver. C'est pour- 
quoi votre très pure mère Marie avant connu, 
ainsi que son époux Joseph, l'Edit de l'Em- 
pereur qui va les obliger d'entreprendre 
le voyage de Bethléhem, s'occupe des pré- 
paratifs de votre heureuse naissance. Elle ap- 
prête pour vous, divin Soleil, les humbles 
langes qui couvriront votre nudité, et vous 
garantiront de la froidure dans ce monde 
que vous avez fait, â l'heure où vous paraî- 
trez, au sein de la nuit et du silence. C'est 
ainsi que vous nous délivrerez de la servi- 
tude de notre orgueil, et que votre bras se 



XV LU Décembre. 



fera sentir plus puissant, alors qu'il semblera 
plus faible et plus immobile aux yeux des 
hommes. Tout est prêt, ô Jésus! vos langes 
vous attendent : partez donc bientôt et vene\ 
en Bethléhem, nous racheter des mains de 
notre ennemi. 



?#i#f^^?#*%?#^ 



LE MEME JOUR. 



L'EXPEGTATION 

DE L'ENFANTEMENT DE LA SAINTE VIERGE. 

ette Fête, qui se célèbre aujourd'hui, 
— ' non seulement dans toute l'Espagne, mais 
dans presque toutes les Eglises du monde 
catholique, doit son origine aux Evêques du 
dixième Concile de Tolède, en 656. Ces Pré- 
lats ayant trouvé quelque inconvénient a 
l'antique usage de célébrer la fête de l'Annon- 
ciation de la Sainte Vierge au vingt-cinq Mars, 
attendu que cette solennité joyeuse se ren- 
contre assez souvent au temps où l'Eglise est 
préoccupée des douleurs de la Passion, et qu'il 
est même nécessaire quelquefois de la trans- 
férer dans le Temps Pascal, où elle semble 
présenter une contradiction d'un autre genre, 
ils décrétèrent que désormais on célébrerait 
dans l'Eglise d'Espagne, huit jours avant 
Noël, une fête solennelle avec Octave, en 
mémoire de l'Annonciation, et pour servirde 
préparation à la grande solennité de la Nati- 
vité. Dans la suite, l'Eglise d'Espagne sentit 
le besoin de revenir à la pratique de l'Eglise 
romaine, et de toutes celles du monde entier, 
qui solennisent le vingt-cinq Mars comme le 
jour à jamais sacré de l'Annonciation de la 
Sainte Vierge et de l'incarnation du Fils de 
Dieu ; mais telle avait été durant plusieurs 
siècles la dévotion des oeuples pour la Fête 



VExpectation de la Sainte Vierge. 5 y 3 



du dix-huit Décembre, qu'on jugea néces- 
saire d'en retenir un vestige. On cessa donc 
de célébrer en ce jour l'Annonciation de 
Marie ; mais on appliqua la piété des fidèles 
à considérer cette divine Mère dans les jours 
qui précèdent immédiatement son merveil- 
leux enfantement. Une nouvelle Fête fut donc 
créée sous le titre de YExpectation de V En- 
fantement de la Sainte Vierge. 

Cette Fête, qui est appelée Notre-Dame de 
/'O, ou la Fête de /'O, à cause des grandes 
Antiennes qu'on chante en ces jours, et sur- 
tout de celle qui commence O Virgo Virgi- 
num ! (qu'on a retenue à Vêpres dans l'Office 
de YExpectation, sans toutefois omettre celle 
du jour, O Adonai !) est toujours célébrée en 
Espagne avec une grande dévotion. Pendant 
les huit jours qu'elle dure, on célèbre une 
Messe solennelle de grand matin, à laquelle 
toutes les femmes enceintes, de quelque rang 
qu'elles soient, se font un devoir d'assister, 
afin d'honorer Marie dans sa divine grossesse, 
et de solliciter pour elles-mêmes son secours. 
Il n'est pas étonnant qu'une dévotion si tou- 
chante se soit répandue, avec l'approbation 
du Siège Apostolique, dans la plupart des 
autres Provinces de la catholicité ; mais an- 
térieurement aux concessions qui ont été fai- 
tes sur cette matière, l'Eglise de Milan célé- 
brait déjà, au sixième et dernier Dimanche 
de l'Avent, l'Office de Y Annonciation de la 
Sainte Vierge, et donnait à la dernière Se- 
maine de ce saint temps le nom de Hebdomada 
de Exceptato, par corruption de Expectato. 
Mais ces détails appartiennent à l'arcnéologie 
liturgique proprement dite, et sortiraient du 



574 



L'A vent. 



genre de cet ouvrage ; nous revenons donc à 
la fête de Y Expectation de la Sainte Vierge, 
que l'Eglise a établie et sanctionnée, comme 
un moyen de plus de raviver l'attention des 
fidèles dans ces derniers jours de l'Avent. 

Il est bien juste, en effet, ô Vierge-Mère, 
que nous nous unissions à l'ardent désir que 
vous avez de voir de vos yeux celui que votre 
chaste sein renferme depuis près de neuf mois, 
de connaître les traits de ce Fils du Père 
céleste, qui est aussi le vôtre, de voir enfin 
s'opérer l'heureuse Naissance qui va donner 
Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur 
la terre Paix aux hommes de bonne volonté. 
O Marie ! les heures sont comptées, et elles 
s'écoulent vite, quoique trop lentement encore 
pour vos désirs et les nôtres. Rendez nos 
cœurs plus attentifs ; achevez de les purifier 
par vos maternels suffrages, afin que si rien ne 
peut arrêter, à l'instant solennel, la course de 
l'Emmanuel sortant de votre sein virginal, 
rien aussi ne retarde son entrée dans nos 
cœurs, préparés par une ridèle attente. 

GRANDE ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE. 



OVirgo virginum, 
quomodo fiet istud ? 
quia nec primam similem 
visa es, nec habere se- 
quentem. Filiae Jérusa- 
lem, quid me admira- 
mini ? Divinum est mys- 
terium hoc quod cerni- 
tis. 



O Vierge des vierges ! 
comment cela se pourra- 
t-il faire ? Nulle autre n'a ja- 
mais été, ni ne pourra jamais 
être semblable à vous. — 
Pourquoi vous étonnez-vous 
de moi, filles de Jérusalem ? 
Ce que vous voyez est un 
mystère divin. 



uJEktIo Gît) <3& <j£> îjfcj (jtj jtxj îàK> Gfj dfc> i3fo GiG *5îfcj L^tjiGo&^]£)i3£K!^û&c?itïtj£> 



XIX DECEMBRE. 



III e ANTIENNE. 



o 



radix Jesse , qui 
stas in signum po- 
pulorum, super quem con- 
tinebunt reges os suurn, 
quem gentes deprecabun- 
tur : veni ad liberandum 
nos, jam noli tardare. 



O REJETON de Jessé, qui 
êtes comme un étendard 
pour les peuples ; devant qui 
les rois se tiendront dans le 
silence ; à qui les nations of- 
friront leurs prières : venez 
nous délivrer ; ne tardez plus. 

Vous voici donc en marche, ô Fils de Jessé, 
vers la ville de vos aïeux. L'Arche du Seigneur 
s'est levée et s'avance, avec le Seigneur 
qui est en elle, vers le lieu de son repos. 
<ï Qu'ils sont beaux vos pas, ô Fille du Roi, 
« dans l'éclat de votre chaussure » (C ant. vu, i ), 
lorsque vous venez apporter leur salut aux 
villes de Juda ! Les Anges vous escortent, 
votre fidèle Epoux vous environne de toute 
sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la 
terre tressaille sous l'heureux poids de son 
Créateur et de son auguste Reine. Avancez, 
ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire 
tout-puissant où est contenue la divine Manne 
qui garde l'homme de la mort ! Nos cœurs 
vous suivent, vous accompagnent, et, comme 
votre royal ancêtre, nous jurons « de ne point 
a entrer dans notre maison, de ne point mon- 
« ter sur notre couche, de ne point clore nos 
« paupières,de ne point donner le repos à nos 
« tempes, jusqu'à ce que nous ayons trouvé 
« dans nos cœurs une demeure pour le Sei- 
o gneur que vous portez, une tente pour le 



5 7 6 



VA vent. 



« Dieu de Jacob. » Venez donc, ainsi voilé 
sous les flancs très purs de l'Arche sacrée, 
6 rejeton de Jessé, jusqu'à ce que vous en sor- 
tiez pour briller aux yeux des peuples, comme 
un étendard de victoire. Alors les rois vaincus 
se tairont devant vous, et les nations vous 
adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, ô Mes- 
sie ! venez vaincre tous nos ennemis, et 
délivrez-nous. 



REPONS DE L AVENT. 



(Bréviaire Ambrosien, Ï7 e Dimanche de 
VAvent.) 



K. 



BEAT US 
Maria 



utérus 
irise Yirgi- 
nis qui portavit invisibi- 
lem : quem septem thro- 
ni capere noa possunt in 
eo habitare dignatus est : 

* Et portabat levem in 
sinu suo. f. Dédit illi 
Dominus sedem David 
patris sui, et regnabit in 
domo Jacob in aeternum. 
cujus' regni non erit finis. 

* Et portabat levem in 
sinu suo. 



H 



EUREUX Te sein de 
la Vierge Marie 
qui porta le Dieu invisible ! 
Celui que sept trônes ne peu- 
vent contenir a daigné habi- 
ter en elle': * Et elle le portait 
comme un léger fardeau dans 
son sein. f. Le Seigneur lui 
a donné le trône de David son 
père ; il régnera dans la mai- 
son de Jacob à jamais ; son 
règne n'aura pas de fin. * Et 
Marie le portait comme un 
léger fardeau dans son sein. 



yyyyyyyyyyyyyyy 



yyyyyyyyyyyyyyyyy 



XX DECEMBRE. 



IV e ANTIENNE. 



OClavis David et 
sceptrum domus 
Israël, qui aperis, et ne- 
mo claudit ; claudis, et 
nemo aperit : veni, et 
educ vinctum de domo 
carceris, sedentem in te- 
aebris, et timbra mortis. 



/"\ CLEFde David, ô sceptre 
^-^ de la maison d'Israël ! 
qui ouvrez, et nul ne peut 
fermer ; qui fermez, et nnl ne 
peut ouvrir ; venez et tirez 
delà prison le captif qui est 
assis dans les ténèbres et dans 
l'ombre de 1?. mort. 



O Fils de David, héritier de son trône et de 
sa puissance, vous parcourez dans votre mar- 
che triomphale une terre soumise autrefois à 
votre aïeul, aujourd'hui asservie par les Gen- 
tils. Vous reconnaissez de toutes parts, sur la 
route, tant de lieux témoins des merveilles de 
la justice et de la miséricorde de Jéhovah votre 
Père envers son peuple, au temps de cette an- 
cienne Alliance qui tire à sa nn. Bientôt, le 
nuage virginal qui vous couvre étant ôté, vous 
entreprendrez de nouveaux voyages sur cette 
même terre ; vous y passerez en faisant le bien, 
et guérissant tonte' langueur et tonte infirmité, 
et cependant n'ayant pas où reposer votre 
tête. Du moins, aujourd'hui, le sein maternel 
vous offre encore un asile doux et tranquille, 
où vous ne recevez que les témoignages de 
l'amour le plus tendre et le plus respectueux. 
Mais, ô Seigneur ! il vous faut sortir de cette 
heureuse retraite; il vous faut, Lumière éter- 
nelle, luire au milieu des ténèbres; car le 
captif que vous êtes venu délivrer languit 



-V 



L'A vent. 



dans sa prison. Il s'est assis dans l'ombre de 
la mort, et il y va périr, si vous ne venez 
promptement en ouvrir les portes avec votre 
Clef toute-puissante ! Ce captif, o Jésus, c'est 
le genre humain, esclave de ses erreurs et de 
ses vices : venez briser le joug qui l'accable et 
le dégrade ; ce captif, c'est notre cœur trop 
souvent asservi à des penchants qu'il dés- 
avoue : venez, ô divin Libérateur, affranchir 
tout ce que vous avez daigné faire iibre par 
votre grâce, et relever en'nous la dignité de 
vos frères. 

ANTIENNE A l'aNGE GABRIEL. 



O Gabriel ! nuntius 
coelorum. qui januis 
clausis ad me intrasti. 
et Verbum nuntiasti 
Concipies et paries ; Em- 
manuel vocabitur. 



O Gabriel ! messager des 
cieux, qui es entré près 
de moi les portes fermées, et 
m'as dit cette parole : Vous 
concevrez et enfanterez ; on 
l'appellera Emmanuel! 






î*4"^44- 



XXI DECEMBRE. 



En l'Office des Laudes, la voix de l'Eglise 
fait retentir aujourd'hui cet avis solennel : 



N" 



'•& craignez point : notre 
Seigneur viendra à vous 
dans cinq, jours. 



Nolite timere : cjuinta 
enim die veniet ad 
vos Dominus noster. 



SAINT THOMAS, APOTRE. 

^toici ladernièreFête que va célébrer l'Eglise 
V avant celle de la Nativité de son Seigneur 
et Epoux. Elle interrompt les Fériés majeures 
pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et 
dont le glorieux martyre, consacrant à jamais 
ce jour, procura au peuple chrétien un puis- 
sant introducteur auprès du divin Messie. Il 
appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur 
le Cycle dans les jours où nous sommes, afin 
que sa protection aidât les fidèles à croire et 
à espérer en ce Dieu qu'ils ne voient pas 
encore, et qui vient à eux sans bruit et sans 
éclat, afin d'exercer leur Foi. Saint Thomas 
douta un jour, et ne comprit le besoin de la 
Foi qu'après avoir passé par les ombres de 
l'incrédulité : il est juste qu'il vienne mainte- 
nant en aide aux enfants de l'Eglise, et qu'il 
les fortifie contre les tentations qui pourraient 
leur survenir de la part d'une raison orgueil- 
leuse. Adressons-nous donc à lui avec con- 



58o 



L'Avent. 



fiance; et du sein de la lumière où son re- 
pentir et son amour l*ont placé, il demandera 
pour nous la docilité d'esprit et de cœur qui 
nous est nécessaire pour voir et pour recon- 
naître Celui qui tait l'attente des nations, et 
qui, destiné à régner sur elles, n'annoncera 
son arrivée que par les faibles vagissements 
d'un enfant, et non par la voix tonnante d'un 
maître. Mais lisons d'abord le récit des Actes 
de notre saint Apôtre. L'Eglise a jugé à pro- 
pos de nous le présenter sous la forme la plus 
abrégée, dans la crainte de mêler quelques 
détails fabuleux aux faits incontestables que 
les sources authentiques nous fournissent. 



Thomas Apostolus, qui 
et Didymus , gali- 
Iseus, post acceptum Spi- 
ritum Sanctum, in militas 
provincias profectus est 
ad prsedicandum Christi 
Evangelium. Parthis , 
Médis, Persis. Hircanis 
et Bactrischristianasfidei 
ctvitae prascepta tradidit. 
Postremo ad Indos se 
conferens, eos in Chris- 
tiana religione erudivit. 
Qui ad extremum, vita; 
doctrinaeque sanctitate , 
et miraculorum magnitu- 
dine, quum cxteris om- 
nibus sui admirationem, 
et Jesu Christi amorem 
commovisset, illius gen- 
tis regem, idolorum cul- 
torem, magis ad iram ac- 
cendit : cujus sententia 
condemnatus , telisque 
confossus , Calaminae 



Thomas Apôtre , appelé 
aussi Didyme, était de 
Galilée. Après" avoir reçu le 
Saint-Esprit, il alla prêcher 
l'Evangile en beaucoup de 
provinces. Il enseigna les 
préceptes de la foi et de la 
vie chrétienne aux Harthes , 
aux Mèdes, aux Perses, aux 
Hircaniens et aux Bactrieas. 
Il se dirigea en dernier lieu 
vers les Indes, dont il ins- 
truisit les peuples dans la re- 
ligion chrétienne. En ce 
pays, il se 6: admirer de tout 
le monde par la sainteté desa 
vie et de sa doctrine et par 
l'éclat de ses miracles, et il 
alluma grandement l'amour 
de Jésus-Christ dans les 
cœurs Le roi de la contrée 
s'enflamma de colère ; car il 
était zélé pour l'idolâtrie ; etj 
le saint apôtre ayant été con- 
damne à mort par ses ordresJ 



Saint Thomas, Apôtre. 



5Xi 



fut percé de traits, à Cala- 
mine, et rehaussa l'honneur 
de son apostolat par la cou- 
ronne du martyre. 



Apostolatus honorem 
Martyrii corona decora- 
vit. 



GRANDE ANTIENNE DE SAINT THOMAS. 



O Thomas Didyme ! vous 
qui avez mérité de voir 
le Christ, nous faisons mon- 
ter vers vous nos prières à 
haute voix ; secourez-nous 
dans notre misère ; afin que 
nous ne soyons pas condam- 
nés avec les impies, en l'Avè- 
nement du Juge. 



Accordez-nous, Seigneur, 
nous vous en prions, de célé- 
brer avec joie la solennité de 
votre bienheureux Apôtre 
Thomas ; afin que nous 
soyons toujours assistés de 
sa protection, et que nous 
suivions avec le zèle conve- 
nable la Foi qu'il a profes- 
sée. Par Jésus-Christ notre 
Seigneur. Amen. 

L'Oraison qui suit est 
gothique ou Mozarabe, à 

SEIGNEUR Jésus-Christ, qui 
avez placé sur la tête de 
votre Martyr Thomas l'A- 
pôtre, une couronne formée 
de cette pierre précieuse qui 
est le fondement solide, afin 
qu'ayant cru en vous il ne fût 
pas condamné, et qu'ayant 
donné pour vous sa vie, il fût 
honoré du diadème : établis- 



O Thomas Didyme ! 
qui Christum me- 
ruisti cernere ; te preci- 
bus rogamus altisonis, 
succurre nobis miseris ; 
ne damnemur cum im- 
piis, in Adventu Judi- 
cis. 



OREMUS. 

Da nobis, quaesumus 
Domine, beati Apostoîi 
tui Thomas solemnitati- 
bus gloriari : ut ejussem- 
per et patrociniis suble- 
vemur, et Fidemcongrua 
devotione sectemur. Per 
Christum Dominum nos- 
trum. Amen. 



tirée du Bréviaire 
l'Office des Matines. 

Domine Jesu Christe, 
qui posuisti in ca- 
pite Martyris tui Thomas 
Apostoîi coronam de la- 
pide pretioso, in funda- 
mento fundatam ; ut non 
confundatur, quia in te 
credidit ; coronetur, quia 
pro te animam posuit : 
sit ergo intercessionibus 



582 



VA vent. 



ejus in nobis famulis tuis 
F ides vera, qua te etiam 
coram persecutoribus 
promptissima devotkrre 
confiteamur : quatenus 
interveniente tanto Mar- 
tyre, coram te et Angelis 
tuis minime confunda- 
mur. 
Amen. 



sez par son intercession, en 
nous vos serviteurs, une Foi 
véritable par laquelle nous 
croyions en vous, une confes- 
sion pleine de zèle, par la- 
quelle nous vous rendions té- 
moignage, avec un dévoue- 
ment empressé, devant les 
persécuteurs, afin que. par le 
secours d'un si grand Martyr, 
nous ne soyons pas confon- 
dus en présence de vous et 
de vos Anges. Amen. 

L'Eglise grecque traite avec sa solennité 
ordinaire la tête de saint Thomas ; mais c'est 
au six octobre qu'elle la célèbre. Nous allons 
extraire quelques strophes des chants qu'elle 
lui a consacrés. 



HYMNE DE SAINT THOMAS. 

(Tirée des Menées des Grecs.) 



DOKIM palpato latere. 
bonorum assecutus es 
summitatem • nam velut 
spongia hincTiausisti la- 
nces, fontem bonorum. 
aeternamque potasti vi- 
tam. mentibus expellens 
ignorantiam . divinaque 
Dei cognitionis dogmata 
scaturire faciens. 

Tua incredulitate et 
tua fide stabilisti tenta- 
tos. nuntiare incipiens 
omni creaturae Deum ac 
Dominum, carne pi 
bis in terris indutum. 
crucem mortemque su- 



QUAKD ta main toucha le 
côté du Seigneur, tu 
trouvas le comble de tous les 
biens ; car ainsi qu'une éponge 
mvstique. tu en exprimas de 
célestes liqueurs, tu y puisas 
la vie éternelle, bannissant 
toute ignorance dans les 
âmes, et faisant couler comme 
de source les dogmes divins 
de la connaissance de Dieu. 
Par ton incrédulité et par 
ta foi tu as rendu stables ceux 
qui étaient dans la tentation, 
en proclamant le Dieu et Sei- 
gneur de toute créature, in- 
carné pour nous sur cette 
terre, crucifié, soumis à la 



Saint Thomas, Apôtre. 



583 



mort, percé de clous, et dont 
le côté fut ouvert par une 
lance, afin que nous y pui- 
sions la vie. 

Tu as tait resplendir la 
terre des Indiens d'un vif 
éclat, ô très saint Apôtre, 
contemplateur de la divinité! 
Après avoir illuminé ces peu- 
pies et les avoir rendus en- 
fants de la lumière et du jour, 
tu renversas les temples de 
leurs idoles par la vertu de 
l'Esprit-Saint, et tu les fis 
s'élever, ô très prudent, jus- 
qu'à la charité de Dieu, pour 
la louange et la gloire de 
l'Eglise, ô bienheureux inter- 
cesseur de nos âmes '. 

O contemplateur des cho- 
ses divines, tu fus la coupe 
mystique de la Sagesse du 
Christ ! ô Thomas Apôtre, 
en qui se rejouissent les 
âmes des fidèles 1 tu retiras 
les peuples de l'abîme de 
l'ignorance avec les filets du 
divin Esprit : c'est pourquoi, 
tu as coulé de Sion, semblable 
à un fleuve de charité, répan- 
dant sur toute créature comme 
une source d'eau vive les en- 
seignements divins. Percé 
aussi de la lance en ton propre 
côté, tu as imité la Passion 
du Christ, et tu as revêtu 
l'immortalité : supplie-le 
d'avoir pitié de nos âmes. 



beuntem, clavis perfora- 
tum, cujus lancea latus 
apertum, ex quo vitara 
haurimus. 

Indorum omnem ter» 
ram fulgere fecisti, sacra* 
tissime, ac Deum videns 
Apostole ! Quum enim 
illuminasses filios lumi- 
nis et diei, horum, in 
Spiritu, sapiens, idolica 
evertisti templa, et su- 
blimasti eos in charitate 
Dei ad laudem et glo-. 
riam Ecclesiae, béate 
intercessor pro animabus 
nostris. 



Divina videns, Christi 
Sapientiae spiritualis de- 
monstratus es crater mys- 
ticus, o Thoma Apos- 
tole, in quem fidelium 
animœ laetantur, et Spî - 
ritus sagena populo- 
eruisti ex abysso igno- 
rantiae : unde ex bion 
sicut fluvius devenisti 
charitatis, tua divina 
scaturire faciens dog- 
mata in omnem creatu- 
ram. Christi passiones 
imitatus, latere pro ipso 
perforatus, induisti im- 
mortalitatem : illum de- 
precare misereri anima- 
bus nostris. 



Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez 
amené au Christ un si grand nombre de na- 
tions inridèles, c'est à vous maintenant que 



5 #4 VA vent. 



s'adressent les âmes fidèles, pour que vous 
les introduisiez auprès de ce même Christ 
qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté 
à son Eglise. Pour mériter de paraître en sa 
divine présence, nous avons besoin, avant 
toutes choses, d'une lumière qui nous con- 
duise jusqu'à lui. Cette lumière est la Foi : 
demandez pour nous la Foi. Un jour, le Sei- 
gneur daigna condescendre à votre faiblesse, 
et vous rassurer dans le doute que vous éprou- 
viez sur la vérité de sa Résurrection; priez, 
afin qu'il daigne aussi soutenir notre fai- 
blesse, et se faire sentir à notre cœur. Toute- 
fois, ô saint Apôtre, ce n'est pas une claire 
vision que nous demandons, mais la Foi 
simple et docile; car celui qui vient aussi 
pour nous vous a dit en se montrant à vous : 
Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui cepen- 
dant ont cru ! Nous voulons être du nom- 
bre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette 
Foi qui est du cœur et de la volonté, afin 
qu'en présence du divin Enfant enveloppé 
de langes et couché dans la crèche, nous 
puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur 
et mon Dieu ! Priez, ô saint Apôtre, pour ces 
nations que vous avez évangélisées, et qui 
sont retombées dans les ombres de la mort. 
Que le jour vienne bientôt où le Soleil de 

gistice luira une seconde fois pour elles, 
énissez les efforts des hommes apostoli- 
ques qui consacrent leurs sueurs et leur 
sang à l'œuvre des Missions; obtenez que les 
jours de ténèbres soient abrégés, et que les 
régions arrosées de votre sang voient enfin 
commencer le règne du Dieu que vous leur 
avez annoncé et que nous attendons. 



&à,&à,&,&à J édii&à,à>â>à>é>&>àdiià>&&dd& 



LE MEME JOUR, 



ANTIENNE. 



O Orient ! splendeur de | (~\ Oriens , splendor 
la lumière éternelle! |" ' lucis aeternae. et Sol 
Soleil de justice! venez, et 
illuminez ceux qui sont assis 
dans les ténèbres et dans 
l'ombre de la mort. 



justitiae : veni, et illumina 
sedentes in tenebris et 
umbra mortis. 



Divin Soleil, à Jésus ! vous venez nous 
arracher à la nuit éternelle : soyez à jamais 
béni ! Mais combien vous exercez notre foi, 
avant de luire à nos yeux dans toute votre 
splendeur ! Combien vous aimez à voiler 
vos rayons, jusqu'à l'instant marqué par 
votre Père céleste, où vous devez épanouir 
tous vos feux ! Voici que vous traversez la 
Judée ; vous approchez de Jérusalem ; le 
voyage de Marie et de Joseph tire à son 
terme. Sur le chemin, vous rencontrez une 
multitude d'hommes qui marchent en toutes 
les directions, et qui se rendent chacun dans 
sa ville d'origine, pour satisfaire à l'Edit du 
dénombrement. De tous ces hommes, aucun 
ne vous a soupçonné si près de lui, ô divin 
Orient ! Marie, votre Mère, est estimée par 
eux une femme vulgaire ; tout au plus, s'ils 
remarquent la majesté et l'incomparable 
modestie de cette auguste Reine, sentiront- 
ils vaguement le contraste frappant entre 
une si souveraine dignité et une condition si 
humbie: encore ont-ils bientôt oublié cette 



586 



L'A vent. 



heureuse rencontre. S'ils voient avec tant 
d'indifférence la mère, le fils non encore 
enfanté à la lumière visible, lui donneront- 
ils une pensée ? Et cependant ce fils, c'est 
vous-même, ô Soleil de justice! Augmentez 
en nous la Foi, mais accroissez aussi l'a- 
mour. Si ces hommes vous aimaient, 6 libé- 
rateur du genre humain, vous vous feriez 
sentir à eux ; leurs yeux ne vous verraient 
pas encore, mais du moins leur coeur serait 
ardent dans leur poitrine, ils vous désire- 
raient, et ils hâteraient votre arrivée par 
leurs vœux et leurs soupirs. O Jésus qui tra- 
versez ainsi ce monde que vous avez fait, et 
qui ne forcez point l'hommage de vos créa- 
tures, nous voulons vous accompagner dans 
le reste de votre voyage ; nous baisons sur la 
terre les traces bénies des pas de celle qui 
vous porte en son sein ; nous ne voulons 
point vous quitter jusqu'à ce que nous soyons 
arrivés avec vous à l'heureuse Bethléhem, à 
cette Maison du Pain, ou enfin nos yeux vous 
verront, ô Splendeur éternelle, notre Seigneur 
et notre Dieu ! 

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE l'aVENT 

(Bréviaire Mozarabe, au Lundi de la V* Se- 
inaine de VAvent, Oraison.) 



y mmane satis facinus 
l video coram tuis , 
Deus Pater, oculis. a re- 
probis perpetratum : qui, 
dum Filium tuum. pras- 
dicatuminLege contem- 
nunt , in incredulitatis 
sua: voragine remanse- 



ODieu notre Père ! quel 
:nme énorme vois-je 
commettre sous vos yeux par 
les Juifs réprouvés! ils mé- 
prisent votre Fils annoncé 
dans la Loi. et ils demeurent 
dans le gouffre de leur incrédu» 
lité ; tandis que ceux auxquels 



XXI Décembre. 



58 7 



il n'avait pas été annoncé l'ont 
vu, et que ceux qui n'en ont 
point entendu parler l'ont 
contemplé dans leur intelli- 
gence. Arrachez donc de 
nous, nous vous en supplions, 
tout ce qui vous résiste dans 
nos œuvres : afin que les dons 
que vous avez implantés dans 
notre cœur docile prennent 
un accroissement fécond, et 
que la racine de l'humilité ne 
s y dessèche jamais. Amen. 



runt ; dum hi quibus non 
erat de eo nuntiatum, vi- 
derunt eum, et qui non 
audierunt , intelligentia 
contemplati sunt. Amove 
ergo, quaesumus, quid- 
quid resistittibi in opère, 
ut credulo pectore sic in 
nobis virgulta donorum 
praepolleant , ut radix 
humilitatis nunquam 

arescat. Amen. 



j&L^j^j^J&£J&£jS&&®&J&S.J&&A&£jV£. 



XXII DECEMBRE. 



VI e ANTIENNE. 



ORex gentium, et de- 
sideratus earum , 
Lapisque angularis, qui 
facis utraque unum : veni, 
et salva hominem quem 
de limo formasti. 



ORoi des nations, objet de 
leurs désirs! Pierre an- 
gulaire qui réunissez en vous 
[es deux peuples ! venez et 
sauvez ; l'homme que vous 
avez formé du limon. 



O Roi des nations ! vous approchez tou- 
jours plus de cette Bethléhem où vous devez 
naître. Le voyage tire a son terme, et votre 
auguste Mère, qu'un si doux fardeau console 
et tortille, va sans cesse conversant avec vous 
par le chemin. Elle adore votre divine ma- 
jesté, elle remercie votre miséricorde ; elle 
se réjouit d'avoir été choisie pour le sublime 
ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle 
désire et elle appréhende tout à la fois le mo- 
ment où enfin ses yeux vous contempleront. 
Comment pourra-t-elle vous rendre les ser- 
vices dignes de votre souveraine grandeur, 
elle qui s'estime la dernière des créatures ? 
Comment osera-t-elle vous élever dans ses 
bras, vous presser contre son cœur, vous allai- 
ter à son sein mortel ? Et pourtant, quand 
elle vient à songer que l'heure approche où, 
sans cesser d'être son fils, vous sortirez d'elle 
et réclamerez tous les soins de sa tendresse, 
son cœur défaille et l'amour maternel se con- 
fondant avec l'amour qu'elle a pour son Dieu, 
elle est au moment d'expirer dans cette lutte 
trop inégale de la faible nature humaine con- 



XXII Décembre. 



58g 



tre les plus fortes et les plus paissantes de 
toutes les affections réunies dans un même 
cœur. Mais vous la soutenez, ô Désiré des 
nations! car vous voulez qu'elle arrive à ce 
terme bienheureux qui doit donner à la terre 
son Sauveur, et aux hommes la Pierre angu- 
laire qui les réunira dans une seule famille. 
Soyez béni dans les merveilles de votre puis- 
sance et de votre bonté, ô divin Roi ! et venez 
bientôt nous sauver, vous souvenant que 
l'homme vous est cher, puisque vous l'avez 
pétri de vos mains. Oh ! venez, car votre 
œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la 
perdition; la mort l'a envahie: reprenez-la 
dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez- 
la; car vous l'aimez toujours, et vous ne rou- 
gissez pas de votre ouvrage. 



GRANDE ANTIENNE EN L HONNEUR DU CHRIST. 



f~\ Roi Pacifique ! vous qui 
^S êtes né avant les siècles, 
hàtez-vous de sortir par la 
porte d'or : visitez ceux que 
vous devez racheter, et faites- 
les remonter au lieu d'où le 
péché les a précipités. 



/~\ Rex Pacifiée , tu 
^■^ ante saecula nate , 
per auream egrederepor- 
tam, redemptos tuos visi- 
ta, et eos illuc revoca, 
unde ruerunt per culpam. 



^^^^^^^&&fàfr&&m&& 



XXIII DECEMBRE. 

Aujourd'hui, en l'Office des Laudes, l'Eglise 
chante cette Antienne: 



Ant. 



Ecce com- 
pléta sunt 
omnia quae dicta sunt 
per Angelum, de Virgi- 
ne Maria. 



, ttOICI que sont ac- 

Y complies toutes 

les choses que l'Ange avait 

dites, au sujet de la Vierge 

Marie. 



VU ANTIENNE. 



O Emmanuel, Rex et | ^~\ Emmanuel! notre Roi 
Legifer noster. ex- -^ et notre Législateur! 



pectatio gentium, et sal- 
vator earum : veni ad sai- 
vandum nos , Domine 
ûeus noster. 



l'attente des nations et leur 
sauveur ! venez nous sauver, 
Seigneur notre Dieu! 



O Emmanuel! Roi de Paix! vous entrez 
aujourd'hui dans Jérusalem, la ville de votre 
choix; car c'est là que vous avez votre Tem- 
ple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre 
Sépulcre ; et le jour viendra où vous établi- 
rez auprès d'elle votre redoutable tribunal. 
Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans 
éclat dans cette ville de David et de Salomon. 
Elle n'est que le lieu de votre passage, pour 
vous rendre à Bethléhem. Toutefois, Marie 
votre mère, et Joseph son époux, ne la tra- 
versent pas sans monter au Temple, pour y 
rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hom- 
mages : et alors s'accomplit, pour la première 
fois, l'oracle du Prophète Aggée qui avait 
annoncé que la gloire du second Temple se- 



XXlil Décembre. 



5g i 



rait plus grande que celle du premier. Ce 
Temple, en effet, se trouve en ce moment 
posséder une Arche d'Alliance bien autre- 
ment précieuse que celle de Moïse, mais sur- 
tout incomparable à tout autre sanctuaire 
qu'au ciel même, par la dignité de celui 
qu'elle contient. C'est le Législateur lui- 
même qui est ici, et non plus simplement la 
table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. 
Mais bientôt l'Arche vivante du Seigneur 
descend les degrés du Temple, et se dispose 
à partir pour Bethléhem, où l'appellent 
d'autres oracles. Nous adorons, ô Emmanuel! 
tous vos pas à travers ce monde, et nous 
admirons avec quelle fidélité vous observez 
ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne 
manque aux caractères dont vous devez être 
doué, ô Messie, pour être reconnu par votre 
peuple. Mais souvenez-vous que l'heure est 
près de sonner, que touteschoses se préparent 
pour votre Nativité, et venez nous sauver ; 
venez, afin d'être appelé non plus seulement 
Emmanuel, mais Jésus, c'est-à-dire Sauveur. 



GRANDE ANTIENNE A JERUSALEM. 



O Jérusalem! ville du 
grand Dieu, lève les 
yeux autour de toi, et re- 
garde ton Seigneur; car il 
va bientôt venir te délivrer 
de tes liens. 



OHlERUSALEM, civi- 
tas Dei summi, leva 
in circuitu oculos tuos ; 
et vide Dominum tuum, 
quia jam veniet solvere te 
a vinculis. 



»s£ 3Kl lTJ 3kj i±£» 




XXIV DECEMBRE. 



LA VIGILE DE NOËL. 




nfin , dit saint Pierre Damien 
« dans son Sermon pour ce jour. 
« nous voici arrivés de la haute 
« mer dans le port, de la pro- 
« messe à la récompense, du dé- 
« sespoir à l'espérance, du tra- 
ce vail au repos, de la voie à la patrie. Les cour- 
« riers de la divine promesse s'étaient succédé; 
« mais ils n'apportaient rien avec eux, si ce 
« n'est le renouvellement de cette même pro- 
« messe. C'est pourquoi notre Psalmiste s'était 
« laissé aller au sommeil, et les derniers ac- 
« cents de sa harpe semblaient accuser les rc- 
« tards du Seigneur. Vous nous ave$ repoussés, 
« disait-il, vous nous ave^ dédaignés; et vous 
<i ave% différé V arrivée de votre Christ. (Psaume 
« lxxxviii.) Puis, passant de la plainte à l'au- 
« dace, il s'était écrié d'une voix impérative : 
« Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur 
« les Chérubins ! (Psaume lxxix.) En repos sur le 
« trône de votre puissance, entouré des batail- 
« Ions volants de vos Anges, ne daignerez-vous 
« pas abaisser vos regards sur les'enfants des j 



La Vigile de Noël. 



5g3 



« hommes, victimes d'un péché commis par 
«Adam, il est vrai, mais permis par vous- 
« même ? Souvenez-vous de ce qu'est notre 
« nature ; c'est à votre ressemblance que vous 
« l'avez créée ; et si tout homme vivant est 
« vanité, ce n'est pas du moins en ce qu'il a 
« été fait à votre image. Abaisse^ donc vos 
a deux et descende^ ; abaissez les cieux de 
« votre miséricorde sur les misérables qui 
« vous supplient, et du moins ne nous oubliez 
« pas éternellement. 

« Isaïe à son tour, dans la violence de ses 
« désirs, disait : A cause de Sion, je ne me 
« tairai pas; à cause de Jérusalem., je ne me 
« reposerai pas, jusqu'à ce que le Juste qu'elle 
« attend se lève enfin dans son .éclat. Forcer 
« donc les cieux et descende^ ! Enfin, tous les 
« Prophètes, fatigués d'une trop longue at- 
« tente, n'ont cesse de faire entendre tour à tour 
« les supplications, les plaintes, et souvent 
« même les cris de l'impatience. Quant à 
« nous, nous les avons assez écoutés; assez 
« longtemps nous avons répété leurs paroles: 
« qu'ils se retirent maintenant ; il n'est plus 
« pour nous de joie, ni de consolation, jus- 
te qu'à ce que le Sauveur, nous honorant du 
« baiser de sa bouche, nous dise lui-même : 
« Vous êtes exaucés. 

« Mais que venons-nous d'entendre ? Sanc- 
« tifie^-vous, enfants d'Israël, et soye^ prêts : 
«. car demain descendra le Seigneur. Le reste 
« de ce jour et à peine la moitié de la nuit 
« qui va venir nous séparent de cette entre- 
« vue glorieuse, nous cachent encore l'Enfant- 
« Dieu et son admirable Naissance. Courez, 
« heures légères; achevez rapidement votre 



38 



5.Ç4 



VA vent. 



« cours, pour que nous puissions bientôt voir 
« le Fils de Dieu dans son berceau et rendre 
« nos hommages à cette Nativité qui sauve le 
« monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes 
« de vrais enfants d'Israël, purifiés de toutes 
« les souillures de la chair et de l'esprit, tout 
« prêts pour les mystères de demain, pleins 
« d'empressement a témoigner de votre dévo- 
« tion. C'est du moins ce que je puis juger, 
« d'après la manière dont vous avez passe les 
« jours consacrés à attendre l'Avènement du 
« Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques 
« gouttes du fleuve de la mortalité avaient 
« touché votre cœur, hâtez-vous aujourd'hui 
la de les essuyer et de les couvrir du blanc 
c linceul de la Confession. Je puis vous le 
« promettre de la miséricorde de l'Enfant qui 
« va naître : celui qui confessera son péché 
« avec repentir, la Lumière du monde naîtra 
(( en lui; les ténèbres trompeuses s'évanoui- 
« ront, et la splendeur véritable lui sera 
« donnée. Car comment la miséricorde serait- 
« elle refusée aux malheureux, en cette nuit 
« même où prend naissance le Seigneur misé- 
« ricordieux ? Chassez donc l'orgueil de vos 
« regards, la témérité de votre" langue, la 
« cruauté de vos mains, la volupté de vos reins; 
« retirez vos pieds du chemin tortueux, et 
« puis venez et jugez le Seigneur, si, cette 
a nuit, il ne force pas les Cieùx, s'il ne des- 
« cend pas jusqu'à vous, s'il ne jette pas au 
« fond de la mer tous vos péchés. » 

Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce 
et d'espérance, et nous devons le passer danÉ 
une pieuse allégresse. L'Eglise, dérogeant àj 
tous ses usages habituels, veut que si la Vj 



La Vigile de Noël. 



5 9 5 



gile de Noël vient à tomber au Dimanche, le 
jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans 
ce cas l'Office et la Messe de la Vigile l'em- 

Bortent sur l'Office et la Messe du quatrième 
•imanche de l'Avent : tant ces dernières 
heures qui précèdent immédiatement la Na- 
tivité lui semblent solennelles ! Dans les 
autres Fêtes, si importantes qu'elles soient, 
la solennité ne commence qu'aux premières 
Vêpres ; jusque-là l'Eglise se tient dans le 
silence, et célèbre les divins Offices et le Sa- 
crifice, suivant le rite quadragésimal. Aujour- 
d'hui, au contraire, dès le point du jour, à 
l'Office des Laudes, la grande Fête semble 
déjà commencer. L'intonation solennelle de 
cet Office matutinal annonce le rite Double ; 
et les Antiennes sont chantées avec pompe 
avant et après chaque Psaume ou Cantique. 
A la Messe, si l'on retient encore la couleur 
violette, du moins on ne fléchit plus les ge- 
noux, comme dans les autres Feries de l'A- 
vent ; et il n'y a plus qu'une seule Collecte, 
au lieu des trois qui caractérisent une Messe 
moins solennelle. 

Entrons dans l'esprit de la sainte Eglise, 
et préparons-nous, dans toute la joie de nos 
cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui 
vient à nous. Accomplissons fidèlement le 
jeyne qui doit alléger nos corps et faciliter 
notre marche ; et, dès le matin, songeons que 
nous ne nous étendrons plus sur notre couche 
que nous n'ayons vu naître, à l'heure sacrée, 
celui qui vient illuminer toute créature ; car 
c'est un devoir pour tout fidèle enfant de 
l'Eglise Catholique, de célébrer avec elle cette 
Nuit heureuse durant laquelle, malgré le 



5 g 6 



L'A vent. 



refroidissement de la piété, l'univers entier 
veille encore à l'arrivée de son Sauveur: der- 
nier vestige de la piété des anciens jours, qui 
ne s'effacerait qu'au grand malheur de la 
terre. 

Parcourons en esprit de prière les princi- 

Eales parties de l'Office de cette Vigile. D'a- 
ord, la sainte Eglise éclate par un cri d'aver- 
tissement qui sert d'Invitatoire à Matines, 
d'Introït et de Graduel à la Messe. C'est la 
parole de Moïse annonçant au peuple la 
Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. 
Nous aussi, nous attendons notre Manne, 
Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans 
Bethléhem, la Maison du Pain. 



INVITATOIRE. 



HODIE scietis quia vé- 
niel Dominus : et 
mane videbitis gloriam 
ejus. 



achez aujourd'hui que le 



Sachez au^oura nui que i 
Seigneur viendra ; et de 
le matin vous verrez sa 
gloire. 

Les Répons sont remplis de majesté et de 
douceur. Rien de plus lyrique ni de plus tou- 
chant que leur mélodie, dans cette nuit qui 
précède la nuit même où le Seigneur vient 
en personne. 

lî QANCT1FIEZ-VOUS aU- 

O jourd'hui, et soyez 
prêts : car demain vous ver- 
rez * la Majesté de Dieu au 
milieu de vous. f. Sachez 
aujourd'hui que le Seigneur 
va venir; et demain vous 
verrez * la Majesté de Dieu 
au milieu de vous. 

H). Soyez constants; vous" 
verrez venir sur vous le se- 



fi ÇANCTIFICAMI- 

O ni hodieet estote 
parati : quia die crastina 
videbitis * Majestatem 
Dei in vobis. f. Hodie 
scietis quia veniet Do- 
minus, et mane videbi- 
tis * Majestatem Dei in 
vobis. 

fi|. Constantes estote; 
videbitis auxilium Do- 



La Vigile de Noël. 



5 97 



cours du Seigneur. O Judée et 
Jérusaleml ne craignez point : 
* Demain vous serez déli- 
vrées, et L Seigneur sera 
avec vous. f. Sanctifiez- 
vous , enfants d'Israél , et 
soyez prêts. * Demain vous 
serez délivrés, et le Seigneur 
sera avec vous. 

fi|. Sanctifiez-vous, enfants 
d'Israël, dit le Seigneur; car 
demain le Seigneur descen- 
dra. * Et il ôtera de vous 
toute langueur, f. Demain, 
l'iniquité de la terre sera ef- 
facée ; et le Sauveur du 
monde régnera sur nous. * 
Et il ôtera de vous toute lan- 
gueur. 



mini super vos: Judaea 
et Jérusalem, nolite ti- 
mere : * Cras egredie- 
mini, et Dominus erit 
vobiscum . * Sanctifica- 
mini, filii Israël, et es- 
tote parati. * Cras egre- 
diemini, et Dominus erit 
vobiscum. 

fl). Sanctificamini, filii 
Israël, dicit Dominus: 
dieenim crastina descen- 
det Dominus : * Et aufe- 
ret a vobis omnem lan- 
guorem. p. Crastina die 
delebitur iniquitas ter- 
ra?, et regnabit super nos 
Salvator mundi. " Et au- 
feret a vobis omnem lan- 
guorem. 

A l'Office de Prime, dans les Chapitres et 
les Monastères, on fait en ce jour l'annonce 
solennelle de la fête de Noël, avec une pompe 
extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent 
une des dignités du Chœur, chante sur un 
ton plein de magnificence la Leçon suivante 
du Martyrologe,' que les assistants écoutent 
debout, jusqu'à l'endroit où la voix du Lec- 
teur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce 
nom, tout le monde se prosterne, jusqu'à ce 
eue la grande nouvelle ait été totalement an- 
noncée. 



LE HUIT DES CALENDES 
DE JANVIER. 

L'an de la création du 
monde, quand Dieu au 
commencement créa le ciel 
et la terre, cinq mille cent 



octavo kalendas ja- 

NUARII. 

Anno a creatione mun- 
di, quando in prin- 
cipio Deus creavit cœ- 
lum et terram, quinquies 



5g8 



L'A vent. 



millésime» centesimo no- 
nagesimo nono : A dilu- 



vio vero, 
lesimo 



anno bis mil- 
nongentesimo 



quatre-vingt-dix-neuf : du 
déluge, l'an deux mille neuf 
cent cinquante-sept: de la 
naissance d'Abraham, l'an 
deux mille quinze : de Moïse 
et de la sortie du peuple d'Is- 
raël de l'Egypte, l'an mille 
cinq cent dix: de l'onction du 
roi David, l'an mille trente- 
deux : en la soixante-cin- 
quième Semaine , selon la 
prophétie de Daniel : en la 
cent quatre-vingt-quator- 
zième Olympiade: de la fon- 
dation de Rome, l'an sept 
cent cinquante-deux: d'Oc- 
tavien Auguste , l'an qua- 
rante-deuxième : tout l'uni- 
vers étant en paix: au si- 
xième àçe du monde : Jésus- 
Christ, Dieu éternel, et Fils 
du Père éternel, voulant con- 
sacrer ce monde par son très 
miséricordieux Avènement, 
ayant été conçu du Saint-Es- 
prit, et neuf mois s'étant 
écoulés depuis la conception, 
naît, fait homme . de la 
Vierge Marie, en Bethléhem 
Je Judée : La Nativité de 
notre Seigneur Jésl s - 
Christ selon la chair ! 
ceptionem decursis mensibus, in Bethléhem Judx nas- 
citur ex Maria Virgine factus Homo : Nativitas Do- 
mini nostri JesiTChristi secundum carnem! 

Ainsi toutes les générations ont comparu 
successivement devant nous l . Interrogées si 



quinquagesimo septimo : 
A nativitate Abraha», 
anno bis millesimo quin- 
todecimo : A Moyse et 
egressu populi Israël de 
jEgypto, anno millesimo 
quingentesimo decimo : 
Ab unctione David in 
regem, anno millesimo 
trigesimo secundo : Heb- 
domada sexagesima quin- 
ta juxta Danielis prophe- 
tiam : Olympiade cente- 
sima nonagesima quarta: 
Ab urbe Roma condita. 
anno septingentesimo 
quinquagesimo secundo: 
Anno Imperii Octaviani 
Augusti quadragesimo 
secundo : toto orbe in 
pace composito, sexta 
mundi aetate, Jésus 
Christus aeternus Deus, 
aeternique Patris Filius, 
mundum volens adventu 
suo piissimo consecrare. 
de Spiritu Sancto conce- 
ptus, novemque post con- 



I. L'Eglise, en ce seul jour et en cette seule circons- 
tance, adopte la Chronologie des Septante, qui place la 



La Vigile de Noël. 



•5.99 



elles auraient vu passer celui que nous atten- 
dons, elles se sont tues, jusqu'à ce que le 
nom de Marie s'étant d'abord fait entendre, la 
Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait 
homme, a été proclamée. « Une voix d'allé- 
« gresse a retenti sur notre terre, dit à ce 
« sujet saint Bernard dans son premier Ser- 
« mon sur la Vigile de Noël ; une voix de 
« triomphe et de salut sous les tentes des 
« pécheurs. Nous venons d'entendre une 
« parole bonne, une parole de consolation, 
« un discours plein de charmes, digne d'être 
« recueilli avec le plus grand empressement. 
« Montagnes, faites retentir la louange ; 
« battez des mains, arbres des forêts, devant 
« la face du Seigneur ; car le voici qui 
« vient. Cieux, écoutez ; terre, prête l'oreille ; 
« créatures, soyez dans l'étonnement et la 
« louange ; mais toi surtout, ô homme ! Jésus- 
« Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem 
« de Judée ! Quel cœur, fût-il de pierre, 
« quelle âme ne se fond pas à cette parole ? 
« Quelle plus douce nouvelle ? quel plus 
« délectable avertissement ? qu'entendit-on 
« jamais de semblable ? quel don pareil le 
« monde a-t-il jamais reçu ? Jésus-Christ, 
« Fils de Dieu, naît en Bethléhem de 
« Judée ! O parole brève qui nous annonce le 
« Verbe dans son abaissement ! mais de 



naissance du Sauveur après l'an cinq mille, tandis que 
la version Vulgate ne donne que quatre mille ans jus- 
qu'à ce grand événement ; en quoi elle est d'accord avec 
le texte hébreu. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer 
cette divergence de chronologie ; il suffit de reconnaître 
le fait comme une preuve de la liberté qui nous est lais- 
sée par l'Eglise sur cette matière. 



6oo 



L'A vent. 



« quelle suavité n'est-elle pas remplie ! Le 
« charme d'une si mielleuse douceur nous 
« porte à chercher des développements à cette 
« parole ; mais les termes manquent. Telle 
« est, en effet, la grâce de ce discours, que si 
« j'essaie d'en changer un iota, j'en affaiblis 
« la saveur : Jésus-Christ, Fils de Dieu, 

« NAÎT EN BeTHLÉHEM DE JUDEE ! » 



A LA MESSE. 



HODIE scietis. quia 
veniet Dominus. et 
saivabit nos : et mane 
videbitis gloriam ejus. 
Ps. Dominiest terra et 
plenitudo ejus ; orbis ter- 
rarum. et universi qui 
habitant in eo. Glo- 
ria Patri. Hodie. 



Sachez aujourd'hui que le 
Seigneur va venir, et il 
nous sauvera; et dès le matin 
vous verrez sa gloire. 

Ps. La terre est au Seigneur, 
et tout ce qu'elle renferme; 
l'univers et tous ceux qui 
l'habitent. Gloire au Père. 
Sachez. 



Dans la Collecte, l'Eglise semble encore 
préoccupée de la venue du Christ comme 
Juge ; mais c'est la dernière fois qu'elle fera 
allusion à ce dernier Avènement. Désormais, 
elle sera toute à ce Roi pacifique, à cet Epoux 
qui vient